16/06/2011

DSK (suite mais pas fin!): la justice est-elle une guerre comme une autre?

Après le cas Polanski, l’affaire Dominique Strauss-Kahn illustre les différences fondamentales qui séparent les conceptions européennes continentales et nord-américaines en matière de justice.

 

Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les usines à scénarios de Hollywood qui ont rédigé les lois de procédure pénale aux Etats-Unis. Mais les législateurs américains ont intégré de façon étonnante tous les ingrédients qui font d’un dossier une bonne histoire. L’enchaînement des étapes judiciaires s’articule comme le découpage d’un film. Cela explique l’abondance et la qualité des séries américaines qui prennent la justice comme personnage principal.

 

Mais la réalité pénale des Etats-Unis se révèle encore plus rude que ne le suggère la fiction de ces séries télévisées. Alors qu’en Europe continentale, le but de la justice pénale est d’apaiser les conflits entre les parties — dans la mesure du possible — celle des Etats-Unis intègre et même développe la notion de guerre entre deux camps.

 

Dans un premier temps, le suspect est dans les mains de la police qui en fait d’emblée son ennemi. Si elle arrive à convaincre le bureau du procureur de la solidité de ses griefs, alors le suspect devient également l’ennemi du procureur. L’accusation n’étant qu’à charge, le procureur s’assied sur la présomption d’innocence, du moins telle que nous la concevons en Europe continentale. Les policiers vont donc mettre en scène la culpabilité du suspect en le poussant, menotté, vers les projecteurs et caméras. Cela dit, ce coup bas ne réduira pas forcément les chances du prévenu de s’en sortir. Car le procureur devra, le cas échéant, soumettre ses charges au Grand Jury qui établira l’acte d’accusation ou ordonnera l’équivalent d’un non-lieu.

 

Si le procureur franchit cette étape, la guerre va changer de camp. La défense utilisera tous les arguments légaux pour balancer des missiles contre l’accusation, en recourant souvent à des enquêteurs privés dont les honoraires peuvent atteindre 300 dollars l’heure. La violence subie jusqu’alors par le suspect, se retournera contre le plaignant et les témoins-clé. Leur passé, leurs amours, leurs petits ou grands secrets , leur intimité seront scrutés et décortiqués dans les moindres détails. La défense se montrera aussi impitoyable que l’accusation.

 

Comme lors toute guerre, des armistices sont toujours possibles. Dans 90% des cas, les procureurs de New-York transigent une peine avec les suspects (plea bargain ). Mais pour en arriver là, que de sueur et de larmes! Du moins dans de nombreuses affaires. Sans parler de l’argent dépensé par l’accusé. Car si le système américain offre d’incontestables droits à la défense, le justiciable doit avoir les moyens de se payer d’excellents avocats et détectives privés.

En cela, la justice américaine est profondément inégalitaire. Nés dans la violence des conquêtes et promoteurs du profit individuel, les Etats-Unis ont créé une justice à leur image.

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO: intervention à France-Info, candidate à la primaire des Verts pour l'Elysée et ancienne juge d'instruction (affaire Elf)
"La justice américaine est violente" Eva Joly par FranceInfo

11:46 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : strauss-kahn, justice américaine, vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

Il n'y a pas de justice aux USA, il n'y a que des rapaces avides de gains faramineux! La seule Justice que la victime ( que ce soit Nafissatou ou DSK) peut invoquer de toute ses forces c'est celle de DIEU. Pour le reste, les gens parlent à tord et à travers sans preuves tangibles et se permettent d'accuser DSK, alors qu'ils se sont pas des témoins oculaires de cette affaire.

Attention, je ne suis ni pour l'un ni pour l'autre mais pour la vérité et bien sûr, pour la justice. Dieu est Juste et aime la Justice et la Vérité. Il n'est pas partial Lui. Qu'Il vienne en aide à la victime (elle ou lui) et qu'Il confonde la ou le menteur!

Écrit par : zakia | 16/06/2011

Pour suivre Zakia et les Musulmans, remettons en vigueur le Jugement de Dieu !Cela nous donne un bon indicateur de leur niveau de dévelopement...

Écrit par : Géo | 16/06/2011

En effet, la justice américaine est à l'image de ce pays : les États-Unis et sa démesure.

" Cela explique l’abondance et la qualité des séries américaines qui prennent la justice comme personnage principal. "

Abondance, oui certainement ! Quant à la qualité, alors là franchement c'est une question de culture et de goût, mais pas le mien ! C'est probablement pour cela que j'ai vraiment beaucoup de peine à suivre cette mise en scène juridico-médiatique et à en dissocier les éléments qui relèvent de la justice, de ceux qui sont inspirés par Hollywood ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 16/06/2011

"cette mise en scène juridico-médiatique et à en dissocier les éléments qui relèvent de la justice, de ceux qui sont inspirés par Hollywood ..."
Ben oui, en France au moins cette affaire aurait étouffée vite fait bien fait, au grand bonheur des gens comme vous.
C'est probablement pour cela que DSK se rendait au Sofitel, hôtel français, qui n'était pas sur la liste du FMI...
Malheureusement, la direction du Sofitel de New york n'a pas consulté la direction de Sofitel en France. Pas de chance pour le gros vicieux.

Écrit par : Géo | 17/06/2011

Lorsqu'on porte un pseudo comme le vôtre Géo, on devrait me semble-t-il s'équiper d'un GPS. Dommage qu'un tel équipement vous fasse défaut, car à vous lire on constate que vous vous égarez :

" Ben oui, en France au moins cette affaire aurait étouffée vite fait bien fait, au grand bonheur des gens comme vous. "

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 17/06/2011

Géo vous dites des bêtises. Les fondateurs du groupe Acor, qui possède la chaîne Sofitel, sont pour l'un sénateur (UMP) des Français de l'étranger et pour l'autre ancien-député UMP, membre du premier cercle de l'UMP et réfugié fiscal à l'étranger. Devinez où ? Ils avaient tous deux une excellente raison d'en vouloir à DSK, en dehors du désir de faire un immense plaisir à Sarkozy, c'est la volonté affichée par DSK, depuis 2007, d'imposer tous les Français résidant à l'étranger, comme le font déjà les Etats-Unis avec leurs concitoyens.

Écrit par : Saint-Juste | 18/06/2011

Vous décrivez bien le cadre! Cela montre que la "justice" américaine est un business comme un autre. Que certains y perdent des plumes ou leur âme semble secondaire, pourvu que le bénéfice soit juteux!

Écrit par : Michèle Roullet | 18/06/2011

J'ai l'impression que si DSK était américain, totalement inconnu et son épouse, une madame tout le monde, il n'y aurait pas eût autant de bruit autour de cette affaire, ni même des avocats. Contrairement à ce que l'on pense en Europe, il y a bien une justice à deux vitesses aux USA, celle du riche et celle du pauvre, et dans ce cas là, il aurait mieux était pour DSK d'être un monsieur tout le monde avec un tout petit emploi quelque part. Je dis cela, car les procèdures sont très très coûteuses et pour pouvoir assurer sa défense il faut avoir les reins solides. Je connais des gens suite aux sub-primes aux USA, qui ont dues vendre leur maison pour assurer leur défense dans l'affaire Madoff ou autres par exemple. Personne n'a intérêt à avoir un procès aux USA et la plupart du temps, les affaires finissent en arbitrage pour payer les frais de procèdures et des avocats. Il faut également se méfier des avocats qui vous promettent le paradis parfois, alors qu'ils ne font que vous facturés en long et en large un simple appel téléphonique de 5 minutes pour $50.-- cinquante dollars au strict minimum, sans aucune consultation donnée. Les gagnants dans cette affaire seront les avocats de DSK et de la Diallo, la justice américaine et la presse qui ont vendu beaucoup d'articles de presse, mais surtout pas DSK ni même la Diallo.
Esmé

Écrit par : Esmé | 19/06/2011

En somme, Une affaire de gros sous .

Écrit par : particulier | 21/06/2011

Les commentaires sont fermés.