22/09/2010

Ces mauvais chemins qui mènent aux Roms

Ainsi, la France est accusée de discriminer les Roms, qui forment ce peuple de lointaine origine indienne, naguère nomade et sédentarisé de force sous le régime communiste en Roumanie, notamment. La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a employé – en anglais, pour bien remettre une couche d’opprobre – les mots qui fâchent vis-à-vis de Paris. L’objet de son ire: la circulaire ministérielle désignant les Roms comme cible prioritaire de la destruction des camps illégaux.

Ici, les moulinets

Et la commissaire — une Luxembourgeoise sociale-chrétienne d’ordinaire fort modérée — de tracer un parallèle avec la Seconde guerre mondiale. La comparaison fait hurler Paris. Se rendant jeudi à Bruxelles pour participer au sommet de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy s’est pris de bec avec le président de la Commission Barroso. Le président français a ensuite provoqué un incident avec la chancelière  Angela Merkel en prétendant que Berlin allait également prendre des mesures anti-Roms, ce qui lui a valu un cinglant démenti. Sarkozy a donc mouliné ses petits bras et bombé son bréchet de moineau persuadé d’avoir  gagné des voix pour l’élection présidentielle de 2012 en insultant ses partenaires européens.

 L’éternel candidat, une fois de plus, ne parvient pas à devenir président. Sans doute son cas est-il désespéré. Et désespérant.

Basse politique

Même si elle obéit à des raisons de basse politique, on peut comprendre la réaction du gouvernement français. Lorsque les nazis et leurs collaborateurs français ou d’autres Etats occupés expulsaient des Roms, ce n’était certes pas pour les ramener dans leur pays d’origine mais afin de les exterminer. Et il n’était vraiment pas question de leur donner — comme le fait la France actuellement — un pécule de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant. En l’occurrence, comparaison est déraison.

Nazisme à toutes les sauces

Brandir à tout bout de champ le nazisme et la collaboration pour illustrer le présent provoque deux effets pervers: on brouille le réel et on banalise l’horreur.
 
Si la commissaire Viviane Reding a déraillé, le gouvernement français lui a tout de même offert un fagot de verges pour se faire fouetter. Le ministre de l’immigration Eric Besson et le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Pierre Lellouche avaient expliqué fin juillet à Bruxelles que les expulsions d’Européens clandestins en France s’effectueraient sans discrimination contre tel ou tel groupe ethnique. Or, un mois et demi plus tard, la commissaire Reding apprend en lisant la presse l’existence de circulaire du ministère de l’Intérieur qui ordonne clairement de prendre des mesures discriminatoires vis-à-vis d’un groupe particulier, les Roms. On comprend la colère de la commissaire européenne devant cette attitude, pour le moins, légère.

Circulaire indéfendable

Ensuite, la circulaire ministérielle est indéfendable sur le fond. Il y aurait donc en France, plusieurs sortes de clandestins et il faudrait les soumettre à une manière de tri en fonction de leur appartenance ethnique. On expulserait ainsi les Roms en priorité. Pourquoi les Roms? Parce que les chemins de l’opinion publique mènent à eux actuellement? Pour le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, c’est une nouvelle bévue qui s’ajoute à son impressionnante collection. Le premier responsable de cette situation n’est autre que le président Sarkozy. Quelle idée de nommer Gaston Lagaffe à un poste aussi sensible, où le doigté doit toujours s’associer à la fermeté!

Cela dit, la France n’a pas le monopole de la «romophobie» qui affecte nombre d’autres nations, y compris la nôtre. Dans les pays de l’Europe riche, les Roms se sont «nomadisés» à nouveau, en quête de ce pain qu’ils ne trouvent pas dans leurs pays d’origine. Ils ont ainsi réveillé le vieil antagonisme qui les oppose aux sédentaires.

L’Europe doit désormais apprendre à maîtriser cette question de façon intelligente. Et les feux de bouche n’apporteront aucune lumière.

Jean-Noël Cuénod

Pour donner une autre image des Roms, voici cet extrait du film de Tony Gatlif "Latcho Drom".

15:07 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : roms, sarkozy, hortefeux, europe, vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

S'il a de petits bras et un bréchet de poulet, le président français a aussi pour lui des ergots de coq, des serres d'aigle, un bec de buse et des plumes de paon.

Écrit par : zoologue | 23/09/2010

Monsieur Cuenod

Il faudrait compléter vos prises de positions sur les roms par un reportage sur les déposes de Roms mendiants par des mercédes noires sur les cotés de la Gare du Nord le matin et la reprise le soir. Il n'est pas impossible que les lieux de dépose de ces noctambus aient été déplacés.

Il faudrait compléter aussi vos reportages par des visites de la rue Ardoin à saint Ouen et par des reportages sur les actions entreprises par la mairie locale lorsque cette rue est devenue un dépotoir juste en face d'une usine d'incinération. Il faudrait faire des reportages sur les bidons villes le long de la gare de saint Denis et à saint Denis porte de paris. Interviewez les roms mais aussi les gens qui habitent dans le coin. Ces propriétaires là aussi ne comprennent pas la politique appliquée aux Roms. Ces derniers sont mieux défendus qu'eux mêmes qui triment et se cassent la tête pour survivre

Vos papiers me font penser à Sandrine Cohen qui parle à regret de sa jeunesse dans la banlieue nord oubliant dire que 50 ans de politiques municipales mises en place ont pourri ces banlieues à les en rendre invivables: constructions sauvages, urbanisme inhumain, saleté, agressivité, briques dans les pare-brise de train, agression de vieux pour récupérer 10, 20 euros pour payer sa came.

Il est important que vous n'évacuiez pas tout le temps ces aspects là par gout d'anti sarkosisme un peu simplet. Ces villes ont déjà eprouvées 50 ans de politique progressiste avec le succès que l'on peut voir. A tel point que ces bastions rouge basculent du rouge au rose puis au centre et le risque qu'elle passe au marron avant longtemps.

L'équivalent à Genève, c'est les roms au bistrot à Moillesulaz vérifiant si des policiers patrouillent de l'autre coté. C'est des roms qui font leur pause de midi à la fusterie avec des gars servis par les jeunes filles, pour les bidon ville, les cabanes sont détruites plus vite qu'à Paris.... Il me semble que les gens en ont tout aussi ras le bol.

Vous disposez peut être d'un jardin pour appliquez personnellement vos bons sentiments?

Écrit par : Jean Merek | 26/09/2010

Les commentaires sont fermés.