15/01/2011

Front national en congrès (2) : Pour Le Pen, c’est l’ovation finale


Samedi 15 janvier, fin d’après-midi. Une centaine de personnes manifestent contre le congrès du Front national, devant le Centre Vinci à Tours qui est protégé par de nombreuses forces de police. Une échauffourée éclate. Les agents en tenue d’assaut dégagent l’entrée du Centre à coups de grenades lacrymogènes. Certains antifrontistes sont embarqués dans un fourgon de police. Des jeunes militants du FN encouragent les agents : « Allez les Bleus ». Puis, les protestataires se replient.

Pendant ce temps, dans l’immense auditoire François 1er, Jean-Marie Le Pen prononce son dernier discours en tant que président du FN. Les 2000 délégués brandissent des drapeaux tricolores et scandent son nom dans une ambiance faite de rage et de dévotion. Rage contre « ces barbares qui sont en nos murs ». Dévotion envers le vieux Chef qui s’approche de son destin.

Deux thèmes parcourent cette harangue de façon obsessionnelle : la décadence et l’islam.
Prenant son pupitre des deux mains comme pour le soulever et le jeter à la face des démons mondialistes, Le Pen rugit:

« En un demi-siècle, à quelle déchéance a été réduit notre pays ? Il suffit de dresser un portrait de notre décadence pour constater que les heures les plus sombres de notre Histoire, les politiciens lâches ou médiocres n’ont cessé d’en favoriser la venue pour aujourd’hui et pour notre avenir immédiat. »

Décadence de la scolarité, tout d’abord : « A l’enseignement fédérateur d’une communauté nationale forte, car fière de ce qu’elle est et sachant d’où elle vient, a succédé un enseignement au rabais avec pour conséquence qu’en France un habitant sur six est illettré. »

Décadence de la méritocratie républicaine : « A ce principe qui voulait que chacun obtienne en fonction de ses qualités et de ses mérites, se sont substitués la culture de l’excuse pour les délinquants (…), le clientélisme pour couvrir de faveurs certaines catégories de la population afin d’en obtenir les suffrages et la reproduction des élites, érigée en système qui permet à ses enfants de fréquenter les meilleurs établissements au détriment de ceux qui l’auraient bien plus mérité mais ne disposent pas de relations utiles. »

Décadence de l’économie, accompagnée d’une bonne louche de nostalgie : « La France que j’ai connue jeune était prospère (…). La politique française des trente dernières années a, pour sa part réduit la paysannerie à néant (…). L’industrie, quant à elle, est décimée, victime d’une concurrence internationale inéquitable et de délocalisations continues (…) Pour la première fois, le remboursement des intérêts de la dette est devenu le premier budget de l’Etat ».

Décadence de la religion, avec un petit clin d’œil aux catholiques intégristes : « Quarante ans de lâcheté et de haine de la Nation ont ainsi suffi à transformer une France chrétienne et laïque en une France incroyante en voie d’islamisation (…) La trahison est venue des élites ecclésiastiques n’hésitant pas à s’acoquiner avec les représentants des lobbies philosophiques ou politiques dont l’objectif affiché était pourtant l’anéantissement de la spiritualité chrétienne, tenue pour réactionnaire. » Ce chapitre est particulièrement ovationné par les congressistes.

Mine de rien, la religion – non pas en tant qu’aspiration spirituelle mais comme marqueur identitaire – forme la charnière centrale de l’allocution du Chef. « La nature a horreur du vide et le vide spirituel est aujourd’hui peu à peu comblé par un islam importé principalement par les immigrés venus d’Afrique du Nord et d’Afrique noire ».

Chaque fois qu’il aborde « l’islamisation de la France », l’orateur déclenche les huées d’une foule mue par un réflexe pavlovien. « Nous ne haïssons personne », disait au Plouc une brave dame. Mais la haine se porte bien dès qu’on l’agite en collectivité.

Le constat que Le Pen dresse de la France en particulier et de l’Occident en général, chacun peut le faire. L’indéniable dégradation de l’enseignement et des services publics ne peut que plonger les classes moyennes dans l’angoisse de régresser socialement. Mais réduire ce phénomène à une question identitaire et à l’ « islamisation de la France » ne résoudra rien, sinon à nous détourner de la recherche des véritables causes de la mondialisation sauvage.

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

All in ! Marine

Marine est bleue marine…la dame est sans vague à l’âme, elle divague, fait des vagues et tempête pour un ou deux gags.
Comme la mer, elle voudrait constituer un bruit de fond qui subtilise le vent pour créer quelques mouvements, quelques troubles dans nos rangs.
Elle est désormais audible, presque flexible. On s’y précipite pour l’écouter, on tend l’oreille pour l’entendre chanter les mots bleus,
qu’on a tous au fond des yeux quand on regarde les cieux ou quand on vide les lieux.

http://www.tueursnet.com/2011/01/all-in-marine/

Écrit par : le journal des tueursnet | 15/01/2011

@le journal des tueursnet : Cela veut dire "quoi", relisez votre texte et si vous ètes honnête cela s'applique a tous les chefs de gouvernement, de partis du monde, qu'ils soient de droite ou de gauche. Pour arriver au pouvoir peu importe les moyens, mais une fois que l'on y est, après nous le déluge. Jusqu'au prochain changement, hélas....

Écrit par : graindesel | 15/01/2011

Très vrai, ce genre de discours s'appliquent à tous.

Écrit par : Fred | 03/10/2011

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