06/05/2012

La longue marche de François Hollande. Le destin brisé de Nicolas Sarkozy

La victoire de François Hollande est l'issue d'un processus que le nouveau président français a mis de longues années à développer. Avec une opiniâtreté que tous ses adversaires, à l'intérieur du Parti socialiste (PS) comme à l'extérieur, ont sous-estimée, il a labouré ce département radical et chiraquien qu'est la Corrèze. Il a mis 27 ans à en être le patron. Mais ce temps-là n'a pas été perdu, de même que les onze années passées à la tête du Parti socialiste. Ainsi, il a pu tisser à la fois des réseaux locaux - indispensables dans une France attachée à ses racines rurales - et nationaux.

Durant la campagne cantonale de 2008 en Corrèze - qui a précédé sa victoire à la tête de ce département - un déclic s'est produit chez François Hollande. L'intellectuel humoriste à la taille ronde, à la mise négligée et aux loupes de myopes dévoreuses de visage a cédé sa place à un homme politique sérieux, au ventre plat, à l'élégance sobre et aux lunettes à fines montures. Certes, le rôle tenu dans cette transformation par sa nouvelle compagne la journaliste Valérie Trierweiller se révèle sans doute considérable. Mais le changement n'a pas opéré qu'en surface. L'aspect physique n'était que la traduction superficielle d'une mutation plus profonde; François Hollande a pris conscience que le rêve qu'il caressait depuis longtemps sans trop y croire, pouvait prendre forme. Son ironie et son autodérision ne constituaient plus des obstacles à cette prise de conscience. Dès lors, la force tranquille mitterrandienne qu'il avait mobilisée pour vaincre à Tulle lui a servi pour triompher à Paris.

Le "mou" et les "durs"

A chaque moment, Hollande a pris la décision qu'il fallait. Il a d'emblée annoncé qu'il vouait se porter candidat à la primaire du Parti socialiste, alors que Dominique Strauss-Kahn caracolait dans tous les sondages. Dès lors, lorsque DSK a sombré au Sofitel de New-York, les autres prétendants à la primaire ont été pris au dépourvu. La première d'entre eux, Martine Aubry, la patronne du PS, ne s'est portée candidate que par défaut. Après son large succès au primaire, Hollande a su mettre le PS au service de sa cause, malgré les morsures que lui avaient infligées Martine Aubry. Le «mou» sait être dur. Et la «dure» est vite rentrée à la niche. Il en a été de même durant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy a multiplié les coups fumants mais fumeux pour le faire sortir de ses gonds. Mais Hollande s'est bien gardé de prendre part à cette danse de Saint-Guy et n'a pas dévié de sa ligne en réitérant calmement ses propositions.

La malédiction du Fouquet's

Cela dit, François Hollande ne doit pas sa victoire qu'à ses propres mérites. Il a été servi par le président sortant qui a présenté un pâle bilan de son action. Même si les crises n'ont pas épargné le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la France s'en est bien plus mal tirée que l'Allemagne et les autres pays à culture protestante ou germanique. En outre, durant sa campagne, Nicolas Sarkozy a dit tout et son contraire, sautant d'un sujet à l'autre, n'en creusant aucun, ne proposant rien de concret, enfilant approximations et mensonges. Mais surtout, l'arrogance, la vanité, le tape-à-l'œil, les Rolex, le Fouquet's, les copains milliardaires, bref, toute cette pompe  sarkozyenne, a donné à la majorité des Français, une furieuse et irrésistible envie de sortir le sortant.

La droite en miettes

Pour la droite démocratique, l'échec est sinon cinglant, du moins patent. Elle doit éviter qu'à cette Berezina présidentielle ne succède un Waterloo législatif. Les élections des députés à l'Assemblée nationale se dérouleront dans un peu plus d'un mois, les 10 et 17 juin. Dès lors, l'UMP risque fort de payer les pots cassés d'une campagne que Sarkozy - inspiré par son mauvais génie Patrick Buisson - a arrimée à l'extrême-droite. Plus forte que jamais, Marine Le Pen va fondre son Front national dans le Rassemblement Bleu Marine qui veut accueillir l'aile droite de l'UMP. Prise entre le centre en pleine recomposition et une extrême-droite forte, la droite classique devra redoubler d'effort pour faire entendre sa voix. D'ores et déjà les manœuvres pour les élections législatives ont commencé. François Hollande doit en recevoir la confirmation de son succès de dimanche et éviter une cohabitation.

 

 L'UMP va tenter de refaire son unité, le Rassemblement de Marine Le Pen s'apprête à faire entrer des députés au Palais Bourbon et les communistes entendent bien en faire de même en persuadant leur allié Jean-Luc Mélenchon de ménager les socialistes afin que ces derniers leurs laissent une part du gâteau.

20:00 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : élections présidentielle, france, 2012 | |  Facebook | | |

Commentaires

Mélenchon n'est pas l'allié des communistes, je crois, mais leur représentant officiel. Mais un peu égocentrique, de sorte qu'il n'attend pas, c'est vrai, l'avis de ceux qu'il représente pour s'exprimer en public.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/05/2012

Casse-toi pov con!

Écrit par : Corto | 06/05/2012

Magnifique commentaire!
Tout est bien résumé et la présidentielle devient facile à comprendre. Je pense qu'on aura besoin de davantage d'explications pour les législatives. L'UMP, déjà, ne parle que de cela.
Magnifique commentaire, c'est sûr, donc je pense que "plouc chez les bobos" est surjoué.

Écrit par : Derek Christie | 06/05/2012

Pas d'accord avec votre analyse sur le positionnement de la campagne de Sarkozy. Il a eu raison de la jouer à droite plutôt qu'au centre: les résultats du premier tour l'ont clairement montré et s'il avait joué le rôle classique du Président en fonction, rassembleur plutôt au centre, il aurait vécu un avril 2002 à l'envers, Marine Lepen aurait été au second tour. La stratégie d'entre les deux tours est restée dans la même logique à juste titre: le résultat final est serré démentant les sondages d'un écart de 6 à 8 points. C'est sur son aptitude à gouverner et à traiter les urgences qu'il a repris des points à Hollande, avec ou sans débat (les sondages post débat montrent une perception d'expérience et savoir faire plus élevé chez Sarkozy que chez Hollande) , donc il n'avait pas besoin d'un recentrage non plus, et les reports des électeurs de Bayrou le montrent bien. Les français ont rejeté finalement un peu de personalité, un bilan en demi teintes (des réformes certes mais des difficultés économiques qui ne s'amenuisent pas) , un peu d'injustice de certaines décisions, un manque d'unité nationale mais ni l'énergie déployée ni les idées n'ont êté réellement remises en cause.

Écrit par : Olive | 07/05/2012

@ Olive: intéressante analyse, en particulier sur ce que les français ont rejeté. J'étais plutôt pour Sarkozy au début, pour son énergie, sa façon d'aller de l'avant même au risque de déplaire, et pour éviter madame Royal.

Mais je trouve que le président sortant n'a pas eu une action et un discours assez clair, il a manqué de pédagogie, il a hésité entre des options contradictoires, et il aurait dû mixer des réformes dont on ne voit pas l'effet avec d'autres dont les français auraient vu l'effet. Il a manqué de lisibilité, laissant s'installer une charge négative qu'il n'a pas su contrebalancer.

Mais même si je suis - enfin j'étais jusqu'à jeudi - pour Bayrou, même si Sarkozy n'est pas ma tasse de thé, je pense que c'est une forme d'hystérie qui s'est emparée de ses adversaires. On était dans l'irrationnel.

Maintenant je me demande si Sarkozy ne serait pas capable de revenir dans 5 ou 10 ans...

Écrit par : hommelibre | 07/05/2012

Bonjour,

Vous vendez la peau de l'ours législatif un peu vite !
Le bateau France va tanguer à cause de la Grèce qui risque d'exploser... et de l'agitation des marchés financiers qui en résultera...Et l'on pourrait bien avoir un Parlement ingouvernable..sans majorité socialiste...

Prudence, prudence.....

Écrit par : Racine | 07/05/2012

Excxellente analyse, mes félicitations.
J'ai voté Bayrou, puis comme Bayrou... Je pense que Hollande a la carrure présidentielle, et plus proche du MoDem qu'on ne l'imaginait. Tout le reste (Racine, Olive) est littérature partisane.

Écrit par : JJ Hannot Nimes | 08/05/2012

pas d'accord avec Olive sur 1 point : qu'elles idées avait le sortant ?... Plutôt des intérêts, mais pas d'idées. Ce qui a été frappant dans cette campagne c'est que les idées ne font plus recette par contre les stratégies de positions, oui ; Melenchon contre Le Pen, Hollande (le normal) contre le sortant... que des positions sur un échiquier. Mais pas d'idées . seul Bayrou en a présenté une ("le fabriqué en France")qui a fait flores en début de campagne et puis plus rien

Écrit par : schola | 13/05/2012

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