13/03/2012

Alerte Média! Le marronnier de la Treille a sorti sa première feuille

 

Le Plouc s'est équipé d'iPad sonnant et trébuchant. Sommet de l'aliénation contemporaine, cet objet envoûtant retentit d'une petite sirène et allume son écran dès qu'une information patachniaque jaillit du cerveau d'un communiquant électoral ou d'autres cyberturlupins. DRING! «Marine Le Pen a ses 500 signatures». PIN-PON! «Sarkozy retire la nationalité française à ses exilés fiscaux». TRIIIIT! «L'Angleterre bat la France au Tournoi des VI Nations».

 

Et là, maintenant, à la minute: DRING DRING DRING! «TdG C'est le printemps! Le marronnier officiel genevois a sorti sa feuille». Sur un trottoir de la rue Bobillot dans le XIIIe arrondissement parisien, la Treille fleurit mon iPad de plouc (les iPloucs ne sont pas encore sortis chez Apple). Un autre monde s'installe. Celui de ce Piogre avec son feuilleton servettien, sa Tour Baudet en folie, son Palais de Justice râleur, ses travaux routiers qui relèvent de la psychopathologie aiguë. Mais aussi avec son Salève (oui, oui, les Savoyards, je sais, je sais) qui fait carrières, son fourbi alpestre et ses arbres somptueux.

Le cœur se serre un peu. L'annonce de la première feuille du marronnier de la Treille était du ressort exclusif d'un gentil collègue, Jean-Jacques Marteau, décédé en juillet 2008. Il en a fait le rendez-vous incontournable de la Genève de toujours sous ses milles masques.

Lorsque, venant tout essoufflé à la rédaction, tenant encore son casque de scooter à la main, Jean-Jacques annonçait: «ça y est! Elle est sortie! C'est le printemps», on savait que le grand moment était arrivé. Le ciel de Calvin dût-il s'effondrer sur nos têtes impies, la «Tribune» ‑ plus Julie que jamais - allait réserver une place de choix à cet événement qui revient chaque année mais que l'on ne saurait rater. Un «marronnier» donc. Comme dans n'importe quelles rédactions de n'importe quelles villes qui, toutes, célèbrent un événement de ce genre rythmant la vie collective. Sauf qu'à Piogre, le marronnier est dépouillé de ses guillemets. C'est une affaire sérieuse. Que dis-je, de la plus haute importance.

Comme à Genève, rien n'est simple et que tout se complique, une lutte sourde grondait chaque année entre le Sautier du Grand Conseil - le seul à pouvoir consigner l'arrivée du printemps avec toute l'autorité du pouvoir législatif - et Jean-Jacques Marteau. Chacun possédait son marronnier. Il y avait - il y a toujours - l'officiel. Et celui de Jean-Jacques, dit le «marronnier fou», car il faisait pousser sa première feuille au beau milieu des pires frimas. Ce qui permettait à Marteau d'annoncer l'arrivée du printemps au mois de janvier et ne manquait pas de faire grossir le volume des lettres de lecteurs.

A Paris, le combat entre le marronnier officiel et le marronnier fou me manque. Moins tout de même que notre Jean-Jacques Marteau (photo), précocejj_marteau_fideprud_01.jpg défenseur de la nature, des bébés phoques et des fleurs en bouton.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

"Ah, ces pauv' phoques"... Sacré bureau tout de même, partagé toutes ces années avec Jean-Jacques, le chef René et l'inénarrable Henri Poulain, dit "Le Cardinal": un anar, un trotsk, un défenseur des animaux, un condamné à mort fasciste et un joueur de volley-ball... De quoi réjouir Prévert :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 14/03/2012

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