15/07/2010

Avec les «affaires», la France deviendrait-elle protestante?

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La France deviendrait-elle protestante? Exigerait-elle de ses gouvernants qu’ils affichent désormais les mœurs simples des vertueux de cœur, sinon d’apparence? L’austérité ne serait-elle plus cette grossièreté que les ministres n’osaient même pas murmurer?

Naguère encore, des politiciens condamnés par la justice pénale, dès qu’ils pouvaient à nouveau briguer un mandat, l’emportaient haut la main sur leurs concurrents qui n’avaient pas eu la chance de passer par la case «tribunal». Dans les rédactions parisiennes, on appelait ce réflexe traditionnel, la «prime à la casserole». Il bénéficiait tant à la gauche qu’à la droite.

Il fallait au moins devenir tueur en série — et encore avec un uniforme et à l’époque des guerres coloniales, cela pouvait valoir décorations — pour dissuader l’électeur français de voter en faveur d’un heureux détenteur de casier judiciaire. La pauvre Madame Kopp peut regretter amèrement de n’être pas née outre-Jura, elle qui, finalement, été acquittée après avoir dû démissionner du Conseil fédéral!

Les passe-droits ne passent plus

Les temps ont changé, dirait-on. Voilà les Français en ébullition pour des cigares ministériels, transportés d’indignation par des voyages officiels onéreux, secoués en tous sens par les soubresauts quotidiens de l’affaire Woerth-Bettencourt. Les sondages, mais aussi la pugnacité de la presse, internet et «papier», qui paraît bien suivie par ses lecteurs et les propos de comptoirs indiquent que, désormais, la coupe est pleine. Elle déborde même de rancœur. Les passe-droits ne passent plus. Les copains et les coquins n’amusent plus la galerie. Interloquée, submergée par cette vague d’amertume, la caste politique française doit apprendre à vivre sans impunité. Et comme il est difficile de se débarrasser de ses mauvaises habitudes!

Effet de mode ou mutation profonde?

Il est probable que ce changement d’attitude du peuple ne soit pas qu’un effet de mode. Il traduirait plutôt une mutation profonde de la vie politique française. Plusieurs explications concourent à cette nouvelle tendance. Hasardons-en quelques-unes.

La crise économique, tout d’abord. L’effondrement de la Grèce a provoqué une prise de conscience collective des dangers que fait courir au pays la hausse de la dette publique. La réforme des retraites serait acceptée mais à la condition que les nantis fournissent un effort à la hauteur de leur fortune. Du sang, de la sueur et des larmes, certes, puisqu’il faut en passer par là. Mais que tous soient logés à la même enseigne.

Ensuite, la fin — peut-être provisoire — des utopies privilégie l’action et la personnalité des dirigeants politiques au détriment de leur appartenance à tel ou tel camp idéologique. Par conséquent, leurs faits et gestes prennent plus d’importance aux yeux du public.
Enfin, les mœurs juridico-politiques du monde anglo-saxon — inspirées par le protestantisme — se sont infiltrées dans cette France encore imprégnée par le catholicisme malgré la façade laïque d’une République qui rêve encore de couronne.

Ces mœurs protestantes placent le contrat avant le code, la responsabilité personnelle avant le dogme collectif; l’Eternel détenant seul l’Absolu, aucun prince ne saurait le revendiquer. Après tout, cette façon de penser, pour minoritaire qu’elle fût, n’est pas foncièrement étrangère à l’Histoire de France. Que seraient Genève et Lausanne sans l’apport massif et décisif des réformateurs d’outre-Jura?

Au fond, n’assistons-nous pas à l’étrange revanche de Jean Calvin en son pays natal?

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Commentaires

On peut toujours rêver. Les citoyens sont simplement énervés parce qu'ils ont l'impression que le gouvernement est au service des riches. La question de la moralité sexuelle des princes continue de laisser indifférents les Français, du moment que cela ne coûte rien. S'il y a influence du protestantisme, au demeurant, il vient des Etats-Unis. C'est plus une influence de l'Amérique que du protestantisme en particulier! Car les Français ne lisent certainement pas plus la Bible, base de la moralité calviniste, qu'avant! Et ils ne lisent pas plus Calvin non plus. Le modèle, à cet égard, c'est soit Sartre pour l'élite, avec son idée que chacun fait ce qu'il veut du moment que l'esprit collectif est respecté, soit le cinéma américain, avec ses histoires de divorces, et dont Sarkozy suit en privé le modèle. Les réactionnaires eux-mêmes lisent moins Calvin que Joseph de Maistre, Jean-Noël.

Écrit par : RM | 15/07/2010

L'influence des USA provient des évangélistes.
Il n'y a aucune similitude avec les luthériens et les calvinistes qui eux ont des règles de bon sens non influencées par la politique ambiante propre aux USA.

Écrit par : Hypolithe | 15/07/2010

Etes-vous bien sûr que les Français s'intéressent davantage au protestantisme qu'à Anelka, Domenech, aux autres bleus ou à la saga Bettencourt - Banier - de Maistre ?

Le protestantisme n'est pas suffisamment bling-bling pour intéresser les Français ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 15/07/2010

Jean-Noël a-t-il voulu dire que le sens de la justice ne s'acquérait que grâce à Jean Calvin? Donc, quand Rousseau a dit que chacun pouvait l'acquérir par lui-même, les protestants officiels ont eu raison de condamner sa philosophie?

Écrit par : RM | 16/07/2010

Comme disait l'autre, "on peut rêver"

L'une des raisons pourquoi il y a des affaires, c'est que, en France, entre les rémunérations minables, et le taux d'impôts élevé, on se trouve dans une situation dangereuse, où des personnes qui ont le pouvoir sont en fait, sur le plan matériel, des minables.

Or cela leur pèse, car la plupart d'entre eux sont entrés en politique par ambition personnelle, et non par altruisme envers leurs concitoyens.

Du coup, le système a mis en place diverses manières de "compenser": appartements prestigieux au loyer ridiculement bas, voitures de fonction, personnel payé par la princesse, vacances arrangées par la princesse (car elles seraient inabordables sinon), et ainsi de suite.

Mais même comme ça, certains continuent de se sentir frustrés, et se lancent dans des trucs plus risqués - et potentiellement plus rémunérateurs évidemment. Dessous de table pour la vente de matériel militaire, évasion fiscale, et j'en passe.

Alors, où est la solution, la vraie? Payer les politiques importants suffisamment pour qu'ils puissent mener un beau train de vie sans avoir à magouiller à gauche et à droite

Écrit par : antoineb | 16/07/2010

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