31/12/2011

ADIEU FRANGIN

Adieu frangin. Tu ne verras pas 2012. Mardi 20 décembre au soir, tu es parti ailleurs. Vendredi 30, nous avons célébré ton départ au Temple de Vandoeuvres. L'hommage du Plouc à son frère Bernard Cuénod, ancien député et maire de Corsier.


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Le départ de Bernard nous laisse d'autant plus triste que son rayonnement solaire nous réchauffait tous lorsque l'existence vous réservait ces coups en traître dont elle a le secret.  Mais justement un soleil comme lui ne saurait se coucher. Impossible d'évoquer Bernard avec tristesse. Il était la joie, la jovialité, le bonheur de sentir les choses belles et simples de la vie, cette gueuse que nous aimons tant.

Le bonheur d'entendre au petit matin le craquement d'une brindille de sapin en marchant dans la forêt en quête d'un gibier improbable. 

Le bonheur de suivre le chien tout affairé par la mission dont son instinct de chasseur l'a investi.

 Le bonheur de voir le soleil percer à jour une nuit tenace et violette.

 Le bonheur de monter minutieusement ses lignes pour partir à la pêche dans un petit matin frais, certes, mais prometteur.

 Le bonheur d'offrir la table et les rires aux innombrables copains. Le bonheur de partager le pain et le vin de l'amitié fraternelle.

 Le bonheur de sentir autour de lui sa marmaille de bidagnoles, comme l'on dit à Genève. Des bidagnoles que l'on envoie périodiquement à Piogre pour y ferrer les mouches. D'ailleurs, Bernard était en train d'écrire ses mémoires destinés, justement, à ses bidagnoles.  Aux siens de les terminer un jour. Mais a-t-on jamais mis le point final à des mémoires ? Des points de suspension, tout au plus. Trois points de suspension.

Et voilà qui tombe bien pour évoquer les engagements de Bernard. Car Bernard était un acteur et non pas un spectateur. Et à propos de trois points, abordons son engagement au sein de la Franc-Maçonnerie. Initié en 1968, il est resté fidèle à sa Loge-Mère La Constance à Aubonne. Aujourd'hui, il a rejoint à l'Orient Céleste - selon l'expression maçonnique - tous ses Frères qui, depuis 1798, ont façonné cette Loge. Par son histoire, elle participe à l'âme du Pays de Vaud, berceau de la famille Cuénod.

 Engagement politique aussi, au sein du Parti radical comme conseiller municipal à Chêne-Bourg, puis à Corsier, et enfin maire de cette commune pendant douze ans. Il y a - entre autres nombreuses réalisations - créées le superbe centre scolaire. N'oublions pas son siège de député au Grand Conseil, même si Bernard était surtout attaché à ses mandats locaux.

 Engagement patriotique comme Vieux Grenadier. A ce propos, Bernard, n'avait pas hésité à ironiser dans une publication, qu'il représentait à lui tout seul, le fameux cliché, qui faisait florès naguère, du républicain Genevois à la fois franc-maçon, radical et Vieux-Grenadier. Diabolique trilogie qui faisait frémir dans les chaumières de Piogre qui, pour une fois, ne ferrait pas les mouches mais les pieds fourchus des frères 3 points cachés dans la choucroute radicale.

Engagement militaire aussi, mais pas au sens où nous l'entendons habituellement, jugulaire-jugulaire  petit doigt sur la couture du pantalon et tagliatelles en garnitures de képi. Ce genre de chose n'était pas la tasse de thé de Bernard. Ou plutôt, ce n'était pas son verre de blanc. Non, l'engagement militaire de Bernard consistait, en tant qu'aide-fourrier, à transformer le maigre subside que cette vieille râpe à bois de  Mutti Helvetica réservait à ses serviteurs casqués, en menus pantagruéliques pour ses camarades de compagnie. En sa double qualité de gourmand et d'expert-comptable, Bernard a sauvé de la déprime alimentaire des générations de fantassins transis.

Engagement professionnel. Expert-comptable, Bernard a créé la fiduciaire qui porte son nom il y a 31 ans. Sa dernière joie sur ce plan-là a été de former son fils et petit-fils Bernard, dit petit Bernard, qui a repris cette société avec un courage digne de son grand-père et dans les pires des circonstances puisque Carmilène et lui ont eu l'incommensurable douleur de voir notre petit Gabriel s'envoler vers les anges, juste avant que son arrière grand-père n'en fasse de même. Mais aujourd'hui, avec sa femme, le petit Bernard est devenu grand.

 La transition va de soi. Après tous les engagements de Bernard senior, voici  son principal, l'engagement familial. Trois enfants, cinq petits-enfants forment ainsi la smala de Betty et Bernard. Betty dont le courage, encore aujourd'hui, force l'admiration. Ce bonheur a subi de nombreuses et cruelles  épreuves que peu de familles, du moins sous nos cieux paisibles et helvétiques, ont éprouvées.  Mais ce couple, qui a vécu 57 ans ensemble, s'est relevé à chaque fois, repartant dans la jungle de l'existence avec une force d'optimisme et d'amour que rien n'a pu altérer. Les malheurs n'ont jamais entamé le bonheur  qu'éprouvait Bernard à se montrer disponibles aux autres, attentifs à ce qu'ils puissent toujours «compter sur lui », dans les coups de Trafalgar comme dans les moments de joie.

 Au-delà de son caractère, à la fois aimable et bien trempé, Bernard était animé par la Foi en l'Eternel. Une foi qu'il n'imposait à personne, une foi qui ne mettait pas le pied pour bloquer votre porte dans le but de vous refiler un faux Christ défiguré par les dogmes, mais une foi douce, solide, secrète et indestructible. C'est elle qui l'accompagné à chaque instant sur ce chemin qui conduit vers plus haut que soi. Un chemin qui, dès cet été, Bernard a suivi en pleine lucidité et dans la tendre confiance en l'Evangile de nos pères.

Alors mon Bien-Aimé Frère, je m'adresse - non pas à toi qui, maintenant, te trouves en des mains plus expertes et saintes que les nôtres - mais à ton souvenir avec ce haïku qui m'est venu au moment où tu frappais en Maître accompli à la porte du Temple de l'Orient Céleste :

S'envoler au soir

Sans la guenille de chair

Pour d'autres matins.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Très bel hommage !

Sincères condoléances !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 31/12/2011

A lire votre si touchant éloge, votre frère a eu besoin d'élargir son corps qui devenait trop étroit pour toute sa puissance intérieure. Qu'il puisse découvrir des espaces plus larges et plus accueillants!
Merci de nous faire sentir si bien la relation intense entre deux frères.
Je vous souhaite un bon passage de l'An, avec de nouvelles ouvertures, généreuses et bénéfiques.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 31/12/2011

Mes condoléances, Jean-Noël, à toi, à toute ta famille, à sa femme et ses enfants. Tu m'en avais parlé à plusieurs reprises, depuis plus de trente ans, et tu en parlais bien. J'aurais aimé le connaître. Il avait l'air d'être un type bien.

Écrit par : Philippe Souaille | 31/12/2011

Oui c'est vrai, magnifique hommage pour votre frère. Difficile de perdre un proche en cette période de fin d'année. Sincères condoléances.

Écrit par : Cramia | 31/12/2011

Bel hommage à votre frère, Jean-Noël Cuénod, dont l'émotion si palpable révèle combien sont particulières et denses, ces relations de fratrie.

Avec mon respect et mes condoléances.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 01/01/2012

Toutes mes condoléances Jean-Noël Cuénod. Une bien triste fin d'année.

Je vous fais tous mes meilleurs voeux pour 2012 car la vie continue.

Bien à vous

Écrit par : Patoucha | 01/01/2012

Bonjour Jean-Noël,

J'ai enfin pu montrer ce texte à mon mari David, je lui avais dit que ton texte était le plus bel hommage qu'il m'ait été donné d'entendre à propos de la fin d'une vie.

Maintenant nous devons faire le deuil de ce départ et une nouvelle année commence. C'est du fond du coeur que nous vous souhaitons une très heureuse année 2012 : qu'elle vous soit douce et vous apporte joie et bonheur, petits et grands, dans vos activités personnelles comme familiales ou professionnelles.


À bientôt ... ici, en Angleterre ou ailleurs !

Bien affectueusement,


Danielle

Écrit par : Danielle Beeson | 12/01/2012

De ses ailes il te fait un abri et sous ses plumes tu te réfugies.

Je suis venu voir mon Père,(Grand-père),le jour où il était à la maison avant qu'il aille au SESCO (Hôpital de Collonge-Bellerive), là ensemble nous avons lu la Bible dans la chambre de ma maman. J'ai lu le Psaume 91 pour que Dieu lui donne la force nécessaire de combattre! En partant de la Maison à Piogre, là j’entendis une voie douce, c'était mon Grand-père qu'il me disait :
Petit Bernard, peux-tu lire le chapitre 13 du livre 1 corinthiens de la Bible qui dit :

La foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand.

Dans sa grande vie, mon grand-père avait la foi, l'espérance MAIS surtout un coeur rare, un amour grand qu'il portait tout au long de sa vie.

Mon grand-père a tendu sa main à Dieu et notre Père la prise et maintenant il est dans les bras du Seigneur et de notre ange Gabriel (mon FILS).

Mon coeur aura toujours une grande pensée pour vous deux!

A bientôt...

Le Petit Bernard

Écrit par : Petit Bernard | 15/01/2012

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