03/07/2012

Histoire de chat : la rédemption d'un délinquant du 9-3

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Le matou, dont vous pouvez admirer les crocs ci-dessus, présente un casier judiciaire chargé. Mais son exemple apporte l'éclatante démonstration qu'en ce bas monde, la rédemption peut transformer un lascar en bobo, un va-nu-pattes du 9-3 en nanti du 7-5.

Encore chaton, ce mastard - qui pèse aujourd'hui dix kilos de muscles, d'os, de poils et de croquettes - jouait les terreurs dans une école de Saint-Denis, ville de ce département de la Seine-Saint-Denis qui fut créé de toutes pièces en 1968 par le pouvoir gaulliste afin de briser administrativement les municipalités communistes qui entouraient Paris. Dans les médias, ce département n'a droit qu'à son matricule, 93, avec un 9 et 3 détachés.

Abandonné, le jeune félin devenu SDF avait fait le vide autour de lui. Et agressait tous les animaux qui avaient la mauvaise idée de lui disputer les déchets apportés régulièrement par une  dame du voisinage. Les molosses, les rats, les autres matous, tous devaient subir les rigueurs griffues et mordantes de sa loi. Affolée par ce diable noir et blanc (ou plutôt noir et sale), la bienfaitrice conçut le funeste dessein de l'euthanasier. Par chance, le matou fut pris en charge par une remarquable pianiste de Saint-Denis, Caroline Cuny. Comme il fallait s'y attendre, le monstre a semé la panique parmi la ribambelle d'animaux rescapés de l'abandon qui cohabitent avec la musicienne. Elle s'est donc retournée vers le plouc et la plouquette pour lui garder provisoirement la Bestiole, le temps de lui trouver une famille d'accueil.

A côté d'un chat, même Mitterrand n'aurait pu rivaliser en matière de manipulation. Le lascar a donc investi le domicile plouquesque, petit, minuscule même,  mais pourvu d'une cour intérieure qui ferait un terrain de chasse intéressant. En premier lieu, il déploie son offensive de charme vers la plouquette : yeux mi-clos, ronronnement sonore, pattes de velours en sautant sur les genoux de la belle. Puis, le matou conduit son assaut vers le plouc. Après avoir séduit la princesse, il faut convaincre le gros mâle de la maison. Et c'est le grand jeu, frottis-frottas sur les jambes, regard adorateur du genre : « Prends-moi chez toi, je serai ton ombre soumise, ton page fidèle, ô grand roi de la Butte-aux-Cailles ». Cinq minutes après, le voyou de Saint-Denis a trouvé sa famille d'accueil à Paris. Ce que chat veut, Dieu l'exige.

Baptisé Phélix - le « Ph », c'est pour faire plus bobo qu'un simple « F » - le matou est devenu un ancien pauvre en un frémissement de moustaches : « A moi, les coussins. Tous les coussins, surtout ceux en soie. A moi, les langoustes. A moi, le lit, le divan. » Quant la table est dressée, le néo-bobo s'installe à côté des assiettes pour piocher dans les plats, toujours avec la patte gauche. Les invités sont étonnés de prime abord, voire un brin scandalisés. Mais ils s'y font. Bien forcés. Et au café, si l'attention n'est pas braquée sur sa Seigneurie, Celle-ci se met à miauler. Phélix ne supporte pas de jouer les seconds rôles et encore moins de faire de la figuration. Le roi, maintenant, c'est lui.

Mais on n'oublie pas si facilement la misère passée. De vieux réflexes surgissent. Le même chat qui exige une eau pure pour accompagner ses croquettes, se jette sur une poubelle bien pleine, la détrousse, la met sens dessus-dessous, déchire les sacs, les vide, balance les boîtes de conserve pour se goinfrer d'une arrête de sardine.

C'est ça le luxe du luxe : s'offrir des plaisirs de pauvre en pleine opulence.felixdanslelacdessignes.JPG

 (Photo ci-contre, Phélix dansant le Lac des Singes dans le Périgord Vert)

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

C'est une très belle histoire de cohabitation. Elle semble authentique.
Plouc et Plouquette sont sur la même longueur d'ondes que Prince Phélix.

L'opulence n'enlèvera jamais le plaisir des chats d'explorer les "ballots fermés" (pas des poubelles), surtout s'ils y sentent la présence d'une sardine ou de son arrête.
Les chats sont admirables pour leur indépendance et pour leur côté épicurien un peu particulier.

En tout cas, Phélix est magnifique. Je lui souhaite longue vie pour le plus grand bonheur de ses deux pensionnaires Plouc et Plouquette.

Écrit par : Beatrix | 04/07/2012

Compliments quant à ce post. Vous avez bien choisi la photo qui convienne! Merci beaucoup

Écrit par : complémentaire santé expatrié | 05/07/2012

C'est sûr que "timidement il est entré chez nous, et maintenant humblement nous habitons chez lui"

La gent féline nous étonnera toujours, elle qui choisit son domicile et accessoirement ses habitants qu'elle manipule à plaisir.

Longue vie à Phélix et à ses 2 sous fifres...

Écrit par : wilfredagnes | 07/07/2012

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