15/06/2012

Requiem pour Bayrou. La France est orpheline de son centre

 

 

 Les élections législatives françaises signeront-elles l'acte du décès politique de François Bayrou? La capacité de résurrection du démocrate-chrétien béarnais ne saurait être sous-estimée. L'ancien ministre peut encore rebondir. Mais on n'en dira pas autant de son parti, le MoDem.

 

Depuis cinq ans, Bayrou a tenté de construire un pôle centriste indépendant de la droite et de la gauche. Depuis la création de la Ve République, le centre - sous ses diverses dénominations - a toujours servi d'alliés au parti gaulliste et à ses avatars RPR, puis UMP. Il apportait à cette formation autoritaire, souverainiste et dirigiste, un contrepoids modéré, ouvert sur le monde et libéral. Malgré les idées intéressantes qu'il agitait, le MoDem n'a pas réussi à s'imposer comme un acteur majeur sur la scène politique française.

 

Il en va de même pour les autres formations centristes qui n'avaient pas suivi François Bayrou dans son aventure du MoDem. Hervé Morin et son Nouveau Centre, Jean-Louis Borloo et son Parti radical, Jean-Pierre Raffarin et sa tendance humaniste au sein du parti sarkozyste se moquaient de Bayrou et prônaient l'alliance avec l'UMP. Or, leurs mouvements sont aujourd'hui au moins aussi moribonds que le MoDem. Ces centristes mous avaient choisi de faire carrière gouvernementale sous le règne de Sarkozy. Les gamelles ministérielles réjouissant aujourd'hui d'autres museaux plus roses, ils se trouvent dépourvus.

 

De plus, leur voix ne compte plus du tout au sein de l'UMP qui adopte les thèmes du Front national, voire son idéologie. Dans un tel contexte, le centrisme devient un corps étranger au sein de cette droite en voie de radicalisation. Avec un MoDem en coma dépassé et des formations réduites à l'état d'ectoplasmes, la France est ainsi vidée de son centre.

 

Cette situation risque d'être préjudiciable à la République voisine. En effet, une entente devient de plus en plus probable entre le Front national de Marine Le Pen et l'UMP dont le secrétaire général Jean-François Copé répète en boucle que la patronne du FN «n'est pas son père». Sous-entendu, avec elle, il sera possible de causer. D'ailleurs, la base de l'UMP pousse à la roue en faveur d'un accord entre son parti et le Front national.

 

Lorsque le Parti socialiste au pouvoir ordonnera des restrictions budgétaires impopulaires, vers qui se tournera-t-il? Les Verts? Ils n'ont ni maturité politique ni poids électoral. Le Front de Gauche et les communistes? Ils se suicideraient en soutenant de telles mesures. La majorité socialiste devra donc affronter - en solitaire et sans marge de manœuvre - un bloc nationaliste qui rivalisera de haine et de démagogie. Il faudra bien alors réinventer cet impossible centre afin de créer une zone tampon.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Cette vidéo du spirituel Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen centriste et surtout remarquable politologue, nous en dit un peu plus sur ce centre qui a perdu sa boussole.


Conception du centrisme en France par ATTACHEE-PRESSE13

12:38 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections législatives, france | |  Facebook | | |

Commentaires

Bien vu. Le problème est qu'il y a malheureusement autant de sectaires au PS qu'à l'extrême-droite ou à l'UMP. On n'est pas sortis de l'auberge.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/06/2012

Bayrou refera surface, un jour ou l'autre. La France a besoin de l'intelligence terrienne de cet homme remarquable.

Écrit par : Pascal Décaillet | 15/06/2012

Au contraire de Monsieur Décaillet, je serai très heureux de l'élimination politique de François Bayrou. cet ancien bègue n'est que forfanterie et essais de coups d'éclat qui ne devraient servir qu'à son profit. Suivant la politique française depuis plus longtemps que vous, je puis vous assurer que Bayrou n'a jamais rien apporté de décisif au débat politique, louvoyant toujours pour garder son pré carré tel une girouette. S'il est défait ce week-end, ce qui semble fort probable maintenant, il aura beaucoup de peine à reprendre pied en politique nationale quand bien même les socialo-communistes se planteront très rapidement (voyez comme la CGT vient de remettre à terre la compagnie de ferries SNCM!!!).
A tout hasard, Monsieur Décaillet, votre inénarrable Christophe Darbellay prend gentiment le même chemin que votre affidé, se caractérisant par des coups politiques sans avenir!!!

Écrit par : simonius | 15/06/2012

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