27/06/2011

Mireille Bailly-Coulange, la sculptrice de la Lumière

 

mireillevitraux.JPG

Elle sculpte la lumière, la grande artiste Mireille Bailly-Coulange. Son matériau n’est ni le marbre, ni la pierre mais le polyméthacrylate de méthyle, autrement dit l’Altuglas ou Plexiglas dont la transparence et la densité lui permettent de travailler la lumière. Ce faisant, elle a développé son concept d’«intailles lumineuses». Travaillant au moyen de fraises de métallurgiste, elle sculpte à l’intérieur du matériau, réalisant des fresques et des sculptures dont la lumière naît à l’intérieur de la masse.

Cette lumière intérieure n’est pas seulement une technique. Elle guide la démarche philosophique et initiatique de l’artiste qui est avant tout une  «travailleuse de la Lumière»; celle qui baigne l’univers extérieur et intérieur. Lumière physique et Lumière cosmique coulent d’une seule source. Laquelle? A vous, de la découvrir. L’artiste vous indique le chemin. Mais il ne va pas l’accomplir à votre place. Contempler une œuvre n’est pas l’expression morne et passive de la consommation. C’est un acte positif qui engage, malaxe celui qui regarde, secoue sa paresse et le fait rêver mais non pas rêvasser. Le regardeur recompose, rassemble ce qui, en lui, était épars pour s’initier à l’évidence.

Car l’évidence se mérite. Elle ne tombe pas du ciel. Elle monte du cœur vers la conscience. Le regardeur doit faire le lit de l’évidence, avant qu’elle ne s’y couche. Alors, et alors seulement, la nuit de noces peut commencer entre lui et l’œuvre.

Mireille Bailly-Coulange est aussi peintre et, grâce à ses talents de coloriste, elle sert aussi la lumière avec d’autres outils.

Son inspiration est formée de ses songes actifs et met en mouvement les symboles et les archétypes qui parlent à l’inconscient individuel et collectif. La conscience découvre ainsi d’autres territoires dont la nuit n’est faite que de multiples lumières

Si vous passez à Paris, n’hésitez pas à prendre langue avec l’artiste (numéro de téléphone de l’étranger: 00 33 1 45 80 96 30; de France: 01 45 80 96 30); elle vous ouvrira généreusement les portes de son atelier, sis 26 rue Bobillot dans le XIIIe arrondissement de Paris, tout près de la Butte-aux-Cailles. On peut surfer pour se donner une petite idée de son travail sur ce site:

http://www.adagp.fr/FR/image_fset.php?it=4&iid=2191

En outre, elle expose actuellement un magnifique triptyque de vitraux (voir photo) illustrant la danse, jusqu’au 2 octobre au Château de la chapelle d’Angillon, près de Bourges, à l’occasion d’une exposition consacrée au centenaire des Ballets russes (commissaires: comte Jean d’Ogny, Jocelyne Meunier et Jean-Bernard Cahours d’Aspry)

… Et contemplez l’œuvre de Mireille Bailly-Coulange avec vos trois yeux.

 

Jean-Noël Cuénod

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24/06/2011

Quand les paroles d'un enfant jettent un innocent en prison

Justice est faite. Mais à quel prix! Et quel temps elle a mis pour venir, la garce! Vendredi peu après midi, la Cour d'assises d'appel de Paris acquitte Loïc Sécher de l'accusation de viol qui pèse sur lui depuis onze ans (lire les textes précédents). Un acquittement qui sonne comme un réquisitoire contre la justice elle-même lorsque la présidente Nadia Ajjan, magnifique d'humanité, s'adresse à l'homme qui a subi sept ans et demi de réclusion criminelle à tort: "La Cour et le jury ont acquis la certitude de votre innocence. Ce n'est pas un acquittement au bénéfice du doute".  Vendredi matin, Le Plouc s'était rendu dans le labyrinthe du Palais de Justice parisien afin d'écouter les dernières paroles de Loïc Sécher en tant qu'accusé: "Mesdames et Messieurs les jurés, je vous renouvelle ce cri d'innocence que j'ai poussé depuis le 27 novembre 2000."

27 novembre 2000. Loïc Sécher, 40 ans, sort de son anonymat d'ouvrier agricole au chômage, mal dans son identité sexuelle et mal dans sa vie, pour revêtir son personnage de coupable idéal. Un autre être humain, aussi mal dans sa peau, Emilie, 14 ans, a murmuré "oui" lorsque ses parents, inquiets de la voir meurtrie, l'ont pressée de questions: "Dis, ça ne serait pas Loïc Sécher qui t'a fait ça?"ça, c'est à dire le viol qu'elle aurait subi.

Loïc n'a jamais cessé de clamer son innocence. Mais sa parole ne passait pas les murs de sa cellule dont il ne pouvait sortir de crainte de se faire tabasser par les autres détenus. Une première Cour d'assises l'a condamné à 16 ans de réclusion criminelle. Une deuxième a confirmé la peine. Il est alors devenu ce mort vivant dont le numéro matricule serait la seule épitaphe. Et puis, huit ans après les faits, Emilie devenue adulte livre la vérité: Sécher est innocent. Le procès est révisé. Une troisième Cour d'assises est convoquée à Paris. Cette fois-ci sera la bonne. L'ancien ouvrier agricole a jeté sa défroque de coupable idéal. Le temps de sa renaissance est arrivé. Il n'en veut pas Emilie et salue même son courage. Mais que dire de tous les gendarmes, magistrats et experts qui l'ont enfoncé dans sa geôle!

Pour comprendre à quel point la parole d'un enfant peut se révéler dangereuse, Le Plouc a interviewé l'avocat parisien Dominique Inchauspé inchauspe.JPG(photo). Il est l'auteur d’un livre qui fait référence, «L’erreur judiciaire» paru aux PUF.  

A l’heure où la police scientifique a progressé de façon spectaculaire, les accusations d’agressions sexuelles émanant d’enfants pèsent encore dans les décisions de justice…

Même si elles sont incohérentes quand on les considère dans leur ensemble, ces accusations formulées, en règle générale, de façon répétitive, fourmillent d’une masse de détails qui font oublier cette incohérence. Et, même si elles sont contredites par des éléments matériels, le personnel judiciaire – policiers, juges, procureurs, avocats – privilégiera le plus souvent les paroles accusatrices des enfants. A cet égard l’affaire d’Outreau est exemplaire. Il y avait dans le dossier tous les éléments matériels pour arrêter le processus judiciaire. En particulier, des enquêtes de voisinage contredisant les accusations portées. Or, la parole des mineurs a eu systématiquement le dessus, même dans l’esprit des avocats qui n’ont pas tous cru à l’innocence de leurs clients.

Mais pour quelle raison?

La première pensée qui vient est: «Il est impossible que cet enfant invente tout ceci». Car dans les affaires de mœurs, de très jeunes mineurs développent devant le juge et les experts un vocabulaire sexuel d’une abondance ahurissante. Les enfants d’aujourd’hui grandissent dans une société du «tout-sexuel» et sont confrontés très jeunes aux terminologies liées au sexe. Les adultes, qui n’ont pas été élevés dans un tel climat, l’oublient. Ils ne parviennent même pas à l’admettre.

Comment un enfant en vient à accuser quelqu’un?

Les enfants, mais aussi les adolescents, cherchent à faire plaisir aux adultes et à ceux qui sont revêtus d’une charge impressionnante comme celle d’un juge. Ils vont lire dans les yeux, sur le visage de leur interrogateur la réponse qui lui ferait plaisir. Lorsque l’interrogateur donne le nom d’un suspect, le jeune sera induit à confirmer le soupçon. De plus, le mineur fait peu la différence entre la réalité et un monde de fiction. «Il joue» toujours plus ou moins. L’erreur judiciaire en matière d’infractions sexuelles est constituée d’un ensemble de mécanismes psychologiques qui ne sont pas du tout compris par le personnel judiciaire. Il faut donc craindre la répétition d’erreurs judiciaires dans ce domaine.

Existe-t-il une spécificité des affaires à caractère sexuel?

Incontestablement. Par leur caractère particulier, ces affaires sollicitent les fantasmes ce qui décuple les capacités de mentir, tant de la part des prétendues victimes que de celles des témoins. Cette capacité au mensonge prend des proportions que les personnels judiciaires mesurent mal. Par exemple, une étude menée récemment au Canada estime que la moitié des accusations en matière sexuelle formulées par des mineurs serait fausse, ce qui est énorme. Une telle proportion serait impossible dans des cas d’homicide. Cela dit, il ne faut non plus exagérer dans l’autre sens et croire que toute parole d’enfant est mensongère.

Comment faire? Changer de procédure?

Dans tous les systèmes judiciaires, il y a des erreurs. Ainsi, les Etats-Unis ont connu de spectaculaires «affaires d’Outreau» dans les années 1980. Ce sont surtout les mentalités qui doivent changer grâce à l’information du public sur ce genre de risques et surtout la formation des acteurs judiciaires afin que tous reçoivent la parole des enfants avec discernement.

 

Jean-Noël Cuénod

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22/06/2011

Emilie innocente Loïc Sécher et s’explique à huis-clos

Juste avant d’aller écouter Galliano expliquer les bas-fonds de la haute couture aux juges de la XVIIème Chambre correctionnelle de Paris, Le Plouc a fait un saut au procès Loïc Sécher (lire le précédent texte).

 


Pourquoi Emilie, lorsqu'elle avait 14 ans,  a-t-elle accusé à tort Loïc Sécher de l'avoir violée? Son audition à huis-clos, mardi après-midi, s'est révélée déterminante. En voici le résumé que l'avocat genevois François Canonica, qui défend Sécher avec Me Eric Dupont-Moretti, a livré au Plouc .

 


Le jeune fille traversait à l'époque une crise d'adolescence particulièrement aiguë. Aujourd'hui, à 21 ans, Emilie se porte mieux et décrit l'engrenage du mensonge. Tout d'abord, elle réaffirme l'innocence de Loïc Sécher. Ensuite, elle décrit son mal-être qu'elle traînait comme un boulet. Ses parents l'ont interrogée sur  l'origine des bleus et des griffures qu'elle présentait aux bras. Emilie a bredouillé une histoire d'agression. Au fil des questions, l'adolescente donnait un signalement qui pouvait correspondre à celui d'un ex-ami de la famille, Loïc Sécher. Son père lui a demandé s'il s'agissait bien de Sécher. Emilie a acquiescé.

 


Et la broyeuse juridico-policière s'est mise en route. Affolée, Emilie qui barbotait encore dans le monde de l'enfance était propulsée dans le monde des adultes avec leurs codes étranges, leurs mots incompréhensibles, leur autorité qui fait peur. Gendarmes, juges, procureurs, avocats, experts psychiatres devenaient autant d'ombres menaçantes et implacables. Comment auraient-ils pu comprendre ce moment d'égarement où l'on dit, comme ça, un peu n'importe quoi. Impossible pour la très jeune Emilie d'appuyer sur la touche "retour" du film.
Ce n'est qu'après plusieurs années, devenue adulte, qu'Emilie a révélé dans une lettre l'innocence de Loïc Sécher. "A l'issue de cette déposition, tout le monde avait larme à l'oeil. C'était vraiment un très grand moment de justice", nous explique Me Canonica. "Les parents d'Emilie se sont approchés de nous et de Loïc Sécher dans un acte de réconciliation. Voilà pourquoi ce procès devait se tenir".

 


Jeudi, l'avocat général François-Louis Costes devait requérir mais non pas contre l'accusé. Il devrait détailler, pendant trois heures, le mécanisme de l'erreur judiciaire.

Jean-Noël Cuénod


VIDEO  DE BAKCHICH TV : l’avocat français Dominique Inchauspé évoque les risques d’erreurs judiciaires aux Etats-Unis et en Europe.
Un avocat en chasse de l'erreur judiciaire par bakchichinfo

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20/06/2011

La dernière étape du calvaire de Loïc Sécher

VERSION COMPLETE DE LA CHRONIQUE JUDICIAIRE A PARAITRE EN VERSION PAPIER MARDI 21 JUIN 2011 DANS LA TRIBUNE DE GENEVE ET 24 HEURES

 

«Dans cette affaire, les gendarmes se sont pris pour des experts psychiatres et les experts psychiatres pour des gendarmes». Avec ses mines d’ours lorgnant sur un baril de miel, Me Eric Dupont-Moretti résume fort bien le drame de cette horreur judiciaire dont Loïc Sécher est la victime. Son calvaire: sept ans et demi de prison – «2655 jours, exactement», rectifie-t-il   subis dans les pires conditions. Battu par d’autres détenus en raison des accusations de viols sur une adolescente de 14 ans, Loïc Sécher a failli perdre son seul œil valide. Il a donc préféré ne pas quitter sa cellule plutôt que de risquer d’être aveugle en sortant pour la promenade quotidienne.

Il commence aujourd’hui l’ultime étape de son supplice qui remonte au 27 novembre 2000 lorsque des gendarmes lui ont mis les menottes aux poignets. Lundi s’est ouvert son troisième procès, cette fois-ci devant la Cour d’assises d’appel de Paris. Les deux autres avaient conclu à sa culpabilité de viols sur la jeune Emilie, commis dans un village près de Nantes en Loire-Atlantique, et prononcé contre lui 16 ans de réclusion criminelle. Mais la Cour de Révision a annulé cette condamnation, fait rarissime, puisque depuis 1945, seuls huit verdicts ont été révisés. Le 13 avril 2010, ce quinquagénaire au chômage a été mis en liberté, mais provisoire. Il attend donc d’être acquitté définitivement vendredi.

Ses chances paraissent évidentes. Emilie, son accusatrice (née en 1980) affirme aujourd’hui qu’elle l’avait accusé à tort et souffre de savoir un innocent prisonnier par sa faute. «Elle est très fragile sur le plan psychiatrique», assure son avocate Me Cécile de Oliveira. Emilie n’explique guère son geste. Voulait-elle innocenter des camarades de classe qui l’avaient piégée dans des jeux sexuels? Peut-être en dira-t-elle plus, mardi, devant les juges et les jurés qui l’interrogeront à huis clos.

Mais la justice a tellement commis d’erreurs dans cette affaire que les deux «rois de l’acquittement» qui assurent sa défense   le Français Eric Dupont-Moretti et le Genevois François Canonica –, ne seront pas de trop.

Pas la moindre trace ADN qui accablerait Loïc Sécher, pas la plus petite poussière accusatrice ne vient conforter le ministère public. Ce monstrueux et brinquebalant échafaudage ne repose que sur les seules déclarations d’Emilie, alors adolescente mal dans sa peau. Mais quatre experts psychiatriques ont décrété, des hauteurs divines de leurs diplômes, que sa parole était d’Evangile. Cela a suffi pour faire exploser la vie d’un homme.

Ouvrier agricole besogneux, il a mené de front l’exploitation de la ferme familiale et le jardinage d’un golf près de Nantes : «J’ai souffert de dépression pour plusieurs raisons. Trop de travail, la mésentente avec mon supérieur au golf et ma difficulté d’assumer mon homosexualité. Alors, oui, j’ai bu trop d’alcool et fumé parfois de la résine de cannabis, mais pas autant que certains témoins à charge l’ont prétendu». Cette personnalité en souffrance a fait de lui un coupable idéal aux yeux des pandores de Loire-Atlantique, d’autant plus qu’il fréquentait souvent les parents d’Emilie et connaissait bien la jeune fille.

«Comment expliquez-vous les accusations d’Emilie?» demande, lundi, la présidente de la Cour d’assises parisienne Nadia Ajjan.

Loïc Sécher: «Je me suis cogné la tête contre les murs pour essayer de comprendre. Mais je n’y suis pas parvenu…»

La présidente pose la même question aux parents d’Emilie.

Le père: «Ma fille a fait une déclaration, il y a onze ans. Et puis une autre, maintenant. Où est la vérité? Je ne sais pas. On attend de la justice qu’elle nous dise où elle se trouve».

La mère acquiesce et ajoute : «On est là pour aider notre fille…»

La vérité? La justice? Plutôt que de se payer de mots devant tant de maux, les juges devraient se contenter de limiter les dégâts.

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO. LE DEBUT DU PROCES (AFP).

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19/06/2011

Double nationalité: l'exemple du chauffeur de taxi helvéto-syrien

 

En France, Marine Le Pen vient d’ajouter de nouveaux boucs émissaires à sa collection pourtant richement pourvue, à savoir les double-nationaux. Qui se ressemble s’assemble: l’UDC a choisi les mêmes. La conseillère nationale saint-galloise d’extrême droite Jasmin Hutter avait déposé une motion visant à supprimer la double nationalité pour les futurs naturalisés. Le 3 mars 2010, le Conseil national a rejeté cette motion par 121 voix contre 63.
Mais l’idée persiste au sein de l’UDC, même si dans un pays comme la Suisse — les double-nationaux y sont nombreux — elle peut se révéler dangereuse en termes de suffrages. Parfois, la frénésie idéologique l’emporte sur la gourmandise électoraliste.

Un récent échange que le signataire de ces lignes a partagé à Genève avec un chauffeur de taxi binational syrien et suisse illustre bien l’ineptie de cette posture. Sa femme et ses enfants vivent, comme lui, en Suisse. Lors du soulèvement populaire, il a rejoint la Syrie afin de protéger ses parents et participer à la révolution démocratique. Arrêté, passé à tabac, incarcéré pendant une dizaine de jours dans les conditions que l’on imagine, il a été expulsé vers Genève par les flics de Bachar el Assad. «Mais je vais tenter de retourner là-bas par la frontière turque. Je ne veux qu’une seule chose, que la Syrie prenne le chemin de la démocratie, comme en Suisse.»

Alors son cœur ne penche-t-il que vers la Syrie? «Mais pas du tout! J’aime la Syrie où je suis né. Et j’aime tout autant la Suisse où sont nés mes enfants. Si la Suisse est attaquée, je serai le premier à prendre les armes. Le cœur est assez grand pour aimer deux pays.»

Le chauffeur de taxi helvéto-syrien — ou syro-suisse — a compris notre époque bien mieux que nos politiciens UDC toujours en quête de sujets démagogiques à balancer pour amuser la galerie.

Ce faisant, l’extrême droite occulte les véritables défis que pose la globalisation des échanges. On ne peut s’y opposer par décret. Mais il est urgent d’en maîtriser les effets. Dans ce sens, la préservation des emplois en Suisse relève de la priorité absolue. Et s’attaquer aux double-nationaux n’apporte aucun début de solution. Au contraire, les transformer en symboles d’une mondialisation honnie ne fait qu’introduire dans notre pays les germes de la division, ce qui l’affaiblirait au moment où il a besoin de toutes ses forces. Sous son masque nationaliste, l’UDC constitue donc un véritable danger pour la patrie et son unité.

Par son amour de notre démocratie qu’il cherche à promouvoir dans son pays natal, le chauffeur de taxi helvéto-syrien fait bien plus pour le renom de la Suisse que tous les nationalistes pour banquets du 1er Août.


Jean-Noël Cuénod

12:18 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : binationalité, marine le pen, udc | |  Facebook | | |

16/06/2011

DSK (suite mais pas fin!): la justice est-elle une guerre comme une autre?

Après le cas Polanski, l’affaire Dominique Strauss-Kahn illustre les différences fondamentales qui séparent les conceptions européennes continentales et nord-américaines en matière de justice.

 

Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les usines à scénarios de Hollywood qui ont rédigé les lois de procédure pénale aux Etats-Unis. Mais les législateurs américains ont intégré de façon étonnante tous les ingrédients qui font d’un dossier une bonne histoire. L’enchaînement des étapes judiciaires s’articule comme le découpage d’un film. Cela explique l’abondance et la qualité des séries américaines qui prennent la justice comme personnage principal.

 

Mais la réalité pénale des Etats-Unis se révèle encore plus rude que ne le suggère la fiction de ces séries télévisées. Alors qu’en Europe continentale, le but de la justice pénale est d’apaiser les conflits entre les parties — dans la mesure du possible — celle des Etats-Unis intègre et même développe la notion de guerre entre deux camps.

 

Dans un premier temps, le suspect est dans les mains de la police qui en fait d’emblée son ennemi. Si elle arrive à convaincre le bureau du procureur de la solidité de ses griefs, alors le suspect devient également l’ennemi du procureur. L’accusation n’étant qu’à charge, le procureur s’assied sur la présomption d’innocence, du moins telle que nous la concevons en Europe continentale. Les policiers vont donc mettre en scène la culpabilité du suspect en le poussant, menotté, vers les projecteurs et caméras. Cela dit, ce coup bas ne réduira pas forcément les chances du prévenu de s’en sortir. Car le procureur devra, le cas échéant, soumettre ses charges au Grand Jury qui établira l’acte d’accusation ou ordonnera l’équivalent d’un non-lieu.

 

Si le procureur franchit cette étape, la guerre va changer de camp. La défense utilisera tous les arguments légaux pour balancer des missiles contre l’accusation, en recourant souvent à des enquêteurs privés dont les honoraires peuvent atteindre 300 dollars l’heure. La violence subie jusqu’alors par le suspect, se retournera contre le plaignant et les témoins-clé. Leur passé, leurs amours, leurs petits ou grands secrets , leur intimité seront scrutés et décortiqués dans les moindres détails. La défense se montrera aussi impitoyable que l’accusation.

 

Comme lors toute guerre, des armistices sont toujours possibles. Dans 90% des cas, les procureurs de New-York transigent une peine avec les suspects (plea bargain ). Mais pour en arriver là, que de sueur et de larmes! Du moins dans de nombreuses affaires. Sans parler de l’argent dépensé par l’accusé. Car si le système américain offre d’incontestables droits à la défense, le justiciable doit avoir les moyens de se payer d’excellents avocats et détectives privés.

En cela, la justice américaine est profondément inégalitaire. Nés dans la violence des conquêtes et promoteurs du profit individuel, les Etats-Unis ont créé une justice à leur image.

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO: intervention à France-Info, candidate à la primaire des Verts pour l'Elysée et ancienne juge d'instruction (affaire Elf)
"La justice américaine est violente" Eva Joly par FranceInfo

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09/06/2011

DSK, Jean-François Kahn: grandeur et décadence de Twitter

 Le grand journaliste Jean-François Kahn fait partie des victimes collatérales de la bombe DSK qui a explosé à New York. Pour avoir laissé tomber une formule odieuse lors d’une interview à France Culture – il a évoqué un «troussage de domestique» à propos de l’affaire Strauss-Kahn – voilà Kahn voué au mitraillage médiatique. Dans un récent numéro de Marianne, il est revenu sur cette bévue, se livrant à un réquisitoire contre lui-même. Et en a tiré une conclusion à la mesure de son désarroi: le créateur de tant de journaux anticonformistes abandonne le journalisme.

Tout le monde a oublié la teneur générale de l’interview de Kahn; chacun se rappelle l’ineptie car elle a été diffusée en boucle. Avec ses 21 caractères, elle présente un avantage essentiel pour toute diffusion par Twitter, qui limite chaque message à 140 signes. 
Certes, la réduction du débat politique aux petites phrases est antérieure à l’invention de Twitter, nouveau truchement pour réseaux sociaux branchés. Ce vice a été introduit par les formats radiophoniques et tient au remplacement du débat d’idées par la guerre des personnalités. Les twits n’ont fait qu’amplifier ce phénomène. Et les médias réclamant de leurs intervenants de se prononcer, ici et maintenant, sur des sujets dont on ignore les tenants et aboutissants, il est inévitable que, dans ce flot de salive, surnagent en masse les détritus de la pensée.

La souplesse et la rapidité de ce mode de communication permettent de mobiliser des foules en passant à travers les mailles de la censure, comme on l’a vu lors du Printemps arabe. Ce qui a conduit les médias à célébrer la «révolution Twitter».

Les réseaux sociaux de l’internet allaient faire tomber l’une après l’autre les dictatures de la planète. Or,aujourd’hui, ces révolutions font du surplace car elles butent sur un obstacle majeur: comment transformer la communion créée par les réseaux sociaux en programme politique détaillant la marche à suivre pour forger les instruments de la démocratie et de l’Etat de droit? Cent quarante caractères ne servent à rien pour relever ce défi. Ils suffisent à exprimer cette indignation qui est dans l’air du temps. Mais une indignation collective ne fait pas le printemps des peuples. Si les réseaux sociaux ont provoqué l’étincelle, leur aspect réducteur empêche le feu de la pensée de se communiquer pour parvenir à dépasser l’état d’indignation; sauf s’ils permettent, par le jeu des liens hypertextes, l’accès à des documents plus substantiels. Mais à ne se concentrer que sur eux, l’expression se réduit et la pensée s’anémie.

La globalisation intense des échanges et la perte des repères politiques traditionnels font que notre époque ne ressemble à aucune autre. Nous devons inventer une société, et l’on ne sait pas par quel bout commencer.
Il n’y a ni miracle ni baguette magique électronique. Il faut s’embarquer dans une réflexion au long cours.

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 9 juin 2011 en version complète dans la rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version légèrement raccourcie dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

VIDEO

Jean-François Kahn s'explique au micro de France-Inter.


Jean-François Kahn par franceinter

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03/06/2011

DSK, Tron et les accusations de Luc Ferry: «Tout le monde savait...»

«Tout le monde savait». Ce mantra est débité, en guise d'oraison libératoire, par la caste politico-médiatique dans les trois affaires à connotation sexuelle qui embrasent actuellement la France: DSK, Tron et maintenant les accusations du philosophe et politicien Luc Ferry contre un mystérieux ministre qui serait impliqué dans des actes pédomaniaques au Maroc.

Alors, non! A part les petits marquis emperruqués qui pérorent dans le cocktails et sautillent dans les soirées du Paris chic, personne ne savait. Et cette formule - «tout le monde» - traduit bien le mépris que ladite caste voue aux Français qui sont 65 millions à ne pas faire partie de ce «tout le monde». Désormais, les petits marquis devront se mettre à table. Ce sera le cas de l'un d'entre eux, Luc Ferry qui sera bientôt convoqué à la police pour en dire plus sur ses brides de révélations.

 Philosophe suffisant - mais bon présentateur de la pensée kantienne - qui fut un ministre insuffisant - il n'a pas fait d'étincelle à l'Education nationale - Ferry est l'incarnation de cette caste méprisante. A-t-il rapporté des ragots sans fondement pour faire sa roue devant les caméras? Révèlera-t-il des faits d'une criminelle gravité? Dans les deux cas, il y aura scandale. Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points et n'a même plus besoin de se démener pour engranger des suffrages. La droite, elle, se contente de s'offusquer des propos de Luc Ferry qui est l'un des siens. Et la gauche, à l'exception notoire de Ségolène Royal, regarde ostensiblement ailleurs. Les partis de gouvernement semblent subir la marée polluée qui les submerge.
 
«Le poisson pourrit par la tête», constate le proverbe chinois. Politiquement, il faudra en couper, des têtes; celles des dirigeants qui, à droite comme à gauche, embourbent leur pays dans ces marécages. Mais quand donc la Bastille sera-t-elle enfin prise? 


Jean-Noël Cuénod

(Cet éditorial a paru vendredi 3 juin dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

09:38 | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : strauus-kahn, tron, luc ferry, sexe, politique | |  Facebook | | |

01/06/2011

Servette: la nostalgie redevient ce qu'elle était

En ouvrant son ordinateur, Le Plouc tombe sur le site de la Tribune de Genève. Servette retrouve la... la quoi déjà? Ah oui, la Super League. Jadis, on appelait ça Ligue nationale A. C'était plus clair mais moins anglolâtre. Or, nous vivons des temps aussi anglos que saxons. Tout doit s'y plier.

 Voilà Le Plouc, surpris par l'émotion. Pourtant, son désamour avec le foot et Servette était aussi profond que fut intense son amour pour l'un et l'autre. La succession de présidents calamiteux, la destruction du stade des Charmilles, l'incapacité de Genève à sauver les "Grenat" de la faillite, l'arrêt Bosman et la valse du fric qu'il a composée, tout ce gloubiboulga fangeux avait transmué la passion en indifférence.

 Mais cette brume grise dans la poitrine se dissipe ce matin. Servette retrouve l'Elite. La nostalgie redevient ce qu'elle était. Tous ces magnifiques souvenirs servettiens bombardent le coeur du Plouc. La série incroyable championnnat-coupe de Suisse-coupe de la Ligue-coupe des Alpes. Les corners de Didi Andrey. La victoire à l'arraché contre Young Boys à Berne. Les arrêts de Barlie. Les dribbles de Sinval-le-Malin, Le fabuleux match de Jacky Fatton contre Dukla Prague en Coupe d'Europe des clubs champions qui, avec ses trois buts, transforme le 0-3 en victoire 4 à 3. Et la figure sympathique de l'idôle du Plouc, l'arrière droit Raymond Maffiolo.

Pourquoi lui? Le Plouc jouait à ce même poste dans l'équipe junior de l'US Campagne (évidemment, pour un Plouc!) devenu US Meinier. Dès lors, chaque geste de Maffiolo sur le terrain était analysé, disséqué. Et mal imité. Lorsque Raymond Maffiolo fut - enfin! - sélectionné pour la première fois en équipe Suisse A (était-ce contre la France à Paris, 2-2?), le petit Plouc en fut aussi heureux que le joueur lui-même.

Dès lors, la faillite apparaissait comme une trahison à l'endroit de tous ces joueurs qui, à l'époque, devaient se partager entre le travail et les séances d'entraînement. Même à l'étranger, elle a laissé des traces. Deux amis parisiens ont récemment demandé au Plouc ce qu'était devenu le "Servette de Genève". Aujourd'hui, il peut leur apporter une réponse digne du passé grenat.

Raymond Maffiolo et les autres sont vengés.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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