31/12/2011

ADIEU FRANGIN

Adieu frangin. Tu ne verras pas 2012. Mardi 20 décembre au soir, tu es parti ailleurs. Vendredi 30, nous avons célébré ton départ au Temple de Vandoeuvres. L'hommage du Plouc à son frère Bernard Cuénod, ancien député et maire de Corsier.

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28/12/2011

VIVE EAU

DSachot1.jpg

Une onde vibrante
Parcourt les eaux du ciel
Pour créer la Terre

 

          ***  

 

Le règne de l’eau
Ne connaît aucune rive
Puissance sans fond

 

          ***


Le sel d'un instant
Se dissout dans la pluie
De tes caresses

 

          ***

Il pleut sur ma peau
Des gouttes de ta nuit
Qui étend sa main.

 

Jean-Noël Cuénod (la photo est tirée du remarquable blogue édité par le photographe Dominique Sachot (site:http://doque.over-blog.com)

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25/12/2011

Cancer social et triste passions des préférences

Le Plouc apprend en lisant l'excellent blogue de l'ami Souaille qu'il existe une notion de « préférence cantonale » développée sans doute par ces politibraillards de bistrot qui semblent faire la loi à Piogre. Jadis, le père Le Pen avait illustré ainsi cette pensée visionnaire : « Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines, mes cousines à mes voisines et mes voisines à des étrangères ».  Il a donc élaboré le slogan de la « préférence nationale ». Montant d'un degré, les sarkozystes militent maintenant pour la « préférence européenne ». Mais avec les politibraillards de Piogre, on tombe dans l'escalier : voilà la « préférence cantonale ».

 

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Instaurons la « préférence communale », puis la « préférence de quartier ». Continuons avec la « préférence d'immeuble » qui n'est qu'une étape avant la « préférence d'étage », puis la « préférence d'appartement. » La suite logique en est la «préférence individuelle ».

 

 Allons encore plus, loin, avec la « préférence organique ». Un organe revendique d'être privilégié par rapport aux autres. Il est apparu en premier dans le fœtus, prétend-il. C'est alors que les cellules se mettent à leur tour à se combattre les unes contre les autres, au nom de la « préférence cellulaire ».

Cela s'appelle le cancer. Bon Noël quand même.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/12/2011

La faim, un massacre invisible et quotidien

Cannes 2011, au Sommet du G20. Les organismes d'entraide tentent d'extirper la meute journalistique de son obsession, à savoir la crise de l'euro. Mais la petite voix de ces organisations non-gouvernementales (ONG) ne parvient guère à percer dans le tintamarre orchestré par un expert en bruits médiatiques, Nicolas Sarkozy, temporaire Roi du monde à la tête du G20.

 

Toutefois, en tendant bien l'oreille, le journaliste dûment accrédité peut percevoir le message des ONG, à savoir que les soucis des Européens prennent une place démesurée comparés à ce constat effrayant dressé, entre autres, par Mauricio Cunha qui dirige une quarantaine de programmes humanitaires au Nordeste brésilien:

 «920 millions d'hommes et de femmes - dont 200 millions d'enfants - se couchent chaque soir sans avoir mangé durant la journée. Et le Sommet de Cannes n'a abordé cette réalité que de façon accessoire».

 

Dans son dernier livre, «Destruction massive - Géopolitique de la faim» (Seuil), Jean Ziegler se fait le relais de ceux qui luttent contre la famine et la malnutrition. L'ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation et actuel vice-président du Comité consultatif au Conseil des droits de l'homme de l'ONU décrit l'état des lieux de la faim qui n'a cessé de croître.

 Les principales victimes sont les enfants dont les neurones se forment durant les cinq premières années de leur existence. Si pendant cette période cruciale, les petits ne reçoivent pas «une nourriture adéquate, suffisante et régulière», ils resteront des mutilés cérébraux à vie. C'est donc des nations entières dont le développement est ainsi mis en péril. Dès lors, parler en l'occurrence d'un «massacre de masse» n'est pas exagéré.

 

Notre société média-mercantile invente des bidules électroniques toujours plus complexes. Elle est magnifique d'efficacité dans le futile, le superflu et l'accessoire. Mais quand il s'agit de s'attaquer au premier des scandales, celui de la malnutrition, son imagination créatrice se tarit aussitôt. Le concept n'est pas vendeur, voyez-vous.

 

Les prédateurs de la faim sont nombreux mais identifiables, entre les riches dirigeants des pays pauvres - qui préfèrent alimenter leurs comptes en Suisse plutôt que le garde-manger de leurs concitoyens - et les spéculateurs qui, après s'être livrés à la prédation dans le domaine boursier, usent des mêmes techniques spéculatives dans le marché agroalimentaire. Après avoir mis à sac la finance en 2008, ils vont en faire de même dans l'alimentation.

Et pourquoi se gêneraient-ils? La famine tue tous les jours mais en silence.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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17/12/2011

L'Europe nouvelle vogue sans les peuples

La crise de la dette a donc donné naissance à une Europe à l'accent allemand. Le nouveau traité européen qui devrait être présenté à la ratification des 26 Etats (la Grande-Bretagne s'est retirée du jeu) en mars marque une régression démocratique qui ne paraît guère émouvoir les politiciens du continent. Le principe de sa création a été arrêté à Bruxelles les 8 et 9 décembre, dans l'urgence, lors de l'un des multiples «Sommets de la dernière chance». Ce texte est en cours d'élaboration ultrarapide, puisqu'il devrait être achevé dans quinze jours.

 

Evidemment, tout va plus vite en boutant les peuples hors du champ des décisions. «Les consulter? Vous n'y songez pas... Le feu de la crise menace de brûler toute l'Union et ses billets d'euros. On n'a pas le temps de finasser. Laisser faire les pompiers!»

 

Le danger avec les pompiers, c'est que leurs lances à eau causent parfois plus de dégâts que les flammes. A cause de ce nouveau traité, c'est la démocratie qui risque fort d'être noyée.

 

Le texte en gestation accélérée prévoit que la Commission européenne surveillera les politiques budgétaires des Etats signataires et décidera de lancer des sanctions contre les pays qui sortiront des clous. Ainsi, des commissaires qui n'ont aucune légitimité populaire examineront la copie des parlementaires nationaux qui, eux, ont été élus par le peuple. Si les députés ne décident même plus de la politique budgétaire de leur Etat, on se demande à quoi ils peuvent bien servir. A part, bien sûr, interdire le port de la burqa qui est un objet dont l'importance vitale n'échappe à personne.

 

En outre, chaque Etat devra inclure dans sa Constitution la «règle d'or» de l'équilibre budgétaire. La Cour de justice de l'Union européenne du Luxembourg examinera si l'article constitutionnel est conforme ou non avec le traité. Les juges qui composent cette juridiction sont nommés par leur gouvernement et ne passent donc pas par l'onction citoyenne. Ce sont plus des fonctionnaires que des magistrats, au sens où nous l'entendons en Suisse.

 

S'il est un domaine qui doit rester l'apanage exclusif des peuples, c'est bien la Constitution. Or, en cette occurrence, ils sont priés de ne pas s'en occuper. Le traité germano-européen leur impose la «règle d'or» et ce sont des juges-fonctionnaires qui décideront en fin de compte.

 

L'Union européenne n'a jamais brillé par son sens de la démocratie. Mais avec le traité qui se prépare, cette situation va empirer. Bruxelles a voulu prendre une voie médiane et bâtarde entre la fédération et la confédération, entre la délégation des pouvoirs façon helvétique et l'association d'Etats indépendants. L'Union européenne aura finalement bricolé un rafiot qui s'éloigne de plus en plus de la rive des citoyens.

Jean-Noël Cuénod

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16/12/2011

Carlos ou le crépuscule des vieux terroristes

Carlos.jpgAu cours d’une interminable soirée jeudi, la Cour d’assises spéciale de Paris a condamné le terroriste vénézuélien Illich Ramirez Sanchez dit Carlos (photo Keystone) à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 18 ans. Il a été reconnu coupable de quatre attentats commis en France dans les années 80, provoquant 11 morts et 150 blessés. Cette campagne sanglante avait pour but de faire libérer la compagne allemande de Carlos, Magdalena Kopp, ainsi que son camarade tessinois Bruno Breguet.

 

Avant la lecture du verdict, Carlos a déchaîné un flot verbeux dans la salle d’audience. Pendant cinq heures d’affilée, l’accusé a dit tout le mal qu’il pensait des procureurs et, dans un sabir franco-espagnol, a détaillé ses conceptions politiques, sorte de magma islamo-stalinien. Puis, il a chanté sa gloire en manière d’opéra que l’on pourrait intituler «le crépuscule des vieux terroristes».

 

Sa défense pathétique consiste à se glorifier d’attentats en général et de les réfuter lorsque la justice se réfère à des cas précis. Ainsi, Carlos nie toutes les opérations qui font l’objet de son acte d’accusation. Il s’agit de peindre sa légende et de poursuivre la guérilla de la procédure que des aveux rendraient impossible. Car, bien entendu, Ramirez Sanchez interjette appel contre ce jugement.

 

Il sait que ses chances d’obtenir une peine moins lourde sont quasi-nulles. Mais son objectif est de s’offrir une nouvelle tribune et parader devant son dernier carré de partisans dont le maître d’œuvre est le comique sulfureux Dieudonné. Toutefois à chaque procès, son public s’amaigrit. Il vit le drame ridicule des vedettes décaties qui s’agrippent aux rideaux du théâtre.

 

«Je n’ai honte de rien, je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé», s’exclame-t-il avant de lire un document qui le fait pleurer: le testament de Kadhafi. Les victimes de Carlos, elles, n’auront même pas eu droit à un regard.

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15/12/2011

Chirac condamné: le président-roi perd sa couronne

Après la condamnation de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, BFM TV a saisi les premières réactions. Le Plouc, qui a assisté au procès, se fend de cet édito.

La condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis marque une rupture dans la conception française du pouvoir présidentiel. Charles de Gaule, le créateur de l’actuelle Constitution, a transformé le président en monarque républicain. Il conservait de la République, l’onction démocratique et prenait à la monarchie, la sacralité du trône. Afin qu’il régnât au plus haut des cieux tricolores, il fallait que le chef de l’Etat fût protégé des vils embarras de la vie quotidienne, telles les procédures judiciaires. Dès lors, durant tout son règne, l’immunité la plus étanche le protégeait des enquêtes pénales. De fait, des générations de magistrats se sont cassé le nez à ce mur jusqu’alors infranchissable.

 

Grâce à la ténacité des juges d’instruction, cet obstacle a été franchi pour la première fois. Un ancien président n’est pas encore un justiciable comme les autres, toutefois, il n’est plus intouchable. La fonction présidentielle continue sa lente mais inexorable descente vers la désacralisation. L’actuel président Nicolas Sarkozy avait amorcé ce mouvement par son comportement de nouveau riche montreur de Rolex. La condamnation de Chirac l’accentue. Le prochain président — quel qu’il soit — risque fort de perdre sa couronne.

 

Ce jugement démontre aussi l’indépendance des juges «du siège» par rapport aux magistrats du Parquet censés conduire l’accusation. Dans cette affaire, le Parquet avait réclamé la relaxe (acquittement) de Chirac et des autres accusés.

 

Jean-Noël Cuénod

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13/12/2011

Les aphorismes du Plouc(3)

  • Le Plouc n'a pas besoin de regarder au sol pour éviter l'étron canin qui menace ses pas.
  •  
  • Le Plouc porte en lui une nostalgie qui ne lui appartient pas.
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  • Le Plouc aime à se faufiler entre les tombes. Il y rencontre une foule de gens tout à fait estimables. Paul Valéry avait son Cimetière Marin, Le Plouc se contente de son Cimetière marrant.
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  • Quant le gel durcit la terre, Le Plouc met de l'Afrique dans ses sens.
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  • Dieu est un grand humoriste derrière l'Eternel.

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08/12/2011

Tendre et cruel tango de la vie et de la mort

Nous vivons des temps agités, paraît-il. Certes, aucune époque n'a connu le calme des matins zen. Mais la nôtre a ceci de particulier qu'elle diffuse l'image de sa geste frénétique tous azimuts grâce aux cyberbidules. Ce qui accroît d'autant cette danse de Saint-Guy globalisée.

 

Politiciens dissimulant leur impuissance sous une brume de postillons, «pipoles» sautillant de micros en caméras pour répéter sur un ton hystérique leurs banalités communicantes, banquiers sans visage hier, sans scrupule aujourd'hui, financiers fous poussant le monde sur le toboggan des crises... Soudain, toutes ces marionnettes s'effondrent dans l'immobilité. Une seule phrase a tranché leurs fils: «Je vais mourir».

 

Un livre de l'écrivain, poète et chanteur vaudois et genevois, Pierre Alain remet avec une douce ironie nos pendules détraquées à l'heure de la mort. Ce qui est tout sauf triste; on s'amuse beaucoup en lisant ses Tribulations de Père la Lune parues aux Editions Publi-Libris. Après avoir vécu - au sens plein du terme - la mort de sa mère centenaire, le Père la Lune, qui n'est autre que l'auteur, apprend que son corps abrite un adversaire nommé cancer.

 

Il prend alors le lecteur par la main pour lui faire visiter sa vie. Qui vaut vraiment la peine d'être vécue. Car il en aura vu des paysages, Pierre Alain. Monté très jeune à Paris, il obtiendra de jolis succès dans la chanson et une flopée de disques d'or. Le valdo-genevois côtoie Claude François, Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Jacques Dutronc, passe du Lapin Agile au Tire-Bouchon et moult autres cabarets. Entre les expériences érotiques d'un Paris en folie dans les années 60 - sans oublier Le Havre qui, en matière de débauches acrobatiques, peut en remontrer à la capitale - et les instants de pure plénitude où l'être tout entier appartient à la joie cosmique, Pierre Alain a dansé le tendre et cruel tango de la vie avec son rêve comme bandonéoniste.

 

L'amour sauve tout. L'amour de sa mère qui ne cesse de jaillir. L'amour de sa femme Christianne. Contre ces forces irradiantes, le désespoir se ratatine et s'assèche. La poésie est là qui veille elle aussi et qui transforme une tasse de thé en univers chatoyant. Pierre Alain ne manque pas de savoir-vivre.

 

«Perit ut vivat», mourir pour vivre, dit la traditionnelle sagesse. La mort oblige à réunir tout ce qui, en nous, est épars. Lambeaux de songes, colères mal éteintes, expériences multiples, rêves dont on ne sait s'ils sont réels ou chimériques tissent notre être. Bruit, fausses valeurs, nous empêchent de prendre conscience des liens qui font tenir ensemble ces multiples nous-mêmes. Nos morceaux d'existence glissent alors au fil du temps et nous voilà à sec.

Heureusement, la mort est là qui veille et nous rappelle à l'ordre en nous forçant à trier entre le rare essentiel et l'abondant accessoire. Sans elle que serait la vie?

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 8 décembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en rubrique "Perspective" (version un peu raccourcie) de la Tribune de Genève)

 

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04/12/2011

Théâtre à Lyon: Besame mAcho!

Le Plouc vous recommande chaudement cette magnifique troupe italo-lyonnaise, SOLELUNA animée par le trio des Carpintieri: Aude, Milena et Giorgio. Ces drôles de paroissiens crèchent au Théâtre de l'Etoile Royale, 17 rue Royale, Lyon 1er, situé à un jet de poularde demi-deuil de la Mère Brasier. Voici leur prochain spectacle qui s'annonce drôle, grinçant et intelligent.

Besame Macho - Cie Soleluna - flyer verso r-duit.jpg

 

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01/12/2011

Moult obstacles devant la «Françallemagne»

Dubout.jpg«Convergence franco-allemande». C'est la formule préférée du président Sarkozy en cet automne où les mauvaises nouvelles économiques tombent au rythme des feuilles de marronniers. En fait de convergence, il s'agit plutôt d'un alignement de la France sur l'Allemagne. Paris s'efforce de rester dans la roue du maillot jaune de l'Union européenne et ne conteste plus à Berlin son rôle de leader. Sarkozy cherche désormais à l'imiter en espérant créer un condominium sur l'Europe, une sorte de «Françallemagne» à la Charlemagne qui dicterait sa loi au reste des pays de l'Union, rétrogradés au rang de figurants plus ou moins intelligents. Nombre de politiciens et politologues français aiment à illustrer cet espoir en usant du cliché: «le couple franco-allemand, moteur de l'Europe».

 

Drôle de ménage où Madame porte la culotte et Monsieur, la brosse à reluire. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font de plus en plus penser à ces couples dessinés par Dubout qui met en scène d'imposantes matrones traînant derrière elles un petit mari grimaçant et sautillant.

 

Plusieurs obstacles se dressent devant la création de cette «Françallemagne». Tout d'abord, les Français se montrent plus déterminés que les Allemands à pousser plus loin leurs marivaudages. Du haut de son sommet, l'Allemagne tend à considérer la France comme un pays du Sud aussi paresseux et endetté que les autres. Alors que ses voisins du Nord démontrent une belle solidité économique et une admirable constance dans l'effort. Pourquoi Berlin privilégierait-il une entente avec Paris plutôt qu'avec Amsterdam ou Stockholm?

 

Sur le plan diplomatique, les vues allemandes et françaises ont souvent divergé, on l'a vu avec la guerre en Libye où Paris a trouvé à Londres l'appui que Berlin lui a refusé sans prendre de gants.

 

L'organisation économique des deux pays n'a guère de points communs. L'Allemagne est restée une puissance industrielle avec un tissu dense d'entreprises moyennes qui constituent le fer de lance des exportations. Rien de tel en France qui voit mourir son industrie jour après jour et dont les PME n'exportent guère. Par sa «convergence franco-allemande», le président Sarkozy cherche d'ailleurs à puiser dans l'exemple germanique l'impulsion nécessaire au redressement industriel. Mais l'Allemagne l'aidera-t-elle dans cette entreprise au risque de créer de nouveaux concurrents? Une France réduite, comme aujourd'hui, aux services convient bien mieux à Berlin.

Il en va de même dans les rapports sociaux. Multiples syndicats aux maigres troupes en France; peu de centrales mais aux effectifs nombreux en Allemagne. Culture de la rupture d'un côté du Rhin, culture du compromis sur l'autre rive.

 

La «Françallemagne» illustre la nostalgie française de la puissance perdue. Paris a tenté de la réanimer, au moins partiellement, par le truchement d'une Europe forte politiquement. Ce fut l'échec. Elle essaie désormais de s'appuyer sur l'Allemagne pour donner un peu de corps à son rêve devenu inaccessible.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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