12/04/2012

Secret bancaire: le grand bal des faux-culs est ouvert

A chaque élection importante dans l'un de nos pays voisins, taper sur la Suisse et son secret bancaire est devenu figure imposée. L'actuelle campagne présidentielle française ne saurait faire exception. Et c'est le grand bal des faux-culs qui commence! Car dans ce domaine, tous les protagonistes se montrent d'une hypocrisie massive.

 

La Suisse tout d'abord. Elle déploie une énergie sans faille à protéger l'anonymat de riches contribuables étrangers afin qu'ils puissent frauder le fisc de leur pays en toute impunité. On peut retourner ce problème dans tous les sens, il s'agit là d'une assistance active aux fraudeurs, ni plus ni moins. Pour tenter de masquer ce qui relève de la mentalité délinquante, la Suisse financière avance cet argument: le secret bancaire aurait été inventé pour permettre aux Allemands de mettre leurs biens à l'abri des nazis. Mais ces derniers ne sauraient servir d'éternels alibis 67 ans après leur chute.

 

Cela dit, la Suisse n'est pas la reine de ce bal des faux-culs. Que dire de la France? Côté face, ses dirigeants, tous partis confondus, n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser ces vilains profiteurs helvétiques. Côté pile, les mêmes politiciens courent vers les bords du Léman pour planquer les caisses noires de leurs partis. Sans oublier les grands groupes industriels français qui ont élevé l'«optimisation fiscale» au rang des beaux-arts.

 

L'Allemagne n'est pas en reste. Elle cible ses attaques sur la Suisse, mais prend bien garde de ménager les autres Etats qui pratiquent, sous des formes parfois encore plus opaques, le secret bancaire, comme la Grande-Bretagne et certains Etats nord-américains. Mais l'une fait partie de l'Union européenne et doit ainsi être ménagée, car Berlin peut toujours avoir besoin de Londres pour avancer ses pions au sein de l'UE. Et les autres appartiennent à la plus importante puissance mondiale. Il est nettement moins dangereux de cogner sur Berne que d'égratigner Washington.

 

De plus, Genève occupe la première place mondiale en matière de gestion de fortune (27% de la fortune du globe), selon Gardiner Finance LLC, devant la Grande-Bretagne et le Luxembourg. Cette position attire forcément les convoitises. Les vertueuses attaques menées en Europe et aux Etats-Unis contre le secret bancaire helvétique ont donc pour mobile réel de prendre la place d'un concurrent d'autant plus fragile qu'il se trouve - par la faute des blochériens - isolé diplomatiquement.

 

Si le secret bancaire suisse est aboli, la fraude fiscale profitera à d'autres contrées et ne sera pas tarie pour autant. Elle est consubstantielle à l'économie capitaliste qui a pour moteur l'énergie que procure la cupidité. Or, celle-ci ne peut pas se satisfaire du respect des règles fiscales et cherchera toujours à s'en affranchir. Dès lors, la fraude fiscale n'est ni un accident ni une anomalie dans notre société.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(Texte paru jeudi 12 avril 2012 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et "Perspective" de la Tribune de Genève)

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Commentaires

De bleu, de bleu, que tout cela est bien dit ! Merci.

Écrit par : Michel Sommer | 16/04/2012

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