07/03/2012

Honneur à Anne Perrier, poète de la force secrète

 

annePerrier.jpgRien n’est plus éloigné de l’univers poétique d’Anne Perrier que ce ministère très parisien de la Culture dont les longs couloirs dégagent un remugle d’ambitions recuites et de courtisaneries déçues. Mais ne faisons pas la fine bouche. Ce n’est pas tous les jours que la France officielle honore un poète suisse majeur, la Lausannoise Anne Perrier en l’occurrence. Une foule dense d’invités s’est donc pressée, hier rue de Valois – à un jet de Mona Lisa du Louvre – pour assister à la remise par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand du Grand Prix national de la Poésie.


En l’absence de la poète, retenue à Lausanne par son grand âge, c’est sa petite-fille Marine Hutter qui a reçu ce prix prestigieux qui fut attribué à Francis Ponge, Aimé Césaire, Edmond Jabès, Yves Bonnefoy et notre compatriote Philippe Jaccottet, entre autres. Anne Perrier est la première femme à l’obtenir, précise Silvia Baron Supervielle, présidente du jury de ce Grand Prix.


Il est fort rare que la France officielle s’intéresse à la littérature romande. Cette reconnaissance d’Anne Perrier est-elle une hirondelle annonçant le printemps après un long hiver d’indifférence? Un bref échange avec le ministre Frédéric Mitterrand induit à la prudence: «Mais enfin, Ramuz (prononcez: «Ramuze») est publié dans La Pléiade! Et Jacques Chessex (prononcez: «Chessexe») est bien diffusé chez nous». Monsieur le Ministre peut-il citer d’autres auteurs suisses? «Ah, c’est dommage… Jean-Luc Godard n’a pas écrit de romans!»


Mais laissons ces futilités ministérielles pour en venir à cette évocation parisienne de l’œuvre poétique d’Anne Perrier qui est traduite en huit langues dont l’albanais, le chinois, le vietnamien. Et avant toute chose, lisons-la. Les Editions Empreintes, en collection «Poche-Poésie», ont récemment publié Le Voyage, suivi de Le Livre d’Ophélie, Le Joueur de Flûte et L’Unique Jardin. Pour l’écrivain français Alain Lévêque, qui a dit un poème de l’auteur couronné, «Anne Perrier est une musicienne du silence». L’Universitaire lausannoise Doris Jakubec lui fait écho: «Pour elle, les objets de la nature forment des points d’ancrage pour s’élever vers la spiritualité. Une spiritualité qui évolue dans la liberté et, si possible, la beauté».


La poésie d’Anne Perrier est parcourue par une force d’autant plus agissante qu’elle est secrète. Elle fait songer au Rhône, ce passager clandestin qui pousse sa vie, caché sous la peau du Léman. Simple sa poésie? Disons qu’elle coule de source. Elle va à l’essentiel. Cette essence-ciel, qui sourd de la terre. Ecoutons Anne Perrier dans cet extrait d’«Heures» tiré du Livre d’Ophélie:


Moi l’envolée

J’ai perdu dans les airs la trace des oiseaux

Moi l’écoulée

En dormant j’ai perdu la voix des passeurs d’eau

Je suis le chant qui s’en va tout seul

Entre terre et ciel.

 

Jean-Noël Cuénod

Commentaires

Félicitations à Anne Perrier.

Écrit par : Rémi Mogenet | 07/03/2012

Merci, Jean-Noël Cuénod, de nous avoir permis de partager cet honneur rendu à Anne Pérrier et de conclure par ce superbe extrait d'"Heures".

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 08/03/2012

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