29/07/2010

Prière de ne pas enterrer la France, elle bouge encore

Prière de ne pas enterrer la France, elle bouge encore. Elle s’agitera même beaucoup à la rentrée sous l’incandescent soleil social. Toutefois, c’est plus en profondeur que l’on sent vraiment ses forces se ranimer, alors qu’en surface tout va de travers.

Comme chacun peut le constater, la France vit des moments calamiteux. Avec l’un des plus importants ministres du gouvernement obligé tous les deux jours de clamer son innocence en manière de mantra, un système de connivences politico-financières qui s’étale dans toute son obscénité, un hyperprésident dont les batteries semblent à plat, une équipe de France qui paraît plus en jambes dans les lupanars que sur les terrains, une situation économique à rendre déprimé le plus joyeux des lurons et des mesures de rigueur à refroidir les canicules, la République traîne une sacrée gueule de bois et cherche avec une frénésie accablée son tube d’Alka-Seltzer. Sans le trouver.

Mais ce sont là des maux quotidiens. Le trouble est plus général, traverse toutes les catégories sociales et se traduit par le sentiment d’échec collectif, l’absence de perspective, l’impression d’appartenir à une société en déclin.

Cela dit, nous vivons dans le règne de l’impermanence, comme l’exprimeraient les bouddhistes. Tout passe en ce bas monde. Même le pire. Non pour se consoler mais afin de puiser dans leur histoire les forces qui s’y nichent, les Français feraient bien de se souvenir que leurs ancêtres ont subi des chutes encore plus vertigineuses, ce qui ne les a nullement empêchés de rebondir de plus belle.

La chute du Second Empire

Ainsi, en perdant la guerre de 1870 contre la Prusse, la France a connu la famine à Paris, la répression sanglante de la Commune, l’effondrement du Second Empire et la douloureuse amputation de deux provinces importantes, l’Alsace et la Lorraine, conquises par le Deuxième Reich. Puis, prenant conscience de ses faiblesses, la France les a surmontées. Le Paris vaincu et famélique d’hier devint, quelques années à peine après cette cuisante défaite, la ville phare de la planète. Sur le plan culturel, l’Hexagone donnait naissance à une école qui bouleversa de façon définitive la peinture, l’impressionnisme, et un style littéraire, le symbolisme, qui influença jusqu’à la poésie russe. En sciences, Pasteur et son vaccin contre la rage changèrent la face du monde médical. Et la France fut, à l’aube du XXe   siècle, l’un des pays de pointe de l’industrie automobile et aéronautique.

La débâcle de 1940

De même, il est difficile d’imaginer naufrage plus humiliant que celui de juin 1940, lorsqu’en quelques semaines, l’armée de la République a sombré face à la Wehrmacht. Pourtant, dès la Libération, la poésie française s’était refait une beauté et le monde se passionnait pour les débats entre Sartre et Camus. Un lustre à peine après l’effondrement historique, la France se replaçait au centre de la pensée. Elle est même parvenue à devenir une puissance nucléaire vingt après sa débâcle militaire.

Un trait commun apparaît à la lecture de cette histoire française en forme de montagnes russes: chaque renaissance s’est accompagnée d’un sursaut culturel. Il en sera donc ainsi lorsque le désarroi actuel déclinera. Contrairement à ce que prétendent les médias américains, la pensée française est riche. Les travaux d’Edgar Morin, de Michel Maffesoli (1) et de tant d’autres le démontrent. Et la danse, entre autres disciplines, fourmille de talents dans les villes et banlieues françaises. Ces forces demeurent encore souterraines. Elles jailliront, un beau jour.

Jean-Noël Cuénod

(1) Voici une vidéo d'amateur qui présente une conférence de Michel Maffesoli sur le réenchantement du monde.

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22/07/2010

Sarkozy signe-t-il la fin de la Ve République?

sarko-grimace.jpgL’actuelle Constitution, base de la Ve République, a permis à la France de se sortir des guerres coloniales qui, de 1945 à 1962, ont fait perdre à ce pays des milliers d’hommes. La caste militaire française — assoiffée de revanche et de gloriole — avait précipité cette nation dans de ruineux conflits perdus d’avance. Il fallait l’immense figure du général de Gaulle pour venir à bout de cette camarilla en képi. La faiblesse des institutions de la IVe République — avec sa valse des gouvernements aussitôt nommés, aussitôt déchus — ne le permettait pas. D’où cette constitution gaullienne qui réconcilie la lettre républicaine avec l’esprit monarchique.

 

Après la disparition du Général, la Ve République a tenu le coup mais en s’étiolant un peu à chaque changement de président. Georges Pompidou est décédé trop tôt pour que l’on tire un enseignement de sa présidence. Giscard d’Estaing a — déjà! — voulu marquer une rupture avec le style empesé du gaullisme traditionnel. Avec l’insuccès que l’on sait. Par l’élection de François Mitterrand, la Ve a prouvé qu’elle pouvait être présidée par un socialiste qui, grand procureur de la Constitution lorsqu’il était dans l’opposition, s’en est fait l’habile avocat durant ses quatorze ans de règne.

 

Ses deux premières années de présidence ont été marquées par des trains — que dis-je? Des TGV! — de réformes qui se sont écrasés sur le mur de l’économie. Surnage de ces années de mitterrandisme à dose concentrée, la suppression de la peine de mort, qui a valeur historique. Dès 1983, après son «tournant de la rigueur», le président socialiste a adopté cette tactique que son successeur Jacques Chirac a élevée au rang des beaux-arts: en faire le moins possible pour durer le plus longtemps possible. Mission accomplie dans les deux cas.

Rompre avec l'omnipotence impuissante

Nicolas Sarkozy a voulu rompre avec l’oxymore chiraco-mitterrandien, l’omnipotence impuissante, en piétinant de ses talonettes courroucées la couronne des Rois fainéants. Il a donc concentré sur sa personne tous les pouvoirs. Mises à part quelques heureuses exceptions comme Christine Lagarde, Pierre Lellouche ou Bruno Le Maire, les ministres étaient choisis en fonction de critères médiatiques, voire télégéniques plus que pour leurs compétences.

 

 Quant aux corps constitués, le nouveau président a d’emblée saccagé leurs plates-bandes, comparant les magistrats «à des petits pois», humiliant le plus haut gradé de l’armée, traitant les préfets comme des larbins à son service, méprisant les diplomates. Il s’est aussi transformé en prince des médias, nommant les dirigeants des chaînes publiques, intervenant auprès des patrons de presse, réclamant souvent des têtes et les obtenant parfois.

 

Les jouets du pouvoir sont usés

Sa modeste réforme du Parlement, sa désignation de deux socialistes à la direction de la commission des finances de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes ne suffisent pas à briser son image d’autocrate «criseux». Comme un enfant grisé par l’avalanche de jouets à Noël, il a usé de tous les pouvoirs, directs et indirects, que lui offre la Constitution. Même de Gaulle s’est bien gardé de tomber dans ce travers en se consacrant à l’essentiel.
Par cet emploi frénétique, ces jouets paraissent aujourd’hui esquintés. La magie de l’hyperprésidence s’efface. Dès lors, Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de signer la fin de la Ve République? La France devra éviter de recourir aux errements de la IVe République. Mais en donnant trop de pouvoirs à un seul homme, l’actuelle Constitution a atteint ses limites. Les Français, à court ou moyen terme, se reposeront la question de leurs institutions.

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15/07/2010

Avec les «affaires», la France deviendrait-elle protestante?

CalvinDrapFr.JPG

 

La France deviendrait-elle protestante? Exigerait-elle de ses gouvernants qu’ils affichent désormais les mœurs simples des vertueux de cœur, sinon d’apparence? L’austérité ne serait-elle plus cette grossièreté que les ministres n’osaient même pas murmurer?

Naguère encore, des politiciens condamnés par la justice pénale, dès qu’ils pouvaient à nouveau briguer un mandat, l’emportaient haut la main sur leurs concurrents qui n’avaient pas eu la chance de passer par la case «tribunal». Dans les rédactions parisiennes, on appelait ce réflexe traditionnel, la «prime à la casserole». Il bénéficiait tant à la gauche qu’à la droite.

Il fallait au moins devenir tueur en série — et encore avec un uniforme et à l’époque des guerres coloniales, cela pouvait valoir décorations — pour dissuader l’électeur français de voter en faveur d’un heureux détenteur de casier judiciaire. La pauvre Madame Kopp peut regretter amèrement de n’être pas née outre-Jura, elle qui, finalement, été acquittée après avoir dû démissionner du Conseil fédéral!

Les passe-droits ne passent plus

Les temps ont changé, dirait-on. Voilà les Français en ébullition pour des cigares ministériels, transportés d’indignation par des voyages officiels onéreux, secoués en tous sens par les soubresauts quotidiens de l’affaire Woerth-Bettencourt. Les sondages, mais aussi la pugnacité de la presse, internet et «papier», qui paraît bien suivie par ses lecteurs et les propos de comptoirs indiquent que, désormais, la coupe est pleine. Elle déborde même de rancœur. Les passe-droits ne passent plus. Les copains et les coquins n’amusent plus la galerie. Interloquée, submergée par cette vague d’amertume, la caste politique française doit apprendre à vivre sans impunité. Et comme il est difficile de se débarrasser de ses mauvaises habitudes!

Effet de mode ou mutation profonde?

Il est probable que ce changement d’attitude du peuple ne soit pas qu’un effet de mode. Il traduirait plutôt une mutation profonde de la vie politique française. Plusieurs explications concourent à cette nouvelle tendance. Hasardons-en quelques-unes.

La crise économique, tout d’abord. L’effondrement de la Grèce a provoqué une prise de conscience collective des dangers que fait courir au pays la hausse de la dette publique. La réforme des retraites serait acceptée mais à la condition que les nantis fournissent un effort à la hauteur de leur fortune. Du sang, de la sueur et des larmes, certes, puisqu’il faut en passer par là. Mais que tous soient logés à la même enseigne.

Ensuite, la fin — peut-être provisoire — des utopies privilégie l’action et la personnalité des dirigeants politiques au détriment de leur appartenance à tel ou tel camp idéologique. Par conséquent, leurs faits et gestes prennent plus d’importance aux yeux du public.
Enfin, les mœurs juridico-politiques du monde anglo-saxon — inspirées par le protestantisme — se sont infiltrées dans cette France encore imprégnée par le catholicisme malgré la façade laïque d’une République qui rêve encore de couronne.

Ces mœurs protestantes placent le contrat avant le code, la responsabilité personnelle avant le dogme collectif; l’Eternel détenant seul l’Absolu, aucun prince ne saurait le revendiquer. Après tout, cette façon de penser, pour minoritaire qu’elle fût, n’est pas foncièrement étrangère à l’Histoire de France. Que seraient Genève et Lausanne sans l’apport massif et décisif des réformateurs d’outre-Jura?

Au fond, n’assistons-nous pas à l’étrange revanche de Jean Calvin en son pays natal?

 

Jean-Noël Cuénod

 

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13/07/2010

Sarkozy ressort les «officines» du placard

Sarko1.jpg

En français, le mot officine désigne une pharmacie et représente ces locaux lumineux où des mains expertes transforment des toxiques en médicament. En patois élyséen, les « officines » - elles sont toujours plurielles et enguillemetées – figurent ces recoins sombres où des mains habiles transforment des rumeurs en toxiques.

 

 
Cela faisait quelques mois que Nicolas Sarkozy les avait mises au placard. Il les a ressorties lundi à l’occasion de son spectacle télévisé sur France 2 où il tenait le rôle de l’HyperPrésident UltraOutragé et SuperCalomnié. Citons cette réplique tirée de la scène où il affronte le Cyberdémon Médiapart et sa langue numérique mais venimeuse : « Je ne suis pas naïf, je vois bien que derrière tout ça, il y a des officines ».

 


On les imagine bien ces « officines », au sein desquelles se réunissent dans le remugle du tabac froid des individus à l’imper mastic, aux lunettes fumées, au verbe fumeux, au teint froissé et marchant façon crabe avec l’allure de ces Interlopes qui  vous proposaient vers Pigalle des catalogues de filles à poil, à la douce époque où la pudeur rendait encore le porno attrayant.

 


« Les officines », Sarkozy les avait dénoncées à maintes reprises dans l’affaire Clearstream pour stigmatiser Villepin. Personne ne sait exactement ce qu’elles signifient. Agences de renseignement privées ? Bureaux d’espions ? Arrière-salles de journaux ? Tout cela à la fois ? L’imprécision de leurs contours rend ces ectoplasmes méphitiques encore plus terrifiants. Invisibles mais présentes, « les officines » ne poursuivent qu’un but : empêcher le Vibrionnant de réformer. Ce sont elles qui rédigent d’une dextre crochue les articles déplaisants, qui colportent et papotent, qui beuzent et jasent. Ennemi insaisissable qui rend bien des services lorsqu’il s’agit d’amuser la galerie.


Jean-Noël Cuénod

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11/07/2010

A l’Opéra-Bastille, Kaguyahime et la lumière resplendit dans la nuit

 Il kaguyahime.jpgserait vain de coller un adjectif à « Kaguyahime », ballet chorégraphié par Jiri Kylian sur une musique du compositeur japonais Maki Ishii (1936-2003) et présenté à l’Opéra-Bastille. Ce serait le profaner, comme si l’on avait l’idée de barrer La Joconde d’un autocollant publicitaire. Cette œuvre s’élève au-delà des mots pour créer un espace sacré. Elle dure une heure et demi. Mais Le Plouc et La Plouquette se sont regardés, interdits, à la fin de ce rituel dansé. Il leur avait semblé qu’à peine un quart d’heure s’était écoulé. Espace sacré hors du temps. Telle est la définition d’un rite initiatique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non d’un spectacle. Un rituel accomplit par la maîtrise de tous ses célébrants (voir l'extrait vidéo à la fin de ce texte qui représente Fiona Lummis du Nederlands Dans Theatre).

L’argument du ballet est tiré de l’un des plus anciens contes japonais, matrice de la littérature du Soleil Levant. Un vieux coupeur de bambou fend une tige et y découvre en son milieu une fillette minuscule qui rayonne. Il l’élève chez lui et à force d’amour, l’enfant – nommée Kaguyahime, soit « Lumière qui resplendit dans la nuit » - grandit et devient jeune femme d’une éblouissante beauté.

L’homme étant ce qu’il est, les aristocrates et les villageois se lancent dans des batailles pour conquérir Kaguyahime. Le Mikado (l’empereur) se rend au village du coupeur de bambou pour s’informer des causes de ces troubles. Il est aussitôt embrasé d’amour pour Kaguyahime et veut l’épouser. Mais la jeune femme lui explique qu’elle ne vient pas de ce monde mais de la Lune et qu’elle doit y retourner. Malgré le déploiement de toutes ses forces, le Mikado ne peut empêcher Kaguyahime de rejoindre son astre.

Pour personnifier cette fille de la lune, il fallait bien une « étoile », Marie-Agnès Gillot (Agnès Letestu dans la deuxième distribution des rôles) qui, en compagnie de ses co-célébrants du Ballet de l’Opéra de Paris, a vécu le moindre mouvement de son corps avec la plénitude de la grâce. Ordinairement reléguée, la fosse d’orchestre a participé de plein pied à cet office ; à l'exception de trois instrumentistes à vent japonais en costume traditionnel, la part belle était réservée aux percussionnistes, dont les célèbres tambourinaires nippons du groupe Kodo. A la chorégraphie des danseurs répondait celle des musiciens dans une harmonie impressionnante de densité.

Lorsque Kaguyahime-Marie-Agnès Gillot rejoint la Lune, le verset de l’Evangile de Jean  ‑ « La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise » - se dévoile. Les ténèbres sont incarnées par nous autres, les humains. Et la lumière, où se niche-t-elle la lumière ? Dans la tige d’un bambou ? Dans l’âme d’un petit ?

Jean-Noël Cuénod

Voici un extrait vidéo de "Kaguyahime" (l'"étoile" en scène est Fiona Lummis du Nederlands Dans Theatre et non Agnès Letestu comme indiqué par erreur par Le Plouc décidément très plouc. Et grand merci à l'internaute correcteur )

 

 

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07/07/2010

Médiapart, Internet et l'affaire Woerth-Bettencourt stimulent la presse «papier»

 Pour Médiapart, les jours de gloire sont arrivés. En France et au-delà, plus personne n’ignore l’existence de ce journal numérique qui vient d’offrir ses lettres de noblesse aux sites d’information sur Internet.


Les révélations qu’il distille sur l’affaire «Woerth-Bettencourt» ne se limitent pas à l’exploitation des enregistrements effectués par le majordome de Mme Liliane Bettencourt dans le bureau où la milliardaire traitait ses affaires. Par exemple, Médiapart» a interviewé de façon très serrée l’ancienne comptable de Mme Bettencourt mère, juste après son interrogatoire à la police.

 D’emblée, le président Sarkozy et le ministre Eric Woerth ont entonné le grand air de la calomnie. Comme d’habitude, les «porteurs d’eau» de l’UMP en ont rajouté d’épaisses couches en multipliant les injures contre Médiapart, lui décernant sur le front médiatique autant de Légions d’honneur. Ainsi, le secrétaire général du parti sarkozyste n’y va pas avec le dos de la cuillère d’argent:
«Quand certains médias, notamment un site, utilisent des méthodes fascistes à partir d’écoutes qui sont totalement illégales, avec des rumeurs colportées.» Or, ces écoutes sont actuellement exploitées par la police et la justice qui ne semblent pas offusquées par leur caractère «totalement illégal».
Et le ministre et ex-champion motocycliste Christian Estrosi effectue un dérapage pas tout à fait contrôlé lorsqu’il proclame que ce site «me rappelle une certaine presse des années 30.»

 

 Cet amalgame entre Médiapart et les libelles de l’entre-deux-guerres traduit surtout l’affolement de l’UMP qui amène ses dirigeants à proférer n’importe quelle énormité. A l’évidence, ni Xavier Bertrand, ni Christian Estrosi n’ont lu la presse d’extrême droite des années 30. Elle ne menait ni enquête sérieuse, ni analyse fouillée mais ses plumitifs se livraient à une débauche de haine raciste et antisémite. Rien à voir, même de loin, avec la situation présente. Dâilleurs, le fondateur de Médiapart Edwy Plenel a déposé plainte en diffamation.

 
Jusqu’à un passé récent, la presse française d’information n’était guère intéressante à lire, à la notable exception du Canard Enchaîné. Engluée dans les réseaux de connivence avec les amis du pouvoir, une grande partie des journaux somnolait dans le conformisme.
Puis, Médiapart a sonné le réveil, avec la souplesse d’intervention à moindre coût que lui confère Internet et surtout, grâce à son indépendance vis-à-vis des groupes économiques gravitant autour du président Sarkozy. En effet, le capital-actions du journal numérique — 3,7 millions d’euros — est détenu par les journalistes fondateurs et diverses personnalités soutenant ce projet.
A son lancement le 16 mars 2008, le pari était tout de même risqué puisque le site faisait payer son contenu au moment où les informations gratuites semblaient s’imposer. Néanmoins, en deux ans, le site est passé de 8 000 abonnés à 30 000. Pour le seul mois de juin, l’affaire Bettencourt lui a amené 5 000 abonnés supplémentaires. Certes, rien n’est encore joué. Mais il semble que le public commence à comprendre que l’information de qualité a un prix. Ce qui n’est pas le moindre mérite de cette aventure journalistique.

 


Secoués par cette concurrence, moult médias «papier» ont mené leurs investigations, Le Point — pourtant classé à droite — et L’Express entre autres. Du coup, la presse française est redevenue elle-même. Ce qui restera comme l’une des plus belles réussites de la présidence Sarkozy. Mais était-ce le but recherché?

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02/07/2010

Procès Bettencourt-Banier: les impressions d'audience du Plouc

Metzner2.jpgKiejman.jpgPar bonheur, la fraîcheur règne sur salle d’audience au Tribunal correctionnel de Nanterre. A l’extérieur, la fournaise attise ses 34 degrés à l’ombre des tours de La Défense. A l’intérieur, les feux de bouche des avocats font suer les juges.


En ce jeudi matin, les « bavards » sont, en effet, remontés comme des lapins Duracell, les honoraires en jeu agissant à la façon des piles qui ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas. A l’ouverture du procès Banier-Bettencourt, les robes noires s’agitent en tous sens pour complaire aux médias. Deux « divas » de l’avocature française, égaux en ego, font leur cinéma en jouant le grand air de l’Indignation Outrée.

 


A ma droite, Olivier Metzner, l’avocat de toutes les causes à la mode. A ma gauche, Georges Kiejman, ancien ministre délégué à la Justice sous la présidence de François Mitterrand. Le premier défend Mme Bettencourt fille – qui accuse François-Marie Banier d’avoir exploité la faiblesse de sa mère Liliane. Le second représente cette milliardaire âgée de 87 ans – qui affirme avoir donné en claire conscience un milliard d’euros en cadeaux à l’ami Banier.

 


Ils se haïssent depuis de chaudes lurettes. Et s’étaient entre-dévorés après la mort tragique de l’actrice Marie Trintignant. Me Metzner défendait le chanteur de « Noir Désir », Bertrand (et non pas Bruno, quel plouc, ce Plouc!) Cantat, qui avait mortellement frappé la jeune femme. Me Kiejman menait la contre-attaque pour le compte de la mère de Marie, la cinéaste Nadine Trintignant. Plusieurs jours avant le procès Banier-Bettencourt, les deux avocats se sont copieusement accusés des pires vilenies par médias interposés.

 


 L’audience de jeudi n’a pas encore commencé. Flanqué de ses assistants éblouis d’admiration qui lui portent bouteilles d’eau et dossiers, Me Georges Kiejman s’installe juste sous le pupitre de la presse où Le Plouc vient de s’asseoir. Me Olivier Metzner pénètre royalement dans la salle d’audience, suivi par le brouhaha des porteurs de caméras. La tension monte. Il doit prendre place à côté de son ennemi. Prudent, Me Huc-Morel, le collaborateur de Me Metzner, s’interpose entre les deux. D’emblée, les échanges venimeux fusent après un « bonjour » réciproque mais grinçant.

 


Me Olivier Metzner, faisant allusion à l’un des qualificatifs que lui a réservé son adversaire dans la presse : - Alors, on salue les mufles, maintenant ?
 Me Georges Kiejman : - Mais oui, on salue les mufles. Et même les voyous!

 

 

L’avocat de l’octogénaire aux milliards fouille dans une chemise de dossier et en sort un chèque de 1 euro. Il le jette sur la place d’Olivier Metzner : « Voilà, votre cliente a réclamé contre François-Marie Banier un euro de dommages-intérêts pour son prétendu préjudice moral. Le voici ! »
Sans un mot, Me Metzner, lentement, déchire le chèque en petits morceaux et les lance comme de tristes confettis qui s’en viennent mourir dans le prétoire. Puis, il se tourne vers l’Ennemi : « Ainsi, même pour un euro, Banier fait appel à Mme Bettencourt mère ! »

 


La présidente Isabelle Prévost-Desprez ouvre les débats. Les avocats se prononcent sur l’éventuel renvoi du procès en raison des enregistrements captés clandestinement par le majordome de Mme Liliane Bettencourt.

 


Me Metzner prend la parole et ne peut s’empêcher d’égratigner la partie adverse.
 Mû par un ressort tendu à l’extrême, Georges Kiejman se dresse prêt à étrangler l’Indigne : - Mais il me cherche ? Ah, il ne faut pas qu’il me cherche où ce sera terrible pour lui !
Me Olivier Metzner : - Des menaces maintenant ? Madame la greffière veuillez acter ces menaces, je vous prie !
Me Kiejman : - Madame la présidente, dite à Me Metzner de ne plus me chercher car mon revers du gauche est terrible !
La présidente Isabelle Prévost-Desprez : - Maîtres, je vous signale que nous n’avons pas prévu d’infirmerie. Bon, nous allons suspendre l’audience quelques minutes, le temps nécessaire pour que les fûts de canon se refroidissent.

 

 

Dépêché par le Bâtonnier de Paris pour empêcher que les deux avocats n’en viennent aux mains, Me Jean-Paul Lévy se lève, le regard angoissé de celui qui doit accomplir une périlleuse corvée. Mais les deux antagonistes se calment aussitôt, arborant l’un et l’autre l’air satisfait de deux duettistes ayant parfaitement réussi leur numéro

.


 Quant au procès, la présidente l’a suspendu jusqu’à la fin de son enquête sur ces enregistrements qui font trembler la République en général et le ministre Eric Woerth en particulier.

 

Jean-Noël Cuénod

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01/07/2010

La France a la nausée au cœur

Le pouvoir politique français subit actuellement le plus raffiné des supplices chinois : avec une inéluctable régularité, les affaires tombent comme autant de gouttes sur le crâne du supplicié. L’affaire Bettencourt – devenue désormais Woerth-Bettencourt – offre à elle seule tout un gisement de dossiers connexes qui exhalent un remugle politico-financier que les prochains bols d’air vacanciers ne parviendront pas à dissiper.

 


Certes, les socialistes utilisent cette situation pour attaquer le gouvernement, mais sans faire preuve d’une pugnacité féroce. Ils savent bien que cette grande nausée qui soulève le cœur des Français ne leur profitera guère. Car, les sarkozystes auront beau jeu de rappeler les turpitudes de l’ère Mitterrand. C’est donc l’idéologie du «tous pourris» qui triomphe, pour le plus grand bonheur du Front National qui sera la seule formation politique à percevoir les dividendes de cette entreprise de démolition morale. Pourquoi ? Les raisons en sont multiples. Hasardons quelques hypothèses.
Les extrêmes en politique ont toujours utilisé le mode guerrier pour mobiliser leurs troupes, ce qui correspond à une certaine cohérence militaire, induit par le verbe «mobiliser». On ne fait pas mouvoir des foules avec l’eau tiède de la pondération mais avec des promesses d’affrontements. A l’extrême-gauche, le prolétariat se mettait en ordre de marche pour la lutte des classes. A l’extrême-droite, les nationalistes fourbissaient leurs armes pour la lutte des «races».

 

Aujourd’hui, l’effondrement de l’empire soviétique, la globalisation ultralibérale du monde ont bouleversé la donne. L’extrême-gauche ne tient plus le rôle de réceptacles des mécontentements qu’elle jouait naguère encore. Agissant en ordre dispersé, sans programme unitaire et, surtout, sans grille de lecture de la réalité présente, elle souffre d’un handicap encore plus lourd : les travailleurs que l’extrême-gauche représentait ont perdu la conscience de former une classe homogène. Sans cette conscience d’appartenir à un ensemble, il n’y a plus de classe et, partant, plus de lutte de classe, au moins dans le sens où on l’entendait jadis. Peut-être, cette conscience de classe renaîtra-t-elle un jour sous diverses formes. Mais nous n’en sommes pas encore là. Dès lors, l’extrême-gauche n’est plus à même de canaliser les coups de colère du peuple.

 
L’extrême-droite devient donc l’unique réceptacle où se déversent les colères. A la lutte des «races» de ses ancêtres idéologiques, elle a substitué la lutte «ethnoculturelle», à la connotation moins «Deuxième Guerre mondiale». Au combat contre les «tous pourris» succédera, ipso facto, la chasse au bouc émissaire. Le Juif, hier, l’immigré musulman aujourd’hui. Et cette exclusion suscite déjà, au sein des immigrés, des réflexes d’autodéfense identitaire qui accentueront encore les affrontements de type ethnoculturel.

 


La grande nausée qui traverse la France de ses mauvais frissons risque fort de dégénérer en mal plus profond.

 

Jean-Noël Cuénod

C'est le site d'information Médiapart, présidé par l'ancien directeur du Monde Edwy Plenel qui a publié le plus d'information à ce propos. Voici un lien avec les articles qu'il a publiés sur l'affaire Woerth-Bettencourt.

 

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