19/06/2011

Double nationalité: l'exemple du chauffeur de taxi helvéto-syrien

 

En France, Marine Le Pen vient d’ajouter de nouveaux boucs émissaires à sa collection pourtant richement pourvue, à savoir les double-nationaux. Qui se ressemble s’assemble: l’UDC a choisi les mêmes. La conseillère nationale saint-galloise d’extrême droite Jasmin Hutter avait déposé une motion visant à supprimer la double nationalité pour les futurs naturalisés. Le 3 mars 2010, le Conseil national a rejeté cette motion par 121 voix contre 63.
Mais l’idée persiste au sein de l’UDC, même si dans un pays comme la Suisse — les double-nationaux y sont nombreux — elle peut se révéler dangereuse en termes de suffrages. Parfois, la frénésie idéologique l’emporte sur la gourmandise électoraliste.

Un récent échange que le signataire de ces lignes a partagé à Genève avec un chauffeur de taxi binational syrien et suisse illustre bien l’ineptie de cette posture. Sa femme et ses enfants vivent, comme lui, en Suisse. Lors du soulèvement populaire, il a rejoint la Syrie afin de protéger ses parents et participer à la révolution démocratique. Arrêté, passé à tabac, incarcéré pendant une dizaine de jours dans les conditions que l’on imagine, il a été expulsé vers Genève par les flics de Bachar el Assad. «Mais je vais tenter de retourner là-bas par la frontière turque. Je ne veux qu’une seule chose, que la Syrie prenne le chemin de la démocratie, comme en Suisse.»

Alors son cœur ne penche-t-il que vers la Syrie? «Mais pas du tout! J’aime la Syrie où je suis né. Et j’aime tout autant la Suisse où sont nés mes enfants. Si la Suisse est attaquée, je serai le premier à prendre les armes. Le cœur est assez grand pour aimer deux pays.»

Le chauffeur de taxi helvéto-syrien — ou syro-suisse — a compris notre époque bien mieux que nos politiciens UDC toujours en quête de sujets démagogiques à balancer pour amuser la galerie.

Ce faisant, l’extrême droite occulte les véritables défis que pose la globalisation des échanges. On ne peut s’y opposer par décret. Mais il est urgent d’en maîtriser les effets. Dans ce sens, la préservation des emplois en Suisse relève de la priorité absolue. Et s’attaquer aux double-nationaux n’apporte aucun début de solution. Au contraire, les transformer en symboles d’une mondialisation honnie ne fait qu’introduire dans notre pays les germes de la division, ce qui l’affaiblirait au moment où il a besoin de toutes ses forces. Sous son masque nationaliste, l’UDC constitue donc un véritable danger pour la patrie et son unité.

Par son amour de notre démocratie qu’il cherche à promouvoir dans son pays natal, le chauffeur de taxi helvéto-syrien fait bien plus pour le renom de la Suisse que tous les nationalistes pour banquets du 1er Août.


Jean-Noël Cuénod

12:18 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : binationalité, marine le pen, udc | |  Facebook | | |

Commentaires

Wow! Si tous les pays qui n'acceptent pas la double nationalité sont des pays d'extrême droite, ça en fait du monde...

http://nations-libres.over-blog.com/article-et-si-l-on-parlait-serieusement-de-la-double-nationalite-75818640.html

Et qu'en est-il de l'égalité des droits de tout un chacun? Ceux qui n'ont qu'une seule nationalité ne sont-ils pas discriminés? Ont-ils droit à deux passeports, par exemple?

Écrit par : Johann | 19/06/2011

Cher (s) (es) internautes,

Je me souviens qu'à l'époque, les messieurs devaient choisir entre leur nationalité d'origine et celle d'adoption, à cause du service militaire, mais les femmes, si je ne me trompe, n'avaient pas ce choix à faire. Il est important pour certaines fonctions administratives, officielles, et même privées comme dans les banques par exemple, de savoir pour des raisons de confidentialité et de sécurité évidentes, à qui l'employeur peut confier ses dossiers, car n'oublions pas l'affaire HSBC de Genève, etc. etc... C'est une réflection importante à faire. De toute manière, maintenant les employeurs avant d'engager un employé, ne se gênent plus de faire le choix qui s'impose dans l'intérêt de ses affaires et de son entreprise. En l'occurrence, on ne pourra pas fermer les yeux et faire comme si le problème n'existait pas.Il y a quand même, la protection des données d'un pays et de ses habitants à protèger, même si la cyber criminalité existe au niveau international etc. etc. ce problème ne se règle pas en deux minutes. Tout dépend des fonctions que la personne occupe ou occupera. Actuellement, il s'agit d'une pratique tout à fait courante parmi les employeurs, surtout au niveau des banques et je ne vois pas la nécessité d'une nouvelle loi en l'occurrence.
Esmé

Écrit par : Esmé | 19/06/2011

Esmé, le premier à avoir rompu le secret bancaire (dans l'affaire des fonds en déshérence en livrant des infos aux USA) était bien suisse et qui plus est agent de sécurité. Par ailleurs si nos banques devaient se priver de tous les double-nationaux qui y travaillent, elles seraient bien embêtés, notamment parce qu'ils sont essentiels aux échanges avec la clientèle de leurs pays d'origine.
Quant à l'histoire du service militaire, les double-nationaux franco-suisses pouvaient tout simplement choisir dans quel pays ils souhaitaient le faire, en fonction de leur lieu de résidence. La Suisse n'étant généralement pas en guerre contre la France, cela n'a jamais posé plus de problème que ça. Sans compter les innombrables soldats suisses qui se sont battus pour la France... Même à l'unique époque où il y eut conflit, au moment de la Révolution Française, ce sont de braves citoyens suisses qui ont été cherchés la France et ses troupes, pour installer la démocratie qui n'était que très théorique dans la Confédération d'alors. Parlez en Vaudois ou aux Tessinois. Les Suisses de Paris, fort nombreux, y compris réfugiés politiques, avaient d'ailleurs joué un rôle fondamental dans là-dite Révolution française.
Au fait, saviez vous que l'Empereur Napoléon III était bi-national, bourgeois de Thurgovie et capitaine d'artillerie des troupes bernoises ?
Quant à Johann, le social-nationaliste, s'il est jaloux, il n'a qu'à se débrouiller pour pecho un second passeport. En général il suffit de se marier et d'attendre quelques années. L'inconvénient, c'est qu'il va lui falloir trouver quelqu'un qui supporte son caractère exécrable d'aigri perpétuel. Ce qui risque d'être plus compliqué.

Écrit par : Saint-Juste | 20/06/2011

@Saint-Juste,

Beaucoup parmi nous, ont des amis et des bons sentiments envers nos voisins européens et français, mais là n'est pas le problème, le fait est simple comme bonjour, vous me parlez de l'affaire UBS, moi je vous parle de l'affaire HSBC, en l'occurrence, il y a un CD avec toutes les adresses et numéros de comptes bancaires de clients de divers nationalités dont françaises également, qui ont crée un énorme scandale et l'informaticien n'était pas du tout Suisse d'après ce que j'ai lû et entendu...il ne s'agit pas de savoir si l'on peut faire confiance ou pas à un étranger dans le cas d'espèce, mais de pouvoir demander le rapatriement en Suisse de ceux qui trahissent le secret de fonction et qui marchandent des renseignements sensibles. Etant donné, qu'il y a des accords internationaux en la matière, un pays européen peut demander le rapatriement d'un de ses compatriotes, c'est tout, raison pour laquelle les employeurs aujourd'hui, et c'est un fait avéré vérifient la nationalité de la personne avant d'embaucher dans des secteurs particulièrement sensibles, c'est tout simple.
Esmé

Écrit par : Esmé | 21/06/2011

Esmé, je crois que vous comprenez mal la manière dont fonctionnent les accords d'extradition. D'abord certains pays n'extradent personne. Notamment en Amérique Latine, des coins où il fait bon se retirer fortune faite. Ensuite, les pays qui extradent ne le font que s'ils reconnaissent le délit commis, quelle que soit la nationalité de la personne suspectée de l'avoir commis. Dans le cas où quelqu'un leur amène un CD avec des infos permettant de récupérer de l'argent qu'ils estiment leur appartenir car soustrait à leurs impôts, il n'est pas certain qu'ils reconnaissent le caractère de délit au vol de la disquette, même si la justice suisse pense le contraire. L'affaire dont vous parlez est d'ailleurs - sauf erreur - encore pendante devant les tribunaux français sur ce point. Le plouc pourra sans doute nous en dire plus. Il est en outre probable que le fait que Woerth ait choisi d'utiliser les données du-dit CD ait contribué à sa chute. Cela sent le retour de bâton et l'on sait que certaines infos - comme par exemple sur sa collecte de fonds auprès des donateurs du premier cercle de l'UMP - sont parties de Genève.
Sur le fond, comme déjà dit, la plupart des banques de la place utilisent des étrangers, pour les investissements et leur connaissance des marchés, mais aussi pour les contacts avec la clientèle. Alors je ne sais pas de quels secteurs particulièrement sensible vous parlez.

Écrit par : Saint-Juste | 21/06/2011

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Écrit par : iphone diagnostic | 06/07/2011

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