06/08/2011

Perte du triple A : l’hyperpuissance des Etats-Unis est morte

Le symbole se révèle aussi fort que l’effondrement du Mur de Berlin. En dégradant la note triple A de la dette américaine, l’agence de notation Standard & Poor’s a rendu manifeste ce qui était une réalité sous-jacente: l’hyperpuissance des Etats-Unis est morte. Une période de l’histoire – qui a commencé en 1991 avec la fin de l’Empire soviétique – est close. Une nation dont la monnaie vaut désormais moins que celle d’un pays, la Suisse, de huit millions d’habitants ne peut plus prétendre régenter l’économie et la politique mondiales en solitaire.

Bush junior avec ses aventures militaires d’une rare idiotie a donné le coup de grâce à cet imperium. Il faut dire qu’un peuple qui a placé à sa tête – à deux reprises – un politicien aussi nul, n’est plus en mesure intellectuelle d’imposer sa marque dominante sur la planète. Mais le successeur de mini-Bush porte lui aussi une responsabilité dans cette défaite américaine. En 2008, lors de la crise financière, Barack Obama a raté l’occasion de procéder à la régulation des marchés financiers qui sont devenus désormais incontrôlables par les pouvoirs politiques. Il aurait pu l’imposer à ce moment-là, lorsque les banques et les sociétés financières réclamaient à genoux l’aide publique pour les sortir de la catastrophe. Les Etats-Unis et tous les autres pouvoirs politiques leur ont versé des sommes colossales -  puisées auprès des contribuables des classes moyennes - pour se refaire une santé. Mais sans leur fixer contraintes et contrôles. Requinquées, les puissances financières sont reparties de plus belle vers de nouveaux profits, sans autre souci que de satisfaire le démentiel appétit de leurs dirigeants. Nous sommes en train de payer leurs factures.

Alors qui va remplacer la puissance américaine? La Chine? Son heure n’est pas encore venue. Empêtrée dans ses contradictions internes – une dictature stalinienne et un capitalisme sauvage, des villes richissimes et des campagnes misérables, des multimilliardaires et des crève-la-faim – la République populaire reste très fragile. L’Union européenne? Vous rigolez! La Russie? Personne n’y songe. Les pays émergents? Lesquels?

Pour l’instant, la puissance dominante est représentée par les organismes financiers – agences de notation, grandes banques, sociétés d’assurance. Mais savoir faire du fric ne suffit pas pour organiser la vie commune des peuples. Surtout lorsque ce fric, on se le garde dans ses coffres!

PS : Voici une excellente définition des agences de notation offerte par le magazine Alternatives Economiques.


Jean-Noël Cuénod  

22:44 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : triple aaa, etats-unis, bush, obama | |  Facebook | | |

Commentaires

FYI

Écrit par : Alena | 07/08/2011

Bonjour.

Aujourd'hui, seul l'Allemagne pourrait garder le triple A et encore il ne faudrait que rien n'alimente, de nouveau, l'endettement Européen.Cela me semble mal engagé.Une rentrée de septembre en pointe de flèche s'annonce.

Le bull dog Standard & Poor à mordu sont maître, il ne pouvait en être autrement. Il en allait de la propre crédibilité de cette organisme de notation.Réveil douloureux d'un sixième orteil dont on n'a forcement pas besoin pour tenir debout.

Pour les USA, il fallait bien payer un jour.
Faire tourner la planche à billet pour racheter ses propres obligations d'état par des moyens dérivés, il fallait quand même y penser.Dommage pour Mr Obama ou tant mieux s'il réussi ce travail d'Hercule avant l'échéance présidentielle.En tout cas le gendarme du monde à les poches vides.La suite?

Bonne lecture.

Écrit par : Metral | 07/08/2011

Bonjour.

Aujourd'hui, seul l'Allemagne pourrait garder le triple A et encore il ne faudrait que rien n'alimente, de nouveau, l'endettement Européen.Cela me semble mal engagé.Une rentrée de septembre en pointe de flèche se dessine, le coeur de la reprise économique sera-t-il touché?

Le bull dog Standard & Poor a mordu son maître, il ne pouvait en être autrement. Il en allait de la propre crédibilité de cette organisme de notation.Réveil douloureux d'un onzième orteil dont on n'a pas forcement besoin pour tenir debout.

Pour les USA, il fallait bien payer un jour.
Faire tourner la planche à billet pour racheter ses propres obligations d'état par des moyens dérivés, il fallait quand même y penser.Dommage pour Mr Obama ou tant mieux s'il réussi ce travail d'Hercule avant l'échéance présidentielle.En tout cas le gendarme du monde à les poches vides.La suite?

Bonne lecture.

Écrit par : Metral | 07/08/2011

L'Europe ne devrait pas trop se réjouir de la chute des USA car la Chine est en embuscade et rachète tout ce qu'elle peut: terres rares, minerais,Récoltes, bons du trésor, entreprises en falliste, part de marché dans nos industries, Fonds de pension,.... domaines viticoles et a des contrats faramineuxavec le continent africain par ex sur les infrastructures... En faisant travailler leurs ressortissants. La Chine, ce sont les imperialistes de demain sans état d'âme. Demander aux pays limitrophes comme le Cambodge. le Vietnam....avec le barages construits en amont qui perturbent le niveau des fleuves et posent problème pour les pêcheurs...

Écrit par : Sirene | 08/08/2011

Excellente analyse, Jean-Noël. Même si Sirene n'a pas tort non plus. La Chine a certes ses propres problèmes, à son échelle, c'est à dire gigantesques, mais cela ne la rend pas moins dangereuse pour autant. Juste moins prévisible...

Écrit par : Philippe Souaille | 09/08/2011

Les commentaires sont fermés.