25/02/2012

Le présimonarque Nicolas Sarkozy saisi par la référendite

Nicolas Sarkozy a passé tout son premier – et peut-être dernier – quinquennat à éviter les référendums. Car, en France, c’est le chef de l’Etat qui décide si le peuple peut ou non se prononcer sur un sujet majeur de la vie nationale.

La gauche en voulait un pour s’opposer à la privatisation de la poste française. Refus immédiat. Les eurosceptiques en souhaitaient un autre afin que le peuple ratifiât le Traité de Lisbonne, qui modifiait les institutions de l’Union européenne. Pour l’Elysée, pas question de risquer un nouveau vote négatif après celui qui avait causé la mort prématurée de la Constitution européenne lors du référendum de 2005. Les syndicats en exigeaient un troisième sur la réforme des retrai- tes. Ils ont voté, mais avec leurs pieds, en manifestant, sans le moindre succès d’ailleurs.

Et puis, voilà, dès l’annonce de sa candidature le «présimonarque» est foudroyé par une crise de référendite aussi soudaine qu’aiguë! Il placera son second quinquennat – si second quinquennat – sous le signe de la parole enfin donnée au peuple, en usant du référendum comme d’un talisman destiné à le réconcilier avec le succès.

Dans l’esprit du candidat président, le référendum serait une arme en sa possession pour surmonter les obstacles dressés par les syndicats sur la route de ses réformes. Il veut ainsi jouer les «élites» – parmi lesquelles Sarkozy range les organisations ouvrières – contre le peuple.

Cette tactique pourrait se révéler payante dans un pays qui dispose d’une longue expérience de la démocratie directe. Ce n’est pas du tout le cas de la France. A part quelques exemples bien particuliers, les rares référendums organisés outre-Jura se sont conclus de la même manière: les électeurs ont voté pour ou contre le gouvernement, sans égard pour la question qui leur était posée. Compte tenu des institutions actuelles, il ne peut guère en aller autrement, quel que soit le président.

En effet, il y a en France confusion entre le plébiscite et le référendum. Dans le premier cas, l’exécutif pose une question au peuple. Dans le second, c’est le peuple qui – par la récolte d’un nombre de signatures donné – se pose une question à lui-même. A l’évidence, ce que l’on nomme en France «référendum» est, en fait, un plébiscite. Or les électeurs ne répondent pas de la même manière dans l’un ou l’autre cas. Lorsque le «haut» questionne le «bas», le «bas» a tendance non pas à répondre à la question posée, mais à interpeller le «haut». Lorsque le «bas» se pose à lui-même une question, en bonne logique, il y répond.

L’Hexagone peut fort bien instiller de la démocratie directe dans ses rouages. Mais cela ne se fera pas de but en blanc. Il faudra, auparavant, procéder à une profonde réforme des institutions pour créer un véritable référendum, en trouvant des modalités d’application qui soient conformes au génie particulier de la France.

Jean-Noël Cuénod

(Texte paru jeudi 23 février 2012 dans cette version en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version plus courte en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

 VIDEO: France-Soir a promené son micro sur les trottoirs de Paris pour connaître l'opinion des passants (réfrigérés) sur le référendum sauce Sarko

Commentaires

En France les référendums sont des plébiscites. Les pauvres, ils ne savent pas encore ce qu'est la démocratie directe et le fait que le peuple soit le souverain. On a coupé la tête au roi, pas encore celle de la monarchie, fut-elle républicaine. Sans parler de tous les barons dans leur fief à travers le pays.

Écrit par : Johann | 26/02/2012

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