31/03/2011

La France raccourcit ses « juppettes »

Rappelez-vous, elles étaient surnommées les «juppettes», ces femmes ministres du premier gouvernement d’Alain Juppé. Jacques Chirac venait d’être élu président de la République et avait placé à Matignon celui qu’il appelait «le meilleur d’entre nous».

Il fallait frapper un grand coup, de façon à marquer la fin des interminables années Mitterrand. Alors, Alain Juppé nomma douze ministres et secrétaires d’Etat appartenant au genre féminin sur quarante-deux détenteurs de maroquin. Jamais, les politiciennes n’avaient obtenu autant de postes gouvernementaux.

 Les photographes et cadreurs furent convoqués pour immortaliser par l’image ce gouvernement «enjuppé».
Mais la lune de miel tourna bien vite en éclipse. Installées ministres le 17 mai 1995, les «juppettes» furent virées le 7 novembre de la même année. Moins d’un semestre! Les manifs et les grèves contre le plan de réformes des retraites (déjà!) et de la sécurité sociale provoquèrent une tempête qu’Alain Juppé tenta de calmer par l’installation d’un nouveau gouvernement. Les «juppettes» se transformèrent aussitôt en string. Sur douze ministres, seules trois femmes réussirent à conserver leur portefeuille.
L’actuel premier ministre reproduit le même scénario. La malédiction des «juppettes» continue. Sitôt élu à l’Elysée, Nicolas Sarkozy place le début de son règne sous le signe de la diversité. Sur ordre du nouveau président, François Fillon adoube sept femmes, sur quinze ministres. Et cette fois-ci, ces dames n’héritent pas que de vagues secrétariats d’Etat mais reçoivent de véritables ministères d’autorité: Rachida Dati à la Justice, Michèle Alliot-Marie à l’Intérieur, Christine Lagarde à l’Agriculture puis aux Finances, Roselyne Bachelot à la Santé.

 Toutefois, de remaniement en remaniement — et de reniement en reniement — la place des femmes s’est réduite comme une peau de chagrin. Avec la mouture la plus récente, il ne reste plus que Christine Lagarde à disposer d’un maroquin prestigieux et, dans une moindre mesure, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’environnement mais avec un périmètre plus restreint que celui de son prédécesseur Jean-Louis Borloo. Il faut dire que Michèle Alliot-Marie, bombardée ministre des affaires étrangères, avait fait sombrer la diplomatie française. Son limogeage était donc inévitable. Mais l’Elysée aurait pu promouvoir une autre femme à un poste important. Sarkozy et Fillon n’ont pas retenu l’idée.

Morale amorale: lorsque la tempête politique secoue le bateau gouvernemental, les hommes font bloc et rejettent les femmes à la mer. Les politiciennes sont tolérées par temps calme, c’est même joli toutes ces «juppettes» à la proue du navire. Mais lorsque les choses deviennent sérieuses, les pantalons reprennent le dessus. Ce qui ne les empêchera pas de ramasser une veste lors des prochaines élections.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Ce texte est paru jeudi 31 mars 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève (version courte) et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures (version complète).

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Commentaires

Les marins bretons, enfin ceux du siècle précédent, claironnaient : "mieux vaut un homme à la mer qu'une femme à bord !" Je préférerai pour ma part flanquer par dessus bord les machos et garder pour moi la précieuse compagnie des figures de proue et de poupe. Mais la politique est à l'intelligence ce que la trahison est à l'amitié...

Écrit par : Pelikhan | 07/04/2011

Why is it that women are not able to hold their positions in the Cabinet once the political benefits of appointing them have passed? I know this a touchy subject for some, but is it chauvinism and are the men closing ranks or is there another reason? I am naive when it comes to national politics, but I find it hard to believe that women are any worse than men at the job and if they are being excluded simply due to chauvinism then this is an abhorrent situation.

Écrit par : Airport Guide | 26/03/2012

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