09/12/2010

WikiLeaks et la transparence opaque

Triomphe de la transparence, progrès de la démocratie, exemple d’irresponsabilité, initiative pleine de périls, 11 Septembre diplomatique? Tout et son contraire a été dit à propos de WikiLeaks, ce site de la Toile qui a transmis 251 287 messages du gouvernement des Etats-Unis à cinq grands journaux.

Relevons tout d’abord qu’aucun de ces documents n’est classé «top-secret». Ils sont soit «confidentiels», «secrets», voire sans mention. Les «vrais» secrets restent à l’abri des regards. Ce qui explique l’absence de révélations fracassantes, du moins jusqu’à maintenant. Certes, ces divulgations vont placer les ambassadeurs américains en position délicate vis-à-vis des chefs d’Etat qu’ils ont critiqués. Sans doute, certains d’entre eux devront-ils changer de capitale. Mais ces vexations ne pèsent pas grand-chose en regard des intérêts politico-économiques.

Notons que WikiLeaks s’est trouvé en position de mettre la main sur ces documents parce que les Etats-Unis sont une démocratie. Il n’aurait pas pu le faire dans les nombreuses dictatures de la planète dont l’opacité est,elle, bien assurée.
Cet épisode ne révélerait-il pas plutôt cet oxymore qui semble caractériser notre société, à savoir la «transparence opaque»?
Le concepteur de WikiLeaks lui-même, Julian Assange – qui vient d’être arrêté en Grande-Bretagne - ne fait-il pas preuve d’opacité quant aux véritables buts qu’il poursuit au nom de la transparence? On ne sait pas grand-chose de lui, ni de sa démarche.

La «transparence opaque» nous suit partout, même au supermarché. Consultez les notices qui garnissent le moindre tube de moutarde, le plus modeste pot de yoghourt, vous y lirez les explications les plus détaillées sur leur composition. Reste à savoir si l’on comprend grand-chose à ce galimatias. L’une des ruses actuelles consiste justement à noyer l’individu dans un flot d’informations plus ou moins utiles afin que l’essentiel échappe au regard des populations. WikiLeaks constitue un parfait exemple de ce phénomène.

Que l’ambassadeur américain juge que les nuits du président italien sont décidément bien agitées ou que le roi d’Arabie Saoudite considère le dictateur iranien avec autant d’aménité que s’il s’agissait d’un cobra serpentant vers ses babouches, voilà qui ne nous apprend pas grand-chose.

En revanche, à part quelques spécialistes hautement qualifiés, le grand public ignore toujours le nom des dirigeants des «hedge funds» qui organisent la panique sur l’euro pour contraindre les Etats européens vulnérables à payer des intérêts toujours plus élevés. Leurs citoyens devront s’acquitter de hausses d’impôts, subir des baisses de salaire ou des licenciements. Les classes moyennes s’appauvriront et les pauvres tomberont dans la misère. Mais dans ce domaine, réclamer la transparence relève de l’utopie.

Jean-Noël Cuénod

Sur cette vidéo du "Télégramme de Brest", le journaliste Rémy Ourdan explique pourquoi "Le Monde" a accepté les messages captés par WikiLeaks.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16:14 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : wikileaks, julian assange, diplomatie, vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

J'ai beaucoup aimé votre édito dans la Tribune - fin, juste et exquis - et je suis ravi de voir qu'il est aussi sur votre blog.

La guerre virtuelle a commencé depuis quelques temps. On est loin des hackers barbus, sirotant des canettes de soda japonais, affalés au fond d'un vieux fauteuil en cuir, le clavier sans fil sur les genoux. On est aussi loin de l'image naîve - c'est mon avis personnel - qui suintaient du témoignage d'un hacker dénommé Serge sur les ondes de la RSR - Forum, pour être précis, hier soir.

Les révélations de Wikileaks - qui de mon point de vue, ne sont pas des vraies révélations mais uniquement la démonstration (par la transparence) de ce que chacun sait au fond de soi sur les événements qui jalonnent les relations internationales de l'Histoire contemporaine - ont démontré l'extraordinaire puissance des nouvelles technologies de l'information.

Ces révélations dé-montrent aussi pourquoi les pays industrialisés connaissent tellement de difficultés à répondre aux questions que posent le crime organisé - national et/ou international - et/ou les réseaux du terrorisme inter-national, car ces derniers demeurent dans une organisation que l'on peut qualifier d'archaïque, voire d'anachronique, et utilisent des méthodes - de communication, entre autres - diamétralement opposés à celles utilisés par les gouvernants des puissances mondiales.

Ceci pourrait être une des causes de leur temporaire avantage sur les démocraties...

Sur un autre plan, c'est une technique somme toute assez classique à laquelle nous sommes confrontés ces jours avec les accusations pénales - avérées ou non - portées sur une personne, un individu - Julian Assange, plutôt que sur le fond du problème que posent les "révélations" de Wikileaks : on tente de détourner l'attention du public sur un aspect particulier du phénomène Wikileaks - soit, le passé récent peut-être pénal de son leader - afin de tenter de déstabiliser le réseau Wikileaks, les objectifs de ce dernier, espérant ainsi que tout cela ne se réduise plus qu'à un épiphénomène historique. La comparaison sera peut-être forte de café - et jugée déplacée par certains, mais finalement, Aung San Sui Kuy a vécu la même chose : un gouvernement militaire préfère emprisonner, museler, un leader démocratique, plutôt que de laisser le mouvement démocratique éclore, espérant qu'en agissant de la sorte, il réduise à néant les souhaits de démocratie au Myanmar. Julian Assange serait-il un leader démocratique d'un genre nouveau ?

La riposte des militants de Wikileaks sur les réseaux démontre que la partie est loin d'être finie. Et les tweets laissés par ses militants portent à penser que ce n'était pas juste une attaque de cyber-piratés allumés, en manque de sensation virtuelle forte.

Enfin, je crois que si Julian Assange s'est rendu aux forces de l'ordre, c'est sans doute pour éviter de finir comme l'Allemand Uwe Barschel - mort "mystérieusement" à l'Hôtel des Bergues, mais aussi - surtout - pour continuer la mystification de son personnage, voire de sa personne, voire de sa cause.

Écrit par : Carmelo | 09/12/2010

- Sur le concept de "transparence opaque", je ne comprends pas vraiment, il me semble au mieux refléter une naïveté fondatrice du journalisme, l'idée que tout se pourrait objectivement exposer de façon à ce que chacun puisse tout comprendre. Que nenni, lorsque chacun (ou presque) peut tout comprendre (ou presque) sans effort (ou presque), c'est que "tout" est une sélection, une narration biaisée, un produit de consommation de masse. Pas un exposé objectif de la complexité brute du réel.

- J'aimerais bien lire un commentaire des événements qui sache mettre en perspective avec le "Climategate" d'il y a juste un an. N'y a-t-il pas d'évidentes similarités ? Est-ce de l'utopie d'espérer qu'un journaliste interroge à l'occasion Assange sur cette question ?

- A propos des Hedge Founds, ça me réveille une vieille idée, constituer une critique de la finance spéculative sur une base d'analyse de l'infraction *particulière* qu'elle a en propre trouvé le besoin de définir, soit le délit d'initié.

Écrit par : k4ntico | 10/12/2010

En fait, c'est vrai que Julian Assange n'a révélé que peu de choses que l'on ne sache déjà. Il n'y a là pas matière à fouetter un chat.

Écrit par : Kissa | 10/12/2010

"Notons que WikiLeaks s’est trouvé en position de mettre la main sur ces documents parce que les Etats-Unis sont une démocratie."

Ce n'est pas exact car justement wikileaks a déjà publié de nombreux documents concernant des pays qui ne sont pas une démocratie.

"On ne sait pas grand-chose de lui, ni de sa démarche."

En Suisse peut-être, mais Julian Assange a donné de nombreuses interviews, notamment dans Forbes ou par exemple ici, sur ted.com: http://www.ted.com/talks/julian_assange_why_the_world_needs_wikileaks.html

Écrit par : Ngabo | 13/12/2010

Avec la popularité récente de wikileaks, on voit fleurir de nombreuses immitations du site un peu partout. Le concept séduit mais pour ce qui est de la transparence, Ca reste ambigue en effet.

Écrit par : particulier | 15/12/2010

Wikileaks pourrait être une formidable innovation pour rétablir l'équilibre entre les abuseurs et les abusés. Personnellement, connaissant bien l'Amérique où j'ai vécu pendant 21 ans, je m'interroge. Si toute cette affaire n'était qu'une soupape de décompression pour permettre aux financiers militaristes américains de continuer leur oeuvre. Actuellement ce pays n'a guère la côte et ce Wikileaks ne serait qu'une autre de ces gigantesques manipulations faites sciemment par des décideurs US. Il pourrait s'agir d'ennemis du clan Obama (Républicains, Tea-Party fanatiques etc.). Selon l'avis de connaisseurs l'Amérique a cinq ou six pouvoirs qui se détestent (la Maison-Blanche, le Sénat, la Haute-Cour, les Médias, la Mafia et le consorcium Wall-Street-MIC- Pentagone). Après avoir admirablement réussit à nous faire oublier leur fiasco financier avec le nuage de fumée (smoke-screen) que fut l'avènement de Barrack Hussein Obama. Après le 11-09-2001 qui laisse pantois car on peut imaginer tout et son contraire. Après les mensonges et les supercheries de l'invasion de l'Irak et maintenant de l'Afghanistan, comme ce fut le cas au Vietnam; on peut tout faire croire pensent ces décideurs. Tout ayant réussi dans l'impunité la plus totale, Wikileaks est un amusement pour des gens qui se moquent de la dérision et de ce que les autres pensent d'eux. Tout est planifié et que cela plaise ou pas; pour le moment tout va bien. Donc, pourquoi changer! Donc Mr Cueno, réfléchissez à ce scénario et répondez. Merci. Amicalement...
Jean-Claude Meslin

Écrit par : Jean-Claude Meslin | 20/12/2010

En fait, c'est vrai que Julian Assange n'a révélé que peu de choses que l'on ne sache déjà. Il n'y a là pas matière à fouetter un chat.

Écrit par : Coach Outlet Store | 25/05/2011

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