28/09/2011

Sarkozy sème la chicaya entre profs et ouvriers

Il n’a pas pu s’en empêcher. C'est plus fort que lui. Un démon démangeur l'habite. En réponse à la claque historique de dimanche aux élections sénatoriales et à l’étonnante union sacrée, mardi, entre les enseignants des écoles publiques et privées contre sa politique scolaire, le président Nicolas Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que de sombrer, une fois de plus, dans la provocation.

Au moment où les profs de la «laïque» et de la «catho» défilaient ensemble dans les villes de son pays, le président français a pris à témoin, contre les enseignants, les ouvriers d’une usine en Picardie: «Mon devoir est d’abord de penser aux ouvriers et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale (…). Les fonctionnaires ont un travail difficile, mais ont un statut qui les protège. Vous, vous êtes exposés. »

Si la France éprouve tellement de peine à exporter ses produits, la cause réside, en partie, dans une formation scolaire et professionnelle moins performante qu’ailleurs. Au plus fort de l’impitoyable concurrence internationale, les atouts majeurs s’appellent «écoles», «universités», «centres d’apprentissage». Et le rôle que tient le professeur est aussi essentiel que celui joué par l’ouvrier, le cadre, le délégué commercial. Opposer une catégorie à l’autre est non seulement contre-productif mais aussi malsain. Au moment où le monde tangue, ce n’est pas le moment d’embrigader les ouvriers contre les profs. Au lieu de l’unité qu’un véritable chef de l’Etat devrait prôner, il attise la chicaya, fomente la dispute, ourdit la mésentente.

Par ses feux de bouche, Sarkozy nous montre qu’il est désormais candidat et ressort ses recettes pimentées de 2007. Mais, depuis, bien des choses ont changé. Et l’ancien candidat est devenu le premier président de droite à perdre le Sénat et à mobiliser contre lui l’école des laïcards et celle des jésuites. Cela inciterait à l’humilité. Un mot intraduisible en sarkozien.

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo complète de l'allocution du président de la République devant les ouvriers de cette usine picarde.


Allocution informelle devant les ouvriers du... par elysee

10:49 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nicolassarkozy, président, usine, vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

D'un autre côté, la différence de statut pose peut-être un problème. Elle établit bien une coupure entre les deux mondes. La protection de la source de revenus peut servir de modèle à toute la société, et l'Etat devrait pouvoir garantir le réemploi des gens licenciés. D'un autre côté, les enseignants devraient réellement se soucier des réalités de l'économie, non pas forcément pour s'y soumettre, mais pour en tenir compte, car même quand on veut la changer, il faut bien partir de ce qu'elle est. On dirait parfois que les enseignants n'ont jamais entendu parler de la valeur ajoutée, et qu'ils n'ont même jamais entendu dire que c'est par elle qu'ils sont nourris, qu'ils croient que l'Etat crée autant de richesse qu'il veut. Si les enseignants par exemple veulent éduquer pour que les acheteurs accordent de la valeur à autre chose qu'à de la technologie, qu'ils soient prêts à payer pour de la poésie, par exemple, font-ils vraiment ce qu'il faut? Je ne pense pas, en fait, l'enseignement apprend bien à aimer la technologie, et à en acheter, mais il se moque souvent de savoir comment on pourra en vendre.

Écrit par : RM | 28/09/2011

(Ou en fabriquer!)

Écrit par : RM | 28/09/2011

(D'ailleurs, je suis surtout étonné par l'amalgame qui est fait entre les enseignants et les fonctionnaires, car contrairement à ce que certains croient, il ne va pas de soi que l'un doive aller avec l'autre, ça peut très bien être séparé.)

Écrit par : RM | 28/09/2011

Les engagements et les belles promesses ont-il un jour obligé Nicolas Sarkozy?

Rien n'arrêtera jamais cet homme. Et le ridicule ne l'a pas (encore) tué.

Ici, cependant, il s'agit de bien plus grave que de ridicule.
C'est d'outrages dont il est question. Et pour les ouvriers et pour les enseignants. Et ce, indépendamment de ce qu'on pense ou ne pense pas des uns et des autres, des derniers, surtout puisqu'hier était un jour d'action de la part de certains d'eux.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/09/2011

C est à mourir de rire...les programme scolaire n ont pas arrêté d être révisé et allégé ces 30 dernières années...mon cours passage en France m a même permis de manifester contre Claude Allegre. Sarkozy a peur! Si les ouvriers se révoltent avec les autres sans compter les routiers on pourra peut être revoir le souvenir de décembre 1995...

Écrit par : plume noire | 28/09/2011

Les commentaires sont fermés.