07/07/2010

Médiapart, Internet et l'affaire Woerth-Bettencourt stimulent la presse «papier»

 Pour Médiapart, les jours de gloire sont arrivés. En France et au-delà, plus personne n’ignore l’existence de ce journal numérique qui vient d’offrir ses lettres de noblesse aux sites d’information sur Internet.


Les révélations qu’il distille sur l’affaire «Woerth-Bettencourt» ne se limitent pas à l’exploitation des enregistrements effectués par le majordome de Mme Liliane Bettencourt dans le bureau où la milliardaire traitait ses affaires. Par exemple, Médiapart» a interviewé de façon très serrée l’ancienne comptable de Mme Bettencourt mère, juste après son interrogatoire à la police.

 D’emblée, le président Sarkozy et le ministre Eric Woerth ont entonné le grand air de la calomnie. Comme d’habitude, les «porteurs d’eau» de l’UMP en ont rajouté d’épaisses couches en multipliant les injures contre Médiapart, lui décernant sur le front médiatique autant de Légions d’honneur. Ainsi, le secrétaire général du parti sarkozyste n’y va pas avec le dos de la cuillère d’argent:
«Quand certains médias, notamment un site, utilisent des méthodes fascistes à partir d’écoutes qui sont totalement illégales, avec des rumeurs colportées.» Or, ces écoutes sont actuellement exploitées par la police et la justice qui ne semblent pas offusquées par leur caractère «totalement illégal».
Et le ministre et ex-champion motocycliste Christian Estrosi effectue un dérapage pas tout à fait contrôlé lorsqu’il proclame que ce site «me rappelle une certaine presse des années 30.»

 

 Cet amalgame entre Médiapart et les libelles de l’entre-deux-guerres traduit surtout l’affolement de l’UMP qui amène ses dirigeants à proférer n’importe quelle énormité. A l’évidence, ni Xavier Bertrand, ni Christian Estrosi n’ont lu la presse d’extrême droite des années 30. Elle ne menait ni enquête sérieuse, ni analyse fouillée mais ses plumitifs se livraient à une débauche de haine raciste et antisémite. Rien à voir, même de loin, avec la situation présente. Dâilleurs, le fondateur de Médiapart Edwy Plenel a déposé plainte en diffamation.

 
Jusqu’à un passé récent, la presse française d’information n’était guère intéressante à lire, à la notable exception du Canard Enchaîné. Engluée dans les réseaux de connivence avec les amis du pouvoir, une grande partie des journaux somnolait dans le conformisme.
Puis, Médiapart a sonné le réveil, avec la souplesse d’intervention à moindre coût que lui confère Internet et surtout, grâce à son indépendance vis-à-vis des groupes économiques gravitant autour du président Sarkozy. En effet, le capital-actions du journal numérique — 3,7 millions d’euros — est détenu par les journalistes fondateurs et diverses personnalités soutenant ce projet.
A son lancement le 16 mars 2008, le pari était tout de même risqué puisque le site faisait payer son contenu au moment où les informations gratuites semblaient s’imposer. Néanmoins, en deux ans, le site est passé de 8 000 abonnés à 30 000. Pour le seul mois de juin, l’affaire Bettencourt lui a amené 5 000 abonnés supplémentaires. Certes, rien n’est encore joué. Mais il semble que le public commence à comprendre que l’information de qualité a un prix. Ce qui n’est pas le moindre mérite de cette aventure journalistique.

 


Secoués par cette concurrence, moult médias «papier» ont mené leurs investigations, Le Point — pourtant classé à droite — et L’Express entre autres. Du coup, la presse française est redevenue elle-même. Ce qui restera comme l’une des plus belles réussites de la présidence Sarkozy. Mais était-ce le but recherché?

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Commentaires

"Du coup, la presse française est redevenue elle-même. Ce qui restera comme l’une des plus belles réussites de la présidence Sarkozy. Mais était-ce le but recherché?"

Mon Plouc préféré serait-il devenu Père Siffleur? Bel été joli merle!

Écrit par : Eliane | 07/07/2010

Madame T. est en panique titre Mediapart. Quelle dérision. Imaginez une femme ordinaire prise dans une tourmente dont les enjeux déchaînent les haines des chiens du pouvoir. Imaginez les pressions, voire les menaces qu’elle a du recevoir. Imaginez le jeu féroce de ces fauves se sentant menacés. Un Woerth aux abois est sans doute comparable à un chacal inquiet dans sa meute de charognards. Le roi est inquiété de surcroît. Il se serait lui aussi nourri d’une viande caviardée au-delà de l’acceptable, même pour cette engeance ? Les monstres sont lâchés dans une tragédie pitoyable où la bêtise rivalisera avec le mensonge et la brutalité. On voudrait faire jouer un rôle à madame T., habituée aux ambiances feutrées de la fortune et aux livres de compte austères et rassurants. Quelle dérision. Qui s’étonnera des peurs de Madame T. ? Madame T. est sans doute une ménagère rigoureuse et une employée modèle. Elle a toujours accompli sa tâche avec l’application de celle qui fait son devoir. Madame T. s’est-elle un jour interrogée sur les conséquences morales, politiques et financières de ses actes quotidiens ? Les manipulations occultes de centaines de mois de salaires de SMICards ne l’avaient jamais interrogée. Madame T. aujourd’hui présentée comme un témoin vertueux, était hier encore une porte valise de transactions financières véreuses. Si vous parliez avec Madame T., je gage qu’elle vous dirait « Je n’ai fait que mon devoir », vous savez comme lors des procès de Nuremberg quand les juges sommaient les tortionnaires des camps de la mort de rendre des comptes. Il s’agit bien de cela, « Je ne savais pas. Je n’ai fait qu’exécuter des ordres. Je ne suis pas coupable (juste responsable ?). Si je ne l’avais pas fait un autre l’aurait fait ». Cette litanie d’explications écœurantes qui traduit dans la peur, le reflexe du cerveau reptilien, la fuite et la soumission à l’autorité. Ne devrait-on pas plutôt invoqué la force, la menace et la brutalité d’un pouvoir aux dérives fascisantes ? Madame T. n’aura été que l’élément d’un jeu qui la dépasse, elle aura été le rouage zélé d’une machinerie infernale qui s’est mise à dérailler. Madame T. coupable et victime. Pendant ce temps là, le ballon rond divertit les esprits fatigués de ces misérables règlements de compte. Le peuple souffre, le peuple est éreinté, le peuple s’abrutit. Il s’abrutit parce que le peuple pense qu’il est une somme d’unités, incapable de changer le monde, sous la botte de ces fous de pouvoir et d’argent. Madame T. doit être de ce peuple, elle n’avait pas acquis tous les codes de ces fous sanguinaires, elle mesure maintenant l’épicentre de la violence où elle se trouve. Elle est assaillie de terreurs devant ces monstres stupides et déshumanisés. La loi des hommes ne règne plus dans ce carnage. Ces monstres montrant leurs crocs, prêts à se déchirer entre clans, ne sont en réalité que des monstres de papiers. La Boëtie disait : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genou ». Il est temps de se mettre debout, et nous verrons fuir ces terreurs , que nous croyions terribles, comme des bêtes stupides et craintives. Il s’agit désormais de survie collective face à ces petits guignols. Ne soyons plus les victimes de nos peurs, le pouvoir : c’est nous. Relisez le « mythe de la caverne ». Ecrivez, votez, syndiquez-vous, hurlez votre colère, prenez le pouvoir où vous pouvez, associez vous.

Écrit par : gowitt | 08/07/2010

l'indécence érigée en système,de Bolloré à Bouygues , jamais la puissance de l'argent ne se sera manifestée aussi décomplexée qu'en Sarkosye, sous l'autorité d'un chef de l'État émotionellement névrosé ,agité en permanence qui harcèle un parlement de godillots qui ne comprend pas les lois qu'il doit voter, débordé par l'inflation de textes qui lui est soumis.
Bon cela étant dit, la France est réellement abîmée par ces agissements , personne ne peut s'en réjouir, toute l'élite politique semble discréditée à droite, mais aussi à gauche:le danger à voir ainsi le politique se ratatiner ne peut que faire le lit du populisme outrancier et à la fin mettre en danger la démocratie, il est impératif que l'esprit critique, les véritables forces de propositions se fassent connaître sous peine de glisser subrepticement vers une décadence des valeurs républicaines.La France l'a déjà connue dans le passé jusqu'à un certain 18 juin.

Écrit par : briand | 09/07/2010

"Cet amalgame entre Médiapart et les libelles de l’entre-deux-guerres traduit surtout l’affolement de l’UMP qui amène ses dirigeants à proférer n’importe quelle énormité."

C'était de plus assez décomplexé de la part de représentants d'un régime qui n'hésite pas à mettre en scène de faux *"bains de foule"* présidentiels ! (plutôt typiques de régimes totalitaires semble-t-il). Et, plus étonnant encore : avec la complicité active de chaines télé y compris publiques...

Lire :

"Nouveau « bain de foule » sarkozyen factice au 20H de France 2 !" (08/07/2010)
http://antennerelais.canalblog.com/archives/2010/07/08/18529216.html

Écrit par : Vincente | 09/07/2010

Voilà ce qui arrive quand l'exécutif n'est pas encadré par l'impartialité d'un juge. Cet exemple est frappant, une enquête ( de plus ) non encadrée par un juge pour en définir la légalité. Résultat : l'équipe qui a enquêté ne savait même pas ( ou alors ON lui aurait menti ? ) que son enquête était illégale... A ce niveau de compétences policières requises, je suis au regret de vous annoncer qu'il s'agit non pas d'une bavure, mais bel et bien d'un acte volontaire, une enquête digne de la Stasi à la grande époque de l' URSS qui doit faire baver son homologue transalpin et ressortir de leurs tombes tous les dictateurs fascistes de l'Histoire. Cette situation n'a que trop durée, la 5 ème république n'est plus qu'une prostituée ' maquereautée ' par la finance et l'industrie, au détriment du collectif et de ses citoyens. Pouvons-nous encore les laisser faire durant 20 mois ?

Écrit par : deguisement cow boy | 14/09/2010

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