27/07/2011

TERRE A TERRE

TERRE A TERRE

 


Belle comme l’aube de mai
La haine étend sa voûte
Le troupeau passe sous son joug
Ignorant tout des étoiles
Qui offrent aux yeux levés
Des maîtres, la voix de la voie
L’étroit passage de la paix
Mais les regards de la horde
Se perdent dans les fougères

S’allument les lames des hommes
Lambeaux de chair et d’étendards
Echos du sang dans la fumée

L’heure des tribus a sonné
Troupeau disloqué divorcé
Chemins désormais divergents
Sous les étoiles muettes
Sans maître pour les comprendre

 

Jean-Noël Cuénod

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25/07/2011

Attentat en Norvège: la pureté, objet de tous les délires.

Ainsi, le terroriste norvégien qui vient de semer la mort à Oslo serait à la fois extrémiste de droite, franc-maçon, rosicrucien et fondamentaliste chrétien, toutes appartenances incompatibles entre elles. Les francs-maçons ont été persécutés par tous les régimes fascistes et ceux prônant le communisme autoritaire (à l’exception de Cuba). De même, le fondamentalisme chrétien n’est pas soluble dans les Ordres ésotériques, comme la Rose-Croix, qu’il voue aux gémonies. Cette incohérence dans la démarche de l’assassin démontre qu’Anders Behring Breivik est avant tout un fou; c’est comme tel qu’il doit être présenté.

Mais la folie meurtrière ne brûle pas n’importe où. Il lui faut un climat idoine, une idéologie sécrétée par des porte-parole qui sans passer aux actes, donnent aux fous l’étincelle qui boutera le feu à leur délire. Ce climat propice est favorisé par une idée-force qui a provoqué bien des massacres dans l’Histoire: la pureté. Refus de tout mélange, obsession du retour à un passé mythique, idolâtrie de la virginité en constituent ses aliments de base.

Au XVe siècle, l’Espagne fut traversée par l’idéologie de la «limpieza de sangre» - la pureté du sang – qui servit de prétexte aux massacres de juifs et de musulmans convertis au christianisme et suspectés par les chrétiens d’origine d’avoir conservé en secret la foi de leurs pères.

Née au XIXe siècle en Europe – notamment en France dans le contexte de l’affaire Dreyfus - la pureté de la race a été développée par le fascisme en Italie et, surtout, par le nazisme en Allemagne-Autriche. Même convertis au christianisme, les Juifs devaient être massacrés, ce qui n’est pas sans trait commun avec la «limpieza de sangre», apparue cinq siècles auparavant.

La pureté de classe a, elle, été inventée par Staline au moment où il a éradiqué la vieille garde de Lénine, accusée d’«intellectualisme bourgeois», afin de laisser la place à de jeunes prolétaires formés à sa main. Cette «pureté de classe» a provoqué de façon délibérée la famine en Ukraine lors de la campagne contre les paysans à l’aisance toute relative (les «koulaks»).

Aujourd’hui, la folie de la pureté s’attaque au multiculturalisme, comme le démontrent les propos de Breivik. Le multiculturalisme est un fait. Et un fait qui n’est pas nouveau. Même lorsque les communications ne s’accomplissaient qu’à voile ou à cheval, les cultures ont toujours échangé entre elles, dans l’entente ou la confrontation. Une culture imperméable, cela n’existe pas.

Les tenants du racisme et de la xénophobie en Suisse, avec leurs affiches gluantes de haine, feraient bien de méditer le sinistre exemple de Breivik.


Jean-Noël Cuénod

17:50 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : attentat, norvège, multiculturalisme | |  Facebook | | |

20/07/2011

Devenez apprentis fainéants!

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Vous êtes en vacances. Mot superbe qui coule du latin vacare, littéralement «être sans». Ce n’est pas le moment de vous encombrer de vos décombres. Restez donc «sans». Sans ces cent trucs en trop. Se dépouiller, c’est enlever les pouilleries. Ecoutez la vie qui va et vient en vous. Vent des vagues. Vagues de vent. Cette voix, c’est la vôtre. En vrai. Celle qui serpente en vous, nue et menue. C’est le moment de capter cette source souterraine.

 


Ne plus entendre toutes ces voix glapissantes et inutiles qui empoissent vos oreilles, qui les remplissent, encore et toujours, afin que votre cerveau soit gavé comme le foie d’un canard au Périgord. Ah c’est bien bon le foie gras! Mais le cerveau gras est indigeste.
Dissipez ce bruit incessant ; il sourd par mille canaux que vomissent les électrobidules. Des électrobidules dernier cri, bien sûr. Car les électrobidules crient pour couvrir tout ce qui peut surgir en vous de créatif, d’imaginaire, tout ce qui peut surgir en vous de vous-mêmes.
Cette voix, nue et menue, vous la percevez maintenant. Qu’en faire? Etre à son chevet, tout d’abord. Laissez glisser en vous son filet tantôt chaud, tantôt frais. C’est alors que vous en ferez quelque chose.

 


Ce «faire», c’est la poésie. Si ce mot vient du grec poein qui signifie «faire», ce n’est pas pour des prunes. Ou plutôt ce peut être aussi pour des prunes, pourquoi pas? Qu’avons-nous contre les prunes? Je vous le demande! Mais nous nous égarons. Il faut dire que c’est si bon de s’égarer. On y retrouve parfois son chemin.

 


En lisant le mot «poésie», surgissent à votre pensée un crayon et une feuille ou un clavier et un écran. Mais ce n’est pas là un passage obligé. La poésie se contente fort bien de s’animer en vous sans autre objet que de vivre l’instant présent, en étant présent dans cet instant.
L’instant, faites en votre éternité. Et vous serez poète. Ou rien du tout, si vous n’aimez pas les titres, les étiquettes et ces petites boîtes où l’on vous classe en attendant de vous installer dans une autre boîte, en sapin.

 


Pour bien travailler à percevoir votre voix, nue et menue et à en faire un instant éternel, il vous faudra beaucoup de paresse. Voilà un apprentissage que l’on peut accomplir en vacances. Apprenez donc à devenir un fainéant. Avec cette mission assignée à tout fainéant par définition, à savoir «faire le néant».

 


Faire le néant… Mais quel boulot! Quelle entreprise! Quelle aventure! Pour créer du rien et faire de ce rien quelque chose, il faut être Dieu, au minimum! L’avenir sourit à ceux qui se lèvent tôt, disent les fabricants de réveils. Mais le Temps appartient à ceux qui le prennent. A ceux qui s’abreuvent à leur voix nue et menue et qui, en ne faisant rien, ont fait œuvre d’eux-mêmes.

 


En guise de salut estival, voilà ce quatrain d’Arthur Rimbaud tiré du poème «Bonne pensée du matin» (Derniers Vers).

 


A quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

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13/07/2011

Nicolas Sarkozy se débat dans le piège libyen

sarkozy_armee_modernisation_.jpgCe qui devait prendre l’allure d’une simple promenade aérienne de quelques jours au-dessus des dunes libyennes s’est donc transformé en cauchemar ensablé pour la France de Nicolas Sarkozy. Il en va toujours ainsi. Les guerres commencent fraîches et joyeuses. Et puis les clameurs casquées se sont à peine estompées que la fleur au fusil se fane aussitôt.

Il est probable que les unités de renseignements de l’armée française aient été intoxiquées par des «tuyaux» pollués qui ont sous-estimé la capacité de résistance de Kadhafi et de son clan. Il est certain que cette intervention française a été improvisée de façon brouillonne. Poussé par la fièvre médiatique que lui avait communiquée le téléphilosophe Bernard-Henri Lévy, le président Nicolas Sarkozy s’était lancé dans l’aventure libyenne sans même en avertir son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.

Cela dit, le président ne pouvait pas s’abstenir. Le souvenir du génocide au Rwanda est encore trop vif en France. Malgré son impréparation, l’opération française a permis de sauver du massacre les habitants de Benghazi. Qu’aurait-on dit si Paris avait laissé faire Kadhafi sans broncher? Et la France s’est trouvée bien seule en Europe pour endiguer la folie meurtrière du tyran de Tripoli.

Le piège s’est donc refermé. Impossible de reculer et d’abandonner les opérations militaires, ce serait livrer une grande partie des Libyens à la tuerie. Impossible de poursuivre pendant longtemps un effort de guerre que la France du XXIe siècle n’est plus en mesure de soutenir. Le premier ministre français affirme qu’«une solution politique prend forme en Libye». C’est la seule issue possible.

A la condition que cette solution écarte le clan Kadhafi. Un maintien du tyran ou de ses proches porterait un coup très rude, voire fatal aux révoltes démocratiques arabes.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru dans la Tribune de Genève de mercredi 13 juillet 2011)

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07/07/2011

La saga DSK et les zombies sidérés

Nous vivons des temps fabuleux. Au sens premier de ce terme qui vient du latin fabula, soit «fable» en français. Naguère encore, les séries télévisées s’inspiraient de la réalité. Aujourd’hui, la réalité copie les séries télévisées. L’an passé, le feuilleton Woerth-Bettencourt avait de quoi nous esbaudir, nous autres les gobeurs d’images, en faisant parade de ses rebondissements, son Scapin avec enregistreur incorporé, son Turlupin pour vieilles dames emperlousées, sa Gérontine aux mille châteaux, sa digne fille indigne, son ministre intègre et désintégré.

C’était de la jolie confection française. Mais la grosse production américaine a relégué cette saga de Neuilly-sur-Seine dans ces greniers où l’on entrepose les dentelles du temps jadis. L’affaire DSK, c’est tout de même autre chose en matière de coups de théâtre.

Premier épisode: le riche, vilain et pervers, souille de son ADN élitaire l’immigrée pauvre et méritante. La plaignante est alors dépeinte comme un Sainte coranique ayant bravé les océans pour y trouver de quoi nourrir son enfant.

Deuxième épisode: la voilà prostituée, complice de trafiquants et menteuse professionnelle.

Troisième épisode: celui que les tabloïds new-yorkais surnommaient le «perv» se mue en victime d’un odieux complot, en agneau immaculé promis au poignard sacrificiel.

 Quatrième épisode: déboule sur la scène française, une plaignante, fille d’une «camarade» de DSK, qui saisit la justice huit après. Strauss-Kahn redevient aussi noir que les truffes qui ont garni ses pâtes lors de son festif repas de libération.

Plus la fable est énorme, plus son succès est assuré. Dans ce contexte, la vérité — qui manque de talent, c’est bien connu — reste une emmerdeuse avec ses zones grisâtres où le salaud cohabite avec le brave type, où la femme pauvre se débrouille comme elle le peut pour s’en sortir. Impossible d’être sidérés par un tel scénario.
Nous voilà donc réduits à l’état de zombies errant à la recherche d’un rebondissement. Pendant ce temps, le monde globalisé tourne à l’envers. Les Etats-Unis s’enfoncent dans la dette et s’apprêtent à y engloutir la planète, la Chine fait un grand écart toujours plus douloureux pour relier Staline au capitalisme, l’Europe Unie se désunit, la Russie s’empoutine.

Faut-il voir dans la monopolisation strauss-kahnienne, un complot de plus ourdi par des financiers sans visage qui tissent cette tapisserie médiatique pour faire paravent à leurs manœuvres? Là encore, la vérité est sans doute plus banale. Même les décideurs les plus hauts placés ne comprennent plus rien à la complexité du monde globalisé. La finance est désormais un marteau sans maître, comme celui du poète René Char. Sans maître mais pas sans profiteurs. Qui d’ailleurs risquent de recevoir un coup sur la tête à la prochaine crise. La puissance capitaliste ne s’incarne plus dans les «200 familles» et ces trognes patronales dans lesquelles étaient fichés les cigares-totem.

Aujourd’hui, devant l’impossibilité de déchiffrer le réel, l’âme humaine, par un mouvement naturel, s’attache aux contes à rêver couché et délaisse les comptes à dormir debout.

Jean-Noël Cuénod

ET maintenant, un peu de détente avec cette vidéo sur la campagne présidentielle française qui, paraît-il, fait bien rigoler l'équipe de François Hollande.


Fun - 2012, Mission Elysée par Ali-Fredo

 

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01/07/2011

Dominique Strauss-Kahn et la justice américaine : entre brutalité et loyauté

Dans son blogue, Le Plouc s’était montré dubitatif concernant la justice américaine et la guerre qu’elle suscite entre l’accusation et la défense. Il doit aujourd’hui souligner un autre de ses aspects qui n’enlève d’ailleurs rien à sa brutalité intrinsèque : la loyauté.

Si l’accusation agit, au cours des premiers jours de la procédure, comme un char Patton qui écrase tout sur son passage, elle n’en demeure pas moins contrainte à respecter certains principes.

L’un d’entre eux bénéficiera peut-être à Dominique Strauss-Kahn. Le district attorney (procureur chargé de soutenir l’accusation) Cyrus Vance junior aurait trouvé des indices mettant en doute la fiabilité de la femme de chambre qui accuse DSK de viol. En effet, l’accusation a l’obligation de donner au jury tous les éléments de l’enquête, y compris ceux déchargeant l’accusé. Si le procureur cache un atout dans sa manche, il perdra la partie, le procès étant annulé.

Le rôle du procureur est de convaincre le jury – au-delà du « doute raisonnable » - que les preuves qu’il a récoltées démontrent la culpabilité de l’accusé. Dans l’Etat de New-York en tout cas, si un seul des vingt-trois jurés doute de la culpabilité de l’accusé, celui-ci est alors acquitté. L’accusation doit donc se présenter au tribunal avec un dossier « bétonné » comme l’Empire State Building et éviter les témoins ou plaignants douteux.  Le poste de district attorney étant soumis à élection populaire, ce magistrat ne saurait accumuler les échecs devant le jury. Ils feraient très mauvais genre.
Dans l’affaire DSK, le procureur Vance multiplie les actes d’enquête afin d’éviter d’être « explosé » en audience publique par le talentueux et très cher Benjamin Brafman, défenseur de Strauss-Kahn, ce qui pourrait lui coûter sa réélection. Si la plaignante présente des failles dans sa personnalité ou ses propos, il vaut mieux alors réduire la voilure de l’accusation et transiger avec la défense.

Cette « obligation de loyauté » est-elle toujours respectée ? Il existe des affaires où la police d’un Etat américain n’a pas fourni les preuves qu’elle détenait et qui se sont achevées par un verdict entaché d’erreur judiciaire. Mais dans la plupart des cas de ce genre, la faute en revient à l’avocat de la défense qui a manqué d’énergie, de talent ou de motivation pour accomplir son travail de façon satisfaisante. On retrouve ainsi l’inégalité que secrètent les procédures américaines. Les pauvres qui ne peuvent pas  payer les honoraires d’un bon défenseur risquent plus que les autres de tomber dans le piège de l’erreur judiciaire.

 « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». Depuis La Fontaine, il n’y a rien de nouveau sous le soleil voilé de la justice.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Suisses et protestants dans les rues de Paris

«Paris vaut bien une messe», aurait soupiré Henri IV — à moins que ce ne fût son fidèle Sully — avant d’abjurer la foi réformée le 25 juillet 1593, étape obligée pour s’asseoir sur le trône de France. C’est dire si la capitale restera toujours marquée par le catholicisme, qui fut l’élément moteur de la plus absolue des monarchies. Pourtant, à l’ombre du soleil royal et papiste, les protestants ont œuvré pour le bien de la France.


Notre consœur Anne Cendre — qui fut correspondante à Londres de la «Tribune de Genève» — vient de sortir aux Editions Labor et Fides un ouvrage fort instructif à ce propos, intitulé «Promenades protestantes à Paris». Elle y a relevé près d’une centaine de rues portant le nom de protestants. Sur les quelque 5000 que compte la Ville Lumière, cela semble peu. Mais la trace réformée est présente dans tous les arrondissements, à l’exception du IIe.


Le lecteur apprendra ainsi que le baron Haussmann, le préfet et urbaniste qui a créé le Paris moderne sous le Second Empire, cultivait sa foi réformée. Il avait épousé la digne représentante d’une grande famille vaudoise, Octavie de La Harpe, dont le père était pasteur à Bordeaux. Son boulevard frôle l’Opéra Garnier et traverse les IXe et VIIIe arrondissements.


On remarque d’ailleurs que certaines voies parisiennes sonnent de façon familière aux oreilles romandes: rues Petitot, de Candolle, Léopold-Robert, Benjamin Constant, Henri Dunant, Necker, de Staël, Pestalozzi, Le Corbusier, sans oublier Jean Calvin, ce Français que ses compatriotes prennent pour un Suisse. En effet, parmi les protestants qui ont fait Paris et la France figurent nombre de Suisses et de ces binationaux que le Front national et l’UDC poursuivent de leur sotte vindicte. Ces personnalités ont porté haut le renom de la France et de la Suisse, sans diminuer l’éclat de l’une et de l’autre.


Toutefois, la France, même laïque, même athée, demeure profondément catholique, ou plutôt césaro-papiste. Si l’on excepte l’ex-protestant Henri IV, le seul chef d’Etat français à professer la foi réformée fut Gaston Doumergue, président de la République de 1924 à 1931 (il n’a d’ailleurs pas de rue à son nom à Paris, sauf erreur). A l’époque de la Troisième République, cette charge, avant tout honorifique, ne prêtait guère à conséquence.


En revanche, les réformés ont souvent occupé un nombre de postes ministériels de premier plan, hors de proportion avec leur poids démographique (2 à 3% de la population française). Mais chaque fois qu’un politicien issu d’une famille protestante sortait du lot — Michel Rocard et Lionel Jospin, entre autres — il a trouvé un obstacle sur sa route vers la magistrature suprême. Coïncidence? Sans doute.
Il n’en demeure pas moins que le pouvoir français aime à utiliser les talents protestants, à la condition que ces parpaillots restent à leur place, celle d’éminences très grises.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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