01/07/2010

La France a la nausée au cœur

Le pouvoir politique français subit actuellement le plus raffiné des supplices chinois : avec une inéluctable régularité, les affaires tombent comme autant de gouttes sur le crâne du supplicié. L’affaire Bettencourt – devenue désormais Woerth-Bettencourt – offre à elle seule tout un gisement de dossiers connexes qui exhalent un remugle politico-financier que les prochains bols d’air vacanciers ne parviendront pas à dissiper.

 


Certes, les socialistes utilisent cette situation pour attaquer le gouvernement, mais sans faire preuve d’une pugnacité féroce. Ils savent bien que cette grande nausée qui soulève le cœur des Français ne leur profitera guère. Car, les sarkozystes auront beau jeu de rappeler les turpitudes de l’ère Mitterrand. C’est donc l’idéologie du «tous pourris» qui triomphe, pour le plus grand bonheur du Front National qui sera la seule formation politique à percevoir les dividendes de cette entreprise de démolition morale. Pourquoi ? Les raisons en sont multiples. Hasardons quelques hypothèses.
Les extrêmes en politique ont toujours utilisé le mode guerrier pour mobiliser leurs troupes, ce qui correspond à une certaine cohérence militaire, induit par le verbe «mobiliser». On ne fait pas mouvoir des foules avec l’eau tiède de la pondération mais avec des promesses d’affrontements. A l’extrême-gauche, le prolétariat se mettait en ordre de marche pour la lutte des classes. A l’extrême-droite, les nationalistes fourbissaient leurs armes pour la lutte des «races».

 

Aujourd’hui, l’effondrement de l’empire soviétique, la globalisation ultralibérale du monde ont bouleversé la donne. L’extrême-gauche ne tient plus le rôle de réceptacles des mécontentements qu’elle jouait naguère encore. Agissant en ordre dispersé, sans programme unitaire et, surtout, sans grille de lecture de la réalité présente, elle souffre d’un handicap encore plus lourd : les travailleurs que l’extrême-gauche représentait ont perdu la conscience de former une classe homogène. Sans cette conscience d’appartenir à un ensemble, il n’y a plus de classe et, partant, plus de lutte de classe, au moins dans le sens où on l’entendait jadis. Peut-être, cette conscience de classe renaîtra-t-elle un jour sous diverses formes. Mais nous n’en sommes pas encore là. Dès lors, l’extrême-gauche n’est plus à même de canaliser les coups de colère du peuple.

 
L’extrême-droite devient donc l’unique réceptacle où se déversent les colères. A la lutte des «races» de ses ancêtres idéologiques, elle a substitué la lutte «ethnoculturelle», à la connotation moins «Deuxième Guerre mondiale». Au combat contre les «tous pourris» succédera, ipso facto, la chasse au bouc émissaire. Le Juif, hier, l’immigré musulman aujourd’hui. Et cette exclusion suscite déjà, au sein des immigrés, des réflexes d’autodéfense identitaire qui accentueront encore les affrontements de type ethnoculturel.

 


La grande nausée qui traverse la France de ses mauvais frissons risque fort de dégénérer en mal plus profond.

 

Jean-Noël Cuénod

C'est le site d'information Médiapart, présidé par l'ancien directeur du Monde Edwy Plenel qui a publié le plus d'information à ce propos. Voici un lien avec les articles qu'il a publiés sur l'affaire Woerth-Bettencourt.

 

00:20 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : affaires, woerth, bettencourt, politique, argent, font national | |  Facebook | | |

Commentaires

Parce que vous trouvez le spectacle politique suisse plus brillant?

Alors que toute l'Europe parle de restrictions budgetaires, la Suisse pays béat fait comme si de rien n'était!

Il est vrai que nous avons un commendo de tortues Ninja (Les supers Babibouchettes) pour nous défendre contre les méchants!

L'affaire Bettencourt vient jusqu'en Suisse, pendant ce temps là, le fisc genevois fait les soldes et promet une remise de 70% pour les coquins suisses qui ont copier le système suisse, mais l'on appliqué à l'étranger!

Grâce aux enregistrements de "Mame" Bettencourt, on sait que Honkong et l'Urugay, sont aussi des paradis fiscaux!

De fermer les yeux sur le fric des mafias planqué dans les banques suisses, c'est aussi, pour certain, nauséeux!

Écrit par : dominiquedegoumois | 01/07/2010

Oui, la France a mal au coeur. Mais de toutes les républiques et de tous les gouvernements y en a-t-il eu un seul sans "affaire" ? Et les affaires s'oublient, et les français s'en foutent bien qu'ils clament haut et fort leur désaprobation. Non, ce ne sont pas des affaires dont la France souffre. Elle en a vu bien d'autres.
Ce dont elle souffre vraiment, c'est du mal qui ronge pratiquement toute l'UE. La vie de plus en plus chère, les restrictions, les impôts indécents et les gouvernements qui, ne sachant que dépenser, ne savent plus comment gérer leurs budgets en faillite. Et l'UE toute entière a mal de la Banque Centrale Européenne qui campe sur le respect des accords de Maastricht et ne veut pas voir que l'Euro s'effondre pour cause de faillite des Etats.
Il serait pourtant si simple de faire marcher la planche à billets européenne, quitte à dévaluer temporairement l'Euro, et de renflouer ainsi les Etats en faillite qui pourraient par de grands travaux relancer leurs économies malades. N'est-ce pas ce que fit Roosvelt avec le "New deal" et Hitler en 1933 ?
La France, comme tous les autres pays de l'UE, est malade de cette UE où chacun de ces mêmes pays tirent à vaux et à dia dans toutes les directions pourvu qu'elles soient contraires. Et la France est d'ailleurs l'une des premières à tirer sur la corde dans la discordance générale du chacun pour soi.
Le mal est donc général et si cela devait continuer il y a fort à parier que l'UE éclatera pour le plus grand plaisir, comme vous le dîtes, des partis xénophobes.

Écrit par : Lambert | 01/07/2010

Je crois que vous négligez un élément dans votre analyse de la disparition de la "lutte des classes", je crois qu'elle n'a pas disparu, mais s'est renversée. Les "pauvres, les prolétaires ont été dispersés (ou se sont dispersés) mais la classe dirigeante, économique surtout, s'est elle, unie et mobilisée et a lancé une nouvelle "lutte des classes" contre les gens "du bas" (les anciennes "masses populaires" et s'acharnent à les appauvrir et les précariser de plus en plus pour protéger et accroître leurs propres privilèges.
Quand j'entends quelqu'un qui se verse un salaire de 200 000 euros par an (on est loin des plus riches!) se plaindre amèrement et s'offusquer du coût excessif et des "privilèges" inadmissibles de sa femme de ménage (en l'occurrence: ne pas pouvoir la lourder parce qu'elle était enceinte!) qu'il paye au smic et que l'état lui rembourse en grande partie. Quand j'en entend un autre sire qu'il faudrait supprimer les allocs et les aides aux vacances de "ces gens"... je ne peux que constater que la lutte des classes n'est hélas! pas morte.
J'ai toujours grand plaisir à vous lire.

Écrit par : Eliane | 01/07/2010

La suisse est devenue une république ananassière. Nous cultiverons des ananas d'ici 20-30 ans.
Grace au réchauffement climatique, mais aussi grace à l'extraordinaire appauvrissement de la population.
Je mets ma main à couper que d'ici cent ans, nous recommencerons à laver notre lessive dans le ruisseau, et que des hordes de gens affamés viendront manger des racines dans la foret.
on parie ?

Écrit par : sucrière | 01/07/2010

" Au combat contre les «tous pourris» succédera, ipso facto, la chasse au bouc émissaire. Le Juif, hier, l’immigré musulman aujourd’hui."

C'est très "audacieux" comme comparaison. Si nous considérons le cas de la France, il y avait 300'000 juifs en 1939. L'antisémitisme était une vieille tradition nationale, à laquelle la gauche était partie prenante, même si on parle beaucoup plus souvent d'Edouard Drumond, le catholique, et de la France juive" (1886) que d'Alphonse Toussenel, le socialiste, et des "Juifs rois de l'époque" (1845).

Le "Petit Larousse illustré" de 1922, définit ainsi l'antisémitisme : "Doctrine de ceux qui sont opposés à l'influence des juifs." et les banques Rothschild, Lazare, Pereire..., sont en première ligne sous les assauts des polémistes et d'une partie du monde politique.

Il n'y a donc aucun parallèle possible avec les musulmans. Qui étaient 300'000 eux aussi, au début des années 60, mais qui sont VINGT FOIS plus aujourd'hui. Et avec des dizaines de millions de "réservistes" dans leurs pays d'origine.

Ce qui permet de parler d'invasion et pas du tout de boucs émissaires, puisque les Français ont été mis en garde contre l'envahissement de l'Europe par le tiers monde dè 1973, avec la publication du prophétique "Camp des Saints", de Jean Raspail !

Dessein que Houari Boumedienne, président de la République algérienne,
"officialisait" l'année suivante à la tribune des Nations Unies en déclarant : « Un jour, des millions d'hommes quitteront l'hémisphère sud pour aller dans l'hémisphère nord. Et ils n'iront pas là-bas en tant qu'amis. Parce qu'ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire »

Boumedienne avait compris que, depuis "Mein Kampf", on peut sans crainte de griller quoi que ce soit, annoncer tout ce qui va se passer sans susciter de réactions autres qu'amusées. Kadhafi a repris le discours à son compte, mais Kadhafi est fou. Et Hitler aussi l'était. Alors, on ne va pas se prendre la tête pour des timbrés.

Écrit par : Scipion | 01/07/2010

Et dire que je me croyais particulièrement pessimiste, je constate que certains me dépassent de loin!

Écrit par : zakia | 01/07/2010

et de loin

Écrit par : zakia | 01/07/2010

J'ai beaucoup de plaisir à lire vos analyses Mr. Cuénod! Merci

Écrit par : zakia | 01/07/2010

Jean-Noël, vous oubliez les écologistes, qui proposent eux aussi quelque chose de nouveau, et qui ne sont pas non plus mêlés aux "affaires". Comme vous êtes plutôt à gauche, je vous propose, pour sauver le monde du Front national, de vous rallier à Daniel Cohn-Bendit, et au fédéralisme social. Mais pendant presque cinquante ans, l'extrême-gauche a aussi été l'unique réceptacle où déverser sa colère, en France. Or, cela a conduit aussi à des excès. Voyez la façon dont, encore récemment, les mémoires de De Gaulle ont été attaqués, comme si l'enseignement de la littérature revenait en fait à diffuser les idées que contiennent les livres! Eh bien, on sait que cette possibilité a été exploitée, par certains. La culture doit pourtant être libre, et, dans l'éducation publique, les tendances politiques, représentées avec équité.

Écrit par : RM | 01/07/2010

"je vous propose, pour sauver le monde du Front national, de vous rallier à Daniel Cohn-Bendit, et au fédéralisme social."

C'est ce qui s'appelle échanger un cheval... borgne contre un cheval aveugle... :o)

Écrit par : Scipion | 01/07/2010

Si vous regardez sur wickipédia sous Bettencourt, vous verrez que le maris à été le copain et le ministre de tous les présidents, ou presque, depuis la guerre 39-45!

Il était aussi copain avec Mittérrand c'est dire!

Alors le petit Sarko, quand il est arrivé au Palais, il a vu de la lumière, il a entendu de la musique et il a vu du fric partout, alors il a pêté les plombs!

Et oui "L'argent appaise les consciences" (Guitry)

Écrit par : dominiquedegoumois | 01/07/2010

Vous n'êtes pas tout à fait à jour
L'UMP, très forte pour cogner sur les pauvres et les malades a un ministre de l'Intérieur et des cultes , Hortefeux, qui a été CONDAMNE pour injures raciales. Un autre, Besson, nous a bassinés avec son identité nationale et fait la chasse aux sans-papiers et aux clandestins (ministre de l'immigration ET de l'identité nationale) : ils propangandaient alors tous très Front national ! (extrême-droite)
C'est leur lutte des races.
La LUTTE des CLASSES a fait un retour remarquée: les médias voient d'ailleurs leur audience augmenter lorsqu'ils l'invitent: jean-Luc Mélenchon, d'une gauche non PS (Parti socialiste) et non extrême-gauche, un Républicain de gauche ET opposé au néoconservatisme et autres ultra euro libéralismes de droite et de gauche (PS) qui nous ont hélas plongés dans le quart-monde.
cf www.jean-luc-melenchon.fr
A droite, Nicolas Dupont-Aignan, gaulliste est lui aussi en faveur d'un protectionnisme européen, voire français.cf http://blog.nicolasdupontaignan.fr/index.php
La majorité des Français demandent la DEMISSION du gouvernement,
et plus de la moitié ne votent pas extrême-droite !!
PS: Cet argument a, de plus, été servi en vain par Baroin à l'Assemblée Nationale
PS: Nous, les Français, sommes les ploucs de Sarkozy and co !
Vous êtes très bien...

Écrit par : cf41 | 09/07/2010

C'est très intéressant

Écrit par : marie llealbus | 21/04/2011

Super article, instructif et bien écrit, merci!

Écrit par : femmes russes | 16/10/2011

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