05/05/2012

Campagne présidentielle française: L’Europe, mal-aimée des… Européens

L’Europe a subi une grêle de coups durant la campagne présidentielle française qui vient de s'achever.  Nicolas Sarkozy réclame la  fermeture des frontières et menace de quitter l’Espace  Schengen. Sans oublier Marine Le Pen, qui doit une grande partie de son excellent  score au premier tour à ses attaques contre la zone euro. Mais la France n’est pas  la seule à naviguer entre euroscepticisme et europhobie. La défiance des Européens  vis-à-vis de leur continent est un sentiment très largement partagé.

La faute en revient tout d’abord aux institutions de l’Union européenne. Opacité  bureaucratique, arrogance technocratique, déficit démocratique figurent parmi leurs  défauts les plus insupportables. L’Union devient un bateau ivre piloté par des  ectoplasmes.

La plupart des politiciens nationaux ont cependant, eux aussi, créé ce climat  malsain par leur hypocrisie. Exemple parmi tant d’autres, le candidat Nicolas  vilipende Bruxelles, mais le président Sarkozy reçoit avec gourmandise  les subventions agricoles de Bruxelles, dont son pays est le premier et massif  bénéficiaire.
Dans de telles conditions, on se demande par quel miracle l’Europe unie garde encore  des partisans!

L’Union se trouve au milieu du gué. Et les eaux des crises économiques la font  vaciller. Comment s’en sortir? Retourner sur ses pas, chaque pays membre retrouvant  sa complète souveraineté? Ce point de vue est partagé par les diverses formations  souverainistes qui ont actuellement le vent en poupe au sein d’une part importante  des populations concernées. Une fois passée l’émotion de ce rêve aux décors  nostalgiques, la réalité têtue surgit avec sa rudesse coutumière. Comment défaire  ce qui a été savamment tissé depuis plus d’un demi-siècle sans provoquer des  déséquilibres majeurs en pleine tourmente économique?

Les souverainistes des pays de l’Union font penser à des claustrophobes qui  sauteraient de l’avion sans parachute dans l’unique but d’échapper à leur angoisse.  Bonjour l’atterrissage!

Dès lors, l’Europe est obligée d’avancer pour échapper aux remous actuels. Dans  cette société globalisée qui est la nôtre, qu’on le veuille ou non, seuls les grands  ensembles disposent de la taille nécessaire pour défendre leurs intérêts. L’Union  européenne doit donc devenir une puissance. Pour ce faire, elle ne saurait rester  dans l’état lamentable qui est le sien aujourd’hui. Il est inacceptable qu’un seul  pays, l’Allemagne en l’occurrence, préside aux destinées du continent. Les intérêts  des Allemands, pour légitimes qu’ils soient, ne concordent pas forcément avec ceux  des autres Européens.

Cela signifie donc que l’Europe doit progresser vers le fédéralisme. L’humanité n’a  encore rien trouvé de mieux pour assurer à des peuples de cultures différentes la  cohésion nécessaire à leur développement.

Jean-Noël Cuénod

 

(Cette chronique est parue en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures, jeudi 3 mai 2012

18:10 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonsoir,

Oui l'Europe politique est malheureusement en panne en ce moment ...

" Il est inacceptable qu’un seul pays, l’Allemagne en l’occurrence, préside aux destinées du continent. Les intérêts des Allemands, pour légitimes qu’ils soient, ne concordent pas forcément avec ceux des autres Européens. "

Bien d'accord avec vous. Toutefois si l'Allemagne se trouve dans cette position de leader ce n'est pas tellement par volonté hégémonique, mais plutôt par défaut d'autres locomotives économiques et politiques.

Trop nombreux sont les leaders politiques des pays membres de l'UE à se défausser sur elle -- l'UE -- pour tenter de masquer leurs propres carences afin d'en tirer des profits politiques personnels dans le but d'assurer leur réélection.

L'UE sera fédérale ou ne sera pas, mais allez expliquer le fédéralisme à des jacobins ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 05/05/2012

Monsieur Cueno.
Vous avez écrit exactement ce que j'essaie de faire comprendre (y compris à TDG) depuis plus de 20 ans à ces imbéciles de français.Je pense que bientôt l'Allemagne va se fatiguer de trainer ce boulet U-E et rejoindra les BRICS dont Mr Poutine fut un des initiateurs. Certainement dès que Mme Merkel sera partie. Avez vous lu mon livre (détesté par les élites) Le Rescapé de la Bombe (auto-édité)...Amicalement...Jean-Claude Meslin Tel: +33 4 50 24 57 54

Écrit par : Jean-Claude Meslin | 06/05/2012

Les commentaires sont fermés.