31/03/2011

La France raccourcit ses « juppettes »

Rappelez-vous, elles étaient surnommées les «juppettes», ces femmes ministres du premier gouvernement d’Alain Juppé. Jacques Chirac venait d’être élu président de la République et avait placé à Matignon celui qu’il appelait «le meilleur d’entre nous».

Il fallait frapper un grand coup, de façon à marquer la fin des interminables années Mitterrand. Alors, Alain Juppé nomma douze ministres et secrétaires d’Etat appartenant au genre féminin sur quarante-deux détenteurs de maroquin. Jamais, les politiciennes n’avaient obtenu autant de postes gouvernementaux.

 Les photographes et cadreurs furent convoqués pour immortaliser par l’image ce gouvernement «enjuppé».
Mais la lune de miel tourna bien vite en éclipse. Installées ministres le 17 mai 1995, les «juppettes» furent virées le 7 novembre de la même année. Moins d’un semestre! Les manifs et les grèves contre le plan de réformes des retraites (déjà!) et de la sécurité sociale provoquèrent une tempête qu’Alain Juppé tenta de calmer par l’installation d’un nouveau gouvernement. Les «juppettes» se transformèrent aussitôt en string. Sur douze ministres, seules trois femmes réussirent à conserver leur portefeuille.
L’actuel premier ministre reproduit le même scénario. La malédiction des «juppettes» continue. Sitôt élu à l’Elysée, Nicolas Sarkozy place le début de son règne sous le signe de la diversité. Sur ordre du nouveau président, François Fillon adoube sept femmes, sur quinze ministres. Et cette fois-ci, ces dames n’héritent pas que de vagues secrétariats d’Etat mais reçoivent de véritables ministères d’autorité: Rachida Dati à la Justice, Michèle Alliot-Marie à l’Intérieur, Christine Lagarde à l’Agriculture puis aux Finances, Roselyne Bachelot à la Santé.

 Toutefois, de remaniement en remaniement — et de reniement en reniement — la place des femmes s’est réduite comme une peau de chagrin. Avec la mouture la plus récente, il ne reste plus que Christine Lagarde à disposer d’un maroquin prestigieux et, dans une moindre mesure, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’environnement mais avec un périmètre plus restreint que celui de son prédécesseur Jean-Louis Borloo. Il faut dire que Michèle Alliot-Marie, bombardée ministre des affaires étrangères, avait fait sombrer la diplomatie française. Son limogeage était donc inévitable. Mais l’Elysée aurait pu promouvoir une autre femme à un poste important. Sarkozy et Fillon n’ont pas retenu l’idée.

Morale amorale: lorsque la tempête politique secoue le bateau gouvernemental, les hommes font bloc et rejettent les femmes à la mer. Les politiciennes sont tolérées par temps calme, c’est même joli toutes ces «juppettes» à la proue du navire. Mais lorsque les choses deviennent sérieuses, les pantalons reprennent le dessus. Ce qui ne les empêchera pas de ramasser une veste lors des prochaines élections.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Ce texte est paru jeudi 31 mars 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève (version courte) et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures (version complète).

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27/03/2011

Le Théâtre 14 met Shakespeare en Bouteille

Affiche_Tout_est_bien.gifVous disposez encore de tout le mois d’avril pour ne pas rater cette comédie au Théâtre 14-Jean-Marie Serreau à Paris. Aidé par son assistante Estelle Simon, le metteur en scène Pierre Beffeyte y met Shakespeare en Bouteille, dans cette pièce peu jouée, « Tout est bien qui finit bien.» En effet, le sublime Romain Bouteille y tient le rôle du Fou. Tous ceux qui ont encore plein les oreilles de ses sketches vitriolesques au « Café de la Gare », devraient laisser en plan leurs besognes, pour courir au Théâtre 14. 

Cet éternel garnement en a lancé, des pavés ! Et si ce Romain fort gaulois a créé avec Coluche – qui lui doit tout comme il l’a reconnu à maintes reprises   le « Café de la Gare » en 1968, ce n’est pas pour des prunes. Ou alors pour des pruneaux dans la gueule des flics de tous ordres et désordres.

Grâce à « Tout est bien qui finit bien », Romain Bouteille continue à faire son insolent solaire et son impertinent pertinent. Cette comédie un brin foutraque a été écrite par Shakespeare dans un encrier sans doute empli de « pure malt », car on y divague entre genres divers, mélo, farce et satire.

Le Divin William étant au-delà de toutes les époques, chacun pourra transposer cette pièce dans le théâtre politique actuel où les chargés de com’ ont remplacé les courtisans, l’esprit en moins, la lourdeur en plus. Et le Fou Romain Bouteille ne cesse de clamer que le roi est nu. Mais que le monarque soit ou non à poil ne change rien, pourvu que les langues flagorneuses y trouvent l’espace nécessaire à leur pratique.
Tant que l’on peut se servir en le servant, le roi est toujours habillé.

Jean-Noël Cuénod

 

Renseignements.

« Tout est bien qui finit bien » de William Shakespeare, jusqu’au 30 avril 2011

Adaptation et mise en scène : Pierre Beffeyte, assisté par Estelle Simon

Diane : Alexandra Chouraqui (en alternance avec Rachel Arditi)

Le Fou : Romain Bouteille

Hélène de Narbonne : Julia Duchaussoy
 
Le Roi de France et le Duc de Florence : Sébastien Finck

Seigneur : René-Alban Fleury

Parolle : Christophe Guillon

Renaud aîné : Emmanuel Guillon

Renaud Cadet : Franck Lorrain

Marianna : Estelle Simon

Bertrand de Roussilllon : Maxime d’Aboville (en alternance avec Benoît Solès)

La comtesse de Roussillon et la veuve : Chantal Trichet

Lafeu : Yvan Varco

Théâtre 14-Jean-Marie Serreau, 20 avenue Marc-Sangnier, Paris XIV ; téléphone : +33 1 45 45 49 77 ; courriel : theatre14@wanadoo.fr

 

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24/03/2011

Procès Pierre Perret contre "Nouvel Obs": l'honneur et les sous


La suite du procès qu’intente Pierre Perret au Nouvel Observateur et à sa journaliste Sophie Delassein à la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris n’a pas ménagé les méninges du Plouc, hier. Le chanteur a-t-il piqué la métaphore des truites et des cuisses féminines au poète andalou Federico García Lorca? Où est l’homme qui a vu l’homme qui a vu la femme du conducteur du bus qui a transporté l’écrivain Paul Léautaud en novembre 1953?

Les témoins de notre consœur ont noyé les juges dans le marais sans fond des détails inutiles. Ils appartenaient soit aux amis de Georges Brassens – surnommés les «tontonmaniaques» – gardiens jaloux de la «moustache chantante», soit aux dévots de Paul Léautaud, les «léautologues», héritiers d’un écrivain qui refusait toute descendance, fût-elle littéraire.

 

Président de l’association Auprès de mon arbre, Pierre Schoeller a été choqué par certains passages du livre de Perret, A Cappella, concernant Brassens: «On ne dit pas ça sur le dos d’un mort. Georges Brassens, c’est Georges Brassens. Pierre Perret n’est que Pierre Perret. » Peut-être, mais là n’est pas la question. Perret a-t-il plagié Brassens, comme la journaliste du "Nouvel Obs" lui en fait le reproche? Le témoin devient plus prudent: «Je ne dirais pas les choses ainsi. Certains ont pu estimer que Perret, c’était du sous-Brassens. »

 Paul Léautaud est-il entré dans la cabane au Canada?

Passons à l’écrivain Paul Léautaud. La journaliste affirme que le chanteur ne l’a jamais rencontré, contrairement à ce qu’il prétend dans deux ouvrages. Les «léautologues» – dont le remarquable chroniqueur Delfeil de Ton, qui travaille aussi auNouvel Observateur– soulignent moult contradictions, confusions de dates et incongruités dans les propos de Pierre Perret. Ainsi, le chanteur évoque un spectacle de Line Renaud auquel Léautaud aurait assisté: «C’est aussi vraisemblable que Julien Gracq se rendant à Las Vegas pour écouter Johnny Hallyday», soupire Jean-Jacques Lefrère, médecin et historien amateur. «Vous imaginez Léautaud supportant plus de quinze secondes Line Renaud chanter Ma Cabane au Canada ?C’est à se tordre!» grince Delfeil de Ton.

 

Toutefois, aucun «léautologue» ne remet en cause la dédicace que Paul Léautaud a donnée à Pierre Perret, ni même le fait que les deux se sont peut-être rencontrés, une ou deux fois, même s’ils en doutent. Or, la journaliste était péremptoire: Perret n’avait jamais vu l’écrivain. Dès lors, elle paraît fort mal partie pour démontrer la véracité de son affirmation.

 

Sur le plan pénal,le Nouvel Observateur et sa journaliste ne risquent qu’une peine symbolique. Mais il n’en va pas de même sur le plan civil. Pierre Perret réclame à l’hebdomadaire 280 000 fr. au titre de la réparation du préjudice moral. «Et pour mon honneur, ce n’est pas cher payé!» a ajouté le chanteur. Les juges rendront leurs décisions à une date ultérieure. Leautaud.jpgEt pendant ce temps-là, l'âme de Paul Léautaud ricane.

 

Editorial
AH, LES BEAUX DUELS D'ANTAN!

Jadis, les questions d’honneur se réglaient sur le pré, au petit matin, entre témoins amis et corneilles attentives. Naguère, les écrivains et acteurs mécontents giflaient les critiques insolents ou les frappaient à la sortie des rédactions, à l’instar de Jean Marais rossant le journaliste collabo Alain Laubreaux. 

 
Maintenant, c’est dans la salle d’audience, sombre et poussiéreuse, que les ego blessés entendent obtenir guérison. Et comme onguent, ils réclament de l’argent. Beaucoup d’argent. Il n’est pas sédatif plus puissant ni antibiotique plus désinfectant.
Après avoir assisté au procès de Pierre Perret contre le
Nouvel Observateur, nous ne cachons plus notre nostalgie des beaux duels d’antan et des rixes littéraires. L’économie d’une justice tant sollicitée y trouvait son compte et l’honneur, sa réparation. Le sang coulait, certes. Au moins la salive était-elle épargnée. 

Puisque désormais tout litige doit forcément passer par les mains des juges, il était donc inévitable que Pierre Perret lavât son honneur devant cette XVIIe Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, qui fait de l’affront à nettoyer sa spécialité. L’impression personnelle que nous retirons de ces débats bien parisiens est que Pierre Perret a été injustement mis en cause par l’hebdomadaire qui l’a traité d’imposteur et de pilleur. Le chanteur et poète a été atteint dans la fibre de sa mémoire. «Cela fait deux ans que j’en souffre, de cet article», a-t-il déclaré aux juges. 

 Toutefois, la longueur des débats, la méticulosité des avocats et des magistrats remuant un souvenir, soulevant une date, soupesant un détail font contraste avec ces dossiers qui n’aboutissent jamais ou ces procès bouclés dans la hâte quand ils ne sont pas bâclés. Et l’observation ne concerne pas que la France. Il y a bien une justice à deux vitesses, voire plus. Quant aux artistes, il vaut mieux écouter leurs chansons poétiques que leurs complaintes juridiques.

 

Jean-Noël Cuénod

(Compte-rendu et éditorial paru jeudi 24 mars 2011 dans 24 Heures)

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23/03/2011

Pierre Perret contre Guy Béart: du rififi chez les poètes

pierre-perret-jpg_17961.jpgLes poètes de la chanson française affichent cette camaraderie virile qui sied aux navigateurs de Guy-Beart.jpggros temps. Voilà pour la devanture. Mais, dans l’arrière-boutique, les langues vipérines vibrionnent. Les règlements de comptes entre coteries succèdent aux dérèglements de mécomptes entre ego froissés.
 
Tel est le contexte qui éclaire le procès en diffamation qu’intente le chanteur Pierre Perret à l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur et à l’une de ses journalistes, Sophie Delassein. Les débats ont commencé, mardi 22 mars, à la XVIIe Chambre correctionnelle au Tribunal de grande instance parisien. Ils ont tourné en affrontement entre Pierre Perret et un témoin fort accusateur, Guy Béart, auteur-compositeur-interprète.

Dans un article particulièrement venimeux, paru le 29 janvier 2009 et intitulé «Perret et le pot aux roses», notre consœur accuse l’auteur de Blanche d’avoir pillé Georges Brassens, d’autres poètes et surtout d’avoir inventé ses conversations avec l’écrivain Paul Léautaud entre 1954 et 1956. Elle est péremptoire: «Perret n’a jamais rencontré Léautaud. » Or, le chanteur a maintes fois évoqué ses rencontres avec l’écrivain dans un livre paru en 1972, Adieu Monsieur Léautaud, et un autre, A cappella, plus récent, qui a fait l’objet de l’article du "Nouvel Obs".

Les amis de Brassens sont les ennemis de Pierre Perret

Selon la journaliste, c’est Guy Béart, lors d’un entretien téléphonique, qui l’a conduite à mener une «enquête serrée» sur les affirmations de Perret. Elle a aussi reçu l’appui de fervents connaisseurs de Paul Léautaud et de l’Association des amis de Georges Brassens, groupe qui déteste Pierre Perret, celui-ci ayant écrit quelques lignes peu aimables sur son héros.
 
L’avocat de Pierre Perret, Me Francis Szpiner, une des vedettes du Barreau parisien, s’adresse à Sophie Delassein en lui rappelant qu’en 1972, le célèbre critique Angelo Rinaldi, membre de l’Académie française, écrivait dans les colonnes du Nouvel Obs tout le bien qu’il pensait du livre de Pierre Perret consacré à Paul Léautaud.

Me Szpiner: - Alors, Madame Delassein, pourquoi n’avez-vous pas demandé son avis à un critique aussi avisé qu’Angelo Rinaldi, ancien journaliste de l‘hebdomadaire qui vous emploie?

Sophie Delassein: - C’est vous qui dites que Rinaldi est avisé…

Me Szpiner, levant ses petits bras au ciel en écarquillant les yeux: -Ah Madame vous avez une hiérarchie des sources à laquelle je rends hommage!

Pour démontrer qu’il connaissait bel et bien Paul Léautaud, Pierre Perret remet aux juges deux ouvrages que l’écrivain lui avait offerts. L’un porte cette dédicace écrite à la plume d’oie par Léautaud: «A Pierre Perret, avec des années de retard et mes cordialités. » L’autre est un condensé de l’œuvre de Stendhal où l’on remarque qu’une enveloppe adressée le 4 janvier 1955 à Paul Léautaud a été coupée en quatre pour servir de signet: «Léautaud a voulu ainsi marquer les pages que je devais lire de ce livre qu’il avait préfacé», explique le chanteur aux juges.
 
"Les Suisses ne connaissent pas les chansons de Pierre Perret"

Si Pierre Perret porte avec vivacité ses 76 étés, Guy Béart, lui, déplace ses 80 ans avec plus de lenteur. Et doit témoigner assis. Ce qui ne modère nullement la hargne qu’il porte à son «confrère» en l’accusant d’avoir piqué deux vers à Federico Garcia Lorca: «Un vers, ça va; deux vers bonjour les dégâts!» Alors qu’il produisait une émission télévisée, Guy Béart aurait été contraint par l’écrivain Frédéric Dard à inviter Pierre Perret: «C’est faux. Ils n’étaient pas amis. Frédéric Dard vivait en Suisse. Et personne ne connaît les chansons de Pierre Perret là-bas…» s’insurge-t-il en un grand geste rejetant l’Helvétie aux confins de l’Ouzbékistan ou de la Patagonie méridionale. Pourquoi tant de haine? «Je n’en sais fichtre rien. Il ne peut pas m’encadrer depuis nos débuts à La Colombe», nous a confié Pierre Perret lors d’une interruption d’audience.

Aujourd’hui, la journaliste du "Nouvel Obs" présentera comme témoins les spécialistes de Léautaud. L’écrivain étant mort en 1956, appellera-t-on les tables tournantes à la barre?


ECLAIRAGE

Léautaud surgit d’outre-tombe


On ne lit guère Paul Léautaud (1872-1956) aujourd’hui. On a tort. Son Journal littéraire est un chef-d’œuvre qui éclaire la première moitié du XXe siècle des lettres françaises, écrit d’une plume concise, précise, impitoyable. Tenu en haute estime par Paul Valéry et André Gide, Léautaud a travaillé durant trente-trois ans comme secrétaire général du Mercure de France. Il a ainsi publié le premier poème de Guillaume Apollinaire.
 
Sous le nom de plume de Maurice Boissard, Léautaud rédigeait aussi des critiques théâtrales d’une sécheresse toxique qui ont mis sur le flanc bien des auteurs. Clochard dans l’allure et aristocrate dans l’âme, l’écrivain cultivait son mépris des hommes et son amour des chats dans un taudis empestant l’urine féline à Fontenay, près de Paris. Paul Léautaud est devenu célèbre tardivement en 1950, lorsque Robert Mallet lui a consacré une série d’entretiens radiophoniques qui a connu un succès d’audience considérable. Son ton sarcastique et sa verve voltairienne ont séduit la France qui venait de subir l’Occupation.

Qu’aurait-il pensé de ce procès? Citons cet extrait de ses chroniques théâtrales: «Il fut un temps où on savait se venger d’un bon mot par un autre bon mot, rendre épigramme pour épigramme. » Les juges entendront-ils les ricanements d’outre-tombe de ce clochard céleste?


Jean-Noël Cuénod


Version complète de la chronique judiciaire parue mardi 22 mars 2011 dans 24 Heures.

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21/03/2011

Le Jasmin et le retour des Etats-Nations


Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir (Photo).rebelleslibye.jpg

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/03/2011

La Naïve, comédie douce et dure

Visiteurs d’un soir à Paris, fuyez les  grandes machines du spectacle pour vous glisser dans un petit théâtre de quartier ou de banlieue et voguer à la découverte de ces auteurs et comédiens qui ne sont pas – pas encore ? – faisandés par le chaud-bise, ce pourrisseur des âmes en voie de pipolification aiguë.

Le Théâtre du Funambule à Montmartre fait partie de ces lieux authentiques. Jusqu’au 30 mars, il présente  « La Naïve », remarquable comédie mise en scène par son auteur, le Napolitain Fabio Marra. A la fois, douce et dure, tendre et cruelle, amère et sucrée, elle évoque une famille napolitaine qui se débat dans la pauvreté avec un sens du tragique irrigué par la bonne humeur. L’ombre est d’autant plus épaisse  dans les pays solaires.

Comme toujours, tout repose sur les épaules d’une femme, Anna (photo), seule à porter son petit monde qui ne cesse de la naive.JPGtrahir. Jusqu’à point d’heure, sans se départir de son indécrottable optimisme, elle s’échine sur sa machine à coudre pour nourrir les siens et rendre belle la vie de son jeune époux - dont la petite moustache aime à chatouiller les peaux féminines - Federico (joué par l’auteur-metteur en scène). Ce  ci-devant garçon coiffeur lit chaque jour les offres d’emploi en priant un ciel capricieux de ne point trouver de travail. De son côté, Caterina,  la meilleure amie d’Anna, ne cesse de débiner ce mari volage, avec une insistance troublante.

La naïve et courageuse Anna doit aussi s’occuper de son père, Gennaro, sale gosse de soixante ans. Et voilà que débarquent le frère d’Anna, Stefano, et son épouse, Sofia, qui arbore ses cuisses comme un drapeau. Tous les ingrédients du drame sont réunis, avec une fin qu’il convient de taire qui démontre, une fois de plus, que toute vérité n’est pas bonne à dire.

 La pièce jouée en napolitain doit être encore plus savoureuse. Toutefois, même en français, les accents de cette ville de tous les extrêmes parviennent à percer, comme une pointe d’ail dans des spaghettis aux palourdes.

Jean-Noël Cuénod

 

Distribution : Sonia Palau (Anna), Selin Oktay (Caterina), Fabio Marra (Federico),  Georges d'Audignon ( Monsieur Gennaro),  Aurélien Gomis (Stefano), Claire Boyé (Sofia)  Auteur et Mise en scène: Fabio Marra

Renseignements pratiques.

« La Naïve » est présentée du lundi au mercredi, jusqu’au 30 mars, au Théâtre du Funambule, 53, rue des Saules à Montmartre (75018 Paris). Téléphone +33 1 42 23 88 83. Site : www.funambule-montmartre.com

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15/03/2011

Les libéraux prêts à vendre leur âme pour un plat de lentilles municipales

« Il faut être réaliste ». Cette phrase du renoncement, le président du Parti libéral l’a soupirée ce matin sur les ondes de One FM en tendant une main molle à l’UDC. Ainsi, le parti de Monique Bauer-Lagier, de feu le grand procureur Raymond Foëx, du constitutionnaliste Jean-François Aubert va s’allier avec l’extrême droite en reniant les idées dont il fut le héraut depuis Benjamin Constant : l’ouverture d’esprit, l’exercice de la raison, le respect absolu de la liberté d’autrui, l’amour de la patrie qui ne se conjugue jamais avec la haine de l’autre.

 Et tout cela pour un malheureux plat de lentilles municipales. Bien entendu, les extrémistes se feront un plaisir de plumer la volaille libérale, comme  les communistes l’ont fait dans les années 40 avec le gallinacé socialiste.

 

Les libéraux sont prêts à sacrifier leur honneur pour éviter la défaite. Ils sont assurés, tant du déshonneur que de la défaite, du moins celle de leurs idéaux. Si toutefois les libéraux genevois de 2011 en ont encore.

 
Avec cette alliance contre nature, les libéraux y gagneront peut-être un siège. Ils y perdront plus sûrement leur âme.

Jean-Noël Cuénod

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Le Jasmin et le retour des Etats-Nations

Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens – qui subissent bien des revers dans l’indifférence générale -  ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir.

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

 L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

Jean-Noël Cuénod

En bonus, voilà la vidéo d'une conférence données par Edgar Morin dans les locaux du Palais Bourbon où il explique les réformes à entreprendre pour rendre l'avenir vivable.

09:21 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : révoltions, pays arabe, mondialisation, edgar morin, vidéo | |  Facebook | | |

10/03/2011

Comment endiguer la vague Marine Le Pen

marine-le-pen Langue.jpgQuel que soit le candidat socialiste, Marine Le Pen apparaît en tête du premier tour de la présidentielle 2012 en France, à en croire deux sondages de l’Institut Harris Interactive. Le dernier révèle même que Nicolas Sarkozy pourrait ne pas être qualifié pour le sprint final. Dès lors, une averse de réactions politiciennes inonde les médias.

 
Les uns s’acharnent à démonter les ressorts de ce sondage pour en dénoncer les vices cachés. C’est une attitude aussi efficace que de balancer à la poubelle le baromètre qui vous annonce un temps exécrable pour dimanche. Les autres s’affolent et renchérissent en matière de xénophobie sur le discours du Front national. Ainsi, la députée UMP Chantal Brunel a répété, façon merle des Indes, les propos de Marine Le Pen promettant de bouter hors des eaux européennes les Libyens et autres immigrés qui auraient l’étrange dessein d’échapper aux massacres et à la famine. Voilà donc le message de la frontiste banalisé par l’ancienne porte-parole officielle du parti sarkozyste.

 

Quant aux socialistes, personne ne les entend. Ils marchent à côté de leurs escarpins en priant un ciel incertain que leur sauveur Dominique Strauss-Kahn daigne descendre de son Olympe washingtonien pour se confronter à la rugueuse réalité hexagonale.

 
Marine Le Pen vit actuellement ces moments de grâce où quoi que fassent ou disent ses adversaires, elle engrange des suffrages. Un bémol tout de même dans le concert pour Front national solo, ces sondages flatteurs interviennent trop tôt, treize mois avant l’élection présidentielle. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait pu se hisser au second tour par surprise, personne ou presque ne l’attendait à cette place. Aujourd’hui, chacun est averti des risques encourus.

 
Toutefois, même si la vague Marine n’a pas encore englouti l’Elysée, il n’en demeure pas moins que l’extrême-droite se renforce partout en Europe. Il faut donc s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ici ou là, les partis racistes et xénophobes l’emportent. Contrairement aux années 1930, ils ne disposent pas de milices armées et ne se mobilisent pas contre la démocratie. Les traiter de «fascistes» relève donc de l’anachronisme. Il appartient maintenant aux partis qui rejettent toute politique basée sur l’exclusion de tirer les leçons de ce constat: les idéologies du XXème siècle — communisme, social-démocratie, libéralisme — sont mortes.

Sur ces ruines, il faut reconstruire une pensée politique qui prenne en compte la globalisation, le besoin de protection d’une population européenne toujours plus vieille, la sauvegarde de l’environnement. L’extrême-droite évoque ces problématiques en offrant des solutions sans issue. Aux partis de l’ «arc humaniste» de tracer des voies nouvelles. Le peuple se détournera des démagogues dès qu’il aura la certitude qu’on le prend, pour une fois, au sérieux.

 

Jean-Noël Cuénod

Ce texte est paru jeudi 10 mars en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève. 

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09/03/2011

Jacques Chirac échappe une fois de plus à la justice

Le Plouc avait commencé à vous entretenir du procès Chirac. Mais hier, hop, plus de procès! Voilà donc, destiné aux internautes, le papier paru ce mercredi 9 mars dans la Tribune de Genève et 24 Heures. En fin d'article, vous pourrez voir et ouïr la vidéo du reportage de BFMTV sur cette étrange journée au Palais de Justice de Paris.

Jacques Chirac sera-t-il jugé un jour? On peut en douter. mardi, le juge Dominique Pauthe, qui dirige la XIe Chambre correctionnelle de Paris, a annoncé qu’il reportait le procès de l’ancien président de la République.

Il a bien avancé une date de reprise, le 20   juin prochain, mais il ne s’agit que d’une audience de fixation du calendrier des débats. Or, les avocats de Chirac et des coaccusés – ses amis politiques en grande partie – ont d’ores et déjà brandi des agendas dont la plénitude contraste avec la vacuité du casier judiciaire de l’ex-chef de l’Etat. Aucun ne sera disponible à cette date, «hélas», ont-ils soupiré en chœur avec des mines de chattemites et une sincérité que chacun appréciera à sa juste mesure.

Le principal conseil de Chirac, Me Jean Veil — le fils de l’ancienne ministre Simone Veil —, a même déclaré au président Pauthe, soulevant des grondements réprobateurs dans la salle: «En juin, nous serons entrés en période électorale et il me semble inenvisageable d’examiner cette affaire dans un tel contexte. » Alors quand? Après les élections de 2012? Autant dire aux calendes grecques. L’ancien président aurait alors 80 ans.

«Ce n'est pas républicain, Monsieur!»

Et puis, Jacques Chirac n’est pas candidat, pourquoi le procès ne se poursuivrait-il pas en période électorale? «Ce ne serait pas républicain, Monsieur!» nous a rétorqué un avocat. Voilà qui clôt le débat.

Ce report du procès a pour origine la décision de la XIe Chambre correctionnelle de transmettre à la Cour de cassation la «question prioritaire de constitutionnalité» (QPC) déposée par Me Leborgne, avocat de Rémy Chardon, l’ancien directeur du cabinet de Chirac. Cette QPC ne concernait qu’un seul des deux volets du dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Mais le président Pauthe a décidé avec ses assesseurs de ne pas disjoindre les deux causes et de reporter l’ensemble du dossier.

Souvent soupçonné

Accusé d’avoir fait rémunérer des permanents de son parti, le RPR, par la ville de Paris lorsqu’il en était le maire, Chirac bénéficie donc, une fois de plus, d’un répit. Suspecté dans de nombreuses affaires politico-judiciaires depuis une vingtaine d’années, il est toujours parvenu à éviter d’être jugé. Douze magistrats instructeurs ont enquêté à son propos mais leurs dossiers ont été étouffés par les habiles manœuvres procédurières de ses brillants avocats et aussi grâce à la mansuétude du Parquet (l’accusation) qui, en France, dépend hiérarchiquement du gouvernement.

De plus, pendant douze ans, Jacques Chirac a bénéficié de l’immunité présidentielle, ce qui a rallongé d’autant les procédures. Seules deux affaires d’emplois fictifs ont pu parvenir jusqu’à l’audience de jugement, les deux dont, justement, le procès vient d’être reporté.

Commentaire d’un de nos confrères parisiens à la sortie du Palais de Justice: «Voilà qui fera encore grimper Marine Le Pen dans les sondages.»

 

Jean-Noël Cuénod

Procès Chirac: Vidéo de BFMTV

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07/03/2011

En marge du procès Chirac : les « satellites allumés »

Nous réserverons à la partie « papier » de la Tribune de Genève et de 24 Heures, les aspects sérieux du procès de Jacques Chirac - accusé, lorsqu’il était maire de Paris, d’avoir rémunéré des permanents de son parti, le RPR, avec les sous de ses contribuables. Dans son blogue, Le Plouc s’intéressera aux « satellites allumés » qui tentent d’accrocher l’orbite de cette affaire.


Parmi les parties civiles – c’est-à-dire les personnes lésées – figurent des associations qui luttent contre la corruption ou défendent les citoyens. Mais deux particuliers très particuliers sont parvenus à se glisser sur ce banc. Pourquoi ne se constitueraient-ils pas parties civiles puisque ces deux « satellites allumés » sont contribuables de la Ville de Paris ? Et à ce titre, ils se déclarent lésés. Heureusement pour les nerfs du président Pauthe qui dirige les débats, les 2 211 295 autres Parisiens n’ont pas suivi cet exemple. La loi française se révèle fort laxiste en la matière. A peu près n’importe qui, disant n’importe quoi, pour aboutir n’importe où, peut se parer du titre de partie civile et participer au procès.


Visiblement, les deux zozos en question ne cherchent qu’une seule chose : disposer de leur quart d’heure de célébrité promis par Andy Warhol. Le spectacle qu’ils ont offert, lundi en ouverture du procès Chirac, relève donc du théâtre de l’absurde. Ainsi, ces énergumènes se sont-ils prononcés sur la « question prioritaire de constitutionnalité » posée par Me Leborgne, l’avocat de l’ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac. Un sujet ardu et d’une rare technicité. Imaginez un quidam n’ayant jamais lu une partition de solfège de sa vie et encore moins touché un piano qui, soudain, veut interpréter une sonate d’Alban Berg. Et vous aurez une idée de la prestation de nos contribuables.


Mais les « satellites allumés » n’ont aucune peur du ridicule. Ils pérorent,  jacassent, cacardent et caquettent accrochés au micro, trop heureux de savourer ce moment où la France les regarde. Lassé, le président veut les interrompre. Les « satellites » clignotent de rage et hurlent à la censure. Deux gendarmes les saquent de la salle d’audience, au soulagement général. L’un d’entre eux se laisse tomber. Et les agents doivent se mettre à plusieurs pour le traîner à terre hors du prétoire.  Le spectacle est terminé. Mais les deux compères promettent de revenir.


 Le ridicule n’a jamais tué. Mais il peut nous faire mourir d’ennui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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05/03/2011

Le Plouc fait le poireau chez Dior

Le Plouc chez Dior… N’importe quoi ! Et pourtant, la mission est claire. Sombrement claire. Il faut couvrir, vendredi,  le défilé parisien du couturier de luxe, le premier en quinze ans à se dérouler sans le styliste John Galliano, viré pour propos antisémites par la Grande Maison de Haute Couture (ou Haute Maison de Grande Couture, comme on voudra). Et voilà Le Plouc propulsé par la foule devant l’entrée du Musée Rodin où s’est déroulée la présentation des ultimes nippes hypes dessinées par l’ami d’Hitler et des boissons fortes. Bien entendu, les gorilles à oreillette ont rejeté Le Plouc dans l’anonymat de la rue de Varenne, en compagnie de plusieurs centaines de  journalistes, photographes et porteurs de caméra obligés, comme lui, de faire le poireau pour des prunes.

Dans cette masse médiatique, Le Plouc y croise une superbe consœur au regard sibérien qui débite à la kalachnikov son texte devant la caméra de TV Moscou. Enrayée, la kalachnikov. La journaliste a dû recommencer sa prestation à sept reprises. Non loin, une fashionista japonaise fait sensation  grâce au porte-jarretelles  qu’elle s’est fait tatouer sur ses cuisses de sauterelles. Mais que dire de cette abondante sexagénaire Américaine en minijupe panthère façon Berthe Berrurier ? Là on quitte la taille sauterelle pour aborder le calibre baobab.  Cette dame – une vedette de la mode nouillorquaise, me susurre-t-on - porte un très joli chapeau sorti tout droit de la poubelle du kebabier de Garges-lès-Gonesse. Avec une immense plume bleu - flashy.

 Il faut dire flashy, paraît-il, c’est très trendy. Vous ne pouvez pas comprendre, vous ne parlez pas le patois du septième arrondissement…

Des mannequins qui semblent terriblement s’emmerder dans la vie déambulent comme des somnambules, vacillant sur les tiges de bambous qui leur font office de gambettes, ces tiges étant fichées dans des « stiletto » (stiletti ?) himalayesques. Ces zombies femelles sont accompagnées par des gardes de leurs corps portant lunettes de soleil griffées et tenues de camouflages dans les dégradés de rose. A faire mourir toute une armée. De rire.

Des vociférations s'élèvent. Les photographes se précipitent dans leur direction. Suivis par les porteurs de caméras. Suivis par les porteurs de micros. Suivis par les porteurs de matraques qui sifflent comme des damnés. L'objet de l'émeute? Un groupe de jeunes gars qui s'apergent d'alcool en gueulant: "Bernard Arnault, viens nous servir à boaaaaaaaaareu!" Mais le patron de LVMH et propriétaire de Dior n'a pas jugé opportun de se pointer au défilé. Les flics secouent un peu les loustics qui glapissent: "Eh mais c'est une farce, m'enfin!" La tension baisse: "Il paraît que c'est le groupe Action Discrète qui prépare une émission de Canal Plus", informe un photographe à l'intention de ses copains.

Et voilà, le plus beau, Igor. Le Plouc vous l’a pris en photo. Il vient de fêter ses 21 ans, Igor.  Et brandit en l’honneur de Igor.jpgGalliano une pancarte enluminée de mimosa portant : « The King is gone ». Il s’entoure d’une cape en laine de mouton qui en est tout retourné et d’une tunique, en son genre, en peau de vache. « La peau de vache, c’est une allusion à Dior qui a lourdé Galliano ? » fait Le Plouc. Igor se marre : « Pfff, elle est bonne celle-là. J’y avais pas pensé. » Courte, la tunique. Elle permet ainsi à Igor d’exhiber ses cuisses et ses mollets poilus qui mettent en valeur sa paire de godasses en peau de fauve synthétique avec pour hauts talons, des cornes de gazelles. Le truc tout en nuances, quoi!

Conclusion : Les gorilles ont bien fait de jeter Le Plouc. Le défilé dans la rue s’est révélé nettement plus drôle que le vrai.

 

Jean-Noël Cuénod

 

00:35 | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : galliano, dior, haute couture, mode | |  Facebook | | |

01/03/2011

Quand la France « lepénise » la Suisse

Naguère encore, les médias français n’accordaient pas le moindre intérêt à la Suisse, tache blanche au milieu de la carte européenne. Puis, les initiatives et référendums blochériens ont capté le paresseux regard des journalistes hexagonaux. De ce traitement médiatique prescrit outre-Jura, l’image de la Suisse est ressortie distordue. La déformation a succédé à l’ignorance.

Vue de France, la Confédération s’est transformée en repaires de racistes invétérés, de xénophobes frénétiques, en pays habité par des Harpagon crispés sur leurs cassettes emplies de ducats scintillants et tintinnabulants. Dans la foulée, le Front National et les Le Pen père et fille se sont emparés du «modèle suisse» pour le glorifier, suscitant un surcroît de malentendus. Comment s’est opérée cette déformation? Par l’usage systématiquement sélectif que font les médias tricolores des résultats de nos votations. Voici quelques exemples.

Juin 2008, l’initiative de l’UDC pour procéder à la naturalisation par les urnes est rejetée à près de 64% des Suisses. Impact médiatique en France: nul.


Février 2009, près de 60% des citoyens accepte d’étendre à la Bulgarie et à la Roumanie la libre circulation entre la Suisse et les pays de l’Union européenne. Impact médiatique en France: nul.

Novembre 2009, l’initiative de l’UDC contre les minarets est votée à une majorité de 57,5%. Impact médiatique en France: considérable.

Novembre 2010, l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers emporte 53% des suffrages. Impact médiatique en France: important.

Ainsi, chaque fois que l’extrême droite suisse est battue, les journalistes voisins veulent ignorer cette information. Mais lorsqu’elle gagne, ils mettent sa victoire en exergue. Cela fait l’affaire du Front national qui a beau jeu d’affirmer que notre pays est en voie de «lepénisation» galopante.

Pourquoi les médias français agissent-ils ainsi? En raison de «l’effet d’excitation» qui a remplacé la traditionnelle «hiérarchie de l’information» dans le choix des rédactions.

 Expliquer que les Suisses acceptent d’étendre la libre circulation aux Bulgares et aux Roumains — ce qui n’allait pas de soi — est certes intéressant, mais une telle information réclame un effort d’explication que n’apprécient guère les médias voués à l’instantané. Alors, qu’un vote contre les minarets suscite d’emblée des réactions, sans que le journaliste soit obligé de se creuser la tête. Nous ne sommes plus informés mais excités. Et ce phénomène dépasse les frontières de l’Hexagone.

 

Jean-Noël Cuénod

09:11 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : le pen, udc, médias, suisse, france | |  Facebook | | |