15/03/2011

Le Jasmin et le retour des Etats-Nations

Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens – qui subissent bien des revers dans l’indifférence générale -  ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir.

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

 L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

Jean-Noël Cuénod

En bonus, voilà la vidéo d'une conférence données par Edgar Morin dans les locaux du Palais Bourbon où il explique les réformes à entreprendre pour rendre l'avenir vivable.

09:21 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : révoltions, pays arabe, mondialisation, edgar morin, vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

Tu as raison Jean-Noël, et personnellement je n'ai jamais dit le contraire. Dans l'utopie urgente (dont tu fus l'un des rares lecteurs :-) je prévoyais une montée en puissance des pouvoirs régionaux parallèlement à la nécessaire mondialisation de la gouvernance globale.
L'échelle de l'Etat-nation peut-être la bonne, ou pas, cela dépend de la taille et de l'histoire des Etats, dirais-je. Mais dans le cas qui nous préoccupe, à savoir Genève et son agglomération coupée en 2, voire en 3 par les frontières, il parait évident que l'échelle nationale n'est pas la bonne. Qu'on le veuille ou non, il faut parvenir à gérer cette région d'un commun accord et nous sommes beaucoup plus concernés, concrètement, par ce qui se passe à Annemasse qu'à Romanshorn. Idem pour un Annemassien, bien plus proche de Genève que de Toulon.
Dans un monde idéal, comme le rêvent certains à l'UDC ou à la ligue savoisienne, il suffirait de redessiner la frontière.
C'est évidemment illusoire dans le contexte actuel. Il n'y a pas d'autre solution que de travailler ensemble, en dépit des différences législatives, économiques, politiques, etc... Et de faire évoluer les choses en douceur. Ce qui implique, pour commencer, de cesser d'insulter le voisin.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/03/2011

Cher Philippe. Tout à fait d'accord avec toi. L'éructation politicienne qui consiste à insulter le voisin frontalier est d'une rare stupidité. Mais il ne faut pas laisser des partis extrémistes - qui disparaîtront dans quelques années comme ont disparu l'Union Nationale, le Réveil Civique et les divers avatars de Vigilance - en avoir le monopole. On peut être fier d'être Suisse ou Français, sans tomber dans l'insulte de l'autre. Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est haïr les autres pays. Bien à toi. JNC

Écrit par : Cuenod | 15/03/2011

Monsieur Cueno.
Cela fait un moment que je ne vous ai pas écrit. Vous vous marrez bien au sujet de la connerie de votre voisin français et il est évident qu'il y a beaucoup à dire à ce sujet. Par contre, il me semble que les médias suisses et vous-même étiez très peu virulents au sujet des deux grandes catastrophes actuelles qui remettent en cause beaucoup de choses. Au Japon, c'est la faute à "personne" et la preuve que l'infaillibilité humaine n'existe pas (à expliquer à l'ignard Sarkozy et à beaucoup de français). En Libye; c'est inexcusable puisque ce n'est qu'une question de fric (chose que les suisses adorent) et de fourberie planétaire. Des humains (libyens ou autres) on n'en a rien à foutre. Par contre, du pétrole, du gaz et des armements (sources de fortune pour tant de salopards) c'est une autre affaire. Total et BP ne veulent pas perdre leur or noir libyen et comme ils ont de gros investissements en Russie, le gentil businessman Medvedev n'a pas apposé son véto sur l'article 1973 de l'O N U. Ce qui n'a rien à voir avec une ingérence humanitaire mais devrait s'appeler une ingérence énergétique (Retenez ce terme car il y en aura d'autres et celle-ci ne fut pas la première). La seule chose positive dans cette triste affaire est que si la coalition ne détruit pas physiquement Kadhafi; lui va s'occuper de son ami Sarkozy et peut-être d'autres nullités. Dans un tel cas, il aura rendu un grand service aux français qui ne le méritent guère...
Quant à moi, je risque de devoir déménager à Genève, comme réfugié politique.
Est-ce possible quand on n'a pas d'argent; juste une petite retraite...
Très Amicalement...Jean-Claude Meslin: Le Rescapé de la Bombe d'In-Ekker (01-0561962)

Écrit par : Jean-Claude Meslin | 23/03/2011

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Écrit par : tylor3x | 06/05/2011

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