01/07/2011

Suisses et protestants dans les rues de Paris

«Paris vaut bien une messe», aurait soupiré Henri IV — à moins que ce ne fût son fidèle Sully — avant d’abjurer la foi réformée le 25 juillet 1593, étape obligée pour s’asseoir sur le trône de France. C’est dire si la capitale restera toujours marquée par le catholicisme, qui fut l’élément moteur de la plus absolue des monarchies. Pourtant, à l’ombre du soleil royal et papiste, les protestants ont œuvré pour le bien de la France.


Notre consœur Anne Cendre — qui fut correspondante à Londres de la «Tribune de Genève» — vient de sortir aux Editions Labor et Fides un ouvrage fort instructif à ce propos, intitulé «Promenades protestantes à Paris». Elle y a relevé près d’une centaine de rues portant le nom de protestants. Sur les quelque 5000 que compte la Ville Lumière, cela semble peu. Mais la trace réformée est présente dans tous les arrondissements, à l’exception du IIe.


Le lecteur apprendra ainsi que le baron Haussmann, le préfet et urbaniste qui a créé le Paris moderne sous le Second Empire, cultivait sa foi réformée. Il avait épousé la digne représentante d’une grande famille vaudoise, Octavie de La Harpe, dont le père était pasteur à Bordeaux. Son boulevard frôle l’Opéra Garnier et traverse les IXe et VIIIe arrondissements.


On remarque d’ailleurs que certaines voies parisiennes sonnent de façon familière aux oreilles romandes: rues Petitot, de Candolle, Léopold-Robert, Benjamin Constant, Henri Dunant, Necker, de Staël, Pestalozzi, Le Corbusier, sans oublier Jean Calvin, ce Français que ses compatriotes prennent pour un Suisse. En effet, parmi les protestants qui ont fait Paris et la France figurent nombre de Suisses et de ces binationaux que le Front national et l’UDC poursuivent de leur sotte vindicte. Ces personnalités ont porté haut le renom de la France et de la Suisse, sans diminuer l’éclat de l’une et de l’autre.


Toutefois, la France, même laïque, même athée, demeure profondément catholique, ou plutôt césaro-papiste. Si l’on excepte l’ex-protestant Henri IV, le seul chef d’Etat français à professer la foi réformée fut Gaston Doumergue, président de la République de 1924 à 1931 (il n’a d’ailleurs pas de rue à son nom à Paris, sauf erreur). A l’époque de la Troisième République, cette charge, avant tout honorifique, ne prêtait guère à conséquence.


En revanche, les réformés ont souvent occupé un nombre de postes ministériels de premier plan, hors de proportion avec leur poids démographique (2 à 3% de la population française). Mais chaque fois qu’un politicien issu d’une famille protestante sortait du lot — Michel Rocard et Lionel Jospin, entre autres — il a trouvé un obstacle sur sa route vers la magistrature suprême. Coïncidence? Sans doute.
Il n’en demeure pas moins que le pouvoir français aime à utiliser les talents protestants, à la condition que ces parpaillots restent à leur place, celle d’éminences très grises.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Commentaires

Intéressant en effet pour les Français qui connaissent très mal le protestantisme, son histoire et son impact sur l'économie et la construction politique de certains pays européens ...

Parmi les protestants célèbres en France, on pourrait aussi citer François Guizot, actif en politique au cours du XIXème siècle, et plusieurs fois ministre et président du Conseil sous le règne de Louis-Philippe. Guizot passa une partie de son enfance et de sa jeunesse à Genève.

On pourrait également parler d'Abraham-Louis Breguet, horloger originaire de Neuchâtel et ancêtre de Louis-Charles Breguet le constructeur d'avions ...

Mais ces deux hommes ont-ils laissé leurs noms à des rues de Paris ?

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/07/2011

Bonjour JNC. Je parle d'Haussmann et de son épouse dans mon film historique (dont j'ai terminé le montage hier) en montrant le parallèle avec Fazy. Qui connaissait Louis-Napoléon et l'avait aidé à accéder au pouvoir ! Louis-Napoléon également double national, puisque thurgovien et capitaine d'artillerie bernois...
A la même époque, un autre protestant se rendit célèbre, le Colonel Louis Rossel, issu d'une riche famille cévenole, qui néanmoins accepta de prendre le commandement des troupes de la Commune. A-t-il sa rue à Paris ?

Écrit par : Philippe Souaille | 01/07/2011

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