07/10/2011

Le stalinisme, une passion française

 Et Staline pour nous est présent pour demain Staline.jpg
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite.

Ces vers grotesques ont dégoutté de la plume de l’un des plus grands poètes français de tous les temps, Paul Eluard. Cette Ode à Staline, publiée en 1950, illustre la passion qu’une part importante de la France a vouée à l’un des tyrans les plus sanguinaires de l’Histoire.
Un livre vient d’être publié sur cette dévotion qui a marqué au fer rouge des générations d’intellectuels français, Heil de Gaulle! Histoire brève et oubliée du stalinisme en France (Editions Vuibert). Ses auteurs: les historiens Paul Lidsky et Jean-Marie Goulemot. Pour l’instant, cet ouvrage aussi bien écrit que documenté est accueilli par un silence assourdissant dans les médias d’outre-Jura. La patte du Petit Père  des peuples pèserait-elle encore sur les bonnes et mauvaises consciences?

Le titre - Heil de Gaulle! - se réfère au slogan débité à la fin des années 1940 par la presse communiste, qui n’hésitait pas à chausser de très gros sabots.
Des sabots taillés à la serpe par Jdanov, le «sinistre» de la culture du gouvernement stalinien. Pensée manichéenne, violence verbale, mensonges éhontés faisaient partie de son arsenal. Comment de brillants esprits ont-ils pu oublier leur intelligence dès que la question soviétique était abordée? Le rôle important qu’a tenu le Parti communiste français dans la Résistance ainsi que le tribut payé par l’URSS à la lutte contre Hitler expliquent bien des choses.

«Au sortir de la guerre, 25% des élèves des Ecoles normales supérieures (ndlr: les «fabriques» de professeurs) sont membres du PCF ou des jeunesses communistes», relèvent Lidsky et Goulemot. Pour ces jeunes gens, il s’agissait parfois de faire oublier les choix malheureux de leurs parents pendant la collaboration. Si les communistes ont tenu une place essentielle au sein du combat intérieur contre l’occupant nazi, il a tout de même été nécessaire d’effacer le fait que le PCF n’est massivement entré en résistance qu’au moment de l’attaque allemande contre l’URSS. Auparavant, les dirigeants communistes négociaient discrètement avec l’occupant la reparution de L’Humanité.

StalineLivre.jpgPour les auteurs de Heil de Gaulle!, les racines de cette fascination sont ancrées dans l’Histoire de France: «Le marxisme-léninisme construit la Révolution française comme le modèle originel de toute révolution (…) Cette importance accordée à la Révolution de 1789 par l’historiographie soviétique elle-même a convaincu certains que la France était la fille aînée de la République des Soviets, d’où l’alignement jusqu’à la caricature sur l’URSS (…)»

Le stalinisme est-il mort? En tout cas, il bouge encore, avertissent les deux historiens: «Il s’est disséminé et a profondément imprégné l’extrême gauche, qui s’en défend. Elle le dénonce sans se rendre compte qu’elle en adopte souvent le sectarisme.»


Jean-Noël Cuénod

 

(Texte paru jeudi 6 octobre 2011  (version complète) en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en rubrique "Perspective" (version légèrement abrégée) de la Tribune de Genève) 

09:44 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : staline, livre, intellectuels, france | |  Facebook | | |

Commentaires

Même les poètes communistes, sous les beaux discours creux consacrés au "matérialisme historique", ont besoin de croire aux miracles: Staline, le miracle de l'histoire, le bienfaiteur de l'humanité, l'incarnation du Sens de l'Histoire - nouveau nom pour la Providence! Comme disait Amiel, la religiosité est spontanée, ensuite, il ne s'agit plus que de savoir ce qu'on vénère. Même le perroquet empaillé de Félicité, matérialisation du Saint-Esprit, était somme toute plus digne d'être vénéré que Staline, peut-être.

Écrit par : RM | 07/10/2011

Comme vous dites le communisme est présent en France mais ce n'est pas tout.

Que dire de Monsieur Barroso ancien Maoiste président de la commission européenne...

Écrit par : plume noire | 07/10/2011

O la la la la! "Barroso ancien Maoiste"! c'est plutôt dur à croire, je pense que le mieux à faire c'est toujours de cadré tout le monde dans le même standard, communiste ou pas!

Écrit par : chercher un emploi | 10/10/2011

Derrière ses multiples critiques du communisme (je me souviens d'un article immonde sur Melenchon) Mr Cuénod exprime surtout sa sympathie pour cette gauche boboïsée ultralibérale et eurocrate.
Je n'ai franchement pas l'habitude de faire preuve de tant d'aggressivité mais c'est le 3e article de cette veine et là je suis un peu énervé...

Écrit par : sancho | 02/11/2011

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