17/11/2011

L'extrême-gauche française est-elle la plus bête du monde?

«La France a la droite la plus bête du monde», clamait dans les années 50 le dirigeant socialiste Guy Mollet. Aujourd'hui, la bêtise aurait-elle changé de camp outre-Jura? Alors que le Parti socialiste et François Hollande ont bien géré l'épisode de la primaire, la «gauche de la gauche» leur a aussitôt infligé de violentes attaques verbales, faisant  ainsi chorus avec la droite, pour le plus grand bonheur de Nicolas Sarkozy, candidat non encore déclaré mais déjà en campagne.

 

Que les porte-flingues de l'UMP tirent sur Hollande, il n'est rien de plus normal. Ils sont dans leur rôle et participent au jeu habituel d'une campagne présidentielle. Après tout la saison des pruneaux vient de commencer. Mais, au moment où les soldats de Sarkozy enclenchaient leur mitraille, ils ne s'attendaient peut-être pas à recevoir l'appui des partisans de la gauche non socialiste.

 

Une fois de plus, le chef du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, s'est distingué. A l'occasion d'une interview donnée au Journal du Dimanche, il use contre Hollande d'une formule que même Jean-François Copé, le patron de l'UMP, n'a pas puisée dans son sac en peau de vache:

«Pourquoi choisir, pour entrer dans la saison des tempêtes, un capitaine de pédalo comme Hollande

Ce faisant, le patron de l'extrême gauche française cautionne l'image de politicien faible et irrésolu que Sarkozy et les siens s'efforcent de diffuser tous azimuts.

 

Certes, en termes de suffrages, Mélenchon ne pèse pas grand-chose, environ 5%. Mais Nicolas Sarkozy ne manquera pas de transformer en atout cette formule choc contre le candidat socialiste; comme l'actuel président a exploité les propos de Martine Aubry, tenus au cours de la primaire, qui faisaient de Hollande le symbole de
la «gauche molle». Bien entendu, Jean- Luc Mélenchon est conscient des dégâts qu'il provoque au sein de la gauche.


Ce «révolutionnaire en peau de lapin», comme le surnomme le banquier du centre-gauche Jean Peyrelevade, préfère voir Nicolas Sarkozy rempiler à la tête de l'Elysée. La victoire de François Hollande, obtenue malgré lui, marginaliserait encore plus son Front de gauche. Alors que celle du candidat de la droite permettrait à cette «gauche de la gauche» de se poser en formule de rechange de l'opposition.

 

Mélenchon ne parvient pas à se départir de cet esprit boutiquier qui caractérise nombre de formations politiques, de gauche comme de droite. Avec son pédalo «hollandais», Mélenchon prend le risque de participer au naufrage de la gauche à l'élection présidentielle. Mais peu lui importe l'intérêt général de son camp, seul compte celui de sa petite épicerie.

 

Que veut la «gauche de la gauche»? Le Grand Soir? Nous vivons le temps des petits matins. Devenir majoritaire? Ce n'est pas demain la veille. Participer à un gouvernement de gauche? Ce serait se diluer dans le sirop social-démocrate.

Alors, tout bien pesé, la condition d'éternelle opposante lui paraît la plus confortable.

 

Jean-Noël Cuénod

(Texte publié jeudi 17 novembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version légèrement raccourcie, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève.)

 

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Commentaires

Môssieur Cuenod, malgré votre sagacité, il vous aura échappé qu'il y a deux tours à la présidentielle française...

Écrit par : Georges-André Bitoniaux | 17/11/2011

Encore faut-il passer le premier!

Écrit par : Cuénod | 17/11/2011

"Encore faut-il passer le premier!"

Vous pensez à Sarkozy?
Les Français ne sont pas si cons après 4 ans et demi de n'importe quoi. Ils ont compris et ils voteront utile dès le premier tour. Tous les autres candidats de gauche vont se retrouver à moins de 5%.

A part ça, Mélenchon a sorti une belle connerie. Sauf, comme le dit le Canard, mieux vaut pédaler en surface que ramer... et s'agiter et couler.

Écrit par : Johann | 17/11/2011

Marine Le Pen fait bien pareil avec Sarkozy, c'est un peu bizarre. Il faudrait voir pourquoi les arguments de Mélenchon portent. Si Hollande ne parvient pas à proposer des choses originales et se contente de reprendre les thèmes habituels de la social-démocratie, il ne marquera pas beaucoup les esprits. C'est simplement lui qui est responsable. Parler fort au micro, ce n'est rien, Balladur a fait pareil en 1995, mais Chirac l'a emporté en utilisant des idées marquantes. L'élection présidentielle est une compétition.

Écrit par : RM | 17/11/2011

Mélenchon d'extrême-gauche ? Est-ce que vous avez seulement lu son blog ? Mélenchon est un socialiste tout ce qu'il a de plus classique Le grand-soir n'est pas sa tasse de thé : il entend prendre le pouvoir de manière démocratique, par les urnes.
L'extrême-gauche, quant à elle (Nouveau Parti Anticapitaliste, Lutte Ouvrière et le Parti Ouvrier Indépendant) est dans les choux.
En ce qui concerne le premier tour, on risque d'avoir des surprises. Besancenot avait décollé dans les toutes dernières semaines. Mélenchon est un débatteur hors-pair et dès lors qu'il aura la même temps de parole que les autres candidats, il pourra convaincre les gens que Hollande est un Papandréou en puissance qui se met à plat ventre dès que le FMI bouge le petit doigt.
Par ailleurs, le Front de Gauche est la seule formation à avoir déjà un vrai programme bouclé et disponible au prix de 2€ aux éditions Librio.

Écrit par : Charles | 17/11/2011

Et pas un machin qui a l'air démocratique mais où les gens intelligents s'arrangent entre eux pour faire élire untel ou untel.

Écrit par : RM | 17/11/2011

"En termes de suffrages, Mélenchon ne pèse pas grand-chose, environ 5%"

Encore un qui confond, suffrage et sondage...

Sacré médiacrate qui n'a toujours compris que la gauche ce n'est pas le PS, et que si la gauche gagne en 2012, ce ne sera pas grâce au PS, mais malgré le PS. Le Front de Gauche ne se présente pas pour aider le PS, mais pour être au second tour, à sa place. Si le PS perd, ça sera parce qu'ils n'aura pas su convaincre, et que les autres avaient un meilleur programme. C'est la démocratie.

Si vous vous intéressez aux pratiques de "boutiquier" vous feriez mieux de d'aller voir ce que boutiquent le PS et EELV pour leurs sièges de députés...


Vous n'avez rien lu de ce que propose le Front de Gauche, mais vous avez bien retenu la "petite phrase" qui vous permet de faire du buzz.

Bref, c'est pas maintenant que vous apprendrez à faire votre métier, mais ce qui est rassurant c'est que les journalistes suisses sont aussi incompétents que chez nous.

Écrit par : Myrrkel | 18/11/2011

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