30/09/2011

La France rurale n’est plus ce qu’elle était

La perte par la droite française de «son» Sénat ne se limite pas à un coup de Trafalgar électoral. Il s’agit d’une vague de fond qui vient de loin. Elle traduit les profonds changements de cette France rurale que l’on croyait immuable, malgré les bouleversements subis par le monde agricole au XXe siècle. Au-delà des divisions au sein du camp sarkozyste qui ont facilité la tâche de la gauche, le vote de dimanche illustre la rébellion couvant dans les bourgs et villages depuis plusieurs années.

Au printemps 2008, un an après l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la grogne commençait déjà à se faire entendre dans son propre camp. Pendant la campagne municipale, j’avais interviewé Pierre Giry, le maire de Nontron, sous-préfecture de la Dordogne. Malgré son appartenance au parti sarkozyste UMP, il laissait exploser sa colère à la suite de la suppression du tribunal de sa petite ville: «A aucun moment, la mairie n’a été consultée. Tout ça s’est fait dans notre dos!» Il récusait déjà l’étiquette de sarkoyzste: «Je suis gaulliste, un point c’est tout.»

Ce qui s’est produit à Nontron a été répété ailleurs. Même centralisme arrogant. Même autoritarisme méprisant. Que l’on soit ou non membre de l’UMP ne change rien à l’affaire, tant qu’on n’est pas dans les petits papiers du président. Des petits papiers que l’on prépare lors des cocktails à Neuilly mais non pas au cours des vins d’honneur d’une sous-préfecture périgordine.

Trois ans et demi plus tard, ces modestes élus de la France terrienne – qui forment la majorité des grands électeurs du Sénat – se sont vengés dans l’isoloir. Quitte à voter pour l’adversaire socialiste.

Sur le plan sociologique, les élus ruraux ont suivi les changements opérés dans la campagne française avec l’apparition des «rurbains» ou des «néoruraux», ces citadins qui ont décidé de s’établir au bon air ou, souvent, de revenir dans leur village d’origine. Il faut y voir, entre autres causes, l’«effet TGV», qui a raccourci considérablement les distances entre Paris et la province, et le télétravail. Aujourd’hui, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques, les agriculteurs représentent moins de 8% de la population rurale.

L’élu du village est donc souvent un cadre, un ouvrier, un employé, un instituteur à la retraite ou en activité. Son comportement électoral se distingue de moins en moins de celui des citoyens vivant dans les grandes villes. «Acquis traditionnellement à la droite, le vote rural est devenu de moins en moins automatique au contact d’une population venue des villes, investie dans le milieu associatif plus favorable à la gauche», relève dans son blogue Eric de la Chesnais, journaliste au Figaro (voici le lien)
A cela s’ajoutent les nouveaux moyens de communication qui intensifient les échanges entre villes et campagnes. La France rurale n’est plus ce qu’elle était. Nicolas Sarkozy est en train de l’apprendre à son détriment.

 

Jean-Noël Cuénod

Et si vous venez à Paris ce week-end, montez donc à la Butte-aux-Cailles, charmant village du XIIIe arrondissement qui abrite de nombreux artistes. Ils y ouvrent leur atelier samedi et dimanche. En vedette, la magnifique peintre et sculptrice Mireille Bailly-Coulange dont voici l'invitation.

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28/09/2011

Sarkozy sème la chicaya entre profs et ouvriers

Il n’a pas pu s’en empêcher. C'est plus fort que lui. Un démon démangeur l'habite. En réponse à la claque historique de dimanche aux élections sénatoriales et à l’étonnante union sacrée, mardi, entre les enseignants des écoles publiques et privées contre sa politique scolaire, le président Nicolas Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que de sombrer, une fois de plus, dans la provocation.

Au moment où les profs de la «laïque» et de la «catho» défilaient ensemble dans les villes de son pays, le président français a pris à témoin, contre les enseignants, les ouvriers d’une usine en Picardie: «Mon devoir est d’abord de penser aux ouvriers et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale (…). Les fonctionnaires ont un travail difficile, mais ont un statut qui les protège. Vous, vous êtes exposés. »

Si la France éprouve tellement de peine à exporter ses produits, la cause réside, en partie, dans une formation scolaire et professionnelle moins performante qu’ailleurs. Au plus fort de l’impitoyable concurrence internationale, les atouts majeurs s’appellent «écoles», «universités», «centres d’apprentissage». Et le rôle que tient le professeur est aussi essentiel que celui joué par l’ouvrier, le cadre, le délégué commercial. Opposer une catégorie à l’autre est non seulement contre-productif mais aussi malsain. Au moment où le monde tangue, ce n’est pas le moment d’embrigader les ouvriers contre les profs. Au lieu de l’unité qu’un véritable chef de l’Etat devrait prôner, il attise la chicaya, fomente la dispute, ourdit la mésentente.

Par ses feux de bouche, Sarkozy nous montre qu’il est désormais candidat et ressort ses recettes pimentées de 2007. Mais, depuis, bien des choses ont changé. Et l’ancien candidat est devenu le premier président de droite à perdre le Sénat et à mobiliser contre lui l’école des laïcards et celle des jésuites. Cela inciterait à l’humilité. Un mot intraduisible en sarkozien.

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo complète de l'allocution du président de la République devant les ouvriers de cette usine picarde.


Allocution informelle devant les ouvriers du... par elysee

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25/09/2011

ETOILE DE DAVID

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 Notre vie suit

                                                                        Le long chemin des nombres

   Invisible et lumineux

   Caravane dirigée

   Par la sagesse du fou

   Dont le cœur est un sextant

 

   D’oasis en mirages

   Elle touche au but

   Et saura que l’oasis

   Est devenu mirage

   Et le mirage, oasis

   Vérités des vérités :

                                  L’Eternel présent.

 

 

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23/09/2011

La Ve République est-elle une machine à fabriquer des fous et des tordus?

 
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La Ve République est-elle une machine à fabriquer des fous et des tordus? En exerçant le tri sélectif dans les poubelles de l’actualité française, on serait tenté de répondre par un «oui» las et agacé.
 
Certes, l’Hexagone ne détient nullement le monopole des casseroles. En Suisse aussi, nous avons nos vilains petits tas de secrets collectifs qui ressortent lorsqu’un coin de tapis est soulevé par inadvertance ou malignité journalistique. Et ne parlons pas de Berlusconi qui a transformé l’Italie en batterie de cuisine complète avec accessoires. Mais ce qui étonne en France, c’est le nombre et la variété des affaires qui émergent de façon quotidienne. Les épisodes illustrant cette déraison d’Etat où les fous utilisent les tordus et réciproquement sont abondants.
 
Les tordus jouent les intermédiaires entre la politique et l’économie. Leur fonction: aider les uns à parvenir ou à rester au pouvoir, et les autres à défendre leurs intérêts. Les belles envolées morales glissent sur eux sans mouiller leur plumage. L’humanité n’a pas encore inventé de système politique pour s’en passer complètement. Les tordus savent se rendre indispensables. Mais si leur place devient trop envahissante, c’est tout l’équilibre social qui peut s’effondrer dans une corruption généralisée qui transformerait la société en espace destiné aux règlements de comptes.
 
Quant aux fous, ils ne sont certes pas indispensables. Mais on les voit souvent au sommet de l’Etat. C’est d’ailleurs à ces altitudes que la tête leur tourne tellement qu’ils sentent pousser sur elle une couronne.
 
 Le danger est de voir les fous utiliser un nombre croissant de tordus pour financer leur soif de pouvoir. Ce qui rend les tordus encore plus actifs et encore plus nécessaires.
 
Si cette synergie paraît particulièrement intense en France, c’est dû, en partie, aux institutions de la Ve République. Dans nulle autre démocratie un seul homme est nanti d’autant de pouvoirs que le président français. En ajoutant les mille ans de monarchie qui ont fait cette nation, chacun comprend qu’il y a de quoi se prendre pour un Louis XIV en costume trois-pièces lorsqu’on foule en propriétaire les tapis de l’Elysée.
 
La Ve République a bien rempli son rôle, en permettant au général de Gaulle de sortir son pays du sanglant bourbier colonial. Aujourd’hui, ce pouvoir exorbitant est devenu néfaste, transformant les présidents en rois fainéants – ne rien faire pour durer – ou en empereurs capricieux, fascinés par leur sentiment de toute-puissance.
 
Dès lors, la question des institutions ne saurait être considérée comme un débat superflu quand gronde une crise financière sans précédent. Les oripeaux monarchiques entravent la France dans sa marche. Il est temps que les tordus retournent à leur arrière-boutique et que les fous redescendent sur terre.
 

Jean-Noël Cuénod
 
(Ce texte a paru jeudi 22 septembre 2011 dans cette version en rubrique « Réflexion » de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève.)

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21/09/2011

Fais ta prière, Troy Davis

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Fais ta prière, Troy Davis. Ta mort est programmée à 23 heures GMT. Programmée. Car aux Etats-Unis, on programme la mort, comme un rendez-vous avec son médecin. Saut que cette fois-ci, le bourreau à blouse d’infirmier va t’inoculer dans tes veines un remède radical qui supprime toutes les souffrances, à titre définitif.

 

Fais ta prière, Troy Davis. Car il vaut mieux que tu croies en la vie après la mort. Sinon, j’imagine ton angoisse devant ce néant qui, chaque minute, chaque seconde, se rapproche à pas comptés.
Car, il vaut mieux que tu croies dans la justice divine, puisque celle des hommes, dans cette démocratie américaine qui se veut exemplaire, est aveuglée par l’erreur. Sept témoins sur neuf qui t’accusaient avouent aujourd’hui qu’ils ont subi le chantage des policiers. Ils voulaient un coupable, là maintenant. Tout de suite. Contre toi, aucune preuve matérielle. Ah si, une seule mais déterminante: ta peau. Noire. Et celle du policier tué, blanche.

 

Accrochée à sa violence comme un camé à son stupéfiant, la justice américaine n’y a vu que du rouge.

 

Jean-Noël Cuénod

 

L'exécution a été retardée de plus de quatre heures, dans l'attente d'une décision de la Cour suprême des Etats-Unis, qui a finalement autorisé sa mise à mort. Le décès a été constaté à 23H08 (03H08 GMT jeudi), une quinzaine de minutes après le début de l'exécution (afp).

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19/09/2011

DSK a de la peine à se déboutonner

Treize millions de téléphages au début, quatorze millions à la fin. Dominique Strauss-Kahn peut se vanter d’avoir battu Nicolas Sarkozy, dimanche soir lors de son demi-effeuillage devant Claire Chazal à TF1. En tout cas, dans la bataille des audiences télévisuelles. Jeudi 10 février dernier, l’actuel président n’avait réuni que 8,3 millions de téléspectateurs lors de l’émission Paroles de Français menée de main de valet par Jean-Pierre Pernaut sur cette même chaîne TF1 dédiée au vernissage d’escarpins présidentiels et assimilés. En revanche, il est impossible de départager Chazal de Pernaut dans le championnat de la lèche toutes catégories. Disons qu’ils ont fait match nul.

Il est vrai qu’en matière de flagornerie, Jean-Pierre Pernaut paraît imbattable. Son talent pour négocier les virages, surtout à droite, son art consommé de rester dans les petits papiers des grands et d’évoquer la Foire aux célibataires d’Uzès pour faire paravent aux rues en colère resteront un exemple pour tous les jeunes journalistes soucieux d’être introduits au sein sain du Saint des Saints.

C’est dire si Claire Chazal a mis le paquet pour tenter de déboutonner Dominique Strauss-Kahn. «Alors que s’est-il passé dans la chambre 2806 avec la femme de chambre?» «Une relation inappropriée». Qu’en termes pudiques ces choses-là sont énoncées! Un journaliste mal élevé aurait demandé: «Qu’est-ce qu’une relation inappropriée?». Mais Claire Chazal est bien éduquée et laisse Strauss-Kahn plaider sa défense en soulignant l’absence de violence attestée par le procureur lui-même. C’est Le Monde - vive la presse écrite ! – qui posera la bonne question : «Comment une relation de neuf minutes, non tarifée, entre un homme aisé et une femme de chambre peut-elle avoir lieu sans une forme de contrainte ?» Bonne question mais sans réponse.

 

Claire Chazal trouve alors qu’il n’y a pas assez d’émotion dans tous ça: «Avez-vous souffert?» Sur ce boulevard, DSK roule en Ferrari (aucune allusion à l’autre clone de Chazal de TF1): «J’ai eu peur, j’ai eu très peur. J’ai été piétiné, humilié, avant même de pouvoir dire un mot. Quand vous êtes pris dans les mâchoires de cette machine, vous avez l’impression qu’elle peut vous broyer». Dominique Strauss-Kahn se rappelle alors le dernier conseil de sa femme Anne Sinclair: «A ce moment-là, tu te places au bord des larmes, mais sans laisser tomber une goutte. Faut quand même pas en faire trop. N’oublie pas hein?» A l’évocation de l’enfer judiciaire new-yorkais, on voit une vaguelette clapoter au bord des cils strauss-kahniens. Sans pour autant tomber. Du grand art.

Claire Chazal attend que DSK termine sa séquence émotion. On évoque, vite, la plainte de Tristane Banon. Mais surtout, ne pas s’y attarder puisque c’est justement ça qui fait mal. Et on remet une couche d’émotion avec Anne Sinclair, l’épouse courageuse – et qui, ça tombe bien, est l’une des meilleures amies de Claire Chazal. Beau numéro de violon tzigane pour restaurant russe: «C’est une femme exceptionnelle. J’ai eu une chance folle de l’avoir à mes côtés.»

Attention, il ne faut pas oublier la séquence «hypercompétence économique»! «Que pensez-vous de la crise de l’euro ?» Là, DSK se fait gros matou ronronnant de bonheur. De gamin pris la main au panier, le voilà transformé en professeur dictant ce qu’il faut penser de la monnaie européenne, de la dette, de la stagnation, des politiques de relance. Du nanan. Il s’agit aussi de créer dans le cœur des Français un vif regret: «Tu vois Germaine, ce type-là aurait pu nous sortir de la merde. Ah, quel gâchis!» C’est alors que l’on glisse tout en douceur vers les ambitions, encore lointaines mais qui se dessinent déjà dans les mirages de sa traversée du désert. Avec ce mot de la fin dûment répété: «On verra».

Jean-Noël Cuénod

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17/09/2011

LA FORET SANS LIMITE

 

                                                                         LA FORET SANS LIMITE

                                                                      Rêve d'une forêt sans limite
                                                                      Femme à la peau de lune et de jasmin

                                                                      Rejette ton drap d'un mouvement vif
                                                                      Que tes cuisses respirent sans linceul
                                                                      Et laissent les serpents de la brise
                                                                      Exercer leurs travaux de caresses

                                                                      Ecoute le chant du chèvrefeuille
                                                                      Il fait battre le coeur de ton sommeil
                                                                      C'est la voix des parfums de la terre
                                                                      Qui s'élève vers la nuit des temps

                                                                      Accepte l'hommage des racines
                                                                      Leurs entrelacs sera notre berceau
                                                                      Comme il fut naguère notre tombeau
                                                                      C'est le sang de l'humus qui s'écoule
                                                                      De la blessure perpétuelle
                                                                      Pour irriguer les champs de ton ventre

                                                                     Rêve d'une forêt sans limite
                                                                     Pour y promener l'enfant du soleil

 

                                                                      Jean-Noël Cuénod

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15/09/2011

Délinquance: l’angélisme de gauche à droite

La Suisse a connu un été délinquant. La plus petite des grandes nations commence à perdre ce privilège que tous lui enviaient, la sûreté de ses rues. Naguère encore, les dirigeants de gauche haussaient les épaules à l’évocation de ce problème. «Il sera résolu de lui-même si l’on s’attaque vraiment aux injustices sociales», soupiraient-ils. Aujourd’hui, les responsables socialistes, du moins en France, ne tiennent plus ce langage et caressent les policiers dans le sens du passepoil. Il faut dire que le PS détenant la plupart des villes d’outre-Jura, les élus socialistes ont subi une cure quotidienne de réalisme.

A cet angélisme de la gauche, qui est en train de battre de l’aile, succède un angélisme de la droite, tout aussi irréaliste. Cet été, nous avons ouï magistrats pontifiants et autres politiciens pour micros nous expliquer que si la délinquance galope, c’est en raison de la mansuétude de nos tribunaux. En durcissant les peines, elle sera gommée de notre joli paysage et Heidi pourra à nouveau se promener sur les quais d’Ouchy ou des Pâquis sans traverser une forêt de mains baladeuses et voleuses.

Fariboles! En France, les parlementaires pondent en batterie des lois répressives sous l’impulsion du coq élyséen et la main des juges se fait de plus en plus lourde. En pure perte. Certes, le nombre de cambriolages tend à s’infléchir. Il faut sans doute y voir les effets d’une sécurisation accrue des domiciles privés, à l’instigation des assurances. En revanche, les violences aux personnes en France ne cessent d’augmenter depuis plusieurs décennies, selon le Ministère de l’intérieur.
De même, la justice des Etats-Unis dispose de l’arsenal législatif — avec la peine de mort, notamment — le plus répressif de toutes les démocraties. Et dans ce pays également, la criminalité flambe.

En fait, la dissuasion pénale est surtout efficace à l’endroit des gens honnêtes qui ont commis des infractions par négligence, tels les délits routiers. Le délinquant intentionnel, lui, a peur du policier bien plus que du juge. Donc, la police de proximité — détruite en France par l’angélisme de droite — est l’une des réponses efficaces à la délinquance de rue. Une police qui émane exclusivement de l’Etat, seul détenteur du monopole de la violence légitime. Toutes les privatisations plus ou moins rampantes qui l’affectent affaiblissent cette légitimité en confiant l’intérêt général à des intérêts privés, avec tous les risques de dérives que cela suppose.

Toutefois, que les anges de gauche et de droite ne rêvent plus: la délinquance zéro n’existera jamais, à moins d’instaurer la plus oppressante des dictatures. Et encore, même en cette occurrence le résultat ne sera pas garanti. Depuis Adam et Eve, l’humain a toujours éprouvé le malin plaisir de transgresser les interdits.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 septembre 2011 en version complète en rubrique « Réflexion » de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève)

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13/09/2011

Crise grecque: mais qu'ils la ferment!


N. Sarkozy, la langue française et la crise... par bichoii

Ce montage vidéo créé par Le Post.fr illustre parfaitement la confusion semée par la crise grecque. Durant tout l'été et aujourd'hui encore, les dirigeants politiques européens ont multiplié les propos lénifiants: "Une faillite de la Grèce? Mais personne n'y songe un seul instant!" Tu parles! Ils n'ont que ça en tête, nos responsables qui le sont de moins en moins. Et chaque fois qu'ils veulent calmer le jeu boursier, celui-ci s'emballe. Plus ils en rajoute une couche dans l'apaisement, plus la crise se creuse. Leur parole vaut encore moins que le papier des actions des banques françaises. Mais qu'ils se taisent donc!

 Les pontes de la finance et les experts de l'économie ne se montrent pas plus convaincants. Les uns affirment que la Grèce doit sortir de l'euro; les autres répliquent en affirmant qu'une telle décision tournerait à la catastrophe générale. Tout le monde cause et personne ne sait. De son paradis loufoque, Pierre Dac laisse tomber cette maxime: "Ceux qui l'ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir".

Aucun chef d'orchestre n'apparaît dans cette cacophonie. Ou plutôt, il y en a trop. Ce qui revient au même. Seul compte le profit immédiat que peuvent soutirer les pirates du capitalisme financier en pariant sur ce système que les ordres informatiques rendent encore plus incontrôlable.  Dans ce casino sans croupier, il y a toujours des gros malins pour empocher la mise. Quitte à la perdre le lendemain.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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11/09/2011

Les musulmans, autres victimes du Nine-Eleven

Les 2976 hommes et femmes qui ont péri dans les Twin Towers le 11 septembre 2001 ne sont pas les seules victimes de feu Oussama Ben Laden et de ses 19 séides qui ont détourné et piloté les avions pour les lancer contre leurs objectifs. Les terroristes islamistes ont aussi pourri la vie des millions de musulmans vivant en Occident et ne demandant qu’une chose: faire prospérer leur famille en bonne intelligence avec les voisins.

Du jour au lendemain, le regard sur eux a changé. Ils sont devenus les adversaires de l’intérieur, la cinquième colonne du terrorisme mondial ; au pire des ennemis irréductibles, au mieux des suspects encombrants. A cet égard, les scènes de joie qui ont éclaté à Beyrouth, à Gaza et dans de nombreuses villes arabes ont causé au moins autant de tort aux musulmans que les attentats eux-mêmes.

Ainsi, même s’il cherche à effacer ce sentiment, Le Plouc ne peut s’empêcher de songer à l’islam chaque fois qu’il doit subir les interminables mesures de sécurité dans les aéroports ou les bâtiments officiels. Bien sûr, il relativise aussitôt, Le Plouc. Se dit qu’il ne faut pas confondre l’islam majoritaire et pacifique avec l’islam ultraminoritaire et radical. Mais le mal est fait. La confusion, malgré tout, s’insinue; la moindre barbe hérisse le poil et la bourka le défrise.

Auparavant, la mosquée était vue comme un lieu de prière parmi d’autres dans nos rues européennes. Désormais, en passant devant elle, ces questions s’insinuent: «Prient-ils ou complotent-ils? Le prédicateur prône-t-il la concorde ou prêche-t-il la violence?». Le Plouc les chasse aussitôt. Il se dit qu’après tout les pseudo-évangélistes américains et les intégristes papistes doivent être jetés au fond du même sac d’opprobre que les nazislamistes. Mais rien à faire. La méchante petite musique islamophobe revient dans les oreilles.

A cet égard, le but visé par Ben Laden et les islamoterroristes a pleinement réussi. Le fossé entre musulmans et non-musulmans n’a jamais été aussi profond. D’autant plus qu’en réponse au rejet dont ils sont victimes, certains fidèles de l’islam en ont rajouté dans l’application stricte de leurs préceptes, notamment à l’encontre des femmes. Et en réponse à cette réponse, les non-musulmans ont monté encore d’un cran leur hostilité contre la religion du prophète Mohamed.

Pourtant, dans notre société mondialisée, les communautés sont condamnées à cohabiter. Pour ce faire, la seule solution durable est d’instaurer ou de renforcer la laïcité, puis de la faire respecter par tous. Et si quelqu’un en déniche une meilleure que celle-ci, qu’il ne se gêne surtout pas pour la proposer!


Jean-Noël Cuénod

 

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09/09/2011

Jacques Chirac de l’immunité à l’impunité

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Le regard perdu vers la mort, le vieillard assiste à sa déchéance. Ces photos de Jacques Chirac publiées cet été dans la presse -  à la recherche aussi désespérée que désespérante de sujets - ont serré le cœur des Français.

 Bien entendu, ces clichés ne doivent rien au hasard. Claude Chirac, la fille de son père, est trop experte en manipulations médiatiques pour laisser le destin faire son œuvre photographique. Il s’agissait de mettre en condition le public pour que l’absence programmée de Chirac à son procès ne fasse pas scandale. Opération réussie. Lorsque Me Jean Veil, le fils de l’ancienne ministre, a brandi le certificat médical attestant que l’ancien président de la République n’est plus capable de suivre des audiences, chacun a convenu qu’une telle comparution était aussi inhumaine qu’inutile. La décision des juges du Tribunal correctionnel de Paris d’autoriser Jacques Chirac à se faire représenter par ses défenseurs n’a souffert aucune discussion. D’autant plus que ces débats judiciaires portent sur des faits remontant à quinze ans. Lorsque Chirac occupait – en se goinfrant – la mairie de Paris.

Cela dit, les proches de l’Ex auraient pu s’abstenir de se lancer dans un numéro de basse voltige hypocrite, auquel Le Plouc a assisté lors de l’ouverture de ce procès qui se déroule désormais sans l’accusé principal. Affirmer avec des trémolos, que Chirac a toujours voulu se faire juger, relève de l’indécence. Il n’a cessé d’esquiver les coups de la justice. Pendant douze ans, le Pacha de l’Elysée était protégé par son immunité présidentielle. Impossible d’y renoncer? Pas du tout. L’alors chef de l’Etat aurait pu décliner ce droit, s’il souhaitait vraiment clamer son innocence devant les juges. De même, ses avocats – ou ceux de ses coaccusés – ont multiplié les recours en tous genres, jouant ainsi la montre à l’instar des footeux qui catapultent le ballon au-delà des tribunes.

Jacques Chirac est aujourd’hui un grand-père malade qui fut un président, sinon brillant, du moins suffisamment avisé pour éviter à la France de sombrer dans la guerre d’Irak. Il a droit à notre sympathique compassion. Mais de grâce, qu’on ne nous fasse pas prendre ce vieux renard pour une oie blanche.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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