04/10/2011

« René L’Enervé »: Jean-Michel Ribes s’énerve trop tard

Paris se gondole au Théâtre du Rond-Point à Paris. Maître des lieux et formidable homme de spectacle, Jean-Michel Ribes vogue vers le succès avec son «Opéra-bouffe et tumultueux» intitulé «René l’Enervé». Salles pleine et éclats de rire.

Sur le plan formel, la performance de Ribes, auteur et metteur en scène, du compositeur Reinhardt Wagner, ainsi que de tous ses acteurs-chanteurs et musiciens est époustouflante. Du grand opéra-bouffe comme on les aimait jadis. «René l’Enervé» est l’agité qui s’agrippe à son fauteuil présidentiel de plus en plus branlant. Il fallait bien consacrer un «Opéra-bouffe» à celui qui a goinfré ses amis au Fouquet’s. Tout le camp Sarkozy est ainsi croqué avec épouses successives et conseillers calamiteux. Les adversaires de René se partagent entre Gaufrette et Ginette, avec un Coiffeur International qui aime beaucoup les dames. Allez savoir pourquoi, le voilà foudroyé juste au moment où il allait «coiffer au poteau» les deux opposantes. Il y a aussi une charge contre les écolos-bobos et, surtout, les inquiétants "Cons nationaux" au front aussi bas que national.

Le Plouc et sa Plouquette, comme les autres spectateurs, ont ri. Un rire un rien teinté de jaune. Tout d’abord, «René l’Enervé» est tellement plaqué sur les circonstances du moment qu’il en reste anecdotique. Or, Sarkozy n’est que le symptôme d’un mal plus profond. En braquant les feux sur sa seule petite personne, l’essentiel est laissé dans l’ombre. Si le personnage principal avait été plus dégagé de sa gangue d’actualité, il aurait acquis une dimension plus universelle, mieux à même de mettre au jour les entrailles de ce capitalisme rapace qui ronge le corps social. Même si Reinhardt Wagner est à l'évidence influencé par Hanns Eisler, l'un des compositeurs de Bertold Brecht, nous restons fort éloignés de l'auteur de la "Résistible ascension d'Arturo Ui". 

En outre, cogner sur Nicolas Sarkozy au moment où tout le monde tape sur lui, y compris dans son propre camp, rend la satire plus plate. Cet acharnement sarkophobe peut d’ailleurs faire l’effet inverse et, en fin de compte, rendre sympathique l’Enervé de l’Elysée. Si cet Opéra-bouffe avait été créé il y a deux ans, cela aurait eu une tout autre allure. Il aurait provoqué plus de controverses intéressantes qu’aujourd’hui. Bref, avec son «René l’Enervé», Jean-Michel Ribes s’est énervé trop tard.

Toutefois, le spectacle en lui-même vaut d’être vu.

« René L’Enervé » jusqu’au 29 octobre, Théâtre du Rond-Point, salle Renaud-Barrault à 21 h. ; dimanche à 15 h. relâche les lundis.

Jean-Noël Cuénod

Voici d’ailleurs une vidéo pour vous en faire une petite idée.


René l'énervé au Rond-Point : les premières images par WebTV_du_Rond-Point

15:35 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sarkozy, opéra-bouffe, vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

Honnêtement, je pense que cogner sur Nicolas Sarkozy a toujours participé de la façon dont on personnalise la politique, a toujours alimenté l'esprit qui a hérité de l'absolutisme monarchique. On l'a critiqué en tant que personne en loe comparant implicitement avec l'idéal monarchique, avec le roi idéal - image dans laquelle s'était mis, avait réussi à se mettre De Gaulle, et Mitterrand aussi, à peu près. Or, la question n'est réellement pas là. Il s'agit seulement de savoir si le chef agit ou non d'une manière juste, dans les limites de ses prérogatives. On peut soupeser le poids de ceci et de cela en défaveur de Sarkozy, mais déjà, prétendre qu'absolument tout ce qu'il a fait était mauvais est montrer qu'on n'est pas apte à juger. Car ce n'est pas possible. Dans la vie réelle, cela n'arrive pas. Le fait est, par exemple, qu'il a tendu à réhabiliter les cultures régionales, et à relativiser l'importance de la culture centrale, et le fait est que cela a déplu à une certaine élite, mais en réalité, c'était juste. Pareillement, il a tendu à réhabiliter le courant culturel catholique, et ce n'est pas non plus injuste, puisque l'Etat s'occupe de culture, notamment par le biais de l'éducation, et qu'il faut que tous les courants culturels en ce cas soient représentés. Mais de nouveau, cela a déplu à certains. Ensuite, le plus lamentable, ce fut peut-être la façon dont il a essayé d'enrichir les Français en vendant des produits d'entreprises d'Etat, avions, centrales nucléaires, etc. Si encore cela avait marché! Mais même pas.

Écrit par : RM | 07/10/2011

Merci pour cet article très intéressant.

Écrit par : femmes russes | 16/10/2011

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