24/06/2010

La France souffre de Bleus à l'âme

La déroute sportive et, surtout, morale de l’équipe de France de football relègue toutes les autres informations dans l’ombre, outre-Jura. Même les inondations massives dans le Var ont subi ce sort médiatique. La mort de 25  personnes dans des circonstances effroyables émeut moins que les turpitudes d’une bande de joueurs grossiers et surpayés. Cela en dit long sur notre échelle des valeurs.

Pourquoi la France souffre-t-elle autant de ses Bleus à l’âme? Il faut tout d’abord se rendre compte que le football est devenu une sorte de transcendance païenne dans la société mondialisée. Une transcendance qui génère ses stades-temples, ses dieux, demi-dieux, sa hiérarchie de prêtres avec leurs thuriféraires, ses habits sacerdotaux, ses rituels, ses prières et ses cantiques.

Libre à chacun de juger grotesque cette tendance. Il n’empêche que le foot est devenu l’une des rares activités — peut-être la seule — qui permette au monde de communier avec lui-même. Longtemps réticents, les Etats-Unis se mettent aujourd’hui au diapason, eux qui ont toujours préféré les sports qu’ils étaient les seuls, ou presque, à pratiquer. C’est dire le règne, la puissance et la gloire de la religion Foot.
Dès lors, les sélections qui s’affrontent au Mondial sont devenues le miroir des nations qu’elles représentent. Il est donc inévitable que le comportement lamentable des Bleus révulse les Français puisque ces agissements font apparaître les failles profondes de leur pays. Par l’attitude inacceptable qu’ils ont adoptée — sur le terrain mais surtout hors de la pelouse — ils ont tiré le tapis qui recouvrait ces béances.
Le philosophe Alain Finkielkraut a d’ailleurs réagi en ce sens dans une tribune qu’il a donnée au Journal du Dimanche en écrivant, entre autres:


Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (A la fin du texte, écouter-voir la vidéo où Alain Finkielkraut parle football en général

C’est bien le modèle français d’intégration multiculturel qui est en cause. Les Bleus n’ont pas constitué une équipe mais un ensemble éclaté en plusieurs clans établis en fonction des origines et des confessions. Après des années de discours sur «l’intégration des cultures dans le moule républicain», il est stupéfiant de lire cette réponse de l’attaquant Bleu Sidney Govou à un journaliste de L’Equipe (16 juin):

Dans la vie de tous les jours, on cherche des affinités, alors en équipe de France aussi. Et quand on cherche des affinités, la couleur, c’est la première chose qui vient à l’esprit.

Cette culture de clans qui a fait imploser les Bleus, elle corrode aussi la France en général. Car ces clans ne divisent pas que les cités des banlieues, ils pullulent aussi dans les hautes sphères de la République. Le clan le plus fermé se situe d’ailleurs au sommet. Les privilèges de la caste politique sont l’objet de régulières dénonciations, chaque mercredi, par le Canard Enchaîné. Or, cette même caste qui exige des citoyens qu’ils s’efforcent de réduire la dette publique se révèle incapable de comprendre en quoi ses prébendes pourraient susciter les révoltes.

 Il y a vraiment un côté Marie-Antoinette chez les gouvernants français! Et il n’y a pas que l’équipe de France qui doit être rebâtie.

 

Jean-Noël Cuénod

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21/06/2010

L’équipe de France de foot fait le bonheur… du rugby !


4172671718-quick-annule-sa-campagne-publicitaire-avec-nicolas-anelka.jpgInsultes obscènes d’Anelka contre son entraîneur Domenech, reproduites dès lendemain dans L’Equipe, expulsion du fauteur de troubles, grève des Bleus qui, du haut de leur montagne d’argent, refusent de s’entraîner. Dans toute l’histoire de la Coupe du Monde de foot, jamais sélection nationale ne s’est montrée aussi lamentable. Et une chaîne de restauration rapide est en train d’enlever à la hâte ses affiches où Nicolas Anelka promeut  l’un de ses produits (photo).

 


Mais en France, ce comportement effarant ne fait pas que des malheureux. Les dirigeants de clubs de rugby se frottent les mains. Et c’est un footeux qui dresse ce constat : Lionel Charbonnier, l’ancien gardien remplaçant de l’équipe de France championne du monde en 1998 et… du Lausanne-Sport vers l’an 2000. Dans une interview au Midi Olympique   bihebdomadaire uniquement consacré au noble jeu rugbystique – Charbonnier confie :

 


Dans mon entourage proche, je connais beaucoup de gens qui retirent leurs enfants des clubs de football pour les inscrire dans les écoles de rugby. Je vois même aujourd’hui dans les cours d’école des gamins jouer au rugby. C’est symptomatique.

 


Il est vrai qu’au parc Montsouris à Paris, les ballons ovales font concurrence aux ballons ronds depuis plusieurs mois.


Certes, le rugby n’a pas encore détrôné le Roi des sports. La complexité de ses règles et sa diffusion limitée sur la planète restent de lourds handicaps. Mais il est en train d’amasser un sacré capital de sympathies en France. Tout d’abord, les familles peuvent assister à un match de rugby sans craindre de se faire occire par des houliganes marinés à la Heineken. Ensuite, les rugbymen n’ont pas cette arrogance bling-bling qui transforme les Bleus en têtes à claque. Compte tenu de la modicité de leurs primes, les sélectionnés du XV de France appartiennent encore au « monde des gens ». Enfin, le rugby, par ses caractéristiques de base, contraint ses adeptes à jouer collectivement : impossible de faire sa vedette en solitaire, sous peine d’être transformé en sole grillée.

 


Le rugby est le dernier grand sport collectif à se professionnaliser. Il garde donc encore – mais pour combien de temps ? – la fraîcheur propre aux amateurs. Cette mutation a donné des résultats : un jeu plus spectaculaire et des performances physiques plus impressionnantes qu’auparavant. Sur l’abdomen des rugbymen, les muscles en forme de tablettes de chocolat ont remplacé la bonne vieille ceinture de cassoulet.
Ce sport familial où les vertus d’effort et de solidarité sont encore pratiquées résistera-t-il à la cupidité fricarde qui a pourri le foot ? Gardons ChabalSébastien.JPGl’espoir. Mais les affiches de pub (photo) mettant en scène Sébastien Chabal le plus médiatique – et non pas le meilleur – rugbyman français font craindre le pire.

Jean-Noël Cuénod

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18/06/2010

Pétain et de Gaulle, le sage et le fou

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Septante ans après l’Appel du 18 juin 1940, l’affrontement entre le général de Gaulle et le maréchal Pétain illustre encore à quel point l’apparente sagesse peut tourner en réelle folie et l’apparente folie, en réelle sagesse.

Parmi les nombreux ouvrages qui sortent aujourd’hui des presses pour commémorer cet anniversaire, un livre éclaire les relations entre le général et le maréchal, celui de Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général à la présidence de Jacques Chirac. Il a pour titre De Gaulle-Pétain, le destin, la blessure, la leçon (Editions Robert Laffont).

A la croisée des destins

Le destin croisé de ces deux hommes a marqué le XXème siècle qui a réservé à la France les pires moments de sa prestigieuse Histoire. Victoire de 1918 arrachée dans le sang, défaite soudaine et humiliante en 1940, perte de l’Empire après deux longues guerres inutiles en Indochine et en Algérie, cette nation n’a terminé son cycle de belligérance qu’en 1962. Et si elle demeure une puissance, moyenne certes, mais qui continue à tenir un rôle sur la scène mondiale, elle le doit à la folle sagesse du général de Gaulle.

«Fou», c’est bien le qualificatif qui a fleuri sur les lèvres de maints Français et Européens, lorsqu’un général de 49 ans, nommé à ce grade à titre temporaire et parfait inconnu du grand public, a incarné la France libre dans sa solitude londonienne.
Pour l’écrasante majorité des Français, le «sage», c’était ce vénérable maréchal qui venait de faire don à la France de ses 84 ans. Il possédait la légitimité des armes. N’était-il pas le vainqueur de la bataille de Verdun en 1916? Il détenait aussi la légitimité politique. Le parlement français, régulièrement élu, ne lui avait-il pas confié les pleins pouvoirs par 569 voix contre 80?

Pour ce peuple, foudroyé par la défaite après une bataille qui n’a duré que quarante-deux jours et dispersé sur les routes à la recherche d’un improbable asile, la sagesse n’habitait pas Londres. Elle logeait sous le rassurant képi du maréchal, salvateur grand-père qui allait sauver les meubles de la maison France.

La sagesse de la folie

C’est pourtant la folie du jeune général qui deviendra sagesse. La lecture de l’Appel du 18-Juin démontre le bon sens du «fou»: les Etats-Unis entreront un jour ou l’autre en guerre et dans cet affrontement où prime la force mécanique, l’Allemagne ne pourra pas rivaliser avec un tel géant économique.

D’emblée, le «fou» a vu juste. Alors que pour Pétain, ce conflit n’est que la suite des guerres franco-prussiennes du XIXème siècle et de 14-18, de Gaulle en a mesuré ce qui forme sa spécificité, à savoir le contenu idéologique et la puissance industrielle. Il fallait donc continuer le combat pour se trouver dans le camp des vainqueurs. Le «sage» maréchal, dans l’espoir de préserver l’essentiel, n’a fait que faciliter la tâche de l’occupant, en prenant ainsi le risque — fou ! — de précipiter la France dans l’inéluctable défaite allemande.

Au moment où le monde traverse des bouleversements profonds, où, selon la formule du poète Aragon, tout change de pôle et d’épaule, cette dialectique du fou et du sage reste une leçon à méditer.

(Ce texte a paru jeudi 17 juin 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures.

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14/06/2010

Kadhafi et libération de Max Göldi : comptes et mécomptes

 
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L’affaire Kadhafi est loin d’être terminée. Tout d’abord, l’Hirsute des Sables (notre photo, en costume estival de portier de prison avec balayettes à poussière incorporées) ayant obtenu un succès complet après le retour en Suisse de Max Göldi, la tentation sera grande pour lui de céder à son délire mégalomaniaque en inventant une nouvelle provocation.

Ensuite et surtout, l’heure des comptes a sonné en Suisse. On ne saurait imaginer désastre diplomatique plus spectaculaire. Il est vrai que nous autre Helvètes, persuadés que seuls les comptes comptent, nous avons négligé la diplomatie au seul profit des échanges commerciaux. A privilégier l’économique au détriment du politique – à l’instar de cancres qui auraient parcouru les œuvres de Marx trop hâtivement – le conseil fédéral est pris à son propre piège. Jadis, le Département des affaires étrangères se nommait « Département politique fédéral ».
Ce n’était pas si mal vu.

Le calamiteux cas Kadhafi démontre aussi à quel point nos institutions apparaissent inadaptées au monde actuel. Les contradictions internes au Conseil fédéral ont éclaté au grand jour. Chaque ministre mène sa propre barque sans souci de conduire le paquebot « Suisse ». Au premier coup de vent, les marins se dispersent tous azimuts. On le savait déjà. La confirmation est cruelle.

Certes, les réformes institutionnelles deviennent indispensables mais elles réclament du temps. Certaines mesures sont donc à prendre dès maintenant. La plus symbolique et la moins chronophage serait la démission du conseiller fédéral Rudolf Merz.

Pour notre plus grand malheur, Merz s’est pris pour un vrai président en voulant négocier avec l’Hirsute des Sables comme s’il avait en face de lui un « landamann » glaronais. Ne demandant aucun avis éclairé, mettant la ministre des affaires étrangères Calmy-Rey devant le fait accompli – ou plutôt inaccompli -, prenant en solo les initiatives les plus inopportunes, Merz n’a plus sa place dans le gouvernement fédéral.
Et qu’il ne fasse pas porter le chapeau à Genève ou à la « Tribune ». Il ferait mieux de manger le sien.

Jean-Noël Cuénod
 
 

18:54 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : göldi, kadhafi, libye, justice, conseil fédéral, merz | |  Facebook | | |

10/06/2010

Procès Kerviel:quelles responsabilités ?

kerviel_2.jpgLe procès Kerviel est bien celui de la «finance-casino». Les pratiques à risques des courtiers ne s’appelaient-elles pas des «spiels», selon le jargon des salles de marché? Des «spiels» où l’on joue à qui perd gagne et à qui gagne perd. Des «spiels» fous qui échappent à leurs concepteurs apprentis sorciers, drogués à la complexité mathématique.

Derrière ces chiffres aussi irréels que les années-lumière de l’astronomie, se cache la crise provoquée par ces constructions nées du délire cupide. Et avec elle, la destruction d’usines, les faillites à la chaîne, la pauvreté qui monte, la délinquance qui gronde, les suicides professionnels et les vies détruites.

« Spiels » de massacre

Une grande partie des banques de la planète se sont livrées à ces «spiels» de massacre. Il n’est donc pas question de faire porter le sombrero aux deux protagonistes du procès qui vient de s’ouvrir à Paris, le courtier ou trader Jérôme Kerviel et son ex-employeur, la Société Générale.

Cela dit, ces débats s’annoncent fort instructifs dans la mesure où ils mettent en scène la confrontation entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle.

Pour mesurer l’une par rapport à l’autre, il faut essayer de se représenter l’ambiance qui régnait dans ces établissements durant les premières années du XXIe siècle. Une ambiance faite d’addiction au travail et de fascination pour l’univers de la virtualité. Kerviel entrait dans la salle de marché à la Société Générale à 7 heures. Il n’en ressortait qu’à 22 heures. Et encore, une fois rendu à son domicile, le trader se précipitait sur son ordinateur pour suivre les dernières informations — pardon, «news» pour reprendre le sabir kervélien — de cet empire boursier sur lequel le soleil ne se couche jamais… Comme Kerviel. Certes, un de ses supérieurs a bien noté que le courtier «devrait faire attention à la surchauffe», mais rien n’a été fait pour la refroidir! Au contraire, il s’est senti grisé par les encouragements de sa hiérarchie.

Les nobles de la performance, les roturiers du contrôle

Dans un tel contexte, les lettres de noblesse sont attribuées par la performance. Tout ce qui a trait au contrôle est considéré comme une activité subalterne. D’ailleurs, Kerviel a travaillé au «middle office» — chargé des vérifications — avant d’être adoubé dans le saint des saints de la chevalerie boursière: le «front office», là où se donnent les ordres sur les marchés et ou s’arbitrent les positions.

L’ambiance ainsi créée relève de la responsabilité collective. Ainsi, la Société Générale a été blâmée en juillet 2008 par la Commission bancaire qui lui a infligé une amende de quatre millions d’euros pour «carences graves du système de contrôle interne», carences qui, selon cette commission, «ont rendu possibles le développement de la fraude et ses graves conséquences financières».

Quelle est la responsabilité individuelle de Jérôme Kerviel? Le courtier affirme avoir agi au vu et au su des dirigeants de la banque qui tant qu’il gagnait de l’argent ne se plaignaient nullement.
Mais alors pourquoi a-t-il produit des faux, si ce n’est pour tromper son employeur et profiter des failles? C’est la principale question de ce procès. Kerviel a trois semaines pour y répondre.


Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 9 juin 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures)

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07/06/2010

L’Europe et le fédéralisme à l’envers

La crise qu’elle traverse oblige  l’Europe à se lancer, une fois de plus, dans l’expérimentation institutionnelle. Pour le moment, son œuvre ressemble plus au château du facteur Cheval qu’au Parthénon. Alors que l’Union calibre les fromages, elle n’a toujours pas de véritable diplomatie et encore moins d’armée. Mais la tourmente grecque a précipité les choses. On parle désormais d’un «gouvernement économique de l’Europe», ce qui était inimaginable encore récemment. Le Commission de Bruxelles veut même contrôler les budgets des Etats de la zone euro, avant qu’ils ne soient votés par les parlements nationaux.

L’Union européenne (UE) prend enfin conscience que créer une monnaie unique avec seize budgets disparates revient à pratiquer le saut à l’élastique sans élastique : la brutalité de l’atterrissage fait oublier la griserie des premières minutes. Dès lors, la proposition de la Commission relève du bon sens, sur le plan monétaire du moins.

Sur le plan politique, il en va autrement. Ce «gouvernement économique», ce contrôle bruxellois introduisent une manière de fédéralisme technocratique qui risque d’éloigner encore plus les Européens de leur Union. Il s’agit même d’un fédéralisme à l’envers, en ce qu’il introduit ce système par le sommet, soit l’administration, les hauts-fonctionnaires, les dirigeants.

Ces fédéralismes qui ont réussi

 Or, tous les fédéralismes qui ont réussi sont nés d’une aspiration exprimée par la base. C’est le cas du peuple des colons américains qui s’est érigé en armée pour jeter la Couronne britannique à la mer, tout en préservant les autonomies régionales.

Certes, notre pays doit la version moderne de son fédéralisme à l’Acte de Médiation conçu par le Premier consul Bonaparte. Mais s’il a pris cette décision des hauteurs de son sommet pas encore impérial, ce fut à la demande des représentants de la Suisse et en raison du rejet par le peuple du centralisme de la République helvétique.
 
On objectera que les structures de la République fédérale allemande ont été adoptées alors que ce pays était encore occupé. Mais elles s’appuyaient sur des traditions historiques qui ménageaient une large place aux indépendances locales.

L’Union européenne en quête de peuple

Rien de tel dans l’Union européenne qui est toujours en quête de son peuple. Dès lors, le «gouvernement économique» qui se dessine renforcera encore ses tendances bureaucratiques et gonflera ses organes administratifs. On ne comptera plus la distance qui sépare les citoyens de la Machine bruxelloise en kilomètres, mais en années-lumière.

 Pour souder des populations dissemblables de façon à ce qu’elle forme un peuple, le danger extérieur et la guerre demeurent d’infaillibles moyens. Mais si on pouvait l’éviter, chacun ne s’en porterait que mieux ! Il reste alors, pour qu’émerge ce sentiment d’appartenance collective, la pratique commune des institutions démocratiques. Le jour où les Européens voteront au même moment et sur l’ensemble du territoire de l’Union pour un même sujet, le fédéralisme commencera à ne plus marcher sur la tête.

 

(Ce texte est paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures, jeudi 3 juin)


Jean-Noël Cuénod

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02/06/2010

Qui veut la paix au Proche-Orient?

L’assaut sanglant par l’armée israélienne du navire turc Mavi Marmara s’est donc transformé en piège pour le gouvernement Netanyahou, sans doute le ministère le plus calamiteux depuis la création de l’Etat hébreu. Il paraît évident que cette flottille menée par IHH, une association humanitaire à vocation islamiste radicale, visait moins de nourrir la population de Gaza que de pousser Israël à la faute. Sur ce plan, l’opération est réussie. Sautant sur l'occasion offerte, voire programmée, la Turquie bascule dans le camp des adversaires de Tel-Aviv qui se trouve encore plus isolé qu’auparavant. La presse israélienne se montre d’ailleurs d’une extrême sévérité lorsqu’elle détaille les multiples erreurs des décideurs militaires et la cécité des décideurs politiques.

 


Notons en passant, l’incomparable liberté de presse et d’expression qui règne en Israël et que l’on serait bien en peine de trouver dans d’autres pays de la région.

 


L’affaire du Mavi Marmara n’est qu’un épisode noir de plus dans cette guerre de soixante ans. Force est de reconnaître que toutes les stratégies ont échoué pour faire régner la paix. Alors, qui veut qu’elle s’installe au Proche-Orient ? Les peuples israélien et palestinien la souhaitent-ils ? La souhaitent-ils vraiment?


 En Israël, le corps électoral a réservé un triomphe au nationaliste arabophobe Avigdor Liberman et à son parti, à côté desquels Blocher et son UDC font figure de modérés. A Gaza, les urnes ont plébiscité le Hamas et sa charte directement inspirée par le fascisme et le nazisme (lire cette traduction assurée par Jean-François Legrain, chercheur au CNRS - Centre national de la recherche scientifique).
Certes, tant en Israël que dans la Bande de Gaza, ce succès des extrémistes s’explique par des « facteurs internes ». Mais justement, cette tendance démontre que la paix n’est pas ou plus la préoccupation première au sein de la majorité des peuples concernés. Ils se sont installés dans la guerre.

 


 Les dictatures proche-orientales sont heureuses d’avoir Israël pour manipuler leurs peuples. Les Etats-Unis se satisfont de cet abcès de fixation qui, pour l’instant, ne trouble pas les échanges économiques. La Chine n’a qu’une obsession, trouver du pétrole. Les autres pays émergents se contentent… d’émerger et l’Europe ne pèse pas plus que la Suisse.

 


Dans un remarquable et courageux ouvrage, l’ancien ambassadeur d’Israël en France Eli Barnavi -Aujourd'hui, ou peut-être jamais. Pour une paix américaine au Proche-Orient (André Versaille Editeur) souhaite que le président Obama impose cette paix introuvable. Mais en Terre Sainte, le Messie tarde à venir.

Jean-Noël Cuénod

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