12/10/2011

Hollande-Aubry: tout n’est pas rose dans la primaire du PS

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La primaire… Toute la France mâche ce mot. Même la droite salue cette initiative du Parti socialiste de l’Hexagone. Sauf Nicolas Sarkozy qui la juge contraire à l’esprit gaulllien. Mais en l’occurrence, c’est moins la gauche que le président visait que son premier ministre François Fillon — chaud partisan de la primaire — qui l’agace de plus en plus.

Avec 2,7 millions d’électeurs, le Parti socialiste a donc réussi son pari. Du moins jusqu’à maintenant. Il reste à savoir si l’étalage des arguments et des postures ne va pas plutôt servir à Nicolas Sarkozy pour assurer sa réélection à la présidence de la République en 2012. Il connaît désormais toutes les failles de son futur adversaire socialiste. Cela dit, le débat de mercredi soir sur France 2 entre Martine Aubry et François Hollande n'a pas dû lui apprendre grand-chose. Sauf, que les deux adversaires socialistes partagent à la fois le même programme et une inimitié réciproque. Ce qui ne relève pas de l'information exclusive.

Tout n’est pas rose dans la primaire du Parti socialiste français. Ses effets positifs remplissent actuellement colonnes et micros. Ses effets négatifs n’en subsistent pas moins. L’organisation de la primaire a permis au PS de se sortir des magouilles internes qui présidaient au choix de son candidat. Mais ce mode de désignation détruit la substance même d’un parti politique, comme l’a relevé le professeur Rémi Lefebvre (Sciences-Po à Lille) dans une tribune libre publiée en mai 2010 par Le Monde Diplomatique:
«C’est cette conception du parti comme creuset politique, lieu de délibération, d’éducation et de mobilisation qui se démonétise aujourd’hui (…) A quoi bon militer dans un parti si rien ne distingue le militant du sympathisant? Si les frontières du dedans et du dehors du parti disparaissent?»

Face aux crises du capitalisme, le socialisme démocratique aurait pu tenir lieu d’alternative, à la condition que sa définition et ses objectifs fussent réexaminés à l’aune de l’effondrement du socialisme autoritaire. Le Parti socialiste français, de par son importance, aurait dû devenir ce creuset où l’alternative nouvelle se forme. Il n’a pas su ou voulu le faire. Au lieu de ménager un espace où l’avenir peut se dessiner, le PS a préféré construire des écuries électorales.

Certes, Arnaud Montebourg a apporté une touche un peu originale. Mais ses propositions tenaient aussi de cette «pensée marketing» à laquelle doit se plier tout candidat à une élection très personnalisée. La démondialisation semble-t-elle à la mode? Montebourg s’en proclame aussitôt le héraut. Mais comment y parvenir dans le cercle national où se déroule l’élection présidentielle? Le programme du chef de l’aile gauche socialiste est, à cet égard, tellement flou qu’il se fait récupérer par Marine Le Pen et son Front national.

Le PS a choisi la primaire pour moteur de sa régénérescence électorale. Mais cette «fabrique de personnalités» signe aussi sa dégénérescence comme force de proposition alternative au capitalisme.

 

Jean-Noël Cuénod

23:48 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : primaire ps, élection présidentielle | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellente analyse. Notamment sur Montebourg, dont le recours au protectionnisme européen cache mal la réalité de ce qu'il est fondamentalement: un outil au service du protectionnisme des vieux pays riches (nous) contre le partage de la richesse avec tous les autres: les vrais pauvres et les émergents. L'extrême-droite au moins, de ce point de vue, à l'honnêteté de cracher le morceau. Mais n'est-ce pas la grande faille de la démocratie de ne pouvoir encore s'appliquer qu'à l'échelle nationale ? Vivement la seule révolution qui vaille: le passage à la Fédération mondiale.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/10/2011

Je pense au contraire que le système de la primaire tend bien moins à fabriquer une personnalité que le système traditionnel français, qui impose d'emblée un chef pour lequel personne ne vote. Ici, il s'agit de voter pour celui qui représentera le parti et mettra personnellement en oeuvre sa politique, et non de se laisser submerger par l'incarnation glorieuse d'une idée, ou d'une série d'idées - comme c'est le cas d'habitude. D'ailleurs, Dominique de Villepin est significativement opposé au système de la primaire, en tant que "gaulliste". Pour ce qui est de l'alternative idéologique, le parti socialiste ne s'est pas, justement, appuyé sur les idées d'une personne en particulier, mais a élaboré collectivement son programme. S'il n'y a pas d'alternative idéologique, c'est que le parti lui-même n'est pas intéressant. C'est qu'il faut s'intéresser aux écologistes et non aux socialistes. Mais tout le monde regarde avec raison la primaire comme un progrès de la démocratie, d'ailleurs, le parti écologiste l'a aussi pratiquée avec succès. Il n'y a que les partis qui héritent du monarchisme qui ne la pratiquent pas.

Écrit par : RM | 13/10/2011

(Enfin, les écologistes ont voté seulement à l'intérieur du parti, c'est un peu différent, mais démocratique quand même, tout le monde pouvait s'inscrire pour voter.)

Écrit par : RM | 13/10/2011

Comme à chaque campagne électorale c'est la cacophonie!

Hônnetement qui est crédible ? Martine Aubry ? Le simple fait d'avoir écouter DSK lui souffler les 35 heures à l'époque est une démonstration d'un échec politique dont on voit le résultat aujourd'hui encore.

Hollande ? Ah oui c'était le 1er secrétaire du parti. Son fantôme hante à peine la rue Solferino. Il a toujours été mou et il le reste. L'histoire est drôle. Hollande avait choisi Julien Dray comme porte parole. Aujourd'hui Dray n'est plus là à cause de ces affaires de détournement d'argent. On peut déjà en déduire que Hollande a des problèmes de choix sur les candidats. Julien Dray avait fondé le courant nouvelle socialiste avec Jean-Luc Mélanchon. Mais les disenssion poussère Mélanchon vers Emmanueli (il me semble qu'il a aussi été mis en examen dans les années 90).

Hollande pris la direction du nouveau PS qui avait été fondé par Montebourg, Peillon et Hamon. Le choix de Hollande envers Dray laisse présager certaines choses pour l'avenir. Dray avait des prises de position sécuritaire étonnante pour une gauchiste. Dès lors, je pense que la sécurité sera gérée par Hollande comme Sarkozy. C'est à dire, rien de nouveau...

Qu'est-ce qu'une campgne électorale en France ? Une tournante! Je parle bien de ping pong...ca va d'un coté comme de l'autre. Au début on est beaucoup et au fur et à mesure les concurrents sont éliminés jusqu'à la finale. Le gagnant gagne un bonus. Ce bonus c'est l'immunité parlementaire.

Écrit par : plume noire | 13/10/2011

@ Philippe Souaille

Pas de protectionnisme. C'est avec des gens comme vous que la française SNECMA et l'américain GE s'allient en un consortium pour livrer la technologie occidentale des réacteurs à la Chine. Acmée du transfert des technologies aéronautiques. Dissémination des bijoux de la famille occidentales. Appât très néolibéral de la mondialisation. Corde vendue pour se faire pendre.

Etant sans aucun problème membre de droit de la communauté des suisses de Genève et des environs, qui rappelons le accueille les suisses sans que le passeport ne détermine cette qualité, je ne peux que relever que l'analyse de Montebourg, grand ennemi revanchard de la Suisse, comporte de nombreux points exacts.

"Mais n'est-ce pas la grande faille de la démocratie de ne pouvoir encore s'appliquer qu'à l'échelle nationale ? Vivement la seule révolution qui vaille: le passage à la Fédération mondiale."

Voilà que vous vous êtes clairement exprimé. Sauvez les pauvres d'ailleurs et laissez crever les nôtres. La destruction de l'occident et de la Suisse est votre but. Votre lutte. Votre lutte finale de trotskyste. Trotskyste dissimulé sous les oripeaux du néolibéralisme que vous avez adopté pour mieux nous détruire. Qu'il est naïf le PLR.

P.S.: Est-ce bien vous ?

Écrit par : CEDH | 13/10/2011

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