23/08/2011

L'affaire Strauss-Kahn se termine en pantalonnade

Ainsi, le district attorney (procureur) Cyrus Vance junior a-t-il abandonné ses accusations contre Dominique Strauss-Kahn. Tout ce cirque à grand spectacle pour se terminer en pantalonnade! Enfin si l’on ose dire, puisque, justement, c’est l’absence de pantalon qui a servi d’ouverture à cette mauvaise farce américaine. Quant à celle qui affirme avoir été violée, Naffissatou Diallo, elle s’apprête à réclamer à DSK de grosses indemnités. En France, tout se termine par des chansons. Aux Etats-Unis, tout se conclut par des chantages.

Cet épisode montre d’ailleurs à quel point la justice des Etats-Unis peut sombrer dans l’incohérence. DSK risque de payer des indemnités devant la justice civile pour des faits qui ne sont pas poursuivis par la justice pénale. C’est arrivé à l’ex-vedette du football américain O.J. Simpson. Acquitté du meurtre de sa femme et de son amant, Simpson avait été condamné à verser 33,5 millions de dollars en dommages-intérêts au père dudit amant. L’innocent – du moins selon la vérité judiciaire, la seule qui importe dans ce contexte – indemnise donc sa victime que la justice pénale ne reconnaît pas pour telle. On ne fustigera jamais assez l’abus de bourbon lors de la rédaction des lois états-uniennes.

Pour les socialistes, ce rebondissement ne fait pas leur affaire, bien qu’ils manifestent leur hypocrite soulagement devant ce dénouement. Si Strauss-Kahn déclare se présenter à l’élection présidentielle, toute l’organisation des primaires d’octobre volera en éclats. Normalement, les candidatures sont bouclées. Mais comment refuser à DSK – fort de son expérience unique en matière de politique économique – de briguer l’Elysée, s’il le souhaite?

Cela dit, cette hypothèse ne paraît guère plausible. Même si DSK n’est pas poursuivi par la justice new-yorkaise, cette affaire a déchiré son image. C’est moins l’accusation de viol en elle-même – les déclarations de Naffissatou Diallo sont décrédibilisées par ses mensonges – qui accable l’ex-patron du FMI que son train de vie saoudien, le luxe indécent de sa résidence surveillée, les honoraires plantureux de ses avocats et sa propension à tomber dans les pièges dès qu’un jupon frémit à la brise.

Dominique Strauss-Kahn pourrait alors se poser en mentor de Martine Aubry - avec laquelle il avait conclu un pacte de soutien mutuel - lors de la primaire qui désignera le candidat socialiste à l’Elysée. C’est incontestablement un atout pour la patronne du PS. DSK deviendrait le «Deus ex machina» de la France martinisée, si, bien sûr, la fille de Jacques Delors est élue à l’Elysée, ce qui est très loin d’être le cas.

Un attelage Strauss-Kahn-Hollande est peu probable, puisque les deux hommes se situent sur le même terrain de la compétence économique et de la réforme fiscale. «François Hollande, c’est un peu DSK mais avec les ennuis en moins», ironisait – avant l’épisode new-yorkais – la journaliste du «Point» Sylvie Pierre-Brossolette.

Un tandem DSK-Martine Aubry comblera-t-il le retard de la première secrétaire du PS vis-à-vis de François Hollande qui caracole dans les sondages? Ce n’est pas du tout certain. Tout d’abord, Hollande colle au sentiment général des Français en se présentant comme un «président normal». Après le quinquennat de Sarkozy et sa tintinnabulante fricardise, une grande partie des électeurs ne souhaitent guère remettre au pouvoir, fût-ce indirectement, un autre membre – DSK en l’occurrence - de la caste dorée sur Porsche dont les conditions de vie sont tellement éloignées du reste de la population qu’elle est incapable d’en saisir les attentes.

Demeure l’indéniable compétence de Strauss-Kahn en matière de politique économique et financière. Son passage à la direction du Fonds monétaire internationale a été salué comme une réussite. S’il est un politicien français qui connaît les rouages de la finance, c’est bien DSK. Mais justement, à force de les pratiquer, Strauss-Kahn n’en est-il pas trop proche? Ne va-t-il pas abonder dans le sens des puissances financières par cet effet de proximité?

Durant sa présence au ministère des Finances sous Jospin, Strauss-Kahn a appliqué une politique favorable aux banques et aux sociétés financières qui a fait douter de ses convictions de gauche. Ce social-démocrate à l’étiquette pâlie fonctionne selon le logiciel libéral. Mais a-t-on besoin vraiment de ce logiciel-là qui, crise après crise, démontre sa nocivité? DSK risque fort d’avoir une guerre politico-financière de retard. Contrairement aux apparences, même avant son «affaire», Strauss-Kahn n’était pas le meilleur prétendant socialiste à la présidentielle.

Reste à savoir si les autres candidats du PS défendent des idées nouvelles en matière de régulation des puissances financières. Pour l’instant, tel n’est pas le cas. Ce qui n’est  pas étonnant dans la mesure où une telle régulation ne peut s’accomplir qu’à l’échelon international. Cela réduit d’ailleurs l’intérêt réel de l’élection présidentielle française, mais n’empêchera pas la campagne qui commence de produire une mousse médiatique abondante.


Jean-Noël Cuénod

VIDEO Et maintenant, rigolons un bon coup avec l'affaire DSK telle qu'elle est racontée sur Europe 1 par Nicolas Canteloup et Laurent Gerra.

00:30 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : dsk, naffissatou diallo, vidéo, nicolas canteloup, laurent gerra | |  Facebook | | |

Commentaires

DSK : Dos à dos !

Une : on dirait mais il ne faut pas le dire, que Dieu joue avec nous
Deux : je ne te le fais pas dire
Une: pourquoi? Tu étais au courant ?
Deux : oui mais je n'avais pas le droit de le dire
Une : dans ce cas, pourquoi tu me l'as dit ?
Deux : je ne t'ai rien dit... je t'ai laissée dire...
Une : je vais te dire à quoi il joue... il joue à ne pas montrer son jeu... mais faut pas le dire.
Deux : c'est tout ce que tu as à me dire ?
Une : pourquoi tu peux m'en dire davantage
Deux : oui mais celui que me l'a dit m'a formellement interdit de le dire.
Une : c'est si grave que ça?
Deux : oui ça peut foutre une vie en l'air ...

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/08/dos-a-dos/

Écrit par : le journal de personne | 23/08/2011

Toujours un plaisir de te lire JNC!!!

Belle plume, alerte et bien dense!

Salam

Écrit par : Gorgui Ndoye | 23/08/2011

L'accusation de viol de N. Diallo reste importante, dans l'opinion publique, puisque le Procureur lui-même dit qu'il y avait "probablement" eu contrainte, et que le problème est seulement que la victime étant le seul témoin, le procès n'aurait plus de base suffisante. Ici, on pourrait aussi évoquer l'obsession de la preuve, puisque le Procureur lui-même dit qu'il pense qu'il y a eu contrainte: mais il faut être sûr, dans un procès. Cependant, l'opinion publique a un sentiment, elle aussi, elle n'est pas chargée de juger. Dans le cas où il n'y a pas de certitude, un emprisonnement serait trop grave, puisqu'il pourrait y avoir une erreur judiciaire, mais des dommages et intérêts, c'est envisageable, puisqu'ils peuvent toujours être remboursés un jour. Donc, le système judiciaire américain est en fait assez bon.

Écrit par : RM | 23/08/2011

Dans un procès au pénal, s'entend. Rappelons d'ailleurs que le principe de l'argent versé en échange de faits graves commis sur autrui était constant en droit germanique, et que les peines physiques comme la prison viennent plutôt du droit romain, et on peut donc estimer qu'en Amérique, comme dans la France carolingienne, il existe toujours deux systèmes, et que quand l'un n'a pas fonctionné, on peut se référer à l'autre.

Écrit par : RM | 23/08/2011

Intéressantes vos remarques, Rémi.
Il est vrai que la faute est tout de même reconnue.

Ce qui est non moins vrai aussi, a-t-on pu lire et entendre dans les medias, est est que le procureur Cyrus Vance junior tient aussi à ménager sa crédibilité auprès de ses élus.

Tout cela fait que la situation peut être appréciée d'autant de points de vue que l'on voudra, tant elle révèle et met en scène des ressorts profonds de la nature humaine.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 23/08/2011

Hélène, à mon avis, les motivations profondes du Procureur restent assez hypothétiques, et si on est hostile à Strauss-Kahn, par exemple, ou favorable à Diallo, on peut lui imputer, à ce Procureur, toute sorte de mauvaises raisons cachées, mais à mon avis, il mesure aussi l'intérêt de dépenser de l'argent pour un procès au pénal qui n'est pas faisable, parce qu'il sait comment se passe un procès, qu'une victime discréditée dans sa parole n'obtient pas gain de cause, et que son adversaire gagne. Mais ce qu'il a dit publiquement, et qui est avéré, certain, c'est bien que la contrainte est "probable". Or, à l'inverse, tous ceux qui aiment Strauss-Kahn et se moquent de Diallo ont tôt fait de l'oublier et de ne pas le dire, comme si l'opinion publique, elle, allait l'oublier, ou comme si on voulait lui faire croire qu'il n'avait rien dit de pareil, qu'il pensait réellement Strauss-Kahn innocent, ce qui visiblement n'est pas le cas. Je voudrais donc dire qu'à mon avis, notre ami Jean-Noël, en ne mentionnant pas cette parole avérée du Procureur, et en s'imaginant que l'opinion publique retiendra seulement un train de vie trop luxueux, se montre quelque peu naïf, pour le moins.

Écrit par : RM | 23/08/2011

Merci de ces précisions, Rémi.

Ce qui est certain, en tout cas, est que cette affaire, par ses composantes humaines quasi caricaturales demeure riche d'enseignements à tous points de vue.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 23/08/2011

Cette pantalonnade - dans tous les sens du terme - et la manière dont elle se termine donne aux Français, de plus en plus "surveillés" et accablés par leurs difficultés quotidiennes, le sentiment que leurs politiciens peuvent tout se permettre parce que le ridicule et la honte ne les tuent plus...
D'autre part, vous dites que son passage à la direction du FMI a été salué comme une réussite. Peut-être mais il a été, dans les faits, tout sauf une réussite (excepté pour la création de richesses exponentielle pour les plus riches). La pauvreté et le chômage se sont accrus de manière dramatique partout sur la planète.
Car le FMI méconnait les problèmes réels du terrain, y compris les situations économiques réelles et les solutions à apporter pour les améliorer, ne serait-ce que par le peu de contacts que ses fonctionnaires ont avec les populations. Ses mesures, souvent inappropriées, peuvent être néfastes, voir destructrices: il n'est qu'a voir la dégradation économique des pays pauvres (famines, qu'on pourrait empêcher), la ruine de l'Argentine il y a quelques années, les problèmes du Venezuela, la Grèce etc.
Ces deux faits - sa conduite privée et les résultats du FMI- montrent l'importance de la communication et des "eléments de langage" chers aux politiciens français qui permettent de manipuler les medias donc les populations...
Tout cela est bien triste.

Écrit par : Mamie Kate | 23/08/2011

Moi, je pense qu'on ne veut, qu'on n'ose pas trop en parler publiquement, mais que Dominique garde l'image d'un homme dont la gravité apparente n'est qu'une blague. Je ne sais pas qui le prend encore au sérieux, sinon en paroles.

Écrit par : RM | 23/08/2011

Bah ! Pas de soucis pour le FMI, ce brave homme a déjà été remplacé avantageusement par Christine Lagaffe et elle est blanche comme neige vis-à-vis de la justice selon les critères d’engagement de l’institution.
Et ce n’est pas son Gaston de mari qui va lui faire ombrage, il est bien trop occupé à faire le ménage de son ancien bureau ministériel pendant qu’elle se tapit dans son nouveau bureau new-yorkais.

Écrit par : Benoît Marquis | 23/08/2011

DSK va avoir du temps pour jouer au tennis, son joueur préféré est Pipe Sanstrace !

Écrit par : octave vairgebel | 26/08/2011

C'est marrant ces gens qui se ridiculisent en blagues grivoises qui peuvent faire rire à la limite un élève d'école primaire, alors qu'ils n'ont probablement pas touché un autre cul que le leur depuis des années.

Écrit par : djinius | 26/08/2011

Selon un sondage, 5% des femmes disent NON à DSK, 10% disent OUI et 85% disent PLUS JAMAIS !!

Écrit par : octave vairgebel | 27/08/2011

Je me demande bien pourquoi ce DSK est si populaire? parce que c'était le directeur de la FMI? ou pour d'autre raison

Écrit par : rachats de credit | 01/09/2011

Les commentaires sont fermés.