12/11/2011

La Suisse, bouc émissaire de Sarkozy

sarkolingot.JPGPourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il attaqué nommément la politique fiscale de la Suisse en concluant le G20 de Cannes? Pour le président français — futur candidat à sa succession — il s’agissait avant tout de cacher à son opinion publique la pauvreté des résultats dans l’éradication des paradis fiscaux, malgré ses multiples tartarinades.

Attaquer les autres places financières du continent — Luxembourg ou Londres — aurait été trop inconfortable. Il est toujours délicat de vilipender un membre de l’Union européenne qui peut se mettre en travers de la France lors de tractations internes à l’UE.

Quant à reprocher aux molosses chinois et américain leurs propres paradis fiscaux — Hongkong et Macao pour l’un, Delaware, Nevada et Wyoming pour l’autre — vous n’y pensez pas! Le yorkshire helvète fait bien mieux l’affaire. Il a juste la bonne taille. Assez gras pour être dévoré par les médias internationaux, mais sans disposer d’une grande gueule garnie de crocs acérés.

Les attaques contre le secret bancaire helvétique venant de dirigeants tels que Sarkozy sont d’autant plus hypocrites que les partis politiques et grandes firmes françaises et autres y ont recouru dans un passé récent. Côté pile, on sollicite les banques helvétiques, côté face — j’allais écrire «côté farce» — on les transforme en boucs émissaires.

En fait. il n’y a aucune volonté politique réelle de supprimer tous les paradis fiscaux. Chacun veut conserver les siens bien au chaud tout en stigmatisant l’un ou l’autre de ces havres argentés, ce qui permet de se dresser, à peu de frais, en parangon de la transparence financière.

Devant cette situation, les pays anglo-saxons se frottent les mains en espérant que les clients étrangers des banques suisses — apeurés par le tintamarre sarkozyste — choisiront leurs propres établissements. Genève ne détient-elle pas la première place mondiale dans la gestion de fortune avec 27% des actifs gérés? Or, Londres se situe au deuxième rang (24%) en embuscade et Luxembourg (14%), au troisième.

A ce jeu-là, tout le monde y trouve son compte, sauf la Confédération bien entendu. Nicolas Sarkozy gonfle son jabot, ébouriffe ses plumes devant les électeurs français. Et les concurrents de la banque suisse se débarrassent d’un encombrant rival.
Notre pays paie, une fois de plus, son isolement alors que la mondialisation fait rage. L’absence d’une politique étrangère digne de ce nom devient un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir
.
C’est entendu, l’existence des paradis financiers est une aubaine pour tous les fraudeurs. Et l’on voit avec la Grèce dans quel gouffre insondable la fraude peut faire plonger un pays. Mais jeter en enfer un seul paradis ne fera pas progresser la justice fiscale d’un iota.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 10 novembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version un peu raccourcie en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

 

 

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Commentaires

Ah bon. Je trouve objectivement et sans ironie que la Suisse est un magnifique pays, et que s'en prendre nommément à un pays en particulier n'est effectivement pas très correct, une liste de pays à la rigueur eût mieux valu, mais jeter en enfer un seul paradis est toujours mieux, en toute objectivité, que pas un seul. C'est une question de logique. Mais si le secret bancaire est un droit reconnu par le droit international, ou si aucun principe international n'existe à ce sujet, alors, il devient illicite de le reprocher directement à certains Etats. Je ne sais pas ce qu'il en est, mais Sarkozy devrait suivre une procédure légale, soit faire créer un principe légal, s'il n'y en a pas, soit passer par l'Organisation des Nations-Unies, s'il y en a un. Les attaques directes et publiques d'Etat à Etat montrent effectivement des tendances impérialistes plutôt désagréables.

Écrit par : RM | 12/11/2011

(Mais si les nations estiment majoritairement que le secret bancaire est mauvais, je ne vois pas comment la Suisse pourra le défendre. Ou alors c'est la fin du droit international.)

Écrit par : RM | 12/11/2011

Tu as raison, Jean-Noël, sauf sur un point: les progrès réalisés dans la lutte contre les paradis fiscaux de par le monde sont loin d'être négligeables et plusieurs d'entre eux ont largement du réduire leur surface de voilure. Des îles anglo-normandes à celles des Caraïbes, en passant même par le Delaware, qui taxe désormais les firmes étasuniennes (mais toujours pas les étrangères). La lutte se mène à deux niveaux, par une pression soutenue sur les paradis en tant que tels et sur le contrôle toujours plus étroit des échanges financiers, dans lequel la Suisse est à la pointe.
Les paradis en tant que tels sont sur le déclin et les personnes qui souhaitent transférer des sommes mal acquises ou dissimulées au fisc ont de plus en plus de mal à le faire. Ce qui en revanche n'a guère progressé, c'est la mise en cause non pas des paradis géographiques, mais du système même d'évasion fiscal anglo-saxon, réservé aux très grosses fortunes de par ses coûts, à savoir le trust. Qui est particulièrement en cause dans l'évasion fiscale des armateurs grecs, qui seraient plusieurs centaines à en profiter. A coup de centaines de millions par tête...
Sur ce point, Sarkozy reste muet. Il est bien trop lié aux intérêts étasuniens et inféodé à Washington pour dire quoi que ce soit. Alors il trouve effectivement en la Suisse un bouc-émissaire facile. De quoi satisfaire son opinion publique, très remontée contre nos banques. Nous payons là le fruit d'un demi-siècles de clichés peu combattus en matières de communication, et pas vraiment non plus dans les faits. On peut comprendre que les Européens aient du mal à avaler que la Suisse leur refuse ce qu'elle accorde depuis 12 ans aux Etats-Unis...
Accessoirement, Sarkozy se venge peut-être aussi du coup de pied de l'âne reçu par son ministre Woerth, livré aux lions du tapage médiatique et judiciaire par des indiscrétions largement venues de Genève. Le premier cercle des donateurs de l'UMP, fort bien représenté en nos murs, n'avait guère apprécié de se voir menacé par de sombres histoires de fichiers informatiques volés...
Tout ceci est bien bas et parfaitement immoral. Nous n'en sortirons, je pense, qu'en remettant l'éthique au coeur des pratiques financières. Une vieille tradition calviniste, qui fit la grandeur de la banque protestante. Malheureusement un peu oubliée, ces dernières années.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2011

Je partage tout à fait les propos de Jean-Noël Cuénod et notamment que la Suisse paie cher son isolement sur la scène internationale.

Toutefois, cela ne justifie aucunement les propos tenus par Sarkozy qui a exploité la tribune offerte par le "G20" pour répandre sa bonne parole à son opinion publique, très remontée contre les paradis fiscaux et la Suisse en particulier, comme le rappelle fort justement Philippe Souaille.
Après tout la Suisse ne peut tout de même pas être rendue responsable de la dette publique française ?
Ce faisant, Sarkozy manipule son opinion publique en lui laissant croire que ses propos émanent des délibérations du "G20", alors que la tâche de mise en place et du suivi des règles internationales sur la transparence fiscale incombent à l'OCDE, plus précisément au "Forum global sur la transparence fiscale" dirigé par Pascal Saint-Amans.

Or on a beau scruter attentivement la déclaration finale du "G20", nulle part la Suisse et le Liechtenstein ne sont cités nommément. Voir la déclaration finale ici :

http://www.g20.org/Documents2011/11/Cannes%20Declaration%204%20November%202011.pdf

Pour conclure, oui il y a beaucoup à faire pour sortir la Suisse de son isolement politique, pour lui donner les moyens de faire la promotion de son image.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 12/11/2011

Le président français est fort en "g...." lorsqu'il insulte par ses dérapages verbaux une frange marginale de la société française ou qu'il éconduit verbalement un interlocuteur impoli. Lors du G20, il atteint des sommets en taxant des pays amis de paradis fiscaux, tel la Suisse. Son discours en épargne diplomatiquement quelques uns, soit les iles Jersey, Guernesey et Monaco et tous ceux que vous rappelez ci-haut.

Écrit par : Mygalon | 12/11/2011

Mais le secret bancaire est-il autorisé, par le droit international? C'est quand même la question. Car la ligne de défense qui consiste à dire: "C'est vrai, c'est une faute que je commets, mais je ne suis pas le seul à la commettre", ne fait jamais dire au juge: "Tiens, c'est vrai, il faut vous relaxer", mais: "Ne vous inquiétez pas, on ne peut pas tout faire à la fois, on s'occupera des autres dès que possible".

Écrit par : RM | 12/11/2011

À son insu, le G20 a aussi ses produits dérivés.

Visiblement Sarkozy a un grand besoin de ce coup de pub pour essayer de cacher les affaires peu glorieuses qu’il trimbale.
Et il n’est pas sûr que par ce coup de bluff au G20, l’ « irréprochable » Sarkozy ait grappillé quelques points dans les sondages tant les Français sont dans la détestation ou tout au moins dans l’expectative de leur président, et ce même parmi les membres de l’UMP.

Encore un bon papier Jean-Noël, merci.

Écrit par : Benoît Marquis | 12/11/2011

Speedy Gonzales se croit tout permis!

Écrit par : patoucha | 12/11/2011

NICOLAS LE PETIT par Ry.

..."Insupportable.Observons deux choses.
La première: qui compose le G20? 20 pays dont la moitié d'entre eux ne dispose d'aucune transparence, ni fiscale, ni financière et certains ne sont pas des démocraties.Le G20 n'a aucune capacité décisionnelle.
Donc Sarkozy fait des effets de manche et c'est tout.
l'OCDE qui poursuit le travail sur la fiscalité de l'épargne a un secrétaire général mexicain et dans ce pays la moitié du territoire est tenue par les cartels de la drogue.

Deuxième chose: Voyons la France.

Hyper ENDETTEE, mal gérée, en déclin, notre voisine court après son triple A. Ramond Barre, ancien premier ministre, avait bien raison, les français sont des diseurs pas des faiseurs!

La fiscalité de l'épargne, parlons-en.
La Suisse a proposé un système qui ne remet pas en cause le secret bancaire. Des traités sont signés avec l'Allemagne, le Royaume Uni, les USA. La France n'en veut pas. Cela dit, l'Etat français a beaucoup de secrets.
D'abord "le secret défense" qui lui permet de cacher toutes les magouilles, les crimes d'Etat allant des écoutes téléphoniques à l'affaire Elf, des frégates de Taïvan, à l'affaire Karachi et c'est la Suisse qui permet là d'aider la justice à faire la transparence.
Ensuite si la Suisse est un paradis fiscal, la France en est un en mantière immobilière.
Tous les mafieux du monde ont des résidences en France, les dictateurs. Kadhafi, un immeuble en plein centre de Paris, Bongo, les châteaux de Bokassa et j'en passe....
Enfin, rappelons que plus de 500 000 Français dépendent de l'économie suisse....

Écrit par : Noëlle Ribordy | 12/11/2011

Pauvre papa Sarko encore pas remis de la naissance de sa fillette et sa femme sans doute repoussant ces avances ce qui est fort courant après l'accouchement il continue de courir sans but précis mais en accusant les autres de n'avoir pas fait son travail.Sarko est un vrai blablateur mais ayant oublié les minutes suivantes ce qu'il vient de dire,raison aussi pour laquelle lors de ses discours il parle à son double,se faisant ses propres monologues afin de se convaincre lui même de ses propres paroles

Écrit par : lovsmeralda | 13/11/2011

@ Souaille

..en passant même par le Delaware, qui taxe désormais les firmes étasuniennes (mais toujours pas les étrangères).

Voilà qui demande explications. Explications distinguant LLC d'avec LLP. Dakota du sud d'avec Delaware. Impôt fédéral d'avec impôt d'Etat. Statut fiscal fédéral d'avec forme juridique d'Etat.

Soyez donc un peu moins brouillon, mon cher Souaille.

Écrit par : CEDH | 14/11/2011

"Tire-toi pauvre con !" Dixit Sarkozi à une personne, je le lui retourne ! Dsl

Écrit par : Moi | 16/11/2011

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