30/05/2012

Police - justice: sortir du dilemme gauche-droite

delachaux.jpgLa délinquance est un précipité de tous les éléments qui forment une société. Ainsi, pour prendre conscience de la manière dont les grandes villes européennes vivent l'économie globalisée, la lecture d'un excellent polar est-elle un précieux recours. A titre d'exemple, citons celui que vient de publier Patrick Delachaux, un ancien policier genevois: Grave panique, paru aux Editions Zoé.

 

Envoyé dans la région parisienne lors d'une mission d'Europol, le narrateur est confronté à des rapports entre population et forces de l'ordre qui n'ont guère de points communs avec ce qu'il a vécu pendant dix-sept ans de police de proximité dans les rues de Genève. En Seine-Saint-Denis - ce département du Grand Paris qui accumule les handicaps -, les «keufs» sont perçus comme des soldats d'occupation. Et lorsqu'en bon flic genevois, soucieux de tisser des liens pour les transformer en tuyaux, Patrick Delachaux veut dire bonjour à des lascars de La Courneuve, il se fait incendier par ses collègues français. On ne cause pas à l'ennemi.

 

Entre les mafias chinoises, les clans de Français d'origine maghrébine et africaine, des féodalités nouvelles se construisent dans l'ombre. Le racisme politicard façon Le Pen (traduction en langage helvète: Blocher; avec une sous-variante genevoise: Stauffer) en fait son beurre rance.

 

 Voici donc le défi que doit relever la police française du XXIe siècle: tenter de détricoter ces féodalités pour que la République puisse reconquérir ses terrains perdus. Et cela ne se fera ni à grands coups de gueule extrémistes ni par les castagnettes de la langue de bois.

 

Après dix ans de règne sur la sécurité publique - en tant que ministre de l'Inté- rieur, puis président -, Nicolas Sarkozy nous a montré ce qu'il fallait surtout ne pas faire, à savoir jouer les policiers contre les juges, pulvériser la police de proximité, stigmatiser une population. Sur ces ruines, tout est à reconstruire pour le président Hollande. Un quinquennat n'y suffira pas. Mais, au moins, que le nouveau gouvernement remette la justice-police sur les rails!

 

 Il devra, avant toute chose, dépasser le faux dilemme droite-gauche. Pour la droite, fidèle au credo sarkozyen, les conditions sociales et économiques ne tiennent aucun rôle, seule compte la responsabilité individuelle. Pour la gauche, conforme au canon jospinien, la responsabilité individuelle se dilue dans les conditions sociales et économiques. La droite privilégie la répression, et la gauche, la prévention. C'est soit l'un, soit l'autre.

 

Or, prévention et répression forment les deux faces d'une même médaille; les séparer, c'est se condamner à l'inefficacité, comme l'ont prouvé la décennie Sarkozy, mais aussi les années Mitterrand-Jospin.

 

 Pour que la République se rétablisse là où elle est remplacée par les gangs, il faut soigner et cogner.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Commentaires

La gauche n'a pas toujours été que pro prévention. Avant les années 1980, le PS était répressif. Celui qui commettait l'acte criminel était considéré comme responsable de son acte et pas que déterminé par un système. Tout a basculé lors de la publication d'un rapport/livre interne qui a été voté en Congrès à la fin des année 1970. Je cherche de la documentation sur ce sujet. Peut-être êtes-vous mieux renseigné que moi sur ce sujet.

Écrit par : veronet | 31/05/2012

Ce clivage gauche-droite m'a toujours fait penser à une chamaillerie d'école maternelle et c'est par cela que nous sommes gouvernés en lieu et place d'une collaboration intelligente et pour le bien de tous.

Il n'est pas faux de dire comme veronet que la gauche a toujours été pro-prévention. Le fait est que les intentions ne suffisent pas et qu'il faudrait l'appliquer intelligemment ;)

La droite a toujours été pour la répression, mais ne l'applique pas non plus.

Je dirais que si la prévention était correctement insufflée dès l'école maternelle dans l'esprit de nos petits, mise en pratique à l'adolescence, la répression n'aurait plus aucune raison d'être à part quelques exceptions. Le sens de la responsabilité peut être inculqué très tôt. la culpabilité, elle, ne mène à aucune réponse positive.

Je vois assez mal comment nos élus pourraient inculquer un sens de la responsabilité quelconque à qui que ce soit. Vous en avez déjà vu un reconnaître ses erreurs ?

Écrit par : Jmemêledetout | 31/05/2012

Excellent article. Il est instructif et très intéressant. Merci pour le partage. J'apprécie vraiment le temps et les efforts que vous avez fait de publier cet article.

Muriel J. Walker

Écrit par : proactive reviews | 20/06/2012

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