12/09/2012

La social-démocratie, "putzfrau" politique du capitalisme?

 

Si le SPD emporte la majorité du Bundesrat en septembre 2013, le «moteur franco-allemand» de l’Union européenne carburera au socialisme. Il reste à savoir ce que l’on entend par ce mot et si la chose peut encore servir. La «socialisation des moyens de production» qui fondait à la définition marxiste du socialisme n’est plus de saison. Aujourd’hui, dans sa version social-démocrate, le socialisme viserait plutôt une organisation sociale qui limiterait le plus possible les injustices.

 

Mais tout cela reste vague. Après avoir accepté les règles du marché, les socialistes cherchent toujours à redéfinir leur identité. En Allemagne, le chancelier social-démocrate Gherard Schröder en 2003-2005 avait réformé le marché du travail de façon ultralibérale par des mesures qui auraient fait hurler la gauche si la droite les avait ordonnées (notamment la loi Hartz IV).

 

Grâce à cette nouvelle donne, les entreprises allemandes ont multiplié les succès à l’exportation et la République fédérale est devenue la locomotive économique de l’Union européenne. Mais en France notamment, les médias n’évoquent guère le coût social de la politique de Schröder.

 

Or, il est très élevé. Une étude publiée en 2010 par l’Institut du travail de l’Université de Duisbourg-Essen indique que plus de 6,5 millions d’Allemands (20% des salariés) perçoivent moins de 10 euros (12 fr. 10) brut de l’heure. Dans la partie Est de l’Allemagne, des travailleurs — à temps complet — touchent à peine 720 euros (870 francs) par mois.

 

Le destin de la social-démocratie serait-il de servir de «Putzfrau» politique au capitalisme? En quoi un parti socialiste se distinguerait d’une formation libérale?

 

Dans son intervention dimanche soir devant les caméras de TF1, François Hollande n’a pas tracé un chemin bien différent de celui de Schröder, à une notable exception près: le président socialiste français veut frapper fiscalement les riches contribuables. Il tente ainsi de parvenir à un équilibre dans la rigueur. D’une part, les restrictions budgétaires et l’assouplissement du marché du travail qui se dessine frapperont les salariés. D’autre part, les contribuables aisés devront cracher moult euros au bassinet. Mais les classes moyennes risquent fort de porter la plus lourde charge du fardeau.

 

 Les plus pauvres seront épargnés, même si leur sort n’en sera pas amélioré pour autant; les plus riches pourront, comme d’habitude, choisir le chemin de l’exil fiscal. En Allemagne comme en France, la social-démocratie aura donc fait payer par les victimes de la crise les pots que le capitalisme financier a cassés; il sera impossible de distinguer la frontière entre droite et gauche.

 

 Cette situation fera le bonheur du troisième larron, l’extrême-droite dans sa version social-nationaliste à la Marine Le Pen. La social-démocratie européenne doit donc se réinventer une ligne politique claire. Elle n’en prend pas le chemin.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Monsieur Cuénod,

Comparaison n'est pas raison !

Vous évoquez l’assouplissement du marché du travail qui selon vous se dessine en France, mais pour l'instant on ne voit rien venir de ce côté là. Alors que Schröder avait pris ce problème à bras le corps en Allemagne, Hollande ne semble guère vouloir s'atteler à réformer un Code du travail pourtant pléthorique. Quant aux velléités de restrictions budgétaires, elles semblent encore bien hésitantes.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 12/09/2012

Vous avez raison, j'avais une putz-frau libérale, une vraie fortune, ça me coutait une fortune !

Maintenant que j'en ai enfin trouvé une socialiste, bon elle crache un peu dans la soupe, mais elle est tellement plus économique !

Écrit par : Corto | 13/09/2012

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