14/11/2012

Le tournant caché du président François Hollande

 

 

Ni tournant, ni virage, François Hollande conserve sa ligne droite. Tel est le message que le président français a voulu faire passer lors de sa première conférence de presse. Comme toujours, lorsqu’un dirigeant politique clame quelque chose, c’est son contraire qu’il convient de débusquer. Car, c’est un virage en épingle à cheveux que l’élu de la gauche a fait prendre à tout son camp, en élaborant sa théorie du «socialisme de l’offre» comme élément complémentaire au «socialisme de la demande».

 

«Une alternance change le pouvoir mais pas la réalité». Il fallait sans doute que le président Hollande rappelle cette évidence pour qu’elle pénètre dans la tête des Français si prompts aux rêveries politiques.

 

Soit la gauche vise au bouleversement complet des structures capitalistes pour établir un régime fondé sur la solidarité. Mais alors, cela suppose le recours à la violence révolutionnaire, ce que se gardent bien de reconnaître les communistes français et leurs alliés du Front de Gauche. L’Histoire nous apprend qu’en ce cas, le Grand Soir risque d’être suivi de petits matins aux gueules de flics. «La révolution n’est pas un dîner de gala», avertissait Mao, ni un discours de Jean-Luc Mélenchon.

 

Soit la gauche accepte de gouverner sans bouleverser les structures du capitalisme. Mais alors, là aussi, il faut qu’elle assume les conséquences de ce choix social-démocrate. Or, les crises à répétition, le poids de la dette publique et l’interdépendance des économies globalisées réduisent comme peau de chagrin les marges d’une politique sociale-démocrate. Dès lors, gouverner à gauche dans un tel contexte revient à tenter d’introduire des éléments de solidarité et de justice sociale dans une machinerie mue par l’énergie cupide.

 

Voilà pourquoi le socialiste Hollande plaide pour son «socialisme de l’offre». La modernisation de l’économie française est devenue une ardente nécessité. La politique de la gauche de gouvernement consiste non pas à freiner cette modernisation — ce qui signerait l’effondrement de la France à l’instar de ses voisins du Sud — mais à l’accompagner. Et pour cela, le «socialisme de la demande» est inopérant. Comment faire de la redistribution sociale lorsqu’il n’y a plus rien à redistribuer?

 

Pour cultiver son «socialisme de l’offre», François Hollande table sur la grande négociation qui se déroule actuellement entre syndicats et patronat sur la «sécurisation de l’emploi». Les partenaires sociaux parviendront-ils à concilier flexibilité de l’emploi et sécurisation des parcours professionnels à la manière des pays nordiques? En cas de réponse négative, le gouvernement rédigera lui-même un projet de loi.

 

Quelle que soit l’issue, le défi de François Hollande se limite à trouver des solutions pour que les salariés ne soient pas broyés par les nouvelles formes du capitalisme et disposent de points d’appuis pour se défendre. C’est moins glorieux que la prise de la Bastille, drapeaux rouges au vent. Mais c’est actuellement plus utile.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 


Pour Hollande, la justice c'est maintenant par LeNouvelObservateur

 

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