21/03/2011

Le Jasmin et le retour des Etats-Nations


Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir (Photo).rebelleslibye.jpg

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

 

Jean-Noël Cuénod

09:46 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : révolution arabe, tunisie, libye, egypte, front national | |  Facebook | | |

Commentaires

Monsieur,

Tout le monde a compris que les citoyens ont fait un vote protestataire, car nous ne croyons plus ni à la gauche, ni à la droite. Si nous devons passer par là malheureusement, pourquoi pas. Mais à condition que nos élus réfléchissent différemment, en cessant de rouler pour eux, avec tous ces scandales, ce n'est vraiment pas une belle image que l'on donne à notre jeunesse. En Suisse, nous nous trouvons face aux mêmes problèmes. Trop de corruption à gauche, plus de personnalité à droite qui tient la route, nous en avons marre du théâtre des guignols qui ne travaillent plus leurs dossiers correctement. Rien n'est prévu à long terme. Aussi en Suisse, les citoyens ont effectué un vote protestataire par manque de politique cohérente. Que de démagogie, les problèmes ne sont jamais résolus. En ce qui concerne le chômage, le problème n'a jamais été étudié par le fond. le logement est bloqué depuis des décennies, l'économie ralenti par la gauche qui ne cesse de nous paralyser et de bloquer tout projet créatif afin que nous soyons compétitifs face aux changements rapide de nos diverses sociétés, la santé se dégrade, aucun élu compétent pour prendre en main ce grave sujet concernant la transparence des primes et bénéfices des caisses-maladie, et je pourrais en rajouter... Trop c'est trop, les limites ont été dépassées et malheureusement en agissant ainsi, ils ne font que de faire monter l'extrême droite, ou l'absentéisme.

Écrit par : rose des sables | 02/04/2011

je pense qu'il y a beaucoup de flou dans la sphere tunisienne.,que des forces externes et internes sabotent la revolution tunisienne et veulent en faire une intifada.le peuple est vigilent.rajhi a mis les pieds dans le plat.c'est a la justice de se prononcer et c'est a lui de fournir les preuves.pour le reste l'anarchie est normale apres une revolution contre les pourris.LES partis ne font pas gd chose pour ramener le calme et laisser les gens travailler.ils veulent leur part du gateau.on n'est pas sorti de l'auberge.IL FAUT DES FORCES PATRIOTIQUES NEUTRES POUR AGIR ET SOUDER LES RANGS.Nul n'a de legitimité.GROS PROBLEME CAR LA REVO. A COMMENCé DANSLA RUE .l'intelligentsia doit se manifester.le chemin est long et semé d'embuches et de cactus.OU SONT TOUS LES PATRIOTES???????????????????

Écrit par : Video torrent | 21/09/2011

Je n'avais pas vu la situation de cet angle de vue.

Écrit par : Melanie | 29/09/2011

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