30/11/2010

Dur et bref retour du Plouc vers le journalisme fédéral

Aimez-vous l’aviron? Oui ? Alors le journalisme fédéral est fait pour vous. Car dans cette discipline – en l’occurrence ce substantif ne manque pas de substance – il faut ramer. Et même souquer ferme. Le journaliste fédéral ne doit pas rechigner à se frotter à la rude école des galériens.

Depuis son arrivée à Paris, Le Plouc avait oublié ces servitudes. En France, les ministres savent lâcher à la meute journalistique un ou deux os qui vont vous faire un bouillon médiatique, rarement consistant mais toujours parfumé. Et leurs collègues genevois les imitent à la perfection. Franchie la Versoix, les politiciens helvétiques ne vous lancent rien pour satisfaire l’appétit des lecteurs. Sinon une langue en bois brut, même pas joliment chantournée. Pas de quoi en faire un plat.

Donc, lorsque l’ambassade de Suisse a téléphoné au Plouc pour lui annoncer l’arrivée à Paris  du conseiller fédéral Johann Schneider-Amman, il en est tombé de son bottacul : « Schneider qui ? Ammann quoi ? » Consternation au bout du fil.
 
Vite, un mensonge : « Monsieur Schneider euh Houlmann ? Non Ammann ! Oui voilà, Schneider-Ammann, mais voyons je ne connais que lui bien sûr ! C’est le … le conseiller fédéral chargé du Département de… euh, oui oui, c’est ça l'économie. »

Voilà qui commence bien. Le Plouc avait tout simplement oublié l’existence de ce conseiller fédéral. Quelle honte ! Quel mauvais Suisse ! Rattrapons notre retard grâce à Internet. Bof, on ne peut pas dire que le conseiller Schneider-Ammann déchire la Toile…

Le pire restait à venir. L’ambassade de Suisse annonce qu’après avoir rencontré la ministre française Christine Lagarde, ledit conseiller fédéral recevra la presse, dans l’annexe du ministère des Finances, sis 80 rue de Lille au cœur de l’ultrachic VIIème arrondissement qui a pour maire Rachida Dati.
Les journalistes suisses de Paris sont donc massés dans ce boudoir très Marie-Antoinette qui a dû en voir de belles. Et sous toutes les coutures. La porte s’ouvre. Christine Lagarde surgit en majesté avec son casque de cheveux immaculés et cuirassée par son tailleur argent (une ministre des Finances ne pouvait faire moins).

«Mais où sont les éléments de langage?» La ministre s’adresse sotto voce à l’un de ses collaborateurs. Qui, le regard tendu à la recherche de ces «éléments de langage» égarés, prend un air un peu inquiet. Moins inquiet tout de même qu’un quinquagénaire lunetté à l’allure grise répondant ton sur ton à son costume et aux nuages qui plombent Paris. A l’évidence, il se demande ce que, Diable, il peut bien faire en cet antre qui sent la poussière aristocrate. Et même le soufre.

 Ce quinquagénaire marchant dans l’ombre de la ministre française de l’Economie et des Finances n’est autre que son confrère suisse, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann qui paraît bien pâle devant le bronzage éblouissant de la ministre française. Elle fait songer à la Déesse Athéna, sortie  tout armée du crâne de Zeus. Lui, ressemble à un conseiller paroissial  de la Reformierte Kirchgemeinde de Sumiswald. Le temps de débiter tout le bien qu’elle pense de ce cher conseiller fédéral et d’annoncer qu’elle viendra en Suisse, la ministre tourne ses talons aiguilles en laissant un sillage de Chanel numéro 5.

Nous voilà donc entre Suisses. Retour à grosses semelles vers le journalisme fédéral. Laborieusement, le conseiller Schneider-Ammann nous dit qu’il n’a, au fond, rien à nous dire. Les « éléments de langage » égarés par Christine Lagarde auraient pu lui servir. Hélas, il n’y a pas plus d’ "éléments" que de "langage" dans ce boudoir qui n'a jamais autant mérité son nom. 
La sueur commence à perler au front des journalistes. Et chacun de presser de questions ce malheureux Johann Schneider-Ammann. Comme une huitre, le conseiller fédéral se ferme. Il  y a un semblant d’ouverture vers le G20. On s’y engouffre. Le Plouc a la curieuse idée de poser cette question stupide :

- La France serait-elle pour la Suisse une sorte de cheval de Troie pour entrer dans le G20 ?

Le conseiller fédéral lance un regard affolé vers Le Plouc et se tourne vers ses conseillers :

- Un quoi ? Mais ça veut dire quoi ça ?

On essaie en allemand. Sans plus de succès. Les conseillers marmonnent. Il comprend encore moins. Une vague lueur s’allume. Et répond sur un ton réprobateur:

-  Non,  non nous n’agirons jamais comme ça avec la France.

Soulagé, le conseiller fédéral a terminé sa corvée et s’esquive, laissant les journalistes à leur perplexité.

Si le cheval de Troie a bien servi aux Grecs pour emporter la place, il n’a été d’aucune utilité au Plouc dans sa chasse à courre aux « éléments de langage ».


Jean-Noël Cuénod

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28/11/2010

L’UDC amuse la galerie, pendant ce temps…

Et voilà, comme on s’y attendait, l’initiative UDC a été acceptée par la majorité des Suisses, ou plutôt des Alémaniques. Puisque ce sont eux qui tiennent le haut du pavé. C’est la loi du nombre et celle de la démocratie, rien à dire. Ou si peu. Les Romands demeurent cette quantité négligeable s’agitant à peine dans l’ombre pansue de la Mama helvétique qui nous fait ses angoisses séniles sur son tas d’or.

 

Que l’actuel Code pénal suffise amplement à réprimer les criminels étrangers ou suisses, cela n’avait pas d’importance. Il s’agissait d’exprimer les haines qu’une monstre trouille fait naître dans les cœurs repus. Rien ne sera réglé. Ni la criminalité. Ni la délinquance. Ni l’insécurité. Et les fauteurs de troubles bancaires, eux, ne risquent rien. Ils sont bien Suisses, bien propres, bien blancs. Les conséquences de leurs actes s’appellent faillites, chômages, injustices. Mais la justice ne saurait s’intéresser à eux. Et puisque la majorité alémanique du peuple avalise cette politique, alors tout va bien dans la plus triste des Suisses.

Jean-Noël Cuénod

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26/11/2010

Vivre en douce dans la folie du monde

DelannoiEchoArcenciel.JPGImpression d’une subjectivité certaine ou constat d’une certaine réalité? Ceux que l’on persiste à nommer les «fous» semblent de plus en plus nombreux sur les trottoirs des grands boulevards ou dans les couloirs anxiogènes du métro parisien.

 Il y a les «hyperagités» dont on évite le regard de crainte qu’ils ne vous le captent pour entamer un impossible dialogue, les véhéments qui crient contre une injustice indicible et tous les autres qui traînent à leur suite d’inquiétants silences. Sans oublier les ombres qui, oreillettes vissées, marchent d’un pas saccadé en écoutant leur baladeur, l’œil flou et tendu, regard sans regard. Il paraît que ceux-là ne sont pas «fous» mais simplement très pressés d’arriver quelque part.

Dans le Paris d’aujourd’hui, devenu plus beau musée du monde, l’humeur n’est pas à la contemplation mais à la rumination morose et frénétique. Sur le présentoir des vendeurs de journaux, le mot «malaise» est usé jusqu’à sa trame effilochée. «Malaise des banlieues». «Malaise dans la police». «Malaise au gouvernement». «Malaise des jeunes». «Malaise des seniors» (on ne dit plus vieux, pourquoi? Par superstition? Pour conjurer la mort proche?).

Un problème intervient-il n’importe où, n’importe comment, qu’il se traduit aussitôt en terme de «malaise». Il faut croire que nous avons tous «mal à notre aise».
Désormais, on ne voyage pas, on bouge. Surtout, ne pas s’arrêter, de peur d’être submergé par les vagues de l’angoisse. Oubliée la pensée de Pascal: «J’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.»

En ce désert surpeuplé et fiévreux, les âmes fourbues découvrent parfois des oasis. La nôtre a pour paysage un livre, un vrai, avec sa tendre odeur d’encre et de papier. Son titre: «L’Echo et l’Arc-en-ciel» paru aux Editions Berg International à Paris. Son auteur: Gil Delannoi. Politologue et professeur à Sciences Po, ce Français est connu dans les médias comme spécialiste des théories sur la nation. Ce livre ne se situe pas aux antipodes de ses ouvrages habituels mais se glisse plutôt dans une autre dimension: celle de l’état poétique.

«L’Echo et l’Arc-en-ciel» est un voyage immobile qui visite l’instant avec une heureuse lenteur. «Tenir l’instant par la main», ainsi que préconise Gil Delannoi. Virgile, Shakespeare, Neruda, Horace, les poètes chinois et japonais, Bach, Mozart, le sommet aux effluves d’herbes surplombant la mer sont autant de témoins qui ne s’imposent pas mais servent de guides aimables. Il est difficile de décrire un tel livre. Disons que cet ouvrage dédié à l’attention nous invite à vivre en douce au milieu de la folie du monde.

 

Jean-Noël Cuénod

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24/11/2010

Sarkozy, la tête à l’envers

nicolas-sarkozy.jpg

Nicolas Sarkozy ne comprend décidément rien au fonctionnement des médias. Lui qui passait pour les maîtriser de façon machiavélique, il s’en est fait d’irréductibles ennemis. Comme les juges, les professeurs et tous ces corps intermédiaires qu’il méprise sans chercher à les comprendre. Des corps intermédiaires qui ne vont cesser de lui balancer des peaux de bananes jusqu’au verdict de l’élection présidentielle en 2012.

Le général de Gaulle, lui aussi, voulait établir un rapport direct entre sa personne et le peuple. Mais comparer cette grande figure à l’actuel roitelet élyséen serait par trop cruel. N’est pas de Gaulle qui veut.  D’ailleurs le Général, s’il n’aimait guère les journalistes,  ne s’abaissait jamais à les insulter. Il respectait  même ceux qui le brocardaient avec talent comme le « Canard Enchaîné » qu’il appelait « le volatile » avec une certaine tendresse.

En traitant de « pédophiles », les journalistes qui avaient osé lui poser des questions sur l’affaire de Karachi – ce qui était la moindre des choses de leur part – Nicolas Sarkozy a surtout démontré à quel point ce dossier l’affole et lui met la tête à l’envers. Et alors, le public de se demander : « S’il réagit comme ça, c’est qu’il a peur de la vérité. » Peut-être que Sarkozy n’a joué aucun rôle dans l’affaire de Karachi. Mais par ce « pétage de plomb », il a lui-même instillé le doute, bien mieux que le plus vachard des brûlots.

Cela dit, s’il a provoqué une certaine émotion dans les médias français, ce feu de bouche élyséen n’a pas non plus soulevé des torrents de fureur. Ce qui n’est pas forcément un indicateur favorable pour le président. Il a lâché une gugusserie de plus. On hausse les épaules en soupirant et on passe à autre chose. Si même ses dérapages deviennent insignifiants, le locataire de l’Elysée peut se faire des soucis quant à la reconduction de son bail.

Et voilà Nicolas Sarkozy dégradé en Berlusconi. A ce propos, ces deux intéressants personnages se sont livrés en spectacle lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne. Voici la vidéo des duettistes.

Jean-Noël Cuénod

 

19:40 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nicolas sarkozy, silvio berlusconi, vidéo, journalistes | |  Facebook | | |

22/11/2010

TRAVAIL DE L’EVIDENCE

Flamme.jpg
L’ombre cache ses nombres
Dans les replis de l’humain
Porteur de la vérité
Serviteur du mensonge
Ignorant tout du Trésor

Il suffit d’une braise
Animée par le souffle
Et l’incendie ravage
Le maquis intérieur
Rasées, les illusions !

Mais le feu ne s’éteint pas
Son éclat dissimule
Autant que la pénombre

Errance à travers nuit
Errance à travers flamme
Patient labeur de la mue
La chenille du regard
S’efface dans la cendre

Que l’Oeil enfin se déploie !
Et devienne maître
De la clarté obscure

Alors, les nombres devront
Se rendre à l’évidence

Jean-Noël Cuénod

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19/11/2010

Long regard et grandes oreilles : de Richelieu à Sarkozy

SarkoRichelieu.jpg
Dans la France d’Ancien Régime, le «cabinet noir» désignait ce lieu secret du Palais à l’abri duquel le monarque compulsait les lettres suspectes que les agents de la poste royale — qui lisaient soigneusement le courrier des courtisans —avaient estimées suffisamment compromettantes pour que l’auguste regard descendît jusqu’à elles. Dans ces missives détournées, les complots politiques marivaudaient avec les intrigues galantes. A cet égard, la France n’a guère changé.
 
Né sous Richelieu au début du XVIIème siècle, le «cabinet noir» a figuré comme l’un des symboles les plus évocateurs de la monarchie absolue. La marquise de Sévigné a souvent pesté contre cet antre du long regard. Aussi l’une des premières mesures de la Révolution fut-elle de l’abolir. Mais rapidement, la curiosité d’Etat a repris le dessus et le Directoire a «républicanisé» le «cabinet noir» dès 1796. Le motif invoqué alors est celui qu’avancent les gouvernements aujourd’hui: cette surveillance n’a d’autre but que de sauvegarder la Nation.
 
 Mais de la protection de l’Etat à la curiosité de son chef, la frontière paraît aussi floue que sinueuse. Une certitude demeure: les régimes passent, les «cabinets noirs» restent. La seule différence réside dans les modes d’interception. On ne décachette plus les lettres à la vapeur, on pose moins de «bretelles» sur le réseau téléphonique; on capte les ondes des portables, on dévie les courriels. Autres temps, autres techniques, mêmes moeurs.
Amour et pouvoir 
 
A en croire plusieurs médias d’outre-Jura, la France de Nicolas Sarkozy n’a entamé aucune rupture d’avec ces vilaines manières. Le Canard Enchaîné accuse le président français de superviser lui-même la surveillance de certains journalistes. Lorsque des rumeurs avaient circulé à propos de son couple au printemps dernier, les mêmes soupçons avaient pesé sur l’Elysée.
Soyons justes, Sarkozy n’a pas inventé les «grandes oreilles». Le président socialiste François Mitterrand en a usé et abusé. Et la Suisse a elle aussi recouru à l’écoute attentive des journalistes et autres ombres suspectes de la Confédération durant la grisaille de la Guerre Froide.
Quant aux Américains, ils ont avec le vaste réseau «Echelon» de quoi ouïr tous les babils de la planète. Toutefois, ce système ultraperfectionné n’a pas permis d’éviter les attentats du 11 septembre 2001.
 
Ce qui caractérise les «écoutes» françaises au fil des siècles réside dans l’importance prise par les relations amoureuses au sein de la sphère politique, comme si les secrets d’alcôve restaient imbriqués dans les secrets d’Etat.
Sans doute faut-il y voir l’une des nombreuses résurgences de la monarchie. Tous les regards de la Cour se braquaient sur le Roi, support des fantasmes. Par effet de miroir, le Roi portait le sien sur ses sujets, fût-ce dans leur intimité. Ainsi, le corps du Roi et celui de la Nation demeuraient-ils liés.
Jean-Noël Cuénod

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18/11/2010

La grâce refusée à Bernard Rappaz : les bonnes raisons et l'impératif de la vie

 

Sans surprise, le Grand Conseil valaisan a donc rejeté la grâce de Bernard Rappaz par 113 voix contre 14. Les députés disposent de toutes les bonnes raisons du monde pour prendre une telle décision.

 

- Comment développer un Etat de droit cohérent si un condamné utilise la grève de la faim pour contester un jugement ?

 

- Si tous les justiciables se mettaient ainsi à contester les décisions des tribunaux, le retour à la loi de la jungle serait assuré.

 

- Attenter à sa vie pour éviter les rigueurs des lois démocratiquement établies relève du chantage à la collectivité.

 

- Un chantage qui consacre l’inégalité entre les citoyens, puisque les uns se plient au bien commun alors que d’autres s’y dérobent.

 

Toutes ces excellentes et légitimes raisons, pourtant, s’effacent devant l’impératif d'une vie humaine à sauvegarder.

 

Jean-Noël Cuénod

18:45 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : rappaz, grève de la faim, justice | |  Facebook | | |

15/11/2010

Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

 

Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

 A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

09:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : remaniement, fillon, sarkozy, gouvernement | |  Facebook | | |

Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

 

Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

 A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

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11/11/2010

Service militaire obligatoire: la Suisse suivra-t-elle le mauvais exemple français ?

soldats.jpgLe Parti socialiste suisse a donc inscrit la suppression de l’armée à son programme et tant que celle-ci durera, le PSS propose de remplacer le service militaire obligatoire par un service volontaire. Pour les citoyens qui ont dû subir pendant des années les ordres stupides aboyés par des officiers aux neurones rares, l’idée paraît séduisante. Elle est pourtant fort mal venue.

Sous la présidence de Jacques Chirac, la France a supprimé en 1997 le service militaire obligatoire (conscription). Plus précisément, elle l’a suspendu, la conscription pouvant être rétablie si la situation du pays l’exige. Pour tenter de combler le vide ainsi créé, les jeunes Françaises et Français sont appelés à participer à une seule journée — de 8 h. 30 à 17 h. — consacrée au thème «Défense et Citoyenneté». Cette manière de «course d’école» n’a rien de commun avec un «service national» quel qu’il soit.

Certes, avant 1997, la conscription ne correspondait plus à grand-chose en France. En outre, les besoins de l’armée ont changé. Elle préfère de bons professionnels en nombre réduit plutôt que des bataillons d’amateurs tire-au-flanc. Le service obligatoire n’est donc plus un impératif pour atteindre des objectifs purement militaires.

Il n’en demeure pas moins que sans lui, la Suisse perdrait l’une des rares occasions qui obligent des citoyens d’origines, de cultures, de langues, de religions diverses à collaborer, à s’entraider, à partager. Pester contre les corvées est aussi un élément fédérateur dans une société aussi hétérogène que la nôtre.

Comme l’écrit Pierre Daninos, «le service militaire est une période où l’on mange très mal, mais qui nourrit les conversations pour toute la vie»! Il représente aussi un rite collectif de passage à l’âge adulte qui permet de donner à la société un de ces repères balayés par l’actuelle mondialisation sauvage.

 

Aujourd’hui, ce creuset social manque cruellement à la France dont le modèle républicain d’intégration vole en éclats. Plusieurs voix, à droite comme à gauche, s’élèvent outre-Jura pour proposer des solutions destinées à combler cette lacune... Au moment même où les socialistes suisses s’apprêtent à jeter la conscription aux oubliettes!

Abolir le service militaire obligatoire est une chose. Supprimer le creuset social qu’il représente en est une autre. Pourquoi ne pas concevoir un «service citoyen» destinés à renforcer les autorités municipales, cantonales ou fédérales, à épauler les œuvres d’entraide? Ce ne sont pas les tâches qui manquent. Il devrait concerner tous les jeunes, quel que soit leur sexe. Faut-il le rendre obligatoire? Oui, dans la mesure où cette contrainte s’appliquerait à toutes et à tous — sauf motifs médicaux — de façon égalitaire. Personne ne devrait échapper à cette prise de conscience que nous appartenons tous à une collectivité, au-delà de nos origines.

 

Jean-Noël Cuénod

10:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

08/11/2010

Le jour où de Gaulle est vraiment mort

 Le 9 novembre 1970, peu avant 20 h. un chêne s’abat au domaine de la Boisserie à Collombey-les-deux-Eglises. En vingt minutes, le général de Gaulle est terrassé par une crise cardiaque. Chaque Français de plus de quarante ans se rappelle aujourd’hui ce qu’il faisait au moment où la nouvelle de sa mort a frappé ses oreilles. Il en va ainsi de tous les grands moments historiques.

 degaulle.jpgPour Le Plouc, le jour où Charles de Gaulle est vraiment mort remonte au 8 janvier 2008. Nicolas Sarkozy organise alors sa première conférence de presse à l’Elysée. Impressionné, Le Plouc a mis son plus beau costume pour ne pas trop faire tache sous les ors et les lustres de la grande salle de l’Elysée.

 

Il imagine l’imposante silhouette du Général donnant ses célèbres conférences de presse menée de main de maître. C’est là que le fondateur de la Cinquième République, avec un art consommé du théâtre, a expliqué comment il allait sortir la France de son cauchemar algérien, pourquoi lui, l’homme de la France Libre, se dressait contre l’allié américain et comment il entendait faire de la France une puissance nucléaire.

 

Mais voilà Le Plouc tiré de sa rêverie dans les altitudes. Entre deux tics d’épaule, le président Sarkozy lâche cette sentence: « Avec Carla, c’est du sérieux ! »Sarkocarla2.jpg

 

La vraie rupture était consommée. Passant du théâtre classique à la discothèque, la grandeur de la France devenait une vieille lune.

 

Jean-Noël Cuénod

20:49 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : de gaulle, général, nicolas sarkozy, carla bruni-sarkozy | |  Facebook | | |

07/11/2010

Rousseau, Sarkozy, Hu Jintao et le Foron

Pour remercier Nicolas Sarkozy de son accueil impérial, le président chinois Hu Jintao a célébré les penseurs français, citant le premier d’entre eux, Jean-Jacques Rousseau. Oui, NOTRE Rousseau cantonal, qui, au bas de sa signature ne manquait pas d’ajouter, « Citoyen de Genève ». Histoire de démontrer qu’il appartenait au gratin rouge et jaune.


Sans doute Sarkozy a-t-il été surpris : «Pourquoi c’te Chinois est-ce qu’il cite-t-il un vieux champion d’Europe de natation ?» Il faut dire que l’Hyperomni n’a pas encore fini de colorier « Le Contrat Social » que lui a offert Carla. C’est Michel Rousseau qui va être étonné lorsqu’il recevra la légion d’honneur au titre de l’amitié franco-chinoise !


Mais revenons à Jean-Jacques, naturalisé Français par la volonté de Pékin. Cette annexion est-elle si baroque ? Après tout, s’il était resté à Genève, Rousseau serait devenu un horloger sachant rédiger des lettres bien tournées et non ce penseur qui a secoué le monde jusqu’à la Chine contemporaine. Alors, serait-il définitivement Hexagonal ? Non. Un Français de l’époque, élevé dans une monarchie absolue et au sein d’une religion unique, n’aurait pu connaître ce foisonnement antagonique d’idées qui traversait Genève et ses environs. Son propos comme son style en aurait été forcément différents. Et c’est cette musique particulière qui a fait le succès de Rousseau en dehors des frontières. Rousseau a séduit Paris parce que, Genevois, il apportait un ton qui tranchait sur celui des autres écrivains. Mais sans Paris, il n’y aurait pas eu Rousseau.


Considéré de Chine, le Foron ne constitue même pas un ruisseau, tout juste un filet d’eau, invisible à l’œil nu et bridé ; il ne saurait séparer Foron.JPGque des microbes. 

Jean-Noël Cuénod

13:07 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

04/11/2010

Les Lumières sont de plus en plus tamisées

Sale temps pour la Raison. Les Lumières nées au XVIIIème siècle tremblotent sous le coup des vents mauvais de l’obscurantisme, quand elles ne sont pas tamisées, voire éteintes par des délires d’ordre — ou plutôt de désordre — politico-théologique.

 C’est vrai qu’elle est ennuyeuse, pour ne pas dire plus, la Raison. Au lieu de vous narrer des contes à tuer debout, elle vous invite à réfléchir avant de hurler et de tirer. Elle remplace les images fortes par la pensée subtile, l’émotion par la réflexion, la distraction par la concentration. Quelle barbe! L’idéologie «brutaliste», qui tend aujourd’hui à étendre partout son empire d’étincelles crépitantes, se révèle tellement plus séduisante, plus captivante, plus ludique aussi. Elle se résume à ce court-circuit mental: tout ce qui est différent est ipso facto mon ennemi et, comme tel, doit être supprimé.

Le «brutalisme» a l’avantage de coller à tous les masques qu’ils soient de gauche ou de droite (plutôt de ce côté pour l’instant, mais cela peut changer), chrétien, juif, musulman ou athée. Et se déploie avec des formes différentes tant dans les dictatures qu’au sein des démocraties.

L’intégrisme musulman est la figure la plus spectaculaire du «brutalisme». Il n’est de vérité que dans l’Islam. Ceux qui se situent en dehors doivent être éradiqués. Les chrétiens arabes en font régulièrement  l’amère expérience. A cette «christianophobie» proche-orientale, répond une «islamophobie» occidentale, moins sanglante, certes, mais tout aussi stupide, comme l’illustrent ces «brutalistes» américains accusant Barack Obama de professer l’Islam.
Il est vrai qu’en matière d’occultation de la pensée, la première puissance de l’Occident sait se montrer performante. Lors des récentes campagnes électorales,  les partisans des «tea parties» ont repoussé les bornes de la bêtise de plusieurs kilomètres.

Entre parenthèses, cela démontre la nocivité du thé sur l’intellect, par rapport à d’autres breuvages autrement plus spiritueux!

Cette tendance n’est pas qu’une expression ultraminoritaire, comme l’indique ce sondage de l’Institut Harris annonçant que 14% des Américains – ce taux grimpe à 24% chez les électeurs républicains   se disent persuadés qu’Obama est l’antéchrist. Ils le clament même sur leurs maillots (photo). ¨

obama antéchrist.jpg

Voyons… Voyons… Que faisait dire l’inoubliable Michel Audiard à Lino Ventura dans les « Tontons Flingueurs » ? Vite un petit tour sur DailyMotion : 
« Les cons, ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît »... Tout juste ! Le Plouc remercie dailymachin. Non seulement, ça ose tout, mais encore, ça s’affiche...


Les racines du «brutalisme» à l’occidentale sont bien connues. La mondialisation sauvage des échanges économiques a entraîné la paupérisation d’une part importante des classes moyennes dans les pays industrialisés. C’est une chose de rester confiné dans la pauvreté. C’en est une autre d’avoir grimpé les échelons de la société, puis d’être rejeté au bas de l’échelle. L’amertume en est d’autant plus intense. Le réflexe premier est alors de s’en prendre à ceux qui se trouvaient déjà au sol, les étrangers, les exclus avec lesquels, on ne veut surtout pas être confondus, car l’espoir de remonter un jour persiste.

L’Histoire nous a montré où le «brutalisme», par un enchaînement fatal, se termine. Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre les leçons du passé.

Jean-Noël Cuénod

(Version enrichie pour le ouèbe du texte paru jeudi 4 novembre 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures).

09:54 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : tea party, lumières, obama, tonton fligueur, vidéo | |  Facebook | | |