17/12/2011

L'Europe nouvelle vogue sans les peuples

La crise de la dette a donc donné naissance à une Europe à l'accent allemand. Le nouveau traité européen qui devrait être présenté à la ratification des 26 Etats (la Grande-Bretagne s'est retirée du jeu) en mars marque une régression démocratique qui ne paraît guère émouvoir les politiciens du continent. Le principe de sa création a été arrêté à Bruxelles les 8 et 9 décembre, dans l'urgence, lors de l'un des multiples «Sommets de la dernière chance». Ce texte est en cours d'élaboration ultrarapide, puisqu'il devrait être achevé dans quinze jours.

 

Evidemment, tout va plus vite en boutant les peuples hors du champ des décisions. «Les consulter? Vous n'y songez pas... Le feu de la crise menace de brûler toute l'Union et ses billets d'euros. On n'a pas le temps de finasser. Laisser faire les pompiers!»

 

Le danger avec les pompiers, c'est que leurs lances à eau causent parfois plus de dégâts que les flammes. A cause de ce nouveau traité, c'est la démocratie qui risque fort d'être noyée.

 

Le texte en gestation accélérée prévoit que la Commission européenne surveillera les politiques budgétaires des Etats signataires et décidera de lancer des sanctions contre les pays qui sortiront des clous. Ainsi, des commissaires qui n'ont aucune légitimité populaire examineront la copie des parlementaires nationaux qui, eux, ont été élus par le peuple. Si les députés ne décident même plus de la politique budgétaire de leur Etat, on se demande à quoi ils peuvent bien servir. A part, bien sûr, interdire le port de la burqa qui est un objet dont l'importance vitale n'échappe à personne.

 

En outre, chaque Etat devra inclure dans sa Constitution la «règle d'or» de l'équilibre budgétaire. La Cour de justice de l'Union européenne du Luxembourg examinera si l'article constitutionnel est conforme ou non avec le traité. Les juges qui composent cette juridiction sont nommés par leur gouvernement et ne passent donc pas par l'onction citoyenne. Ce sont plus des fonctionnaires que des magistrats, au sens où nous l'entendons en Suisse.

 

S'il est un domaine qui doit rester l'apanage exclusif des peuples, c'est bien la Constitution. Or, en cette occurrence, ils sont priés de ne pas s'en occuper. Le traité germano-européen leur impose la «règle d'or» et ce sont des juges-fonctionnaires qui décideront en fin de compte.

 

L'Union européenne n'a jamais brillé par son sens de la démocratie. Mais avec le traité qui se prépare, cette situation va empirer. Bruxelles a voulu prendre une voie médiane et bâtarde entre la fédération et la confédération, entre la délégation des pouvoirs façon helvétique et l'association d'Etats indépendants. L'Union européenne aura finalement bricolé un rafiot qui s'éloigne de plus en plus de la rive des citoyens.

Jean-Noël Cuénod

13:26 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : crise, bruxelles, ue | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci , merci , merci de ce billet.
Oui la démocratie recule en Europe et seuls les Anglais en la personne de Nigel Farage notamment s'en émeuvent.
Les Français sont des veaux comme disait le Général de Gaulle. Ils ne prennent pas leur destin en main et pleureront ensuite...
Mais attendez , les élections ne sont pas jouées et ce problème pourrait bien en devenir l'enjeu.
Quant à la burqa et l'Islam , c'est un autre problème que nous devons avoir le courage de régler.
Une fois de plus, merci la Suisse !

Écrit par : D. Camus | 17/12/2011

Bien résumé !

Écrit par : Claude-Alain Chollet | 18/12/2011

Bravo pour cette clairvoyance car nous en manquons cruellement chez nous.
Ce que vous dites expliquent les dérives eugénistes et autoritaires qui sont en pratique chez nous.
Merci .

Écrit par : Hervé | 18/12/2011

J'ai toujours soutenu que l'empire européen était la fin de la démocratie. Nous y voilà.

Écrit par : Johann | 18/12/2011

"Bruxelles a voulu prendre une voie médiane et bâtarde entre la fédération et la confédération, entre la délégation des pouvoirs façon helvétique et l'association d'Etats indépendants."
Tout le problème est là. Comme la Suisse était le seul modèle mult-linguistique et donc multi-culturel au sens positif et que ce système était contraire aux usages cratiques (pluto, théo ou autres) ou plus ou moins dictatoriaux des autres nations européennes, l'Europe s'est rabattu sur un autre système et la Suisse est restée en marge.

Écrit par : Mère-Grand | 19/12/2011

le rafiot bricolé vient d'être appelé "radeau qui prend l'eau" par un grand spécialiste de la macro-finance en particulier et des bourses en général (et des siennes en priorité), je veux citer DSK lors de sa prestation à Pékin. Donc si je résume l'analyse de DSK et l'éloge qu'il fait de l'économie chinoise, l'Union Européenne va plutôt dans le bon sens. Enfin, le sens de la Sainte Finance : foin de démocratie et de politique, le Capital n'a plus de limite ni de morale (en a t-il eu ?) Mon dieu, quelle société laisserons-nous à nos enfants ?

Écrit par : Athanase | 19/12/2011

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