30/11/2011

SEL

                                                                       

                                                                  Regarde là

                                                                  Lumière Lumière vive

                                                                  Qui vais-je attendre ?

                                                                  Un destin passe

                                                                                  repasse

                                                                                  trépasse

 

                                                                 Le matin délicieux s'écoule

                                                                 Miel vertueux

                                                                 Mêlé au vin des ténèbres

 

                                                                Viens-tu à mon secours, âme qui vive ?

                                                               Descends dans ta chair

                                                               Qu'elle palpite enfin, cette chienne

                                                               Qu'elle me crève

                                                                           me rêve

                                                                           me sève

 

                                                             De part en part ses griffes

                                                             Fouaillent mon ventre

                                                             Puanteur de roses séchées dans le sang

                                                            La terre ne reconnaît plus ce cadavre

                                                            Voué à l'eau à l'oubli à la lune

 

                                                           Viens-tu à mon secours, âme qui vive ?

                                                           Fais pleuvoir ton sang

                                                           Sur la rigole des mes rides

                                                           Sur le tapis de mes cris

                                                           Sang ou vinaigre, qu'importe

                                                          Je suis tellement sel.

 

Jean-Noël Cuénod

(En écoutant le Quintett op. 57 de Chostakovitch par Marta Argerich et ses amis)

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28/11/2011

AUDIO Le Plouc cause dans le poste: criminalité spectaculaire et exploitation politique.

Le Plouc a causé dans le poste, samedi 26 novembre 2011 à 8 h. 10, à France-Culture (ce qui, pour un Plouc, va de soi) dans l'émission de Jean-Marc Four "Secrets des Sources". Il s'agissait de décortiquer l'exploitation politique et médiatique des crimes spectaculaire comme celui que la petite Agnès a subi récemment. Voici donc l'enregistrement.
Franceculture.jpg

13:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : crimes, faits-divers, agnès, sarkozy | |  Facebook | | |

27/11/2011

Les aphorismes du Plouc(2)

* Dieu, c'est l'Eternel fuyant

 

* Quand l'Eternel rejoint l'infini, l'horloge parlante fait la sourde oreille.

 

* Avec autant d'impuissance que de tristesse, Le Plouc voit ses voisins frapper, cogner à des portes qui n'existent pas.

 

* Le Plouc assiste aux combats de boxe comme un protestant se rend au bordel: avec honte et délectation.

 

* Le Moi est une prison sans certitude.

 

* Le Plouc aimerait avoir l'infini des femmes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

15:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/11/2011

Procureur général: c'est Coquoz qu'il nous faut!

Le Plouc quitte sa tanière parisienne pour ramener sa fraise en pleine saison des pruneaux et se mêler de ce qui ne le regarde plus: l'élection du procureur général par le Grand Conseil de Piogre, le 1er décembre. Il faut dire que plus de vingt ans passés sur les bancs inconfortables de la presse judiciaire genevoise, ça laisse des traces.

Des deux prétendants, Le Plouc n'en connaît bien qu'un seul, le juge Christian Coquoz, présenté par les démocrates-chrétiens, soutenu par les socialistes et les verts. D'Olivier Jornot, candidat libéral-radical, il ne sait que deux choses: ce juriste n'a jamais été magistrat et a participé avec un talent redoutable à l'assassinat de cette vieille institution républicaine qu'était le jury populaire. De l'avis général, Olivier Jornot est un député à l'intelligence acérée et un avocat brillant. Mais Le Plouc a suffisamment hanté le Bourg-de-Four pour affirmer que ces deux qualités ne suffisent pas à faire un bon procureur général, surtout en cette période où le Parquet craque de toutes parts et menace de s'effondrer sous le poids de la gabegie.

Or, le juge Coquoz, lui, dispose de toutes les aptitudes requises pour prendre la tête du Ministère public au pire moment. Sa compétence ne fait pas l'ombre d'un doute. Il a démontré au sein du Ministère public de la Confédération son efficacité d'enquêteur dans les maquis de la finance criminelle internationale. A la tête de la police genevoise, il a dû gérer des situations rendues impossibles par la faiblesse du Conseil d'Etat et la ruse tactique des syndicalistes policiers. Christian Coquoz n'a pas hésité à démissionner afin de sortir d'une situation devenue inextricable, au lieu de s'accrocher à son fauteuil. En tant que magistrat, Christian Coquoz n'est pas un tendre mais il n'hésite pas à réprimer les criminels en col blanc et même d'astrakans. De toute façon, ce n'est pas de la tendresse que l'on demande à un PG. Mais plutôt le contraire.

Pour restaurer le Parquet, c'est donc Coquoz qu'il nous faut.

 

 

Jean-Noël Cuénod

12:48 | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | | |

24/11/2011

La criminalité, fait divers ou fait de société?

 

 

Cité protestante exemplaire du Massif central français dont les habitants ont sauvé de la barbarie nazie près de 5000 juifs, Le Chambon-sur-Lignon est placé sous le feu des projecteurs à la suite d'un horrible drame. Agée de 13 ans, Agnès y a été assassinée par un lycéen déjà poursuivi pour le viol d'une adolescente de 16 ans. Libéré provisoirement après quatre mois de détention, le garçon avait été scolarisé dans un établissement mixte du Chambon-sur-Lignon.

En pleine campagne électorale, la classe politique a exploité cette affaire qui a soulevé l'émotion générale en France. Le Parti socialiste dénonce un «échec français» en matière de récidive alors que le gouvernement s'agite avec sa frénésie coutumière dès qu'une tragédie médiatique survient. Il va aussitôt déposer sa septième loi sur la récidive en sept ans.

Or, la récidive n'est pas un «échec français» contrairement à ce qu'affirment les socialistes. Quant à l'empilement des lois par Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur puis président, il relève de la pensée magique. On pond une loi. Et le problème est résolu. Quant aux moyens financiers pour appliquer ces textes multiples et parfois contradictoires, la question ne se pose même pas en temps de crise de la dette. Or, comparée à la Suisse, la France donne peu de moyens à ses juges. Selon une étude récente du Conseil de l'Europe, alors que chaque Français débourse 57.7 euros pour sa justice, le Suisse verse 140.5 euros en faveur de la sienne. La République voisine dénombre 1,4 tribunal pour 100 000 habitants contre six tribunaux chez nous. La Confédération n'a pas éradiqué la récidive pour autant. La personnalité humaine sera toujours insaisissable, sauf à imaginer un monde infernal où chacun serait contrôlé jusqu'à la fine pointe de ses rêves. Surfant sur le crime, Marine Le Pen n'a pas manqué, elle aussi, d'exploiter l'assassinat d'Agnès en réclamant le retour de la peine de mort. La société prendrait alors le risque insensé de tuer des innocents. Aux Etats-Unis, les organisations abolitionnistes ont recensé depuis 1977 quatre cas certains de condamnés à mort exécutés dont innocence a été, par la suite, démontrée. Pour appliquer le châtiment suprême, il faut des juges infaillibles, disait Victor Hugo.

Dans cette récupération politique des crimes, les médias, surtout télévisuels, tiennent un rôle considérable. Seule l'émotion éclabousse le petit écran. Et le fait divers est ainsi artificiellement monté en fait de société. Il devient le signe de notre époque. Or, la barbarie fait partie intégrante de l'humanité en tous lieux et en tout temps. Les tueurs d'enfants sévissaient au Moyen-Age; il en va de même aujourd'hui et il en ira ainsi demain. Certes, face au crime, on ne saurait rester les bras croisés. Mais dans ce domaine, il faut de la réflexion plus que de l'agitation, de l'humilité plus que des effets de micro. C'est sans doute trop demander.

 

Jean-Noël Cuénod

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22/11/2011

Décès de Danielle Mitterrand: elle fut la première «première dame»

DanielleMitterrand.jpg La France est en deuil de sa première «première dame». Avant Danielle Mitterrand, les femmes des présidents de la République étaient vouées à la confection des blanquettes de veau à l’ancienne, comme Yvonne de Gaulle ou à l’encouragement des peintres contemporains, à l’instar de Claude Pompidou. Elles étaient priées de jouer les potiches à l’Opéra lors des visites de chefs d’Etat. Et c’est tout. Pas question qu’elle mette leur grain de sel politique dans la tambouille de leur seigneur et maître.

 

Danielle Mitterrand a bouleversé cet ordre machiste des choses. Militante, elle fut avant que son mari ne devienne président, militante, elle est restée. Quitte à gêner parfois l’action de François Mitterrand à la tête de l’Etat. Elle a donc pris l’exemple d’Eleanore Roosevelt, première dame américaine, qui était le véritable bras droit de son mari Franklin Delano.

 

En France, seule Bernadette Chirac a suivi cette voie. Même si elles ne se ressemblent en rien, les deux femmes ne manquent d’ailleurs pas de points communs, entre l’engagement politique et la direction d’organisations humanitaires. Elles ont su utiliser la surface médiatique offerte par leur position pour promouvoir des idées et des causes personnelles. Cela dit, rien n’est irréversible. Alors que Nicolas Sarkozy a prôné la modernité dès son arrivée au pouvoir, force est de constater que l’actuelle première dame française s’est coulée dans un moule plus conventionnel, se contentant de faire de la figuration intelligente lors des voyages officiels et de promouvoir ses artistes préférés auprès du ministre de la Culture. Qui n’est autre que le neveu par alliance de Danielle Mitterrand.

 

Ce rôle de «première dame» n’a pour seule légitimité que la nostalgie monarchique éprouvée par certains peuples républicains. Mais diantre, comment appellera-t-on le mari de la future présidente de la République?

 

 

Jean-Noël Cuénod

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20/11/2011

Les aphorismes du Plouc

  • Le Plouc s'amuse à constater que les Suisses attribuent aux Genevois les défauts que ceux-ci reprochent aux Français.

 

  • Le Plouc est toujours étonné lorsqu'on lui demande l'heure. "On ne demande pas l'heure, on prend son temps", répond-il invariablement.

 

  • Le Plouc ne regarde pas à la dépense lorsqu'il s'achète une conduite.

 

  • Le Plouc se prend en main afin de ne plus penser comme un pied.

 

  • Le Plouc a dit: "Il faut toujours péter plus haut que son cul. C'est pour l'homme le seul moyen de ne pas trop puer".

 

  • Pour connaître la vérité, les juges d'instruction remplissent les prisons. "Pauvres types", soupire le Plouc, "ne savent-ils pas que dans l'enfermement, l'enfer me ment?"

 

  • Quand le Plouc en a ras le bol, il prend soin de ne pas le vider. Il est bon de conserver une petite colère par devers soi, en prévision des jours trop paisibles.

 

  • Le Plouc ne garde pas une poire pour la soif. Dès qu'elle tombe de la branche, il la déguste aussitôt. A force d'être gardée et regardée, la poire pourrit.

 

  • "Aimer vraiment une femme", dit le Plouc, "c'est accepter de paraître ridicule devant elle".

 

  • Le Plouc est un grand distrait, il lui arrive souvent d'oublier de mourir.

 

  • La moustache du Plouc ne frétille pas quand la mouette crie sa mort dans la brume.

 

  • Le Plouc ne cherche plus ses racines; il s'en nourrit en les oubliant.

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

           

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17/11/2011

L'extrême-gauche française est-elle la plus bête du monde?

«La France a la droite la plus bête du monde», clamait dans les années 50 le dirigeant socialiste Guy Mollet. Aujourd'hui, la bêtise aurait-elle changé de camp outre-Jura? Alors que le Parti socialiste et François Hollande ont bien géré l'épisode de la primaire, la «gauche de la gauche» leur a aussitôt infligé de violentes attaques verbales, faisant  ainsi chorus avec la droite, pour le plus grand bonheur de Nicolas Sarkozy, candidat non encore déclaré mais déjà en campagne.

 

Que les porte-flingues de l'UMP tirent sur Hollande, il n'est rien de plus normal. Ils sont dans leur rôle et participent au jeu habituel d'une campagne présidentielle. Après tout la saison des pruneaux vient de commencer. Mais, au moment où les soldats de Sarkozy enclenchaient leur mitraille, ils ne s'attendaient peut-être pas à recevoir l'appui des partisans de la gauche non socialiste.

 

Une fois de plus, le chef du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, s'est distingué. A l'occasion d'une interview donnée au Journal du Dimanche, il use contre Hollande d'une formule que même Jean-François Copé, le patron de l'UMP, n'a pas puisée dans son sac en peau de vache:

«Pourquoi choisir, pour entrer dans la saison des tempêtes, un capitaine de pédalo comme Hollande

Ce faisant, le patron de l'extrême gauche française cautionne l'image de politicien faible et irrésolu que Sarkozy et les siens s'efforcent de diffuser tous azimuts.

 

Certes, en termes de suffrages, Mélenchon ne pèse pas grand-chose, environ 5%. Mais Nicolas Sarkozy ne manquera pas de transformer en atout cette formule choc contre le candidat socialiste; comme l'actuel président a exploité les propos de Martine Aubry, tenus au cours de la primaire, qui faisaient de Hollande le symbole de
la «gauche molle». Bien entendu, Jean- Luc Mélenchon est conscient des dégâts qu'il provoque au sein de la gauche.


Ce «révolutionnaire en peau de lapin», comme le surnomme le banquier du centre-gauche Jean Peyrelevade, préfère voir Nicolas Sarkozy rempiler à la tête de l'Elysée. La victoire de François Hollande, obtenue malgré lui, marginaliserait encore plus son Front de gauche. Alors que celle du candidat de la droite permettrait à cette «gauche de la gauche» de se poser en formule de rechange de l'opposition.

 

Mélenchon ne parvient pas à se départir de cet esprit boutiquier qui caractérise nombre de formations politiques, de gauche comme de droite. Avec son pédalo «hollandais», Mélenchon prend le risque de participer au naufrage de la gauche à l'élection présidentielle. Mais peu lui importe l'intérêt général de son camp, seul compte celui de sa petite épicerie.

 

Que veut la «gauche de la gauche»? Le Grand Soir? Nous vivons le temps des petits matins. Devenir majoritaire? Ce n'est pas demain la veille. Participer à un gouvernement de gauche? Ce serait se diluer dans le sirop social-démocrate.

Alors, tout bien pesé, la condition d'éternelle opposante lui paraît la plus confortable.

 

Jean-Noël Cuénod

(Texte publié jeudi 17 novembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version légèrement raccourcie, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève.)

 

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14/11/2011

La politique à l’heure des psys: sur le divan de la scène

Le divan est devenu l’outil indispensable des politiciens. Ce n’est pas nouveau, me direz-vous. L’Histoire fourmille de ces chefs d’Etat qui l’ont élevé au rang d’accessoire à leurs étreintes avec des maîtresses amicales, vénales ou fatales voire létales   comme l’illustre ce brave président français Félix Faure — tombé en 1899 au champ du bonheur dans les bras d’une demi-mondaine qui ne faisait pas les choses à moitié.

Toutefois, ce n’est point de cet usage galant qu’il s’agit en l’occurrence mais de son emploi comme instrument de la cure psychanalytique. C’est le divan vu par Freud et non par Strauss-Kahn. Car désormais, la politique est examinée, analysée, soupesée sous l’angle de la psychologie. Ce n’est point les idées qui nous intéressent aujourd’hui, mais le bocal dans lequel elles barbotent avec une agilité toujours plus réduite.

La primaire du Parti socialiste en offre de multiples exemples. Ainsi, durant les discussions entre les deux tours, le thème des 60 000 emplois dans l’enseignement sortis du chapeau de François Hollande a été certes débattu, mais c’est surtout cette question qui revenait: comment les quatre enfants de l’ex-couple Royal-Hollande réagiront-ils? Convaincront-ils maman de voter quand même pour papa? Comment choisira-t-elle entre celui qui l’a quittée et celle qui l’a trahie?

L’agressivité de Martine Aubry à l’égard de François Hollande a été également considérée de façon psychologisante. Les commentateurs politiques faisaient remonter cette animosité à une trentaine d’années, lorsque François Hollande tentait de devenir le fils spirituel de Jacques Delors, le père de Martine Aubry et ancien numéro 1 de l’Union européenne. Elle n’aurait pas supporté cette usurpation filiale.

A droite aussi, la «psypolitique» règne. L’UMP vit au rythme du taux de testostérones de Nicolas Sarkozy. Baisse-t-il? Le moral des troupes présidentielles tombe aussitôt dans les chaussettes. Grimpe-t-il? Le voilà qui remonte, dopé par cette bonne nouvelle qui agit comme une sorte de Viagra mental.

Le psychologue a donc remplacé le philosophe. Jadis, les socialistes se situaient par rapport à Marx, les libéraux puisaient leur inspiration dans l’œuvre du Vaudois Benjamin Constant. Même les radicaux français et romands avaient leur philosophe, Alain.

Aujourd’hui, les idées ne servent plus guère les politiciens, car leur marge de manœuvre pour les appliquer se réduit comme une peau de chagrin souverainiste. Le pouvoir réel, celui qui influence la vie quotidienne, est éclaté entre les instances supranationales, les marchés financiers, les agences de notation. Il n’a plus de visage.

Or, nous avons tous besoin que le pouvoir s’incarne. Faute de mieux, on se rabat vers les visages connus, ceux de nos politiciens. Comme leurs idées nous intéressent de moins en moins, puisque l’on mesure leur impuissance, il nous reste leurs histoires personnelles.
Jusqu’au jour où ces contes à voter couchés ne nous suffiront plus.

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12/11/2011

La Suisse, bouc émissaire de Sarkozy

sarkolingot.JPGPourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il attaqué nommément la politique fiscale de la Suisse en concluant le G20 de Cannes? Pour le président français — futur candidat à sa succession — il s’agissait avant tout de cacher à son opinion publique la pauvreté des résultats dans l’éradication des paradis fiscaux, malgré ses multiples tartarinades.

Attaquer les autres places financières du continent — Luxembourg ou Londres — aurait été trop inconfortable. Il est toujours délicat de vilipender un membre de l’Union européenne qui peut se mettre en travers de la France lors de tractations internes à l’UE.

Quant à reprocher aux molosses chinois et américain leurs propres paradis fiscaux — Hongkong et Macao pour l’un, Delaware, Nevada et Wyoming pour l’autre — vous n’y pensez pas! Le yorkshire helvète fait bien mieux l’affaire. Il a juste la bonne taille. Assez gras pour être dévoré par les médias internationaux, mais sans disposer d’une grande gueule garnie de crocs acérés.

Les attaques contre le secret bancaire helvétique venant de dirigeants tels que Sarkozy sont d’autant plus hypocrites que les partis politiques et grandes firmes françaises et autres y ont recouru dans un passé récent. Côté pile, on sollicite les banques helvétiques, côté face — j’allais écrire «côté farce» — on les transforme en boucs émissaires.

En fait. il n’y a aucune volonté politique réelle de supprimer tous les paradis fiscaux. Chacun veut conserver les siens bien au chaud tout en stigmatisant l’un ou l’autre de ces havres argentés, ce qui permet de se dresser, à peu de frais, en parangon de la transparence financière.

Devant cette situation, les pays anglo-saxons se frottent les mains en espérant que les clients étrangers des banques suisses — apeurés par le tintamarre sarkozyste — choisiront leurs propres établissements. Genève ne détient-elle pas la première place mondiale dans la gestion de fortune avec 27% des actifs gérés? Or, Londres se situe au deuxième rang (24%) en embuscade et Luxembourg (14%), au troisième.

A ce jeu-là, tout le monde y trouve son compte, sauf la Confédération bien entendu. Nicolas Sarkozy gonfle son jabot, ébouriffe ses plumes devant les électeurs français. Et les concurrents de la banque suisse se débarrassent d’un encombrant rival.
Notre pays paie, une fois de plus, son isolement alors que la mondialisation fait rage. L’absence d’une politique étrangère digne de ce nom devient un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir
.
C’est entendu, l’existence des paradis financiers est une aubaine pour tous les fraudeurs. Et l’on voit avec la Grèce dans quel gouffre insondable la fraude peut faire plonger un pays. Mais jeter en enfer un seul paradis ne fera pas progresser la justice fiscale d’un iota.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 10 novembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version un peu raccourcie en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

 

 

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10/11/2011

Carlos: «Le Chacal» est devenu roquet

Le Plouc a donc traîné ses bottes sur le parquet de la Cour d’assises spéciales de Paris qui juge les terroristes. Pas de jury. Sept magistrats de carrière. Une forte odeur de juridiction d’exception s’en dégage. Toutefois, lorsqu’elle juge le terroriste Carlos, les yeux du Plouc restent secs.

Illich Ramirez Sanchez, dit Carlos, alias «le Chacal» n’a plus de croc pour mordre. Le chacal est devenu roquet. Son système de défense est pitoyable. Dans un entretien accordé au quotidien vénézuélien El Nacional, il se vante  d’avoir tué entre 1500 et 2000 personnes. Mais dès qu’il s’agit d’une victime identifiée, Carlos clame son innocence. Côté macho: «Regardez, j’en ai une plus grosse que tout le monde avec ma montagne de cadavres». Côté tribunaux: «Ce n’est pas moi qui ai fait ça, Monsieur le Juge». Le soutien que lui apporte le comique Dieudonné ajoute au caractère pathétique de cette chute dans l’insignifiance.

Ses défenseurs sont au diapason et mènent contre la Cour une guérilla mesquine et puérile. Un exemple parmi d’autres: des juges veulent prendre des notes sur leurs ordinateurs portables; les avocats de Carlos s’y opposent au motif que leur client n’a pas de PC. Na! Ils font du Vergès, mais sans le talent, hélas.

Ambiance d’une audience (celle de mercredi 9 novembre) relatée par Le Plouc: «Confit en vanité, l’accusé se montre heureux de participer à son interrogatoire de personnalité mené par le président Olivier Leurent, dont la patience relève de l’apostolat. Mais il jaillit de la barbe blanche de Carlos un fleuve de paroles précipitées charriant un sabir franco-espagnol difficilement compréhensible». De toute façon, ce que l’on extrait de son discours politique sonne creux et sent la naphtaline.

L’ex-ennemi public de la planète n’est plus qu’un fantôme ventripotent d’avant la chute du Mur de Berlin ; il récite son léninisme rudimentaire comme un mantra qui aurait perdu toute efficacité.


Jean-Noël Cuénod

12:19 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : terrorisme, justice | |  Facebook | | |

05/11/2011

G20: Sarkozy porte-parole d'une Europe allemande

Sur le plan médiatique au moins, le G20 s'est donné un vainqueur, Nicolas Sarkozy. Et pour fêter la fin de ce Sommet de Cannes, le chef d'Etat français a persuadé le président américain Obama de se livrer à un show télévisé, vendredi soir. Dans l'optique de l'élection présidentielle de 2012, l'opération sera sans doute riche en fruits juteux.

Alors que François Hollande, le candidat socialiste à l'élection présidentielle française de 2012, caresse le cul des vaches en Corrèze, Nicolas Sarkozy dialogue d'égal à égal avec le numéro un de la planète. Dès lors, pourquoi ne pas lui conserver sa place de numéro un en France?

Voilà pour la galerie. Pour la réalité, c'est une autre chanson. La crise de la dette a contraint la France à se plier à la politique économique de l'Allemagne. L'Europe a un patron, qui est d'ailleurs une patronne: Angela Merkel. La répartition des rôles au sein du couple franco-allemand semble ainsi réglée: le scénario de la politique européenne est rédigé à Berlin et Paris se charge de la mise en scène.

Ce G20 a surtout illustré, une fois de plus, l'affaissement de l'Europe qui va de Papandéroutes en Berlusconneries. La pauvre n'attire plus que ce mépris honteux réservé aux vieilles actrices.

Quant à la Suisse, elle est l'une des victimes de ce G20. Nicolas Sarkozy n'a pas manqué d'exercer une forte pression sur nos pratiques fiscales et bancaires.

La situation économique est telle en Europe que le secret bancaire paraît plus menacé que jamais. Cela dit, les paradis fiscaux de certains Etats des USA ainsi que les combines bancaires anglaises continueront à faire couler le lait et le miel pour les maîtres de la finance.

Jean-Noël Cuénod

(Version allongée de l'éditorial paru dans la Tribune de Genève samedi 5 novembre 2011)

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04/11/2011

Au G20, Le Plouc recueille la colère des Cannois

Râleurs, les Genevois? Râleurs les Parisiens? Que dire alors des Cannois qui vitupèrent ce G20 qui leur tombe sur le crâne. Et leur casse les pieds. Sérieusement. Furieusement. Imaginez votre ville coupée en deux et réduite à l’état des deux Berlin de la guerre froide, et vous aurez une petite idée du calvaire cannois.

Surtout, si, comme ce vieux monsieur à la démarche rhumatisante, vous habitez dans la mauvaise moitié de Cannes, celle qui est fermée à la circulation. A la boulangerie de la rue de la République, il s’époumone de rage sur tous les tons de son accent provençal:

«Vous vous rendez compte? J’ai dû marcher pendant des kilomètres pour venir à la boulangerie. Moi, qui loge tout à côté. A deux pas. Et encore, deux tout petits pas. Y avait des gros flics immenses qui gardaient les barrières, juste en bas de chez moi. Je leur ai dit gentiment: Allez les gars, laissez-moi passer, la boulangerie, elle est là, juste en face. Je vais chercher mes croissants. Eh bien, ils m’ont regardé comme si j’étais un taliban, oui Môssieur, un ta-li-ban! J’avais beau agiter ce machin qui pendouille, rien à faire. Des vrais mulets. Avec mes vieilles jambes, ils m’ont obligé à faire tout le tour du quartier!»

Afin d'éviter toute interprétation erronée, signalons que le «machin qui pendouille» que le vieillard agite est le badge remis par les Zautorités pour que les Cannois de la Cité interdite puissent malgré tout regagner leur domicile.

La complainte du podagre déclenche dans la boulangerie un déluge de récriminations anti-G20. La boulangère se plaint d’avoir des baguettes en masse sur les bras:
«Et encore moi, c’est rien. Le restaurant d’à côté est resté ouvert, alors qu’il est en plein barrage. Il pensait recevoir les gens du G20. Pas un n’est venu. Il a dû sacrifier des milliers d’euros de nourriture. On se demande bien ce qu’ils peuvent manger ceux-là!»

Au marché Gambetta, c’est le même refrain. Peu de clients. Un vendeur de fruits se désole: «On se croirait en pleine guerre. Tout ça pour protéger cette bande de couillons. Et c’est nous qui payons. Ah, ne me parlez pas du G20, Môssieur».

Beaucoup de Cannois ont d’ailleurs déserté leur ville. Volets clos, commerces fermés, boulangère déprimée, marchand de légumes sinistré. Et la pluie qui ne cesse de tomber. La ville du Festival est tout sauf hollywoodienne.


Jean-Noël Cuénod

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03/11/2011

Le Plouc solitaire dans la forteresse du G20

Ce ne sont pas les mollets duveteux des stars qui, aujourd'hui, descendent le grand escalier du Palais des Festivals à Cannes. En fait de cannes, se sont celles, plus ou moins arthritiques, des superpuissants de ce monde qui le gravissent. On a pu apprécier, juste à l'instant, la foulée élégante et sportive d'Obama, suivi par un Sarkozy plus claudiquant et grimaçant que jamais.

Le G20 commence donc, après le lever de rideau grec de mercredi et l'explication de gravure entre, d'une part, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et, d'autre part, Georges Papandréou qui, pour avoir l'incroyable culot de demander aux Grecs s'ils voulaient perdre leur souveraineté, s'est fait tancer d'importance par la Mama prussienne et l'Excité neuilléen.

Le Plouc se trouve donc plongé, une fois de plus, dans ces machines à grand spectacle d'où généralement il ne sort pas grand chose. L'important est que ces gens là - les vingt Etats et institutions qui comptent sur la planète - se parlent. Rien ne filtre. Tout est contrôlé. Les communiquants communiquent. Et pas seulement leur mère. L'ennui suinte de ces immenses couloirs où les journalistes sont confinés. Toute la partie côté mer de Cannes est interdite à la circulation. Pour franchir cette frontière entre les Puissants qui causent et les "anonymes" (mot atroce!) qui vaquent, le journaliste accrédité doit présenter un énorme badge jaune avec sa photo et son pedigree.

Le front de mer cannois est donc transformé en forteresse assiégée abritant 3000 délégués, 3000 journalistes, gardés-protégés par 12 000 flics. Le prix de tout ça? 20 millions d'euros.

 

Jean-Noël Cuénod

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01/11/2011

Le référendum grec et la dette: la moindre des choses


Quelle catastrophe! Le premier ministre grec Papandréou annonce la tenue d’un référendum sur le plan de désendettement de son pays et voilà toutes les bourses qui s’effondrent, les chefs d’Etat de l’Union européenne qui crient à l’irresponsabilité, à la décision suicidaire. Et l’un des maîtres du monde, l’agence de notation Fitch Rating, dénonce les risques que fait courir cette consultation du peuple.

Avec le plan adopté par l’Union européenne, sous la pression de l’Allemagne, les Grecs devront se serrer encore plus la ceinture, alors que l’Eglise orthodoxe – ah, la charité chrétienne, quelle splendeur éblouissante! – et les armateurs trouveront le moyen de continuer à user de leurs extravagants privilèges, comme d’habitude. Les efforts réclamés à ce peuple sont colossaux; de plus, le plan de désendettement provoquera la perte de la souveraineté de la Grèce. La «troïka»  -  les représentants des trois principaux créanciers du pays, à savoir l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international - s’installera à demeure à Athènes afin de contrôler la politique budgétaire de la Grèce.

Paupérisation accrue, mise sous tutelle, abandon de l’indépendance nationale, tel est le programme de ce plan. Et les Grecs seraient interdits d’émettre leur avis à son propos? Ce référendum n’est pas un scandale, c’est la moindre des choses. Que le peuple soit consulté par une votation ou une élection - en cas de démission du gouvernement Papandréou - peu importe, pourvu qu'il ne soit pas bâillonné.

Actuellement, les violences de rue se propagent et s’intensifient. Sans référendum, c’est toute la marmite grecque qui risque d’exploser. Ce vote mettra aussi au pied du mur le peuple qui, selon les sondages, rejette le plan germano-européen à 59% tout en plébiscitant (72,5%) le maintien de la zone euro. La campagne référendaire expliquera en quoi, les Grecs ne peuvent pas obtenir les deux à la fois. Ils devront trancher ; seul un débat des citoyens est à même d’établir un choix qui, n’étant pas imposé d’en haut, peut être mieux accepté.

En vitupérant ce référendum et par le mépris du peuple qui semble les habiter, les dirigeants de l’Union européenne font le lit de tous leurs ennemis et ménagent à l’extrême-droite du continent de larges boulevards.
Parfois, il vaut mieux écouter le peuple que les marchés.


Jean-Noël Cuénod

 

 

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