14/05/2011

Le témoin inconnu de l’affaire Bettencourt

L’affaire Bettencourt s’est fondue dans le chaudron des médias, remplacée par d’autres turpitudes outre-Jura. Mais elle continue à faire le bonheur du théâtre, de l’édition et même du cinéma. Deux projets cinématographiques s’inspirent de cette saga du fric et de la frime. L’un conçu par Edouard Baer qui aimerait confier le rôle de Liliane Bettencourt à... Jean Rochefort (voir ci-dessous la vidéo d'Europe 1) — on se réjouit d’assister à pareille fête — et l’autre concocté par le producteur Thomas Langmann, avec Jeanne Moreau— elle le vaudrait bien — pour incarner l’héritière de L’Oréal.

Ces projets prendront-ils vie sur le grand écran? En tout cas, la pièce de Laurent Ruquier, Parce que je la vole bien, fait d’ores et déjà courir Paris au Théâtre Saint-Georges. De même, le dessinateur Riss, directeur de Charlie Hebdo, et le journaliste Laurent Léger ont publié aux Editions Les Echappés un album de bande dessinée intitulé Tout le monde aime Liliane. Quant aux livres à elle consacrés, la pyramide qu’ils forment découragerait le plus papivore des lecteurs.

Dans cette catégorie, l’un des meilleurs bouquins vient de sortir des presses de Robert Laffont. Son titre: Un milliard de secrets. Son auteur: Marie-France Etchegoin, rédactrice en chef au Nouvel Observateur. Son propos n’est pas de décortiquer les mécanismes politico-financiers et les relations entre L’Oréal et Nestlé — ce livre reste à écrire — mais de mettre en scène le huis clos qui s’est déroulé dans l’hôtel particulier des Bettencourt, rue Delabordère à Neuilly qui est à Paris ce que Cologny et Pully sont à Genève et Lausanne. En un poil moins chic tout de même.

Marie-France Etchegoin accorde une grande place aux rôles tenus par le père de Liliane Bettencourt, Eugène Schueller, dans le financement de partis fascistes français et par le mari de l’héritière, le ministre André Bettencourt, auteur d’articles antisémites dans la presse collaborationniste avant de rejoindre la Résistance.

Parmi les nombreux personnages croqués dans Un milliard de secrets, un témoin jusqu’alors ignoré déboule sur la scène avec ses petites pattes: Thomas, le teckel à poil dur de Liliane Bettencourt qui mange dans une gamelle ciselée des repas bio servis par un majordome, dispose d’un garde du corps (à deux pattes) et même d’une rampe d’accès au lit de sa maîtresse. Mais au-delà du ridicule de la situation, cette importance de Thomas — qui, lui au moins, n’a rien d’un imposteur contrairement au héros de Jean Cocteau — traduit bien notre époque. Le teckel est sans doute le seul être vivant auprès de la milliardaire à ne pas être «tenu par les liens du commerce et de l’argent». La fortune Bettencourt est telle que tous ceux qui en jouissent et en souffrent ne peuvent entretenir de rapports sains avec leur entourage, même familial.

 Dans ce désert affectif, l’héritière Bettencourt rejoint les SDF dont les chiens sont les seuls à ne pas leur en vouloir d’être pauvres.


Jean-Noël Cuénod

(Texte par en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures jeudi 12 mai 2011)


"Nous voulons faire un film polémique" par Europe1fr

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