14/04/2011

Pâques 2011 (1): ce pardon qui a mauvaise presse


Après la découverte des crimes, les micros affamés se tendent vers les proches, les amis, les familles. A chaque fois revient cette phrase, ou plutôt ce cri de douleur: «Impossible de pardonner!» Et comment pourrait-il en aller autrement? Un être cher vous est arraché par la violence, par la perversité, par la cruauté sans borne et il faudrait pardonner au monstre?

Parler de pardon en de telles circonstances est inaudible: «On viole, on torture, on tue et on se fait pardonner? Trop facile!»

Le pardon a de plus en plus mauvaise presse dans les médias. Il est perçu comme la marque d’une faiblesse coupable devant le mal, d’un état d’âme fait de lâcheté et de complicité. L’acte le plus pur célébré par les Evangiles est devenu un sentiment vil et stupide.

Sans doute, est-ce la marque d’une époque qui se déchristianise et de l’inversion des valeurs en ce début de XXIème siècle qui élève au rang de vertus ce que naguère nous considérions comme des vices: la cupidité et l’égoïsme, entre autres. D’autres raisons expliquent ce mépris de fer pour le pardon, la ronde infernale des faits-divers. Chaque jour lance à la volée son lot d’horreurs. Sont-elles plus nombreuses aujourd’hui que jadis? Rien n’est moins certain. La lecture de la chronique judiciaire au XIXème démontrerait plutôt le contraire. Mais les crimes d’antan ne franchissaient guère les frontières. Désormais, leurs récits font le tour du monde à la vitesse du son.

De plus, après la Shoah, chacun sait maintenant qu’une société de haute culture peut puiser en elle la barbarie nécessaire pour tenter — avec une froide méthode — d’éliminer une partie de l’humanité. Comment pardonner à Hitler? Le seul fait d’aborder cette question nous révulse.

Vilipender les monstres rassure. Plus on leur jette de pierres, plus on s’éloigne de notre culpabilité. C’est oublier que nous avons tous une part de monstruosité en nous. En la projetant sur le criminel, je crois m’en débarrasser. Dangereuse illusion. Le monstre est toujours, là, tapi dans l’ombre. Dans mon ombre. Prêt à surgir.

Pardonner, c’est donc en premier lieu se pardonner. C’est-à-dire prendre conscience de la possibilité d’un monstre en nous. Ne pas le rejeter mais le transformer en une force positive et créatrice. Cette alchimie intérieure réclame un effort sur soi, alors que tout dans cette société du bruit nous en dissuade. Mais le jeu en vaut la chandelle, puisqu’il s’agit d’apprendre à tourner une page douloureuse pour re-vivre.

Pardonner n’est en aucun cas passer le crime par pertes et profits. C’est au contraire
le désigner et le juger comme tel. Le pardon est une force qui permet de se libérer de son statut de victime. Un statut qui est aussi une prison.

Jean-Noël Cuénod

20:12 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pâques, evangile | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci de nous rappeler l'importance et le sens du Pardon.
L'Homme a cette supériorité sur l'animal, il est Créateur.
Il a, vous nous le rappelez, cette force en lui qui peut l'aider à sortir du règne animal : la capacité du Pardon ; C'est aussi une autre forme de créativité : transcender l'émotion primaire.... Bon, ben, personnellement, .... y a du boulot...

Écrit par : xambeu | 15/04/2011

Parler d'indulgence c'est bien, en avoir c'est mieux...

Je vous rappelle alors ces fameuses paroles de St-François de Sales, figure sainte de la région s'il en est :

"C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut l'envahir, par la charité qu'il faut la recouvrer [...]. Je ne vous propose ni le fer, ni cette poudre dont l'odeur et la saveur rappellent la fournaise infernale [...]. C'est par nous-mêmes que nous devons repousser l'ennemi [...], par l'exemple et la sainteté de notre vie [...]. Il faut renverser les murs de Genève par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle"


Mais vous, vous ne cessez de stigmatiser et de décrier ce peuple de Genève qui souffre et qui essaie de s'opposer aux politiques qui ne l'écoutent pas.


Où donc est alors votre compassion ?

Écrit par : 022 | 15/04/2011

L'animal ne pardonne pas, il s'en fiche. Il n'a nul instinct de vengeance. Une chatte protègera ses petits jusqu'à la mort contre les prédateurs, mais n'ira pas se venger si l'un d'eux tue un de ses chatons.

L'homme a le sens du Pardon, mais ce n'est pas un sens destiné à contrer un instinct animal, les animaux, dénués de vengeance, ne connaissant pas le pardon.

Le Pardon, très humain, ne vise qu'à limiter la Vengeance, très humaine aussi.

Le Pardon n'a de sens que si l'homme peut choisir entre lui et la Vengeance. Ce choix est humain, très humain, trop humain. Il est des cas où le Pardon n'est pas de mise, il est des cas où la Vengeance n'est pas de mise.

La mère à qui on a tué un enfant ne peut pardonner. Ce ne serait pas humain. Exiger cela d'elle, c'est exiger qu'elle se ravale au rang de l'animal, qui ne connaît pas la Vengeance.

Vengez-vous donc, humains humiliés, bafoués. Et ne donnez le Pardon que lorsque le crime est encore humain. Une mère dont l'enfant a été emporté dans la Shoah ne peut pardonner, ce serait renoncer à son humanité face à un crime, précisément, contre l'humanité.

Les valeurs humanistes d'aujourd'hui sont incarnées par des partis comme l'UDC ou le MCG. Se basant sur des valeurs simples parce qu'humaines, ils ne se laissent pas entraîner dans l'inhumain et très animal Pardon, qui n'est qu'indifférence, absence de sympathie (au sens étymologique) face à souffrance des siens.

Celui qui ne souffre pas parce que les siens sont maltraités n'est pas humain. Celui qui ne cherche pas à aider les siens parce que leur emploi est menacé par les conséquences des bilatérales n'est qu'un animal.

Celui qui reste indifférent parce qu'un Vieux résident à Genève est privé d'aide sociale alors qu'elle est déployée sans mesure pour des personnes venant profiter de notre système est un animal. L'UDC et le MCG représentent le nouvel humanisme, celui qui doit compatir aux souffrances réelles des proches.

Écrit par : C. Bertrand | 16/04/2011

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