22/12/2011

La faim, un massacre invisible et quotidien

Cannes 2011, au Sommet du G20. Les organismes d'entraide tentent d'extirper la meute journalistique de son obsession, à savoir la crise de l'euro. Mais la petite voix de ces organisations non-gouvernementales (ONG) ne parvient guère à percer dans le tintamarre orchestré par un expert en bruits médiatiques, Nicolas Sarkozy, temporaire Roi du monde à la tête du G20.

 

Toutefois, en tendant bien l'oreille, le journaliste dûment accrédité peut percevoir le message des ONG, à savoir que les soucis des Européens prennent une place démesurée comparés à ce constat effrayant dressé, entre autres, par Mauricio Cunha qui dirige une quarantaine de programmes humanitaires au Nordeste brésilien:

 «920 millions d'hommes et de femmes - dont 200 millions d'enfants - se couchent chaque soir sans avoir mangé durant la journée. Et le Sommet de Cannes n'a abordé cette réalité que de façon accessoire».

 

Dans son dernier livre, «Destruction massive - Géopolitique de la faim» (Seuil), Jean Ziegler se fait le relais de ceux qui luttent contre la famine et la malnutrition. L'ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation et actuel vice-président du Comité consultatif au Conseil des droits de l'homme de l'ONU décrit l'état des lieux de la faim qui n'a cessé de croître.

 Les principales victimes sont les enfants dont les neurones se forment durant les cinq premières années de leur existence. Si pendant cette période cruciale, les petits ne reçoivent pas «une nourriture adéquate, suffisante et régulière», ils resteront des mutilés cérébraux à vie. C'est donc des nations entières dont le développement est ainsi mis en péril. Dès lors, parler en l'occurrence d'un «massacre de masse» n'est pas exagéré.

 

Notre société média-mercantile invente des bidules électroniques toujours plus complexes. Elle est magnifique d'efficacité dans le futile, le superflu et l'accessoire. Mais quand il s'agit de s'attaquer au premier des scandales, celui de la malnutrition, son imagination créatrice se tarit aussitôt. Le concept n'est pas vendeur, voyez-vous.

 

Les prédateurs de la faim sont nombreux mais identifiables, entre les riches dirigeants des pays pauvres - qui préfèrent alimenter leurs comptes en Suisse plutôt que le garde-manger de leurs concitoyens - et les spéculateurs qui, après s'être livrés à la prédation dans le domaine boursier, usent des mêmes techniques spéculatives dans le marché agroalimentaire. Après avoir mis à sac la finance en 2008, ils vont en faire de même dans l'alimentation.

Et pourquoi se gêneraient-ils? La famine tue tous les jours mais en silence.

 

 

Jean-Noël Cuénod

22:23 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : famine, jean ziegler, finance mondiale | |  Facebook | | |

Commentaires

Le génocide des populations sous-alimenté n'est reconnu de personne. La France casse ses relations diplomatiques avec la Turquie à cause d'une reconnaissance très tardive du martyr arménien. On ferait mieux de s'attaquer au génocide actuel qui touche de vastes populations dans le monde. Hélas, tout le monde se renvoie la faute. C'est comme avec le climat et la pollution. Trop de population mondiale provoque la famine, pour les uns. Trop d'égoïsme et pas assez d'interve3ntionisme provoquent, pour les autres, un des plus grand scandale humain de notre temps: mourir de malnutrition. Personne ne trouve la solution pour sortir de ce génocide lent et perpétuel. L'Histoire des humains est faite d'horreurs, de drames, de beauté, et de courage.

Écrit par : pachakmac | 23/12/2011

Tout simplement bravo!

Écrit par : Johann | 23/12/2011

Citez moi les 5 pays ou la famine fait le plus de ravage, decrivez moi leurs situations politique et sociale, et ensuite revenez me dire que c'est la faute au liberalisme, a la speculation, aux multinanionales ou a l'omc.

Écrit par : Eastwood | 23/12/2011

Merci de souligner cet énorme problème.
je suis confrontée à cet état de fait dans des villages sénégalais où le taux d'échec scolaire est frappant. Les enfants n'ont pas systématiquement un petit déjeuner puis ne rentrent que vers 14, 15 ou 16 h sans rien manger pendant leur pause de midi. D'autre part, les grands élèves doivent marcher deux ou trois kms pour aller au lycée et n'ont même pas de quoi payer la cantine (20 centimes suisses) à midi. Une école primaire a trouvé une organisation pour que les élèves aient un réel repas à midi et les résultats scolaires ont grimpé spectaculairement. CQFD.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/12/2011

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