29/04/2012

IN FINE

 

Je cherche à tâton

La main du guide

Mais je ne saisis

Qu'un bout de nuit

Mes pas s'égarent

Sur les collines

Dans le silence

A flanc de coteau

 

Je suis perdu

Et me retrouve

Enfin et en fin

Jean-Noël Cuénod

PS: Merci à tous les amis du plouc de ne pas l'avoir laissé seul comme un veau au Salon du Livre de Genève

23:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/04/2012

Salon du Livre: ne laissez pas le plouc seul comme un veau!

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Après le Salon du Livre de Paris, le plouc attaque celui de Genève où il présente deux bouquins. Par pitié, ne le laissez pas seul comme un veau qui pleure (cf. l'étiquette de camembert dessinée par l'inoubliable Benjamin Rabier) devant sa pile de livres à Palexpo.

Voici donc ses jours et heures de présence au Salon du Livre de Genève 

  •  Samedi 28 avril, de 10 h. à midi, Jean-Noël Cuénod présente son nouveau recueil de haïkus «Le Goût du Temps» au stand Samizdat i 1141 (i comme Ibsen, en face de l'exposition Courbet).  
  •  Dimanche 29 avril, de 13 h. à 14 h. 30, le même Cuenod brandit son «Quinquennat d'un plouc chez les bobos» (cinq ans de chronique dans le Paris et la France de Sarkozy) au stand Slatkine F 841.

17:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/04/2012

Présidentielle 2012: le centre, espace quantique de la politique française

François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?

 L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!

 Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.

 De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.

 Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.

 

Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"

19:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : élections, bayrou, elysée, vidéos | |  Facebook | | |

24/04/2012

Le plouc sort un deuxième bouquin : des haïkus qui n'ont rien à voir avec quelque quinquennat que ce se soit.

Les Editions Samizdat, animée par Denise Mützenberg et Claire Krähenbühl, publie un nouveau recueil de poésie de ma pomme. Cette fois-ci, il s'agit de haïkus préfacés par une enseignante française en philo, spécialiste du Japon, Marianne Rillon. Les magnifiques illustrations sont dues au peintre parisien Philippe Rillon.

Ce  bouquin n'a donc rien à voir avec le « Quinquennat d'un plouc chez les bobos » (Editions Slatkine) du même Cuénod. Ledit bouquin continue d'ailleurs d'être en vente. Réclamez-le à votre libraire sur un ton comminatoire.

Le plouc participera au Salon de Genève. Voici donc ses heures de présence

  • - Samedi 28 avril, de 10 h. à midi, Jean-Noël Cuénod présente son nouveau recueil de haïkus «Le Goûtdu Temps» au stand Samizdat i 1141 (i comme Ibsen, en face de l'exposition Courbet)

 

  • - Dimanche 29 avril, de 13 h. à 14 h. 30, Jean-Noël Cuénod présente le «Quinquennat d'un plouc chez les bobos» (cinq ans de chronique dans le Paris et la France de Sarkozy) au stand Slatkine F 841.

 

En attendant, voilà le bon de souscription pour « Le Goût du Temps »

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22/04/2012

Marine Le Pen en embuscade contre Sarkozy puis Hollande

marine-le-pen Langue.jpgOutre le Parti socialiste qui, avec son candidat François Hollande, se place en grand favori du second tour de l’élection présidentielle française, l’autre vainqueur du scrutin de dimanche est le Front national et sa prétendante Marine Le Pen.
 Avec près de 20% des suffrages, elle inscrit durablement l’extrême droite au premier plan du paysage politique de l’Hexagone. Elle dépasse même son père.

 Certes, Jean-Marie Le Pen avait réussi à se qualifier pour le sprint final de la présidentielle 2002, mais avec un score moins élevé qu’elle au premier tour (17,8%). De plus, le chef d’alors du Front national bénéficiait d’un effet de surprise. Personne ne l’avait vu venir à une telle place. Sa progression ne s’était révélée fulgurante que durant les derniers jours précédant le scrutin d’avril 2002.

Tel n’est pas le cas de sa fille. Les sondages l’ont installée à une place élevée dans l’opinion depuis une année; elle était même donnée comme possible qualifiée pour le second tour. Force est de constater que le Front national en version blonde et talons hauts ne fait plus peur. La «dédiabolisation» mise en place par Marine Le Pen a réussi, malgré les récentes provocations paternelles.

Pour l’instant, la patronne du Front national a tout intérêt à tabler sur une victoire de François Hollande au second tour, ce qui la transformerait en opposante de premier plan. En outre, une défaite de Nicolas Sarkozy risque fort de faire voler en éclats l’UMP qui a montré durant ce quinquennat sa fragilité et sa tendance à la désunion. Entre la tendance humaniste qui lorgne vers le centre et celle qui penche vers le Front national, l’unité sera bien malaisée à maintenir. D’autant plus que les rivalités personnelles sont en train de pourrir l’atmosphère au sein du parti présidentiel.

Marine Le Pen espère donc ramasser les débris de l’UMP pour construire le grand parti de la droite dure. Un parti de gouvernement.

Jean-Noël Cuénod

22:50 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : élection présidentielle, france, front nationa | |  Facebook | | |

19/04/2012

présidentielle 2012: le rêve français, illusions et espoir

C'est fou ce que l'on rêve durant la campagne présidentielle française! Au fil des meetings, les candidats inscrivent dans les songes de fabuleux destins, quitte à traiter leurs adversaires de «rêveurs». Comprenne qui pourra.

 

Certes, en Suisse, le rêve ne fait pas partie de notre vocabulaire électoral. Même le plus échevelé des poètes surréalistes ne pourrait envisager un seul instant de rêver après un discours de ce brave Schneider-Amman ou un entretien avec la déprimante Eveline Widmer-Schlumpf. Quant à Blocher, il ne saurait susciter que ces cauchemars provoqués par les lourdeurs stomacales. En matière d'onirisme politique, la France est donc bien mieux pourvue. Toutefois, elle n'en détient pas le monopole.

 

Aux Etats-Unis, l'«American dream» deviendrait presqu'une marque déposée. Leur équipe de basket avait été surnommée «dream team» lors des Jeux olympiques de 1992. Et le fameux «I have a dream» du pasteur Martin Luther King résonne encore dans toutes les âmes. D'ailleurs, le rêve des Américains a excellente presse. Alors que les voisins de l'Hexagone, surtout anglo-saxons, raillent celui des Français. Le rêve d'outre-Atlantique fait rêver. Celui d'outre-Jura fait ricaner. Il y a là une certaine injustice.

 

Bien sûr, les candidats à la présidence française chantent à leurs électeurs de jolies berceuses aux illusoires refrains. Aucun d'entre eux - sinon de temps en temps François Bayrou dont la voix ne porte guère - n'a le courage d'expliquer à ses électeurs à quel point la situation de la France approche de la catastrophe.

Il est sidérant de constater que la réforme du permis de conduire et la viande halal ou pas halal ont éclipsé la hausse massive de la dette publique. Or en 2011, le service de cette dette a obligé la France à verser aux banques un montant supérieur (près de 47 milliards d'euros) au budget de l'Education nationale.

 

Toutefois, le rêve français n'est pas tissé que de calembredaines pour banquets républicains. Il a sa noblesse populaire. Et si Jean-Luc Mélenchon parvient à déplacer les foules, c'est sans doute moins à son programme plutôt fumeux qu'il le doit qu'à cet appel au rêve fraternel qu'il a su faire vibrer dans les cœurs d'une partie des Français.

 

Ce monde s'épuise à suivre les délires du capitalisme financier et à subir l'hystérie de la société de consommation - avec de moins en moins de consommateurs et de plus en plus de frustrés -, ce monde disais-je, a soif. Soif de partage et de solidarité; soif d'échanges gratuits et non plus de relations marchandes; soif de rencontres réelles et non plus de rendez-vous virtuels.

 

Un jour peut-être, les Français débarrasseront leur rêve de sa gangue d'illusions. Alors, leur pays ne fera plus ricaner. Et redonnera au monde ce qu'il lui avait jadis offert, un espoir de fraternité.

 

Jean-Noël Cuénod

12:24 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sarkozy, hollande, bayrou, mélenchon, élection | |  Facebook | | |

12/04/2012

Secret bancaire: le grand bal des faux-culs est ouvert

A chaque élection importante dans l'un de nos pays voisins, taper sur la Suisse et son secret bancaire est devenu figure imposée. L'actuelle campagne présidentielle française ne saurait faire exception. Et c'est le grand bal des faux-culs qui commence! Car dans ce domaine, tous les protagonistes se montrent d'une hypocrisie massive.

 

La Suisse tout d'abord. Elle déploie une énergie sans faille à protéger l'anonymat de riches contribuables étrangers afin qu'ils puissent frauder le fisc de leur pays en toute impunité. On peut retourner ce problème dans tous les sens, il s'agit là d'une assistance active aux fraudeurs, ni plus ni moins. Pour tenter de masquer ce qui relève de la mentalité délinquante, la Suisse financière avance cet argument: le secret bancaire aurait été inventé pour permettre aux Allemands de mettre leurs biens à l'abri des nazis. Mais ces derniers ne sauraient servir d'éternels alibis 67 ans après leur chute.

 

Cela dit, la Suisse n'est pas la reine de ce bal des faux-culs. Que dire de la France? Côté face, ses dirigeants, tous partis confondus, n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser ces vilains profiteurs helvétiques. Côté pile, les mêmes politiciens courent vers les bords du Léman pour planquer les caisses noires de leurs partis. Sans oublier les grands groupes industriels français qui ont élevé l'«optimisation fiscale» au rang des beaux-arts.

 

L'Allemagne n'est pas en reste. Elle cible ses attaques sur la Suisse, mais prend bien garde de ménager les autres Etats qui pratiquent, sous des formes parfois encore plus opaques, le secret bancaire, comme la Grande-Bretagne et certains Etats nord-américains. Mais l'une fait partie de l'Union européenne et doit ainsi être ménagée, car Berlin peut toujours avoir besoin de Londres pour avancer ses pions au sein de l'UE. Et les autres appartiennent à la plus importante puissance mondiale. Il est nettement moins dangereux de cogner sur Berne que d'égratigner Washington.

 

De plus, Genève occupe la première place mondiale en matière de gestion de fortune (27% de la fortune du globe), selon Gardiner Finance LLC, devant la Grande-Bretagne et le Luxembourg. Cette position attire forcément les convoitises. Les vertueuses attaques menées en Europe et aux Etats-Unis contre le secret bancaire helvétique ont donc pour mobile réel de prendre la place d'un concurrent d'autant plus fragile qu'il se trouve - par la faute des blochériens - isolé diplomatiquement.

 

Si le secret bancaire suisse est aboli, la fraude fiscale profitera à d'autres contrées et ne sera pas tarie pour autant. Elle est consubstantielle à l'économie capitaliste qui a pour moteur l'énergie que procure la cupidité. Or, celle-ci ne peut pas se satisfaire du respect des règles fiscales et cherchera toujours à s'en affranchir. Dès lors, la fraude fiscale n'est ni un accident ni une anomalie dans notre société.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(Texte paru jeudi 12 avril 2012 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et "Perspective" de la Tribune de Genève)

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08/04/2012

Les baha'is crucifiés par le pouvoir iranien

En cette période pascale, il est temps de se rappeler les crucifiés d'un régime d'oppression qui a Dieu dans la bouche et le diable dans ses actes. Dès son avènement, la dictature de Téhéran a voué une haine tenace aux fidèles d'une religion, née pourtant en Iran, qui professe le pacifisme le plus absolu, le baha'isme.

 

Ne menant aucune action antigouvernementale, ne soulevant aucun trouble, prônant la non-violence en toute occasion, les baha'is ne sont coupables aux yeux des Mollahs que d'un «crime», celui de reconnaître un prophète, Baha'u'llah, apparu après Mohamed. Or, celui-ci, selon l'islam, clôt le cycle des prophètes. Toute révélation qui lui est postérieure relève du blasphème, d'après le dogme musulman.

 

Depuis une semaine à Paris et dans d'autres grandes villes du globe les portraits géants de sept dirigeants baha'is - emprisonnés en Iran dans des conditions épouvantables - ont été placardés par l'organisation de défense des droits de l'homme «United4Iran». Donnons leur identité, puisque le régime de Téhéran fait tout pour que le monde les oublie:

 

 Fariba Kamalabadi, Jamaloddin Khanjani, Atif Naeimi, Saied Rezaie, Mahvash Sabet, Behrouz Tavakkoli et Vahid Tizfam.

 

Cette action internationale marque les 10 000 jours d'incarcération cumulés par les sept anciens responsables de la communauté baha'ie d'Iran. Ils ont été arrêtés en 2008 et condamnés chacun à 20 ans de réclusion pour «espionnage» - l'inculpation favorite des dictateurs - à la suite de procès de type stalinien.

 

La semaine passée la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde a consacré deux pages à la situation des baha'is en Iran relevant «des traitements de plus en plus impitoyables, y compris l'accroissement du nombre d'arrestations, de détentions, d'attaques violentes des domiciles privés».  Le rapport d'Amnesty international 2011 dressait le même constat (se référer au lien).

 

Naguère, les religions révélées avant l'apparition du Coran - le christianisme, le judaïsme, le zoroastrisme - étaient moins persécutées par la mollarchie. Ce n'est plus vrai maintenant, constate la Commission américaine. Si elles sont, théoriquement, reconnues et protégées par la Constitution iranienne, ces communautés deviennent «l'objet d'une discrimination croissante, d'arrestations et d'emprisonnements.» Les Iraniens convertis au christianisme sont particulièrement visés. Même certains musulmans ne sont pas épargnés, comme les soufis qui pratiquent un enseignement ésotérique dépassant l'espace borné des dogmes.

Dans l'Iran d'Ahmadinejad et du Guide Suprême, le poète perse Omar Khayyam aurait subi mille tourments. Puisse sa voix surgir un jour des ruines de cette dictature:

 

Qu'il est vil, ce cœur qui ne sait pas aimer, qui ne peut s'enivrer d'amour! Si tu n'aimes pas, comment peux-tu apprécier l'aveuglante lumière du soleil et la douce clarté de la lune?

 

Jean-Noël Cuénod

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05/04/2012

De l'autre côté du Périph'

Le Périph'est plus qu'un anneau de bagnoles tournant autour de Paris comme des poissons gris - attention certaines espèces proches des piranhas à moteur se révèlent dangereuses - dans leur bocal, plus qu'une limite, plus qu'un mur. C'est une frontière. Samedi, le plouc et la plouquette sont allés applaudir de formidables clowns-artistes «Les Paraconteurs», un duo formé par le Genevois de Paris Mathieu van Berchem et son complice Eric (Le plouc vous en parlera ultérieurement). Ils participaient au festival de clowns organisé à Bagnolet, situé à un jet de pneu brûlé de Paris.

De pneu brûlé, car dès la sortie du métro Gallieni, terminus de la ligne 3, une chaude ambiance accueille plouc et plouquette. Juste à côté du métro, sous cet énorme nœud autoroutier entre le Périph'et l'A3, un grand camp de Roms est ravagé par les flammes. Une épaisse, grasse et noire fumée envahit l'autoroute qui est aussitôt fermée. Pompiers et flics débarquent. Des meutes de petits mendiants courent en riant, se fichant pas mal des objets anéantis par le feu puisqu'eux n'ont rien. Pour ces gosses, c'est la fête. Une rupture dans la routine main tendue, chapardage, arrestation, remise dans la rue. Des femmes en jupes longues et nattes affolées tentent de réunir ce troupeau anarchique et glapissant. En vain. Les hommes, eux, regardent le spectacle, impassibles, les mains dans les poches, en supputant un relogement possible. D'autres badauds brandissent leurs smartphones pour l'enregistrer afin de faire les intéressants au bistrot. Surtout, ne pas perdre une braise de ce sinistre. Un hurlement: «Ça va exploser!». Mais ça n'explose pas. Les médias annonceront qu'une femme et un enfant ont été légèrement intoxiqués.

Plus loin, sur le chemin qui conduit au quartier de Bagnolet judicieusement intitulé «Malassis», une guimbarde part dans tous les sens et à toute vitesse. Elle heurte le muret d'un rond-point, ricoche contre le bord du trottoir, repart au milieu de la route, retourne vers le rond-point pour faire carrousel. Dans la voiture, quatre types pétés comme des pruneaux d'Agen mais pas à jeun. Une patrouille de flics passe, regarde ailleurs et s'en va aussitôt. Bienvenue à Bagnolet.

Juste de l'autre côté du Périph', c'est Paris. Un Paris coquet, vieillot avec les pavillons du quartier «La Campagne à Paris» construit en 1926. Jardinets proprets. Balcons hortensifiés. Pelousettes nettes. Rosiers pomponnés.

 

Dites-moi, de quel côté se trouve la réalité?

  

Jean-Noël Cuénod

VIDEO Cet incendie capté par le smartphone d'un témoin (BFMTV)

 

12:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendie vidéo | |  Facebook | | |