29/06/2012

Procès Jérôme Kerviel : les limites du pipole judiciaire

 

 

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Jacques Vergès et l'avocat genevois Raymond Nicolet ont inventé le procès de rupture. Le but : harceler les juges en tant qu'instruments du pouvoir politique et jouer la provocation pour placer le système judiciaire devant ses contradictions. Me David Koubbi  a mis au point, lui, le procès pipole.  Il s'agit moins de se faire entendre que de se faire voir. L'agressivité face aux juges n'est qu'une répétition pour le seul vrai grand procès, celui qui se déroule devant les caméras. Agressivité brouillonne d'ailleurs. Le procès en appel de Jérôme Kerviel  a permis à Me Koubbi, défenseur de l'ex-courtier de la Société Générale, de donner un exemple ahurissant de cette stratégie paillettes.

Lors de la dernière journée, jeudi, cet avocat du strass en stress, a soigné le scénario. Appuyé sur une canne, l'œil gauche garni d'un énorme coquard, Me Koubbi  a traversé les longs couloirs du Palais de Justice de Paris flanqué de Kerviel et, surtout, de Tristane Banon, dûment pipolisée par sa plainte contre DSK. Que faisait-elle dans cet aréopage ? La romancière est également défendue par Me Koubbi. Voilà qui créé des liens. Bien entendu, les paparazzi en ont bavé des pixels. Gros succès côté caméras.

Le plouc a donc assisté à ce triste cirque mené dans la chaleur humide d'un Paris qui grelottait avant-hier encore.  Placés tout en haut de la salle d'audience, les journalistes twittent avec l'ardeur de leur consoeur et Première Dame de France.  Une question les taraude : où Koubbi a -t-il attrapé un tel œil au beurre noir (qui tire plutôt sur le grenat) ? Une journaliste affirme qu'il a été frappé dans une rue de Paris au cours d'une altercation avec le conducteur d'un scooter. On a les blessures de guerre qu'on peut... En tout cas, l'effet est saisissant et Tristane Banon se fait réserver la première place dans les travées réservées au public.

Et l'affaire ? Quelle affaire ? Il n'y a pas d'affaire. Il n'y a que de la mousse. La plaidoirie de Me Koubbi en apporte la brumeuse démonstration.  Elle part dans tous les sens. Une formule claque-t-elle ? On la répète façon mantra. Avant même de terminer une démonstration, on en commence une autre qui, elle demeure tout aussi inachevée. Et ainsi de suite. Le pauvre plouc a le tournis. Le Fan-Club applaudit. Les forêts de micros vibrent comme sous l'effet de la tempête. Me Koubbi apparaît en vainqueur. Mais le 24 octobre, ce ne seront pas les caméras qui rendront le verdict.

 

Jean-Noël Cuénod

Ils aiment tellement les zimages qu'on va leur faire encore un petit plaisir.

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27/06/2012

De l'UDC au Front national, les masques tombent

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L'ennui avec les masques, c'est qu'ils tiennent trop chaud et ont une fâcheuse tendance à glisser, laissant ainsi entrevoir le véritable visage. Cette malencontreuse tendance s'observe chez deux des principaux spécimens de l'extrême droite européenne, l'UDC Suisse et le Front national français. Il s'agit de faits en apparence secondaires mais qui, en s'accumulant, démontrent que les partis de l'extrême droite actuelle ont de plus en plus de mal à cacher leur héritage politico-culturel qui est celui du fascisme des années 30.

 

Récemment, un membre du parti blochérien de la ville de Zurich a prôné la Nuit de Cristal contre les mosquées. Il faisait ainsi allusion à la Reichskristallnacht du 9 au 10 novembre 1938, lorsque les nazis ont brûlé en Allemagne 200 synagogues et tué une centaine de Juifs.

 

En mars dernier, une militante du Front national d'Annemasse et ardente supportrice de l'UDC avait publié des photos faisant l'apologie du nazisme avec cette exclamation: «God bless Hitler !». Elle n'aurait fait ça que pour «réveiller les consciences», à l'en croire. En tout, cas cette personne nous a clairement indiqué où se situaient ses références morales.

 

Dans les deux cas, bien sûr, les dirigeants de l'UDC et du Front national ont condamné ces excès de langage. Ou de franchise. Pour se dédouaner, le discours de l'UDC et du FN est toujours le même: nous n'avons rien à voir avec le fascisme et le nazisme. Fort bien. Mais alors pour quelles raisons, des personnages obsédés par ces idéologies se trouvent-ils dans leurs rangs? Par hasard ou par affinité?

 

Il est une preuve supplémentaire que les masques de l'extrême droite, non seulement glissent mais encore, tombent. Le groupe UDC au Grand Conseil zurichois - il ne s'agit donc pas d'un isolé qui s'agite dans son bocal - a déposé une motion visant à distinguer deux sortes de Suisses, les naturalisés et les Helvètes de souche. Pourquoi se limiter à deux catégories? Pourquoi pas trois, quatre, cinq? Et si l'on adoptait le système des castes?

 

Certes, cette motion «apartheid» a été sèchement rejetée par une large majorité de députés. Mais dans un premier temps, les Vert'Libéraux zurichois l'avaient soutenue, même s'ils l'ont finalement combattue. Les mesures les plus discriminatoires ne sont plus forcément considérées comme monstrueuses, même dans les rangs de partis réputés modérés.

 

Notre époque n'a guère de points communs avec les années brunes. Mais les deux périodes sont marquées par les crises économiques avec tous les dangers d'exaspération sociale qu'elles comportent. Le fascisme d'hier n'aura pas les mêmes formes que celui qui s'annonce de plus en plus clairement. Mais les mêmes idéologies de haine, de racisme, de recherche frénétique du bouc émissaire, de rejet, de fermeture entraîneront les mêmes effets et nous conduiront, si nous n'y prenons pas garde, à de semblables catastrophes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/06/2012

Des ministres en odeur de sainteté électorale

Les Français se disent peuple le plus cartésien de la terre, excipant que Descartes est né chez eux. L'argument ne paraît guère cartésien. Mais ce n'est pas grave. Descartes ne l'était pas non plus, et les Français, encore moins. Si être cartésien signifie se gouverner au seul moyen de la raison, alors rien n'en est plus éloigné que la vie politique de l'Hexagone, toute nimbée de rêves, de coquecigrues, de passions amoureuses et de symbolique archimonarchique.

Prenons, par exemple, le traitement réservé aux ministres français qui ont combattu - ou non - aux élections législatives. Ce sujet intrigue l'excellente consœur Laurence Naef. Elle pose des questions cartésiennes. Mais les réponses ne sauraient relever de l'étroit carcan de la rationalité.  Première interrogation: «Des ministres viennent de se présenter dans des circonscriptions pour être élus députés. N'y a-t-il confusion des pouvoirs entre le législatif et l'exécutif?»

Par le truchement de Montesquieu, la France a inventé (avec Locke, soyons justes) la séparation des pouvoirs mais elle s'est bien gardée de l'appliquer. Donc, outre-Jura, ce souci bien helvétique n'en est pas un. Ensuite, le ministre élu député ne siégera pas à l'Assemblée nationale. Son siège sera occupé par son suppléant qui a été élu avec lui sur le même «ticket». Cela dit, sur les affiches électorales, c'est la bobine du titulaire qui s'est étalée, alors que celle du suppléant a occupé l'espace d'un timbre-poste. L'électeur est donc persuadé qu'il a voté pour une star de la politique mais c'est un conseiller municipal de Lamotte-Beuvron qui le représentera au Palais Bourbon.

Laurence me pose cette nouvelle question: «Les médias affirment que ces ministres se sont présentés devant les électeurs afin d'être légitimés par le peuple. En cas de défaite, ils devront démissionner. Mais alors, les autres ministres, ceux qui ont évité le scrutin, seraient-ils moins légitimes?»

Tout d'abord, la démission «obligatoire» des ministres battus n'est pas une contrainte légale. C'est une simple habitude créée par le gouvernement Juppé en 1995. Chaque nouveau premier ministre la reprend à son compte pour jouer les rigoureux devant les caméras.

Concernant la légitimité, la chose est plus complexe. Il faut remonter au Sacre des Rois de France en la Cathédrale de Reims. Le monarque était oint par un mélange de Saint Chrême et d'huile miraculeuse de la Sainte Ampoule. Ce n'est qu'embardoufflé de ce sacré corps gras que le Roi devenait légitime aux yeux du peuple. La couronne n'était qu'un accessoire. Il fallait que l'Esprit divin enduisît le corps du Roi pour que la magie du pouvoir puisse s'exercer.

Depuis, la France a remplacé les Saintes Huiles par une margarine nommée Suffrage universel. Mais le principe reste le même. Laurence a remarqué que plusieurs ministres ont renoncé à briguer un siège au parlement. Alors, seraient-ils moins légitimes? Sur le plan tristement légal, ils ne le sont ni plus ni moins que les autres. Mais le membre du gouvernement qui a été oint par le peuple irradie d'une aura médiatique plus lumineuse que celle de ses collègues moins ardents au combat électoral.

Certes, le mérite n'est parfois pas bien grand. Le plus souvent, les états-majors politiciens réservent aux ministres candidats au parlement des circonscriptions faciles dans lesquelles même un sapajou serait élu pourvu qu'il possède la carte du bon parti. Mais peu importe. L'important, c'est de se battre ou de faire semblant. Car les Français n'aiment pas les politiciens qui se planquent dès l'apparition d'une urne.

Le sort de Dominique de Villepin en apporte l'éclatante démonstration. Voilà un garçon doté de multiples talents, y compris celui d'apprécier Char - chose rare chez les politiciens français d'aujourd'hui qui confondent le poète avec un véhicule à traction hippomobile. Le Flamboyant a affronté Bush et ses Texans au front bas, Colin Powell et ses fioles trafiquées. Mais se lancer dans la bagarre électorale était au-dessus de ses forces. Il fait songer à un prince qui, allergique aux Huiles même Saintes, n'aurait pu se faire oindre et serait, de ce fait, interdit d'accéder à la plus haute marche du pouvoir. Villepin, lui, est allergique au peuple. Alors, le peuple s'est détourné de lui en haussant les épaules.

Inspirés par ce contre-exemple, les ministres qui ont fait «coitus interruptus» aux dernières élections faute d'avoir trouvé circonscription à leur pied, devront, un jour ou l'autre, recevoir cette onction populaire. Ils pourront ainsi continuer à se rêver en Roi.

ILLUSTRATION: Songe d'une nuit de député.

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20/06/2012

Valérie, Ségolène, François et Twitter: joindre le futile au désagréable

 

Mardi 12 juin 2012 restera marqué dans l'Histoire de France comme le jour où le futile l'a définitivement emporté sur l'utile.

 

Ce jour-là, le nouveau président de la République prononce au Conseil économique, social et environnemental un discours essentiel sur la direction qu'il entend donner à son quinquennat quand nous vivons une série de crises économiques sans précédent. Il lâche cette phrase lourde de conséquences pour un socialiste: «La croissance ne naîtra pas de dépenses publiques supplémentaires au moment où les Etats connaissent un endettement élevé.»

 

Mais alors d'où naîtra-t-elle? «Elle peut surgir d'une volonté commune, celle que l'Europe peut affirmer, de mettre en place des instruments nouveaux - euro-obligations, instruments financiers -, notre imagination peut être grande», poursuit François Hollande dans son allocution.

 

En temps normal, l'importance de ces propos n'aurait pas échappé aux journalistes. Les éditorialistes se seraient fendus de commentaires plus ou moins bien sentis. Les uns auraient demandé comment organiser la relance sans dépenses publiques. Les autres auraient entrevu les mesures d'austérité qui se profilent avec un titre du genre: «Français, apprêtez-vous à serrer votre ceinture!» Dans les colonnes des quotidiens, sur les plateaux de télévision et de radio, les économistes ou des diplomates auraient tenté de répondre à cette question qui découle du discours de Hollande: «Comment faire accepter à l'Allemagne les euro-obligations, dans la mesure où Berlin, par la mutualisation des risques des pays européens, devrait payer plus d'intérêts qu'il n'en verse actuellement?»

 

Mais comme nous vivons des temps anormaux, ce débat ne s'est pas tenu, et les propos de Hollande ont été réduits à l'état de brèves. Pourtant, ce sujet nous concerne au premier chef. Impossible de trouver thème plus utile. C'était sans compter sur la puissance hégémonique du futile et de son instrument le plus perfectionné: Twitter.

Ce même mardi, la compagne de François Hollande, Valérie «Twitterweiler», a lancé son fameux twitt de soutien à l'adversaire de Ségolène Royal à la députation de La Rochelle. La nou- velle femme du président qui poignarde virtuellement l'ancienne. Comment voulez-vous que le sort de la France et de l'Europe puisse entrer en concurrence avec ce vaudeville en 140 signes (nombre maximum que peut absorber Twitter)? Impossible!

 

L'événement était d'autant plus alléchant qu'il joignait le futile au désagréable, du moins pour Ségolène Royal, qui en a perdu son siège. Un comble à La Rochelle.

Bien entendu, le consommateur de médias, toujours aussi faux cul, incrimine la presse dans cette hiérarchie aberrante des informations. Pourtant, le vrai coupable, c'est lui. S'il ne se jetait pas sur la futilité dès qu'elle surgit avec ses bas résilles, les médias la relégueraient dans leurs bas-fonds.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Voici la vidéo du discours complet prononcé par François Hollande et qui a été médiatiquement occulté par le Twitt de la Première Dame contre la Première Femme

 
Discours de François Hollande devant le conseil... par publicsenat

18/06/2012

Comment Nicolas Sarkozy a tué l'UMP

L'UMP est morte. Ou du moins, la forme actuelle de cette vaste formation de la droite démocratique française a été anéantie par l'ancien président Nicolas Sarkozy. La ligne qu'il a imposée à son parti depuis le discours de Grenoble le 30 juillet 2010 s'est révélée mortifère. En «collant» au discours du Front national, il n'a fait que rendre acceptables les thèses xénophobes dans l'esprit d'un nombre croissant d'électeurs et semer la désunion au sein de son propre camp.

 

Par sa constitution même, l'UMP ne pouvait pas supporter une telle dérive. Créée en 2002, l'Union pour un mouvement populaire est la réunion des deux principaux courants de la droite française, d'une part le RPR héritier du gaullisme conservateur, d'autre part l'UDF - DL europhile, centriste, sociale et libérale. En tirant cette toile délicate vers l'extrême droite, Nicolas Sarkozy l'a déchirée sans espoir de la recoudre telle qu'elle était. Dès lors, c'est toute la droite, du centre à l'extrême, qui va se recomposer sur les ruines de l'UMP. A ce propos, le congrès de ce parti en novembre prochain sera passionnant à suivre.

 

Même si elle a abouti à la double défaite de la présidentielle et des législatives, la ligne droitière de Sarkozy demeure soutenue par nombre d'élus et de sympathisants de l'UMP, notamment dans l'Est. On ne saurait donc exclure l'apparition d'un pôle d'extrême droite qui grouperait le FN et les éléments xénophobes de l'UMP.

La partie gaulliste ex-RPR devrait retrouver ses bases conservatrices tout en rejetant les idéologies racistes qui sont incompatibles avec sa profession de foi. Mais ce néogaullisme ne saurait reconquérir ses électeurs sans l'apport d'un pôle centriste social libéral.

 

Or, le centre a bien du mal à exister en France. Sa reconstitution est pourtant indispensable afin que le néogaullisme ne soit pas réduit au face-à-face avec une extrême droite qui se trouve en pleine phase ascendante.

 Jean-Noël Cuénod

Petit exercice de reconstitution du centre (les matheux auront reconnu le cercle d'Euler). Bon courage!

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17/06/2012

François Hollande über alles!

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Le président François Hollande ne pouvait rêver meilleur résultat aux élections législatives françaises. Son Parti socialiste détient à lui seul la majorité absolue de la nouvelle Assemblée nationale. Il n'aura donc pas besoin des quelque vingt députés «verts» pour faire passer ses réformes. Quant au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il est bien diminué. Avec une petite dizaine de députés, il ne comptera guère et ne pourra même pas former un groupe. Mélenchon était le caillou dans la chaussure de Hollande, le voilà rejeté à son destin de gravier.

Les socialistes détiennent désormais tous les leviers de commande. Majoritaires au Sénat, majoritaires absolus à l'Assemblée nationale, majoritaires dans les départements (6 sur 10 sont dirigés par des élus du PS), majoritaires écrasants dans les régions (21 sur 22). L'ennui, avec une telle domination, est que le parti présidentiel ne peut que perdre une si flatteuse position aux prochaines élections, notamment aux municipales en 2014.

François Hollande dispose ainsi d'une stature qui lui permet de parler haut, hors de France. Il va sans doute devenir le leader de l'Europe du Sud face à Angela Merkel, championne de l'Europe du Nord. Pour l'Hexagone, c'est une situation périlleuse certes, mais tout de même plus porteuse d'espoir que celle de pâle second de l'Allemagne qui était la sienne sous Nicolas Sarkozy.

Le débat européen continuera à opposer la France, tenante de la relance économique, à l'Allemagne, gardienne de l'orthodoxie budgétaire. François Hollande peut désormais exciper du soutien massif de son peuple pour avancer ses pions face à Angela Merkel. Mais le président français sait bien qu'un compromis est inévitable et il n'est pas homme à jouer les jusquauboutistes. Sa victoire lui donne l'assurance nécessaire, à la fois de pousser son avantage face à la chancelière fédérale et de faire accepter le compromis franco-allemand au parlement.

D'ailleurs, les positions entre Hollande et Merkel ne sont pas si opposées que cela. Mardi dernier, au Conseil économique, social et environnemental, le président français a bien averti que la relance économique ne pouvait pas naître de la dépense publique. La phrase est passée inaperçue dans les médias français, tout émoustillés par l'affaire Tweeterweiler. Mais elle constitue une rupture historique dans le discours, jusqu'alors keynésien, des socialistes.

Des mesures de restriction budgétaire se préparent donc en France. Grâce à sa victoire aux législatives, François Hollande pourra les faire voter par le parlement. Mais il devra alors faire face au mécontentement qui risque de s'exprimer dans les rues ou par le truchement de grèves sauvages. Le dialogue social promis par le nouveau pouvoir deviendra une ardente nécessité.

Jean-Noël Cuénod

 

15/06/2012

Requiem pour Bayrou. La France est orpheline de son centre

 

 

 Les élections législatives françaises signeront-elles l'acte du décès politique de François Bayrou? La capacité de résurrection du démocrate-chrétien béarnais ne saurait être sous-estimée. L'ancien ministre peut encore rebondir. Mais on n'en dira pas autant de son parti, le MoDem.

 

Depuis cinq ans, Bayrou a tenté de construire un pôle centriste indépendant de la droite et de la gauche. Depuis la création de la Ve République, le centre - sous ses diverses dénominations - a toujours servi d'alliés au parti gaulliste et à ses avatars RPR, puis UMP. Il apportait à cette formation autoritaire, souverainiste et dirigiste, un contrepoids modéré, ouvert sur le monde et libéral. Malgré les idées intéressantes qu'il agitait, le MoDem n'a pas réussi à s'imposer comme un acteur majeur sur la scène politique française.

 

Il en va de même pour les autres formations centristes qui n'avaient pas suivi François Bayrou dans son aventure du MoDem. Hervé Morin et son Nouveau Centre, Jean-Louis Borloo et son Parti radical, Jean-Pierre Raffarin et sa tendance humaniste au sein du parti sarkozyste se moquaient de Bayrou et prônaient l'alliance avec l'UMP. Or, leurs mouvements sont aujourd'hui au moins aussi moribonds que le MoDem. Ces centristes mous avaient choisi de faire carrière gouvernementale sous le règne de Sarkozy. Les gamelles ministérielles réjouissant aujourd'hui d'autres museaux plus roses, ils se trouvent dépourvus.

 

De plus, leur voix ne compte plus du tout au sein de l'UMP qui adopte les thèmes du Front national, voire son idéologie. Dans un tel contexte, le centrisme devient un corps étranger au sein de cette droite en voie de radicalisation. Avec un MoDem en coma dépassé et des formations réduites à l'état d'ectoplasmes, la France est ainsi vidée de son centre.

 

Cette situation risque d'être préjudiciable à la République voisine. En effet, une entente devient de plus en plus probable entre le Front national de Marine Le Pen et l'UMP dont le secrétaire général Jean-François Copé répète en boucle que la patronne du FN «n'est pas son père». Sous-entendu, avec elle, il sera possible de causer. D'ailleurs, la base de l'UMP pousse à la roue en faveur d'un accord entre son parti et le Front national.

 

Lorsque le Parti socialiste au pouvoir ordonnera des restrictions budgétaires impopulaires, vers qui se tournera-t-il? Les Verts? Ils n'ont ni maturité politique ni poids électoral. Le Front de Gauche et les communistes? Ils se suicideraient en soutenant de telles mesures. La majorité socialiste devra donc affronter - en solitaire et sans marge de manœuvre - un bloc nationaliste qui rivalisera de haine et de démagogie. Il faudra bien alors réinventer cet impossible centre afin de créer une zone tampon.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Cette vidéo du spirituel Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen centriste et surtout remarquable politologue, nous en dit un peu plus sur ce centre qui a perdu sa boussole.


Conception du centrisme en France par ATTACHEE-PRESSE13

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12/06/2012

Valérie Tweeterweiler torpille la Royal en plein port de La Rochelle

Après cinq ans de vie commune avec les Bobos, le plouc reste émerveillé par l'imagination de cette tribu en matière de couillonnades. Il pensait avoir tout vu durant le règne de Nicoléon Sarkonaparte. Mais quelques semaines après son couronnement, celui de Sa Simplicité Hollandaise promet de le dépasser dans cet art si difficile de faire rire le monde et ses environs immédiats.

Valérie Tweeterweiler, Première Dame, vient d'envoyer un tweet mortel à l'ex-compagne de Sa Simplicité qui se bat pour obtenir le siège de députée en Charente-Maritime. Olivier Falorni, l'adversaire de la Royal au port de La Rochelle (1), est issu, comme Ségolène, du Parti socialiste. Dans ce combat fratricide, Sa Simplicité Hollandaise a choisi de soutenir l'Ex, suivi en cela par les instances du PS. La patronne rose Martine Aubry s'est d'ailleurs déplacée dans la cité portuaire pour supporter - dans tous les sens du terme - Ségolène Royal.

C'est à l'occasion de ce déplacement de la Méremptoire que Valérie Tweeterweiler a choisi de planter un couteau virtuel dans le dos de son ancienne rivale. Dans un tweet qui a crevé la Toile et battu tous les records de bruits médiatiques, elle a annoncé, mardi à 11 h 56, son soutien à l'adversaire de l'Ex abhorrée:

"Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé".

Voilà la France prise au milieu d'un crêpage de chignons entre les deux femmes, l'ancienne et la nouvelle, de son président. Qui a vraiment l'air malin. Sa Simplicité voulait rassembler les Français. Il ne parvient même pas à faire le ménage chez lui.

L'idéologie social-nationaliste gangrène une grande partie de la droite en France et en Europe, la Grèce continue à sombrer, l'Espagne est en train de la suivre, l'Italie donne des signes de faiblesse, l'euro survit sous perfusion, le régime syrien massacre son peuple à ciel ouvert, le capitalisme financier continue sa folle prédation. Mais avant d'aborder ces broutilles, le président, du haut de Sa Simplicité, doit se plonger dans les eaux troubles du port de La Rochelle. Un port en eau profonde.

Jean-Noël Cuénod

  • (1) «La Royale», c'est ainsi que l'on surnomme la marine de guerre française.

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Valérie Trierweiler : 1 interview et..... par LeNouvelObservateur

09/06/2012

Le plouc fait son poète

 

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Voici tout frais pondu, le nouveau bouquin du plouc, "Le Goût du Temps", des haïkus - c'est-à-dire des poèmes de formes courtes - illustrés par le peintre français Philippe Rillon qui préside le mouvement d'artistes "La Peau de l'Ours". La préface a été rédigée par son épouse Marianne, enseignante de philosophie dans la région parisienne et passionnée par le Japon où le haïku est né. "Le Goût du Temps" est édité par Samizdat et a reçu le soutien de la Ville de Genève. Samizdat est animé par la merveilleuse Denise Mützenberg. Avec sa soeur Claire Krähenbühl, elle se dépense sans compter pour la cause de la poésie.

Vous ne risquez pas de lire quoique ce soit à propos de ce bouquin dans la presse. A part quelques heureuses exceptions qui se reconnaîtront, les confrères du plouc ne sont pas du tout portés vers la poésie. Jugez donc par vous-mêmes en lisant "Le Goût du Temps".

13:42 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, haïkus, arts | |  Facebook | | |

06/06/2012

François Hollande victime d'«élysopathie»?

François Hollande voulait être un «président normal». C'est raté. Un mois après son élection, le voilà rejeté hors du cercle de la normalité. Ce qui est normal, compte tenu de la lourde charge symbolique qui pèse sur les épaules d'un président de la République française.

 

 Lors de sa première intervention télévisée, mardi 29 mai, il aurait prononcé 108 fois les mots «je» et «moi, je», selon des journalistes. Un linguiste français, Jean Véronis, a dénombré 22 «je» pour mille mots. François Hollande dépasse même Nicolas Sarkozy (17 pour mille) et s'approche de Dieu - c'est-à-dire François Mitterrand -, le recordman absolu (24 pour mille).

 

Ainsi, la malédiction de l'Elysée a-t-elle frappé une fois de plus. Car le diagnostic est sans pitié: François Hollande présente les premiers symptômes d'«élysopathie». Ce mal se caractérise par sa progression foudroyante: les chevilles enflent, le crâne gonfle, la myopie politique se transforme au fil du quinquennat en cécité, et la surdité gagne chaque jour du terrain. Seul l'organe de la parole n'est pas affecté. Au contraire, il se déploie façon perroquet.

 

 

Sur le plan psychique, le malheureux patient est sujet à des hallucinations. Chaque fois qu'il se rase, l'«élysopathe» voit Napoléon surgir du miroir. Chaque fois qu'il contemple son nombril, l'univers le salue avec révérence.

 

 

A l'exception peut-être de Georges Pompidou, décédé trop tôt en fonction, tous les présidents de la Ve République furent atteints. Même le généralTN-3402-Photo-officielle-du-President-De-Gaulle.jpg de Gaulle, dont on aurait pu penser que la stature historique le mettrait à l'abri de cette affection. En raison d'une atteinte aiguë d «élysopathie», il n'avait rien vu venir en Mai-68. (photo: élysopathe historique)

IM-3405-Photo-officielle-du-President-Giscard-D-Estaing.jpg Passons sur Giscard, dont l'«élysopathie» brillait comme sa calvitie sous le grand lustre du palais présidentiel. (photo: élysopathe luminescent)

 

Mitterrand fut un «élysopathe» assumé, tellement soucieux de prolonger les délices du pouvoir qu'il a cultivé le non-agir propre à la sagesse chinoise.TN-3403-Photo-officielle-du-President-Mitterrand.jpg (Photo: élysopathe mandarin)

Grand connaisseur de l'Asie, Chirac, «élysopathe» glouton, l'a suivi sur cette voie qui concilie Tao et tête de veau sauce gribiche. (photo: gastro-élysopathe )

 

IM-3401-Photo-officielle-du-President-Chirac.jpgA contrario, Nicolas Sarkozy a développé une «élysopathie» énervée. Mais énervante aussi. Lassés, les Français lui ont prescrit un arrêt de travail prolongé. (photoIM-3400-Photo-officielle-du-President-Sarkozy.jpg: élysopathe hystérique)

 

 

François Hollande (photo: élysopathe pluriel) n'a donc pu éviter de contracter ce virus, malgré les précautions prises,  tels voyages en train et en voiture, sans recours à la flotte aérienne. Mais ces mesures prophylactiques n'ont pas servi à endiguer la propagation des cellules malignes dites «moi-je» dans le nouvel organisme présidentiel.photo-officielle-hollande-bataillon-de-hollande.jpg

 

 

Il serait pourtant nécessaire que François Hollande trouve une potion magique pour terrasser ce mal. Car les temps ont changé. Le président annoncera bientôt de sévères mesures d'économie. Et celui qui s'est fait élire en se présentant comme un rassembleur devra réapprendre à dire «nous».

 

 

Jean-Noël Cuénod

20:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, politique, sarkozy, chirac, de gaulle | |  Facebook | | |