26/11/2010

Vivre en douce dans la folie du monde

DelannoiEchoArcenciel.JPGImpression d’une subjectivité certaine ou constat d’une certaine réalité? Ceux que l’on persiste à nommer les «fous» semblent de plus en plus nombreux sur les trottoirs des grands boulevards ou dans les couloirs anxiogènes du métro parisien.

 Il y a les «hyperagités» dont on évite le regard de crainte qu’ils ne vous le captent pour entamer un impossible dialogue, les véhéments qui crient contre une injustice indicible et tous les autres qui traînent à leur suite d’inquiétants silences. Sans oublier les ombres qui, oreillettes vissées, marchent d’un pas saccadé en écoutant leur baladeur, l’œil flou et tendu, regard sans regard. Il paraît que ceux-là ne sont pas «fous» mais simplement très pressés d’arriver quelque part.

Dans le Paris d’aujourd’hui, devenu plus beau musée du monde, l’humeur n’est pas à la contemplation mais à la rumination morose et frénétique. Sur le présentoir des vendeurs de journaux, le mot «malaise» est usé jusqu’à sa trame effilochée. «Malaise des banlieues». «Malaise dans la police». «Malaise au gouvernement». «Malaise des jeunes». «Malaise des seniors» (on ne dit plus vieux, pourquoi? Par superstition? Pour conjurer la mort proche?).

Un problème intervient-il n’importe où, n’importe comment, qu’il se traduit aussitôt en terme de «malaise». Il faut croire que nous avons tous «mal à notre aise».
Désormais, on ne voyage pas, on bouge. Surtout, ne pas s’arrêter, de peur d’être submergé par les vagues de l’angoisse. Oubliée la pensée de Pascal: «J’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.»

En ce désert surpeuplé et fiévreux, les âmes fourbues découvrent parfois des oasis. La nôtre a pour paysage un livre, un vrai, avec sa tendre odeur d’encre et de papier. Son titre: «L’Echo et l’Arc-en-ciel» paru aux Editions Berg International à Paris. Son auteur: Gil Delannoi. Politologue et professeur à Sciences Po, ce Français est connu dans les médias comme spécialiste des théories sur la nation. Ce livre ne se situe pas aux antipodes de ses ouvrages habituels mais se glisse plutôt dans une autre dimension: celle de l’état poétique.

«L’Echo et l’Arc-en-ciel» est un voyage immobile qui visite l’instant avec une heureuse lenteur. «Tenir l’instant par la main», ainsi que préconise Gil Delannoi. Virgile, Shakespeare, Neruda, Horace, les poètes chinois et japonais, Bach, Mozart, le sommet aux effluves d’herbes surplombant la mer sont autant de témoins qui ne s’imposent pas mais servent de guides aimables. Il est difficile de décrire un tel livre. Disons que cet ouvrage dédié à l’attention nous invite à vivre en douce au milieu de la folie du monde.

 

Jean-Noël Cuénod

09:19 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poésie, gil delannoi, bien vivre, douceur | |  Facebook | | |

Commentaires

Cela fait un peu évasion intérieure pour âmes raffinées, Jean-Noël. Mais bon, en poésie, c'est assez courant, de nos jours. La poésie prophétique de Victor Hugo est très décriée.

Écrit par : RM | 26/11/2010

Pourquoi seules les "âmes raffinées" devraient-elles être sensibles à cette "folie"?
Elle est une dimension de l'homme, qu'il le veuille ou non.
Les poètes l'esthétisent, la médecine la diagnostique, le commun des mortels la subit, la fuit ou la partage.

Merci de cet article, Monsieur Cuénod.

Hélène Richard-Favre

Écrit par : Chant-du-Cygne | 26/11/2010

C'est le livre, qui ne me paraît pas forcément fait pour tous les hommes. Blaise Cendrars prônait une poésie plus "populaire", plus accessible à tous que celle des "capteurs d'instant". Le fait est, par exemple, qu'en donnant un cap, une ligne, la science-fiction détournait de l'errance intérieure. Blaise Cendrars aimait beaucoup la science-fiction, et Gérard Klein a dit qu'elle était la poésie de notre temps. "Le sommet aux effluves d'herbe surplombant la mer", c'est un peu bourgeois, c'est en dehors de la vie de tous les jours, ça ne vaut que pendant les vacances.

Écrit par : RM | 26/11/2010

Merci de votre précision, RM.
Pour ma part,je rêve encore d'une sensibilisation, sinon d'un partage possible de l'esthétique avec le plus grand nombre.

L'expérience me dira peut-être si ou que je me trompe.

Hélène Richard-Favre

Écrit par : Chant-du-Cygne | 26/11/2010

Un Excellent billet.

Écrit par : particulier | 20/12/2010

Bon billet

Écrit par : particuliers à particuliers | 21/03/2011

Bon billet

Écrit par : particuliers à particuliers | 21/03/2011

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