24/11/2011

La criminalité, fait divers ou fait de société?

 

 

Cité protestante exemplaire du Massif central français dont les habitants ont sauvé de la barbarie nazie près de 5000 juifs, Le Chambon-sur-Lignon est placé sous le feu des projecteurs à la suite d'un horrible drame. Agée de 13 ans, Agnès y a été assassinée par un lycéen déjà poursuivi pour le viol d'une adolescente de 16 ans. Libéré provisoirement après quatre mois de détention, le garçon avait été scolarisé dans un établissement mixte du Chambon-sur-Lignon.

En pleine campagne électorale, la classe politique a exploité cette affaire qui a soulevé l'émotion générale en France. Le Parti socialiste dénonce un «échec français» en matière de récidive alors que le gouvernement s'agite avec sa frénésie coutumière dès qu'une tragédie médiatique survient. Il va aussitôt déposer sa septième loi sur la récidive en sept ans.

Or, la récidive n'est pas un «échec français» contrairement à ce qu'affirment les socialistes. Quant à l'empilement des lois par Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur puis président, il relève de la pensée magique. On pond une loi. Et le problème est résolu. Quant aux moyens financiers pour appliquer ces textes multiples et parfois contradictoires, la question ne se pose même pas en temps de crise de la dette. Or, comparée à la Suisse, la France donne peu de moyens à ses juges. Selon une étude récente du Conseil de l'Europe, alors que chaque Français débourse 57.7 euros pour sa justice, le Suisse verse 140.5 euros en faveur de la sienne. La République voisine dénombre 1,4 tribunal pour 100 000 habitants contre six tribunaux chez nous. La Confédération n'a pas éradiqué la récidive pour autant. La personnalité humaine sera toujours insaisissable, sauf à imaginer un monde infernal où chacun serait contrôlé jusqu'à la fine pointe de ses rêves. Surfant sur le crime, Marine Le Pen n'a pas manqué, elle aussi, d'exploiter l'assassinat d'Agnès en réclamant le retour de la peine de mort. La société prendrait alors le risque insensé de tuer des innocents. Aux Etats-Unis, les organisations abolitionnistes ont recensé depuis 1977 quatre cas certains de condamnés à mort exécutés dont innocence a été, par la suite, démontrée. Pour appliquer le châtiment suprême, il faut des juges infaillibles, disait Victor Hugo.

Dans cette récupération politique des crimes, les médias, surtout télévisuels, tiennent un rôle considérable. Seule l'émotion éclabousse le petit écran. Et le fait divers est ainsi artificiellement monté en fait de société. Il devient le signe de notre époque. Or, la barbarie fait partie intégrante de l'humanité en tous lieux et en tout temps. Les tueurs d'enfants sévissaient au Moyen-Age; il en va de même aujourd'hui et il en ira ainsi demain. Certes, face au crime, on ne saurait rester les bras croisés. Mais dans ce domaine, il faut de la réflexion plus que de l'agitation, de l'humilité plus que des effets de micro. C'est sans doute trop demander.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

C'est juste, Jean-Noël Cuénod, de réagir et d'évoquer cette part d'ombre de la nature humaine. Elle est une réalité qui ne peut être niée. S'en accommoder reste difficile, la nier, impossible, l'éradiquer, dangereux mais toujours tenté sinon tentant.

Sinon, bien sûr que l'humilité face aux ressorts imprévisibles ou incontrôlables de la nature humaine peut être de mise. Il n'en demeure pas moins que pour celles et ceux qui soudain s'y trouvent directement confrontés, la révolte les travaille longtemps.
Il faut avoir été concerné de près par la violence inouïe dont sont capables des êtres, pour mesurer le temps que prend son acceptation si elle se fait. Car vue de loin, si elle choque, elle est tout de même plus aisée à discuter.

Cela dit, la récupération politique et médiatique de la violence est une sinistre valeur ajoutée à la douleur qui frappe le coeur de ses victimes. Et ne cesser de le rappeler ne sera jamais vain.

Bien à vous,

Hélène Richard-Favre

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 25/11/2011

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