17/10/2012

L’impossible débat politique en France

 

La classe politique française démontre avec la régularité d’un métronome bruyant son incapacité à mener un débat politique. Dernier exemple, celui offert par l’hystérie qui a suivi les déclarations du ministre Vincent Peillon. Celui-ci, pourtant, ne proposait rien de révolutionnaire, sinon que l’on réfléchisse à la dépénalisation — éventuelle — de l’usage de cannabis. Au lieu d’argumenter, l’opposition de droite, soutenue par une partie de la gauche, a hurlé: défense de poser cette question! Pourquoi? Parce que! Sur d’autres sujets, le constat est le même.

 

Cette incapacité à débattre plonge ses racines au plus profond de l’Histoire. Si l’on considère le pouvoir politique sous deux formes, l’une verticale, l’autre horizontale, force est de constater que, le plus souvent, la France a privilégié la verticalité. Dans cette optique, la division entre gauche et droite est dépassée. Il y a des «horizontalistes» à gauche comme à droite et des «verticalistes» dans les deux camps.

 

Roi «horizontaliste», Henri IV a permis à ses anciens coreligionnaires protestants de pratiquer leur foi sous certaines conditions, en signant l’Edit de Nantes le 13 avril 1598. La France devenait ainsi plurielle, ce qui aurait pu faire naître une lente évolution vers un Etat progressivement démocratique. C’est, en partie, pour arrêter ce processus que le roi «verticaliste» Louis XIV a révoqué cet Edit le 22 octobre 1685. La France régressait alors vers la monoculture religieuse, contraignant environ 300 000 (sur une vingtaine de millions d’habitants) de ses sujets protestants — la plupart, issus de la bourgeoisie intellectuelle en plein essor — à l’exil où ils ont participé à créer la richesse industrielle des pays du Nord de l’Europe et de l’Amérique.

 

A la Révolution, la France aurait pu prendre un autre pli. Mais les «horizontalistes» girondins — partisans d’une sorte de fédéralisme — ont été battus par les «verticalistes» jacobins qui ont fait triompher le centralisme autoritaire de la République «une et indivisible».

 

Si l’horizontalité offre aux débats politiques l’espace nécessaire pour se développer, tel n’est pas le cas de la verticalité. Dans l’optique verticale, le débat n’est qu’un babil retardant la mise en pratique des décisions prises par «en haut». Mais du fait de cet éloignement du «haut» par rapport au «bas», lesdites mesures ont de la peine à s’imbriquer dans le réel. Or, l’une des vertus du débat public est, justement, de rapprocher le «haut» et le «bas» et de permettre l’imbrication de la politique dans le réel.

 

La France saura-t-elle devenir plus «horizontale» malgré ses pesanteurs historiques? Les crises qui se succèdent vont sans doute la contraindre, qu’elle le veuille ou non, à revoir son type de fonctionnement politique.

Jean-Noël Cuénod

Faudra-t-il déconstruire la verticale du pouvoir en France?toureiffel1.jpg

 

Commentaires

"Tunisie : l'ambassadeur français convoqué
Le ministre tunisien des Affaires étrangères a évoqué aujourd'hui une "ligne rouge" à ne pas franchir devant l'ambassadeur de France, François Gouyette, après que des médias ont affirmé que le diplomate soutenait une grève des journalistes."

Mais que fait MAM ??

Quant au reste, l'impuissance habituelle et avec Hollande, un peu plus, voir beaucoup plus, calfeutrée, insipide !

Écrit par : Corto | 19/10/2012

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